Cliniques méditerranéennes
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I.S.B.N.2-7492-0155-1
320 pages

p. 145 à 153
doi: en cours

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no 68 2003/2

2003 Cliniques méditerranéennes

Une langue qui parle au sujet

André Meynard  [*]
Les sourds signent pour dire. Ceci nous enseigne – et bien au-delà de ce domaine si particulier – sur l’efficacité symbolique du gestuel. Nous avons comme profane à entendre les diverses voies de métaphorisation de la vérité historique. Toute idéalisation de la sonorisation mène clairement ici à un déni des ancrages symboliques qui attirent dans l’après coup – un sujet vers une langue. Mais n’y a-t-il pas de manière plus diffuse, plus large, un écrasement du registre signifiant sur celui de la sonorisation dans certaines conceptions qui se réclament de l’apport Freudien ? La voix comme objet a permet d’aborder ce qui pour un sujet fait transmission désirante.Mots-clés : Parole, voix, vérité historique, profane, transmission désirante, sourd, langue signée, déni. The deaf make signs to say what they have to say. This provides us with teaching – taking us well beyond this so special subject area – as to the symbolic effectiveness of the gestural. We are in the position of the profane when it comes to understanding the various channels for metaphorisation of historical truth. Any idealisation of sound production here leads clearly to a denial of the symbolic anchoring that attracts a subject towards a language in the deferred action. But is there not, in a more diffuse, broader way, sound production being overwhelmed by the signifying register in some conceptions that claim to derive from the Freudian contribution ? The voice as object a means we can take on that which for a subject constitutes a desiring transmission.Keywords : Word, voice, historical truth, profane, desiring transmission, deaf, sign language, denial.
Les travaux du colloque « psychanalyse et langage » du 6 octobre 2001 étaient venu croiser mes questions centrées sur le registre de l’énonciation et de la voix comme objet a. Questions travaillées et relancées par une clinique analytique avec des sujets dits « sourds », c’est-à-dire qui ne perçoivent pas les fréquences conversationnelles de nos langues orales mais qui cependant demeurent pleinement entendant à la dimension symbolique. Qu’advient-il ici de l’acte de parole ? Pourquoi dire ces sujets sourds ? Et sourds à quoi d’ailleurs ? Si la prise de parole se déploie ici en des langues dites « signées », n’y a t-il pas matière à nous laisser enseigner par ces sujets qui nous révèlent ce que l’entendre et le parler doivent à la dimension désirante ?
Ces langues – reconnues dans leur double articulation et permettant le jeu des équivocités signifiantes – diffèrent selon les pays et permettent à ces sujets de dire et de se dire dès lors qu’une offre d’écoute advient. Loin d’être exotique ou aux marges de la psychanalyse, je considère ce domaine particulier comme éclairant sur l’efficacité du message symbolique qui dans l’insu nous humanise. Éclairant donc sur ce qui fait transmission désirante chez les parlants – et non seulement vivants – que nous sommes. Éclairant aussi – par les interdits constants explicites ou implicites faits à ces langues – sur les ravages d’une certaine modernité instrumentalisant langage et parole pour mieux rester sourde à l’altérité : altérité au cœur de la transmission désirante.
Je mêlerai trois brins :
  • d’une part, le remarquable de cette poussée pulsionnelle à ainsi prendre parole et l’extrême respect éthique que me paraît mériter l’accueil de ces modalités du dire ;
  • ensuite, l’inlassable résurgence d’un déni culturellement institué concernant ces prises de parole privant en quelques sorte ces sujets des signes pour le dire. Ne pas redoubler un tel silence mortifère me pousse à articuler ce que ces sujets m’ont enseigné et motive mon intervention : j’espère ne pas être trop inégal à ce qui gîte là de si précieux ;
  • enfin quelques mots sur la nécessaire position du profane Freudien, attentif à la vérité historique faisant rupture avec la posture experte. Position du profane qui s’occupe du « reste », « du rebut, du refusé » de l’observation experte pour tenter d’en faire lettre.
Dans le processus de transmission désirante réglé par l’interdit de l’inceste, des sujets se trouvent appelés et attirés – dans l’après coup d’un tel entendu symbolique – vers des langues gestuelles nommées et reconnues par les linguistes comme langues signées. Ceci nous enseigne – et bien au-delà des sourds – sur ce que l’inscription en langage ne passe pas par l’aspect « code » d’une langue, par l’énoncé mais bien plutôt par le registre de l’énonciation et ce qu’il permet – ou pas – de transmettre du message symbolique. Ainsi des pères et mères qui ne « connaissent » pas ces langues parviennent cependant à transmettre – dans l’insu – à leurs fils ou filles cette hâte à prendre parole selon des modalités gestuelles.
J’insiste pour souligner le remarquable de ceci ; c’est hors toute pédagogie et alors que souvent père et mère ne « veulent » pas (consciemment) qu’émerge ce style de parler que malgré tout, dès la rencontre avec d’autres « signants » l’accrochage avec ces réseaux langagiers signés va advenir (Meynard, 2002). Comme une trouvaille, un élan irrépressible (d’où l’importance de rendre très précocement possible cette rencontre).
La prise de parole vient alors révéler l’efficace de l’entendu symbolique et des traces subjectivantes. Accueillir ces poussées métaphorisantes permet le respect de l’œuvre de l’insu, de la trace, de ce qui est advenu dans cette opération de transmission désirante au sein de la famille.
Entendre le registre signifiant au-delà du sonore mène également à rapatrier visuel et gestuel dans le champ de la parole et du langage : l’œil donc aussi comme oreille au niveau de la pulsion invocante ! Reprendre cette question de la voix dans ce domaine est reprendre ce qu’il en est de l’objet a comme reste et objet-cause du désir. Articulé à la dimension des « Noms du Pères », le registre signifiant fait advenir dans le même temps le Désir et la Loi pour nous barrer l’accès à la Chose. La voix comme objet a référée au désir de l’Autre peut se cerner comme reste d’une telle opération subjectivante. Mais la voix non liée au sensoriel, n’appartenant pas au sonore, comme « a-phone ». Reste, objet-cause du désir faisant lettre, inscription d’une telle opération de perte, de trouée dans la jouissance. Le gestuel langagier (hors son aspect phénoménologique) peut dès lors s’entendre, dans l’après-coup de cette opération, comme matériau privilégié faisant éclat au niveau de la pulsion invocante. En atteste la prise de parole des sujets. Révélation de la parole qui suffit à faire preuve dans le champ Freudien, comme le précise si justement R. Gori (1996).
L’objet voix réfère au désir de l’Autre et plus précisément côté paternel précise François Balmès (1997) dans son très beau travail : Le nom, la loi, la voix (sont d’ailleurs tout aussi précieux les deux autres ouvrages de cette étude sur « écritures du père » : celui de Brigitte Lemérer et de Solal Rabinovitch). Dans sa lecture du sacrifice d’Abraham, François Balmes indique notamment qu’en lieu et place du sacrifice du fils pour la jouissance du Dieu advient celui du « bélier ancêtre », du père de la horde, d’avant l’interdit de l’inceste, celui du « père-la-jouissance » : Insistant par là sur ce que seule cette part sacrifiée de jouissance ouvre les voies du désir et fait transmission désirante chez les parlants que nous sommes.
Mais dans l’actuelle tendance à instrumentaliser l’humain, à rabattre le symbolique sur l’image et à confondre vérité historique et matérielle qui se soucient des destinées de l’œuvre de l’insu ? De ceux qui très précocement vont se trouver appelés, attirés vers des modalités langagières si étranges si particulières ? Pourtant, bien au-delà des sourds il s’agit du sort que nous faisons aux inscriptions pulsionnelles, à ce qui touche l’inscrit et ses diverses réécritures. Car l’enjeu réfère à nos propres conceptions de l’humain dans ses rapports à « lalangue ».
« Lalangue qui mérite d’être appelée à juste titre maternelle, parce que c’est par la mère que l’enfant – si je puis dire – la reçoit. Il ne l’apprend pas. Il y a une pente » (Lacan, 1976, p. 47). Les racines historiques de recevoir vont à « accueillir » et aussi à « se voir adresser quelque chose ». Dimension de l’adresse qui articulée non au caprice maternel mais à l’axe paternel permet à J. Hassoun (1993, p. 55) de soutenir : « La langue maternelle… est celle qui véhicule un « non », un « pas de çà » introduisant au Nom du Père… La langue maternelle parle à l’enfant le désir dont il est la résultante et non pas l’objet. La langue maternelle… introduit le sujet à l’Autre ». (Langue maternelle… « celle qui interdit la mère », disait je crois Charles Melman.)
Si j’insiste c’est qu’il me paraît très remarquable que ces poussées à ainsi prendre parole, ces poussées à signer nous invitent à prendre la mesure de qui s’est inscrit de l’ordre du manque d’une pleine jouissance. Je ne résiste pas au plaisir de citer ici Roberto Harari (1999, p. 79-80) et de saluer ainsi sa venue à Aix : « Le langage rend possible la parole, il provoque donc toujours un trouage soustractif de la jouissance » et aussi : « Le Symbolique troue en faisant des sillons dans le Réel. »
Ce qui insiste et tente ici de se créer en ces modalités de prise de parole si étranges n’a-t-il pas pour fonction justement de permettre à ce soutien du trou ? En d’autres termes cette clinique m’invite à considérer que la sonorisation n’est qu’une des voies d’actualisation possible (parmi d’autres…) par où l’inscrit bordant cette trouée tente de se réécrire.
En entravant ces modalités du dire, c’est précisément l’œuvre de métaphorisation de ce qui s’est inscrit d’une trouée dans la jouissance qui se trouve comme suspendue voire altérée (différence importante à creuser plus avant). Ceci me fait associer sur F. Dolto et les nombreuses conférences (toujours hélas inédites à ce jour) où elle s’est exprimée sur ces questions. « La temporisation du désir et de son plaisir est accessible à l’enfant entendant par le langage oral, chez l’enfant sourd non ou très peu sans la langue des signes » (Dolto, 1984, p. 44).
Il est remarquable d’ailleurs que les conceptions physiologiques et instrumentalistes de l’entendre et du parler en soient venues à interdire de telles modalités langagières pour promouvoir l’oralisation du sourd. Elles ont ainsi avoué de manière paradigmatique, dans ce domaine, leur incapacité structurale plus générale à rendre compte ce qu’est prendre parole chez l’humain. Leurs persistances de nos jours encore demeurent fortement entravantes et s’étayent sur un véritable déni de l’importance des ancrages symboliques.
Une des formes modernes d’un tel déni consiste dans le placement d’un sujet dit sourd en milieu « ordinaire », dans lequel donc les langues signées sont absentes, ce qui le coupe du groupe de ses pairs signants, appelés pulsionnellement tout comme lui vers des modalités langagières gestuelles. Une telle modalité d’accueil dite abusivement « intégrative » ne s’adresse qu’au Réel des corps et traite comme reste négligeable cette envie de signer.
La langue, le nouage du sujet et du lien social, la groupalité des pairs signants garante de ce « parler à d’autres » sont délaissés ici par l’expert spécialiste : celui qui considère le sourd comme handicapé de l’ouïe et de la parole, déficitaire au regard de la norme audio-phonatoire.
Suspects d’altérer la pure parole orale, langue signée et groupe des pairs demeurent le reste, le résidu vers lequel nous conduisent pourtant ces sujets dès lors que nous sommes attentifs à leur dire !
Lydia est âgée de 17 ans. Elle ne perçoit pas les fréquences conversationnelles de nos langues orales. Cependant elle est sensible à ce que visuel et gestuel ont permis d’inscriptions subjectivantes. En cela elle n’est pas sourde à la dimension désirante. Lydia est assise face à moi. Elle « signe » c’est-à-dire qu’elle use des signes de la langue des signes française, langue qu’elle pratique dès qu’elle peut rencontrer des pairs ou des personnes familiarisées avec cette langue. Alors elle peut « prendre langue » selon cette modalité gestuelle, s’inscrire dans le lien social.
Pour l’heure, elle poursuit des études dans un circuit appelé curieusement d’intégration et se trouve, de fait, radicalement séparée de ces réseaux langagiers signés, uniquement donc en présence d’adolescents n’ayant que des langues orales pour s’exprimer. « Maintenant (signe-t-elle) ce n’est plus possible ! » Souvent le soir, « elle pleure » se dit très « tendue », très « nerveuse », « dépassée » et « exclue » de tous ces échanges auxquels elle ne parvient pas à participer dans ce milieu éducatif dit « ordinaire »… Elle éprouve une forte « fatigue », appréhende l’idée même de « devoir aller en classe chaque matin ».
Sa famille alertée par la changement progressif de son humeur s’interroge, fait trajet pour retrouver l’adolescente vive et rieuse qu’ils connaissaient avant ce changement, avant cette coupure d’avec un milieu qui intégrait pleinement les échanges signés. Échanges langagiers permettant alors à Lydia de prendre parole, de s’engager, de recevoir les dires de ses pairs, paroles donc à son adresse : « Là-bas, ils sont gentils, mais ils ne m’expliquent pas ou alors, c’est court, résumé, bref. Je vois bien que ce n’est pas cela qui vient d’être dit ! En groupe, c’est le plus difficile : ils rient, je regarde, je demande : « pourquoi ? » Parfois ils m’expliquent, mais je sens qu’ils font des efforts. Ça ne va pas ! J’en ai assez ! Je ne suis pas comme eux (poursuit Lydia). Les signes c’est important ! » Elle adresse ce dire gestuellement, quête dans le transfert une écoute ouverte à son désir et à ce qui l’entrave. Sa décision se précise, se prend. Elle posera un acte, changera d’orientation, retrouvera d’autres Sourds adolescents.
Le mouvement dépressif lié aux atteintes narcissiques cédera, dévoilant du même coup une symptomatologie en fait réactionnelle à une situation où se trouvait, pour elle, bouleversées les conditions mêmes de prise de parole, d’existence de sujet parlant, à qui d’autres s’adressent, existence dans le champ de la parole et du langage.
Corinne elle, devant ce qu’elle nomme « désintérêt des adolescents entendants » à son égard, se réfugie dans les rêveries diurnes. Ainsi, elle invente des personnages avec lesquels elle parle gestuellement ; elle évoque des histoires de « suicides » ou « d’accidents », récits qu’elle effectue dans les séances, au travers d’un matériau langagier signé, présente alors dans le champ transférentiel. Elle dit ainsi son sentiment « d’étouffer » : « Les signes, c’est comme l’air, ici, je respire lance-t-elle. Là-bas j’attend comme une statue. » Je l’invite à évoquer ces « histoires inventées » : Les bras de la statue s’animent, se lèvent, les mains signent dans l’espace ; une parole émerge, singulière, toujours. Me voici déporté dans cette manière si particulière de dire, d’écouter avec les yeux ; me voici appelé à entendre ce qui fut transmis d’une telle envie de signer : Signer pour dire.
Au nouage du sujet et du lien social, envie de signer délaissée comme reste négligeable par l’expert spécialiste et pourtant si précieuse pour le profane. À contrario de la posture experte qui au nom d’un certain scientisme instrumentalisant vise à faire taire la parole en sa dimension de révélation, l’œuvre Freudienne insiste sur le « rebut » et ce qui transite de vérité historique. En ce sens l’attirance vers les réseaux langagiers signés que ces sujets nous font entendre ouvre à la nécessité d’un respect éthique et sollicite la mise en place très précoce de conditions d’accueil langagières véritablement humanisantes. Une telle attirance mise en position de reste négligeable par la posture experte dominante, révèle, pour le profane, l’inscrit de la vérité historique. Soutenir de telles inscriptions est aussi prévoir le possible de situations groupales, véritable fil rouge garantissant des rencontres précoces avec d’autres pairs signants. L’entrée précoce dans une modalité de prise de parole signée n’entrave en rien, bien au contraire le possible trajet ultérieur vers d’autres formes langagières écrites ou orales.
Si le paradigme déficitaire a construit cette antinomie, c’est qu’il nécessite précisément un tel présupposé pour survivre. Peu ou prou de manière jadis explicite, actuellement plus implicite, il s’agit toujours d’avancer une incompatibilité entre formes d’expression langagières pour mieux diaboliser et stigmatiser les langues signées et donc les situations de groupalité entre pairs signants. Suspects d’altérer la « pure » langue orale ou le si idéalialisé « milieu ordinaire », langues signées et groupe de sujets qui les parlent sont l’impensé praxéo-théorique majeur du paradigme déficitaire.
Le rebut ainsi constitué nous revient des sujets eux-mêmes.
Quand Freud (1914) aborde la statue de Michel Ange et qu’il se met à lire « le texte de pierre », il recueille les détails délaissés par les spécialistes en matière d’art. Détails jusqu’ici passés sous silence et qui vont se trouver ré-inscrits dans le texte même de l’œuvre permettant à Freud de nous livrer une toute autre construction que celle des experts. En faisant « lettre » de détails déniés par les spécialistes, le profane opère en son travail sur le « rebut, le refusé de l’observation » (Freud, 1914, 103).
Avec L’homme Moïse et la religion monothéiste, ce sont les spécialistes de l’histoire ancienne et exégètes qui le trouveront cette fois interrogés afin de rapatrier dans le texte, détails et contradictions que l’interprétation dominante jugeait négligeables.
Ainsi le processus de réinscription du dénié (démenti) pousse à la « lecture », c’est-à-dire à l’articulation comme « lettre » de ce qu’une logique experte avait mise au rebut : détails indignes de s’inscrire dans le texte culturellement institué et seul admis. Comme profane Freud nous invite à avancer quitte « à boiter ». Non spécialiste mais désirant, dans la lecture, dans la mise en lettre du non encore advenu en souffrance.
En insistant dans son dernier ouvrage sur la non nécessaire preuve matérielle il se suffit pour opérer de ce que l’après-coup nous restitue de l’œuvre de l’inscrit, de la trace comme champ de la vérité historique. À le suivre, nous sommes conduits à rappeler que l’acte de parole – fut-il signé – actualise quelque chose de la trace, de l’histoire infantile et nous convoque à l’entendement de ce dire du langage comme site du vrai.
Les idéaux dominants culturellement institués du paradigme déficitaire dénient de fait à ces sujets la possibilité de suivre et d’explorer les voies de leur propre humanisation. Ils font en effet entrave à la trouvaille symboligène d’un matériau langagier appelé par les inscriptions pulsionnelles. Une telle privation revient à instituer une mutilation des racines langagières coupant ces sujets des langues qui leur parlent ! Ainsi se construisent des dispositifs d’accueil qui ratent le plus souvent la portée des inscriptions symboliques. Comment faire place – au plus tôt – à de telles modalités du dire permettant ce « parler à d’autres » (Lacan 1955, p. 47). Comment autoriser et soutenir la trouvaille de ces réseaux langagiers qui parlent à de tels sujets ?
Notre ouverture à ces signes pour le dire fait alors entendement de ce qui fit transmission désirante pour ces sujets et cherche des voies métaphorisantes langagières pour advenir. Ainsi, « le rebut, le refusé de l’observation » peut se trouver réinscrit dans une toute autre textualité, ouverte à la dimension subjective, à ce qui échappe, à l’insu et ses traces qui seules opèrent pour faire transmission désirante.
La haine du sujet et du symbolique qui résonne si fort dans notre modernité instrumentalisante ne peut que participer au déni de la puissance de révélation de la parole et du langage. Site du vrai, échos du message symbolique, de la trace, la prise de parole chez tout sujet actualise dans l’adresse à l’Autre, ce qui des inscriptions fondatrices cherchent à advenir.
L’œuvre freudienne s’articule à cette puissance de révélation du parler humain et rend caduque toute vision lâchant cette face signifiante pour faire du signifié et de sa maîtrise l’horizon lointain d’une idéale communication. Le statut du refoulé et des inscriptions est ici en cause. En cause aussi une certaine conception de la vérité qui reconnaît au seul dire du sujet le possible d’une trouvaille subjectivante, pour peu qu’advienne une véritable offre d’écoute. Que sans cesse nous ayons à rouvrir ce qui au dire même de Freud (1917, 183) est si dérangeant pour le narcissisme n’est pas surprenant. « La psychanalyse devrait être la science du langage habité par le sujet. Dans la perspective freudienne, l’homme c’est le sujet pris et torturé par le langage » (Lacan 1956, p. 276).
À contrario de l’expert-spécialiste et plutôt qu’à son illusoire savoir, le profane tente de prêter attention à ce qui insiste de l’éros du sujet.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Balmes, F. 1997. Le nom, la loi, la voix. Freud et Moise : Écritures du père 2, Toulouse, érès.
·  Dolto, F. 1984. Communication en psychanalyse. Études et recherches II, 2 lpe, p. 39-46.
·  Freud, S. 1914. « Le Moïse de Michel-Ange », trad. B. Féron dans L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, p. 84-123.
·  Freud, S. 1917. Traduction française B. Féron, 1985. « Une difficulté de la psychanalyse », dans L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1987, p. 173-187.
·  Freud, S. 1939. L’homme Moïse et la religion monothéiste, Paris, Gallimard, traduction française C. Heim, 1986.
·  Gori, R. 1996. La preuve par la parole, Paris, puf.
·  Harari, R. 1996. Les Noms de Joyce, sur une lecture de Lacan, trad. Gabriela Yankelevitch et Lucila Yankelevitch, Paris, L’Harmattan, 1999.
·  Hassoun, J. 1993. L’exil de la langue, Paris, Point hors ligne.
·  Lacan, J. 1955-1956. Livre III, Les psychoses, Paris, Le Seuil, 1981.
·  Lacan, J. 1976. « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », Scilicet 6/7, p. 5-64.
·  Lemerer, B. 1997. Les deux Moïse de Freud. 1914-1939. Freud et Moise : Écritures du père 1, Toulouse, érès.
·  Meynard, A. 2002. Quand les mains prennent la parole, Toulouse, érès.
·  Rabinovitch, S. 1997. Écritures du meurtre. Freud et Moise : Écritures du père 3, Toulouse, érès.
 
NOTES
 
[*]André Meynard, psychanalyste, docteur en psychologie, laboratoire de recherches en psychopathologie clinique, université d’Aix-Marseille I.
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