Cliniques méditerranéennes
érès

I.S.B.N.2-7492-0155-1
320 pages

p. 277 à 291
doi: en cours

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no 68 2003/2

2003 Cliniques méditerranéennes Autres travaux

La psychanalyse et les pratiques sociales : questions

Yves Baumstimler  [*]
Pour Lacan, la dimension centrale du transfert est le recel de l’objet perdu. Herbert Graf (le petit Hans) révèle, en 1972, son odyssée dans la psychanalyse en rapport avec ses choix professionnels. Dans son travail avec Freud il y a deux moments où on peut parler de ligature de l’hémorragie de l’imaginaire. Le premier moment est celui où Freud et le père conviennent de dire que la phobie des chevaux est une bêtise, le deuxième celui où Freud dit au garçon que son amour de sa mère et sa crainte du père lui étaient connu avant sa naissance. Freud donne les raisons des limites de l’analyse du transfert.Mots-clés : Hans, pratique sociale, psychanalyse, transfert. For Lacan, the central dimension of transfer is the receiving of the lost object. Herbert Graf (Little Hans) revealed, in 1972, his odyssey through psychoanalysis in relation to his professional choices. In his work with Freud there are two moments where we can talk about ligature of the haemorrhage of the imaginary. The first moment is that where Freud and the father concur in stating that the phobia of horses is a stupidity, the second that where Freud tells the boy that his love for his mother and his fear of the father were known to him before his birth. Freud gives the reasons for the limits to analysis of the transfer.Keywords : Hans, social practice, psychoanalysis, transfer.
Je voudrais aborder ici la question du principe de plaisir et du déplaisir en lien avec le traumatisme en travaillant à partir de l’au-delà du principe de plaisir [1] (1920). Comment mettre fin à la répétition ? Il faut entendre cette dernière comme la mise en place d’un mécanisme par lequel un sujet fait subir à son entourage la violence, entendu au sens subjectif, mais pas seulement, qu’il a lui même vécue et expérimentée dans son enfance.
Pour Freud le transfert est le lieu de la répétition or, la répétition peut-elle avoir une fin ? Peut-on penser que la répétition sans fin est en rapport avec l’analyse sans fin qui se heurte à ce que Freud appelle, vers la fin de ses travaux, le roc de la castration ?
Lacan, mettant l’accent sur le psychanalyste, nous permet un pas de plus : il considère qu’il existe une dimension centrale au transfert comme lieu de recel de l’objet partiel.
On peut alors considérer que le transfert est la conséquence d’un amour dans le réel se manifestant sous des formes multiples et met ainsi à jour le manque du sujet qui est la cause de son amour. Dans le meilleur des cas le sujet va découvrir un signifiant qui est l’objet a cause de son amour : ce qui lui permettra de laisser tomber l’objet, cause de la répétition et cet élément de transfert.
Le manque du sujet serait à articuler autour de la question du nom du père, là où le savoir fait fonction de vérité : là où l’énigme de la Sphinge vient occuper une place centrale dans le pouvoir que donne le savoir sur la réalité mais là, où ce savoir ne peut donner lieu qu’à un mi-dire, puisqu’il implique la rencontre avec la mère qui évidemment ne peut être que voilée. C’est donc une opération de voilement et dévoilement continuel à laquelle nous aurions à faire.
Cette position du psychanalyste brièvement définie dans le transfert implique de prendre en compte ce qu’est le père pour ce sujet analysant.
Le souci de Lacan aura été de trouver le bon moyen de poser la question de cette relation particulière établie dans une cure, plutôt que d’apporter une réponse qui aurait risqué de ne s’appuyer que sur des préjugés de réalité. Après qu’il ait, dès 1957, dit que pour lui l’interrogation « Qu’est ce que le père » était « comme éternellement non résolue, du moins pour nous, analystes [2] », le père va être un terme de l’interprétation mais en aucun cas quelqu’un. C’est un terme référentiel et Porge de conclure très justement : « Si le père n’est que référentiel, les noms pour le désigner sont des noms de relation au père [3]. » Lacan, à la suite de Freud, reprend le Pater semper incertus et c’est cette incertitude de structure qui rend incontournable l’appel du nom qui nomme le père, pour lequel Lacan a inventé le Nom-du-Père. On aura compris que le nom du père est une métaphore. La métaphore implique un double mouvement de liaison et de disjonction.
Ce qui fait effet de vérité c’est l’incidence du désir de l’Autre, dans l’amour évidemment mais aussi dans les mysticismes. Le désir de l’Autre est, plus marqué dans le mysticisme chrétien que dans la tradition hébraïque parce que les images n’y sont pas interdites et parfois d’un réalisme sidérant comme Freud l’a bien perçu avec la statue de Michel Ange.
Cependant la position du sujet par rapport au nom propre est différente de celle du rapport au Nom-du-Père : en effet le nom désigne le sujet en tant que sujet divisé : la détermination de celui-ci lui est extérieure : il y a un obstacle radical à son auto-appréhension. Avec son nom le sujet est confronté à l’énigme du désir de l’Autre, c’est le fameux « Che Vuoi ».
Il est question ici d’ouvrir une discussion sur l’interprétation et de voir le lien entre une parole, un dire, bref, une intervention du psychanalyste qui peut avoir valeur de signifiant et mettre fin à des conduites répétées.
Toute interprétation, serait-elle faite par l’analyste ou le patient ne serait-elle pas une métaphore ? Il s’agit d’interrompre, voire de couper une chaîne associative marquée par le fantasme.
Je prends l’exemple dans le livre de Pierre Rey [4] : Lacan en l’accompagnant à la porte dit « à demain », Rey de lui répondre : « Je n’ai pas d’argent » et de nouveau Lacan : « À demain. » C’est cet argent que l’analysant n’a pas qu’il doit céder. Rey écrit que, pour lui, l’intervention de Lacan avait eu valeur d’acte.
À la suite d’un travail sur « Secret-errance-ligature [5] » j’ai tenté de voir si le terme d’origine religieuse de ligature permet d’ordonner un certain nombre d’observations pris dans la clinique psychanalytique et sans doute plus précisément dans les pratiques sociales, les plus diverses, où d’ailleurs des psychanalystes interviennent de plus en plus souvent. Si ce terme a pris sens dans la religion il est intéressant de voir s’il peut être utilisé pour désigner certains actes de la pratique psychanalytique.
On ne peut interpréter en dehors d’une construction que l’on nomme habituellement mythe. Quel sont les mythes de Freud et de Lacan ? Pour Freud le mythe autour duquel il construit sa métapsychologie est celui d’Œdipe, pour Lacan, ce serait plutôt celui d’Antigone. C’est-à-dire que nous sommes parfois confronté, sans en être parfaitement conscient, à un au-delà de la parole et il me paraît essentiel de savoir où se trouve cet élément absent et cependant présent mais caché, dans la structure du discours ou dans un appel à un ailleurs transcendant.
 
L’interprétation comme arrêt d’une hémorragie de l’imaginaire dans la clinique psychanalytique
 
 
Un premier repérage, qui est un premier regard permet de découvrir comment Freud met en place, dans les premiers temps de la psychanalyse, des opérations qui marquent l’arrêt d’une hémorragie de l’imaginaire.
Prenons l’exemple de Hans (né le 10 avril 1903 à Vienne, mort en 1973 à Genève) qu’on pourrait maintenant situer dans le champ d’une pratique sociale puisque le père fonctionne comme analyste dans une « supervision » avec Freud. Nous verrons les différentes raisons qui justifieraient cette position.
Rappelons brièvement que le père écrit ses observations et ses échanges avec son fils journellement, qu’il les envoie à Freud qui ne s’entretiendra avec l’enfant, durant cette cure, qu’une seule fois.
Celle qui sera la mère de Hans est en analyse chez Freud au début du siècle, elle parle à son petit ami de ce qu’elle fait sur le divan de Freud. C’est du critique musical Max Graf dont il s’agit : Freud très intéressé par ce qui lui dit sa patiente invite celui qui a déjà publié des ouvrages et qui donne des articles dans différents journaux. Max Graf sera invité aux réunions du mercredi dès le début et il y restera jusqu’en 1909, date de son départ du groupe. Il interviendra à plusieurs reprises à ces réunions en parlant de l’écriture musicale chez Beethoven et Richard Wagner. Freud publiera certains de ses articles.
C’est un désaccord sur l’éducation religieuse à donner au « petit Hans » qui va induire l’éloignement du père, en effet Freud avait conseillé de donner une éducation conforme à sa judéité. Le père pensa, comme beaucoup de juifs allemands, à cette époque, qu’il pouvait épargner l’hostilité antisémite en évitant quelques marquages religieux dans l’éducation de son fils. Constatons aussi que Mahler était le parrain du petit Hans, que lui-même s’était converti au catholicisme pour occuper le poste de directeur de l’opéra de Vienne. Dans un article publié pour la première fois en 1942 le père désigne la relation établie avec Freud comme une relation de dépendance instaurée par Freud et refusée par lui. On trouve, dans un article publié après la mort de Freud, sous l’écriture du père, la phrase suivante qui désigne le caractère de la relation transférentielle à Freud : « Je ne pus ni ne voulus me plier aux “faites” ou “ne faites pas” de Freud [6]. »
Le travail de Freud avec Hans et son père se déroule entre le 1er janvier et le 2 mai 1908 : l’histoire commence par le déclenchement d’une névrose d’angoisse particulièrement sévère alors que Hans a 4 ans et 9 mois. Le savoir psychanalytique du père a été glané aux réunions du mercredi auxquelles il assiste depuis le début de celles-ci en 1900. Par contre le père n’y assistera plus l’année de la publication de l’article.
Compte tenu de ce repérage dans la réalité qui dépasse le cadre analytique de la cure, je parlerai de Hans plutôt que du « petit Hans » puisqu’il est devenu Herbert Graf pour nous. Beaucoup d’éléments de réalité de ce « cas » ont été donnés depuis la publication de 1909 : déjà en 1922 Freud va ajouter un épilogue à son texte en écrivant que Hans est venu le voir et qu’il est devenu « un beau jeune homme » de 19 ans. Vu le but que je poursuis, il m’a paru souhaitable de tenir compte des données nouvelles en notre possession. Je sors donc d’une orthodoxie stricte de travail analytique sur un cas clinique pour envisager son insertion dans l’histoire. C’est effectivement le cas pour tous les sujets qui sont « aidés » ou pris en charge par des organismes sociaux et qui ne sont plus, de la sorte, anonymes.
Les circonstances qui ont entouré ce travail de Freud nous sont de plus en plus connues : le « petit Hans » est devenu un grand metteur en scène d’opéra qui a parlé de son rapport à la psychanalyse. Ce qui va dans le sens de la position que je soutiens ici, c’est que Freud, dès le début de son travail avec le père et l’enfant, ne trouve pas nécessaire de respecter l’anonymat de cette « affaire » : il cite le prénom original : Herbert, dans la première édition, c’est Stravsky qui le mentionne en 1953 dans la Standard et Freud va jusqu’à donner l’adresse de la famille dans son texte même : « 123 Untere Viaduktgasse ». Cependant le nom n’est jamais dit ; c’est « Hans », c’est-à-dire Herbert Graf qui révèle, officiellement en 1972, dans une interview avec Francis Rizzo, son odyssée dans l’histoire de la psychanalyse [7] et qui me permet ainsi l’analyse que je conduis.
Herbert Graf en révélant son identification dans la psychanalyse nous autorise à rapprocher le texte de Freud avec le texte de son interview.
Dans le texte publié par Freud je vais relever les passages qui donnent des indications intéressantes sur une intervention qui a pour effet de couper une relation transférentielle possible et dans le même temps de lier une production psychique à l’histoire œdipienne du sujet.
Dans le texte de Freud je verrai deux moments où la question d’une ligature peut se poser : le premier est sur la décision du père et de Freud de parler de « bêtise » à propos de la phobie de Hans et le second est l’introduction, par Freud, dans la cure du mythe d’Œdipe.
C’est au moment où il apparaît au petit Hans que jamais il ne pourra avoir quelque chose de son père et que, d’autre part, le père est comme une mère auprès de lui qui l’emmène chez sa propre mère, dont il n’a par ailleurs rien à dire, que Freud et le père décident alors de dire à l’enfant « que toute cette histoire de chevaux était une bêtise et rien de plus ». Il s’agit donc bien d’un moment pour conclure après un moment pour voir et un moment pour comprendre. C’est à partir de là qu’ils vont travailler. La proposition de Freud fonctionne comme coupure dans l’hémorragie de l’imaginaire du père et du fils.
Si le père pense que cette histoire est la conséquence de « la tendresse excessive » de la mère, il ne peut être question, pour Freud et pour le père, d’interroger la relation de Hans à sa mère « si bonne et si dévouée » écrit Freud. Mais à vrai dire on ne sait pas toujours si c’est de la mère de Hans ou de la mère du père dont il s’agit, sans doute les deux sont en cause. Il pourrait aussi bien s’agir de Freud lui-même car c’est lui qui écrit [8] : « Je connaissais déjà le drôle de petit bonhomme et, avec toute son assurance il était si gentil [9] que j’avais chaque fois plaisir à le voir. » Freud fait, sans doute, allusion aux visites qu’il rendait à la famille et lors desquelles il avait rencontré le gamin avant la cure.
Effectivement dans l’activité des travailleurs en milieu dit ouvert on ne peut prendre en compte que les sujets qui sont là, alors que dans la psychanalyse c’est, à partir du silence du psychanalyste que l’absent peut occuper toute la place. Pour Freud la mère ne pouvait pas être absente du fait de la présence du père qui la représentait en somme. Freud est obligé, en parlant de la mère de Hans, de conclure dans son texte : « Elle avait à remplir un rôle prescrit par le destin et sa position était difficile. » Nous verrons les conséquences que cela a pu avoir dans le déroulement de la cure.
Freud sacrifie toute une partie de son analyse qui concerne la mère : la structure de la relation entre le garçon, le père, la mère et Freud ne permet pas l’analyse de la « tendresse » de la mère dans sa relation à son fils. C’est bien la mère qui ne voit aucun mal quand le fils vient à prendre la place du père dans le lit. Freud dit clairement que la mère, en repoussant les avances de l’enfant en les désignant comme des cochonneries a accéléré l’entrée dans le processus de refoulement. Il mentionne que cela ne peut lui être reproché.
La seule solution était, pour Freud, de s’entendre avec le père, qui est quand même celui qui est venu consulter et ils décident, ensemble : de désigner la phobie du petit Hans comme « bêtise » « et rien de plus ». C’est une nomination et dans le même temps une négation, à cause du « rien de plus ». Le petit Hans aura à travailler sur sa « bêtise ». C’est d’ailleurs ce qu’il va faire, durant sa vie. Il parlera, dans l’entretien qu’il accorde en 1963 de sa « nostalgie » de la mère et il sera l’un des premiers metteurs en scène d’opéra à utiliser des chevaux sur scène. La nomination « bêtise » a pu constituer une réalité sur une autre scène, celle où le « Kravallmachen » devient un chant. Or c’est bien son père qui était spécialiste d’opéra lyrique. Il me semble donc légitime de parler, dans ce cas, de ligature car en fait c’est l’inscription dans un mythe de cette peur des chevaux qui a pu constituer une autre scène, au sens de « Schaubühne » mais, cette fois-ci publique, où ce qui peut se dire est mis en musique et chanté.
Pourtant, dans la cure de Hans, il y a un appel à un père plus viril. Freud dit bien que les absurdités que Hans maintient sont une tentative de vengeance contre son père : il sait bien que sa petite sœur n’a pas été apporté par la cigogne puisqu’il a bien vu le « gros ventre » de sa maman ; par contre, il dit clairement qu’il est fier quand il arrive dans le lit des parents et qu’il aimerait bien que le père en tombe pour rester seul avec elle. Il va jusqu’au fantasme d’une blessure du père mais doit se cacher ensuite.
Hans est confronté aux sensations qui lui viennent de son sexe qu’il appelle « Wiwimacher » que l’on traduit, à juste titre au niveau des signifiés par « fait-pipi ». Hans, dans la réalité, malgré l’importance subjective de son organe, est obligé de prendre en compte ses caractères réduits, infime organe radicalement insuffisant qui n’est jamais situé, dans la parole des parents, par rapport à sa fonction de reproduction. La mère fait remarquer que c’est une « cochonnerie », ce qui montre plus le problème de la mère que celui de Hans. Le père lui demande de ne pas se toucher mais lui, jouit de son organe, sans éjaculer, bien sûr : n’empêche qu’il jouit [10]. Il y a là quelque chose qui échappe totalement à sa volonté et on comprend alors pourquoi cet organe devient tellement important. La culpabilisation sur le sexe mise en place par le père et la mère ne permet absolument pas à Hans de laisser tomber son objet phobique car elle met, hors jeu, les personnages, c’est-à-dire le père et la mère, qui précisément justifient, du fait de leur positionnement, la phobie.
C’est évidemment grâce à la confrontation à son père que cet organe va jouer un rôle si essentiel : il entre dans le lit des parents, la mère insiste pour l’accepter, le père proteste, il en chasse le père et demande ensuite à celui-çi pourquoi il est tellement jaloux ! Le père de répondre qu’il n’est pas jaloux ! Le fils ne peut, dans ces conditions, que craindre que le père ne parte. De nier cette toute-puissance du « petit » sur la mère c’est une façon de partir, et plus justement encore c’est dire qu’on est déjà pas là ! En fait il s’agit bien d’une demande de Hans d’être confronté à un autre jaloux dira Lacan. La non réponse à ces appels va évidemment rendre la phobie indispensable : la castration au lieu d’être symbolique sera imaginaire. Hans aura non seulement peur des chevaux, à cause du Kravallmachen, mais aussi que son père ne parte et il aurait alors été confronté au désir de la mère dont il ne sait rien.
 
Mais quelle explication Hans donne-t-il de sa phobie ?
 
 
Je repère deux moments, le premier est le matin du 9 avril [11] après que sa mère eu acheté une culotte jaune : Hans se jette par terre et crache en faisant « Pfoui » ce qui s’écrit « Pfui » en allemand. Le père lui demande alors pourquoi il fait « Pfoui » et il répond « wegen der Hose » : « à cause de la culotte ». Suit alors uns longue explication où il dit, qu’à ce moment-là, il pense devoir faire « loumf ».
Dans l’après midi le père en rentrant à la maison avec Hans demande, à ce dernier, « presque sans y penser » écrit-il, s’il a joué, quand ils étaient à Gmunden, au cheval. Hans avait, à ce moment-là, deux copains Fritz et Franz, ils jouaient au cheval et au cocher, Fritz a chuté contre une pierre et a saigné. Le père pose alors sa question : « Et c’est là que tu as attrapé la bêtise ? »
La réponse de Hans est tout à fait singulière et va nous mettre sur la voie ou le chemin, le « Weg », et demande ainsi toute notre attention, ce qui m’oblige à donner d’abord la réponse de Hans en langue allemande : « wegen dem Pferd » und « wegen dem Pferd » (er betont das « wegen »), und so hab ich vielleicht, weil sie so geredet haben « wegen dem Pferd hab ich die Dummheit gekriegt. » On obtient alors : « “à cause du cheval” et “à cause du cheval” (il accentue le “à cause”), et ainsi j’ai peut-être attrapé la bêtise. » Freud, dans une note de bas de page, indique que Hans ne veut pas dire qu’il a attrapé, à ce moment-là, la bêtise, mais que cela est en connexion. Pour la théorie ce qui est l’objet d’une phobie a été précédemment l’objet d’un vif plaisir. Le « wegen » a ouvert la voie à l’extension de la phobie aux voitures « Wagen ». On passe ainsi du « à cause de » (wegen) aux « chemins » (Wegen) des « voitures » (Wagen).
Le père n’ayant pas pris en compte la proximité entre les deux mots « wegen » et « Wagen » : un détail avait échappé au père mais non pas à Freud, Hans prononçait « wegen » « Wägen ». À ce sujet Freud écrit que si l’enfant traite les mots comme des choses, il s’ensuit aussi que les consonances verbales suffisent à les rapprocher. Le père a fait remarquer, dans un texte qui ne sera publié qu’en 1942 [12] que lors du troisième anniversaire de son fils, donc en 1906, Freud était venu à la maison avec un cheval à bascule comme cadeau.
Quelle est maintenant la version de Freud ? Freud [13] écrit : « Si j’avais été le seul maître de la situation, j’aurais osé fournir encore à l’enfant le seul éclaircissement que ses parents lui refusèrent. J’aurais apporté une confirmation à ses prémonitions instinctives en lui révélant l’existence du vagin et du coït, j’aurais ainsi largement diminué le résidu qui restait en lui et j’aurais mis fin à son torrent de questions. » C’est la raison pour laquelle on peut se demander si « Wiwimacher » ne serait pas mieux traduit par « wie, wie machen », « comment, comment faire ? » : c’est là une vraie question, il aurait suffit que le père entende ce mot, dans le sens d’une interrogation, pour rendre la phobie inutile. Nous sommes là au niveau d’une vraie question, valable pour tout mâle.
Tout ce travail a été possible grâce aux jalons que Freud avait posés pour un travail analytique, ce fût une intervention interprétative qui aura marqué une sédation de l’angoisse et rendu possible les élaborations dont je viens déjà de rendre compte. Le discours de Hans a changé de structure comme je vais le montrer maintenant.
Hans est confronté à deux possibilités contradictoires : ou bien la jouissance de la mère, mais alors le père est mort, ou bien le meurtre du père, le père est alors bien vivant et la mère interdite. Toutes les cures peuvent se résumer dans la manière de concilier l’amour pour la mère avec la peur du père. La révélation de cette contradiction permet, sous la forme d’une interprétation une distanciation tout en sauvegardant le désir. Pommier [14] a développé cette argumentation, il en fait le cœur de la cure analytique en tant qu’elle implique que le sujet prenne en compte ces contradictions.
Freud [15], au cours du seul entretien qu’il aura avec le fils, en présence du père, avait introduit, le 30 mars, Hans dans le mythe d’Œdipe à travers une révélation en deux temps, il lui dit d’abord « qu’il avait peur de son père parce qu’il aimait tellement sa mère » et dans un second temps il inscrit ces sentiments dans l’histoire en disant : « J’avais déjà su qu’un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu’il serait par la suite forcé d’avoir peur de son père, et je l’avais annoncé à son père. » Ce qui permet le passage entre ces deux moments c’est l’amour du père, l’hostilité du fils vis-à-vis du père n’empêche pas celui-ci de l’aimer et en conséquence il peut se confier [16] à lui. Si l’histoire dite ainsi n’avait pas été un mythe nous conclurions à un oracle. Le complexe d’Œdipe occupe dans la psychanalyse une place centrale et Lacan d’écrire dans la proposition d’octobre 1967 : « Retirez l’Œdipe et la psychanalyse en extension devient tout entière justiciable du discours du président Schreber. » Les paroles de Freud sont une double révélation, une révélation d’un mythe et une révélation faite à Hans avec la précision que celle-ci avait déjà été faite au père pour son fils. Hans et le père sont ainsi assignés à une place, dorénavant Hans va utiliser le futur antérieur pour parler de sa position dans les événements du passé.
Le travail d’élaboration de Hans a été possible grâce aux repères œdipiens que Freud avait ainsi posés : on constata une sédation de l’angoisse, une diminution de la phobie et amélioration de l’état du garçon.
La désignation de la phobie comme bêtise lui enlève tout caractère intemporel, la peur des chevaux devient un moment dans l’histoire du sujet. Constatons la cohérence entre la désignation de la phobie comme bêtise, la prédiction et l’Œdipe : du côté de Freud tout était dit.
Dans le même temps l’Œdipe pose un problème puisqu’il met au premier plan la question du père comme idéal : laissons cette question ouverte pour l’instant et intéressons-nous aux girafes de Hans. Je précise qu’il s’agit du même mot en allemand (Giraffe) qu’en français, à une lettre près, la prononciation sera cependant guiraffe dans la première langue.
Bien avant ce travail avec Freud et le père, Hans avait demandé au père de dessiner une girafe, ce qu’il avait fait, Hans ajoute, au dessin du père, un grand trait détaché du corps et qui représenterait le « fait-pipi » de cette girafe : c’est un symbole sur une feuille de papier : le dessin est phallicisé. Hans va inventer une petite et une grande girafe, la petite qui est, sans doute, un double de la mère et son phallus, on peut la tenir, la chiffonner, s’asseoir dessus. La petite qui représente aussi sa sœur restitue à la mère son phallus. Pour les parents la grande et la petite girafe sont le père et la mère. Or pourquoi ne pas remarquer qu’on trouve dans le mot allemand de « Giraffe » les quatre lettres du patronyme « Graf » : tout cela ne serait-il pas une façon de jouer avec un des noms du père ? Toute la famille joue à ce jeu, en effet, le père dit à la mère, au moment de partir et en pensant reprendre les paroles du fils : « Au revoir grande girafe ! »
Dans ce contexte, l’interprétation de Freud du 30 mars, va mettre de l’ordre, en permettant aux fantasmes de Hans de se révéler et en introduisant une autre temporalité du discours de l’enfant. Il y aura un point d’origine perdu mais il y aura désormais un avant et un après, situés tous deux dans le passé.
Hans introduit à la métaphysique par les paroles de Freud sur le destin, dit à son père : « Le professeur parle-t-il avec le bon Dieu, pour qu’il puisse savoir tout cela d’avance ? ». Freud écrit dans son texte après que le père lui eu rapporté la remarque de son fils : « Je serai extrêmement fier de cette attestation de la bouche d’un enfant, si je ne l’avais moi-même provoqué par ma vantardise enjouée. » Freud sait ce qu’il dit : ce qu’il a dit à Hans a eu un effet de ligature : il l’a inscrit dans la lignée humaine où savoir et connaître se distinguent. Dans le même temps il confirme que cette histoire, de phobie est une bêtise. Invoquer Dieu pour justifier un tout savoir est une folie, Dieu vient symboliser une absence et Freud ne manque pas de le signaler en parlant de ses « Prahlereien » que l’on doit aussi entendre comme forfanteries. C’est bien évidemment Hans qui interprète, et Freud de le reconnaître ! Le Dieu dont a parlé Hans symbolise une absence et c’est donc ce mouvement dans l’analyse qui permettrait de parler de ligature : l’Œdipe étant mis en position de mythe originaire.
Pour expliquer ce qu’est pour lui sa phobie Hans et son angoisse devant un « krawallmachen », se couche par terre et agite ses jambes en parlant de son effroi devant un cheval qui tombe et gigote des pieds. Hans en interrogeant cette intervention de Freud dit clairement qu’elle ne lui convient pas, on peut alors le désigner comme un « Krawallmacher », c’est-à-dire comme un rebelle (Anführer). Freud, dans l’article qu’il avait remis au père au début du siècle dit ceci « les héros sont tout d’abord des rebelles, envers Dieu ou quelque chose de divin, et c’est du sentiment de détresse qu’éprouve le plus faible face à la violence de Dieu qu’il faut tirer du plaisir, par satisfaction masochiste par jouissance directe de la personnalité dont la grandeur est quand même accentuée [17] ». Le désir de Hans de devenir metteur en scène peut s’inscrire dans la suite logique du fantasme de « Krawallmachen », il l’inscrit dans la culture et dans le même temps le personnage désire resté caché, à l’arrière plan de la scène. Le metteur en scène d’opéra est pour Herbert Graf l’homme invisible. Pour que ce trait apparaisse comme un trait d’humour il convient de remarquer que le caché du « Krawallmachen » est justement ce qui d’aucune façon ne peut se montrer : la voix de l’organe : le phallus.
La dimension proprement transcendante de ce moment où le petit est en face « d’un super père », comme l’écrit Lacan, est narcissiquement très satisfaisant pour « le petit ». Il peut être fier d’avoir rencontré un tel père car, son propre père n’a pas réagi quand il aborda avec lui cette question. On sort du mythe individuel pour rentrer dans un mythe à valeur sociale où les impossibilités devant lesquelles se trouve l’enfant sont pris en compte. On peut, sans doute, considérer qu’à ce moment-là, le surmoi de l’enfant s’est mis en place, sous une forme définitive, les repères en sont donnés, Hans y gagnera son statut professionnel de metteur en scène mais y laissera ses possibilités de séduction et se retrouvera toujours dans des situations de dépendances. Son père était critique de musique mais il restait éloigné de toute production alors que le fils devenait metteur en scène d’opéra.
Nous aurions affaire à deux Freud, le premier serait celui qui interprète, il dit et pointe le désir en le situant dans le mythe œdipien, l’autre Freud se situe dans la relation transférentielle, il réintroduit quelque chose de la vie, de l’humour par exemple. Monique Schneider [18] a décrit deux voix de Freud dans l’interprétation des rêves « celle du théoricien interprète, incarnant le père ou le maître, et celle de ce que Freud appelle son « enfant rêve » : « Traumkind », l’enfant rêve venant déranger le sommeil du théoricien ». On pourrait dire que « le petit Hans » représente à la fois l’enfant qui a su dire quelque chose, en désignant l’origine de l’interprétation et celui à qui il aurait aimé parler sans intermédiaire : c’est-à-dire sans avoir besoin de passer par le père. Freud est donc bien conscient de cette structure de discours : le père et le fils sont ainsi liés.
Si maintenant nous nous interrogeons sur le père réel dans cette histoire nous débouchons sur le fait qu’il n’est pas invraisemblable que, dans le réel, celui-ci pouvait être la mère : il est vraisemblable qu’elle a parlé sur le divan de sa position de future mère par rapport à un enfant. Cela est bien confirmé par le début de l’intervention de Freud quand il dit « bien avant qu’il ne vint au monde, j’avais su qu’un petit Hans naîtrait un jour ». N’est-ce pas ce que Freud désigne comme sa vantardise ? Le terme allemand de « Prahlereien » qui figure dans le texte peut aussi être traduit par forfanterie ou bluff ce qui rendrait mieux le manque de manque dans cette construction théorique.
Ce qui nous manque dans toute cette observation c’est l’indication d’un espace creux qui représenterait le féminin, le phallique envahit toute la scène puisque la femme a aussi « un fait-pipi ». Les images sont essentiellement visuelles, on remarquera qu’aucune mention n’est faite sur des odeurs alors qu’il est pourtant question d’urine, de sang, et d’excréments. On ne peut reprocher cette absence de féminin à Freud car, vu le contexte du cas, il ne peut aller au-delà de l’analyse du rôle de la mère, sinon il eu fallu un autre dispositif où la mère aurait été partie prenante, c’est-à-dire absente. On sait depuis la lecture qu’on a pu faire de la correspondance entre Freud et Lou Salomé que Freud a pu métaphoriser la différence et l’écart des sexes par la suppression d’une particule verbale et qu’il n’a pu appeler sa correspondante que comme « Versteherin par excellence » (« compreneuse » par excellence). Altounian [19] a publié un article dont le titre est en lui-même un trait d’esprit, à partir du moment où on veut bien établir le lien avec le problème du « petit Hans » : « L’humour d’une particule ». Du verbe « verstehen » (comprendre) Freud extrait « stehen » (se tenir debout) et le sépare du trait grammatical de l’affixe ver, figuration du supplément d’une compréhension créatrice qu’il attribue à Lou Salomé, soit son aptitude à « comprendre davantage que ce qui se tient là (mehr verstehen als da steht) ».
La jouissance féminine, non-savoir et hors langage au bord du savoir fait trou. Lacan propose encore une solution : « pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? ».
N’y aurait-il pas une double ligature ; par rapport à Hans et par rapport au lecteur ? Pour le lecteur, la ligature est clairement indiquée quand Freud explique, dans l’introduction au cas, que seule la réunion de l’activité paternelle et de l’activité médicale en une personne et la rencontre en celle-ci d’un intérêt dicté par la tendresse et d’un intérêt scientifique a pu mettre en place ce travail. Le lecteur doit se contenter du lien entre l’activité paternelle et médicale. Il ne peut être question d’aller au-delà.
Dans le cas de la phobie une ligature ne peut être qu’une interprétation dans un rapport au Nom-du-père. Hans ne s’arrête pas à la culotte qui aurait pu devenir l’objet fétiche qui voile le manque, l’absence, le trou. Hans fait appel au père, au plombier qui enlève et remet : est-ce là un travestissement ? Il ne s’arrête pas là non plus, car il fantasme un père comme « Nackter » c’est-à-dire nu, non comme attribut mais comme nom. C’est Lacan [20] qui dans son séminaire sur la relation d’objet en 1957, avait pointé cet appel au père, sans vêtement, nu, comme nom.
Hans veut bien être avec sa mère mais il ne faut pas que cela dure, il faut que ce soit bref, c’est ce qu’il dit à son père le 21 avril, en lui proposant son histoire où lui, le père, tomberait sur une pierre et se blesserait. Hans n’est évidemment pas conscient de la contradiction de son propre désir : c’est sans doute ce qui explique sa réserve face aux possibilités de séduction, qui se marquera par son retrait de la scène et son désir d’en être l’homme invisible. La castration étant indiquée par le saignement qui se trouvait déjà dans le jeu avec avec Fritz et Franz. Remarquons aussi que, dans le choix des noms de Fritz et Franz on retrouve le tz, le z, l’x qui sera aussi dans le prénom du père : Max. En nous rapprochant du x nous sommes dans ce qui n’est pas connu, dans le « Rätsel », la devinette ce qui reste toujours voilé.
Maintenant, il faut tenir compte du fait que Freud a fait quelques réserves sur ce cas en disant qu’il était exceptionnel et il n’insiste jamais sur la possibilité de tenter d’autres expériences du même type. On peut conclure que ce cas a surtout une valeur d’enseignement didactique de ce que représente l’angoisse et de son lien à la question du père. Ce qui est en question c’est le transfert, il prend une forme mythique avec Freud mais ne peut d’aucune manière se développer, dans le cadre étroit du travail avec le fils et le père, ce dernier reste un père marqué par ses propres fantasmes par rapport à son fils et par rapport à sa mère et sa femme.
Ce cas paraissait intéressant à Freud car il montrait que la sexualité infantile existait et que, lui Freud, n’était pour rien dans l’approche que le petit garçon avait de ces questions. C’était une objection qui lui était souvent faite. Dans le même temps ce cas ne lui a rien appris qu’il ne connaisse déjà : par l’écriture il lui avait sacrifié son désir de connaître. Cela rend nécessaire une autre analyse…
 
De l’intrication pulsionnelle et de la déliaison
 
 
Serge Lesourd donne un exemple de la nécessité d’une déliaison dans un article au titre évocateur : « Dieu et la mère [21] ».
Il s’agit d’une mère qui tente de limiter le pouvoir de sa propre mère par des rites. Épouse malheureuse, car trompée par son mari, elle ne peut vivre, comme sujet divisé, qu’en acceptant le sacrifice de ses enfants sans pouvoir lui donner un sens mythique qui l’inscrirait dans une histoire humaine. Elle reste confrontée à sa propre mère qui aurait pour charge d’assurer la jouissance du sujet, qu’il faut tuer pour vivre et que l’enfant a pour charge de faire vivre. La patiente est ainsi confrontée à une série d’impossibles que rien dans ce tableau ne vient, dans un premier temps, symboliser.
Cette patiente se dit « bête », dans la croyance familiale sa mère est décrite comme peu douée, l’intelligence étant réservée aux autres. Les rites religieux sont des « bêtises » : son frère est mort d’une hémorragie causée par la circoncision. Au départ de son analyse, la mort, le sacrifice et la bêtise sont liés. Son propre enfant né hors sexualité, la fait vivre et lui donne un statut divin. On va retrouver, au cours de ses élaborations la ligature qui consiste dans le sacrifice de l’enfant qui doit s’entendre comme création d’un sujet divisé, opération nécessaire à la survie psychique.
Ces impossibles n’ont pu se résoudre que par la déliaison de son appartenance religieuse d’avec l’Un maternel. Elle a dû retrouver le désir de meurtre de l’origine et c’est ainsi que l’absence a pu prendre forme.
Par ce terme, d’absence j’entends ce que Freud a appelé dans « Troubles de mémoire sur l’Acropole » : « Ne pas aller au-delà du père et ne pas pouvoir en même temps le dépasser. » C’est le temps où la transmission de la généalogie se pose, c’est-à-dire où la figure parentale incarnée par le destin vient interroger la transmission de l’horreur. Hassoun [22] a indiqué que dans la transmission de l’horreur le ressentiment risque de faire tribu « pour prendre la place de l’écriture de l’histoire ou de la théorisation de l’événement ». En rester au ressentiment c’est rendre impossible la Spaltung entre séparation et déchirure et barre le passage pour le travail de deuil qui seul peut introduire à la généalogie. Le ressentiment se nourrit du déni que l’autre de la famille peut porter sur un acte qui peut avoir valeur de crime et de la nostalgie de l’horreur.
Revenons à Herbert Graf et ce qu’il nous dit dans l’entretien de 1967 à 64 ans. Son père était « bien sûr un homme extraordinaire, le plus extraordinaire que j’aie jamais connu ». Le fils de déclarer : « Il ne ma jamais poussé ni soutenu ! » Il lui reste le souvenir « de le voir sur le marchepied surchagé d’un trolley en partance pour le match de football du dimanche à la Hohe Warte, une main sur la rambarde, l’autre agripant son livre préféré, un exemplaire annoté bien usé de la critique de la raison pure ».
Herbert reste un rebelle qui n’accepte pas d’être dirigé, il place dans la bouche de Bruno Walter : « jeune homme j’ai entendu des choses tellement effroyable sur vous, que j’ai pensé que vous pourriez avoir quelque talent ».
Hans apparaît comme n’ayant pas pu échapper à une identification phallique. Il est celui qui reste dans l’ombre et fait chanter. C’est toujours la voix de l’autre qui est mise en scène.
Hans est confronté à un père qui est à l’écoute de son discours mais qui ne peut que le renvoyer à la mère c’est elle qui laisse le « petit » dans son lit ? On passe ainsi de la position de l’avoir à celle de l’être. Il restera l’homme invisible.
 
NOTES
 
[*]Yves Baumstimler, psychanalyste.
[1]S. Freud, Jenseits des Lustprinzips, 1920, G.W., t. 13, 1-70.
[2]J. Lacan, La relation d’objet, Le Seuil, 1994, p. 372.
[3]E. Porge, Les noms du père chez Jacques Lacan, 1997, érès, p. 8.
[4]P. Rey, Une saison chez Lacan, Robert Laffont, 1989, p. 87.
[5]Y. Baumstimler, L’exil de la parole (Secret-errance-ligature), texte ronéoté.
[6]M. Graf, « Réminiscences du professeur Sigmund Freud », The Psychoanalyttic Quarterly, 1942, XI, p 465-476.
[7]H. Graf, Mémoires d’un homme invisible, epel, 1993, 61 p.
[8]S. Freud, « Le petit Hans », op. cit., p. 119.
[9]C’est moi qui souligne.
[10]Le père a beau interroger, à de multiples reprises, son fils sur les gestes vis-à-vis de son sexe, il ne peut, évidemment, rien dire de sa jouissance.
[11]S. Freud, « Analyse der phobie eines fünfjährigen Knaben », G.W., t. 7, p. 293 et suivantes.
[12]M. Graf, « Réminiscences du professeur Sigmund Freud », The Psychoanalyttic Quarterly, 1942, XI, p. 465-476.
[13]S. Freud, « Le petit Hans », op. cit., p. 196.
[14]G. Pommier, « Le coup double de l’interprétation », dans « la célibataire », 1998, p. 29-42.
[15]S. Freud, « Le petit Hans », p. 120.
[16]Freud parle d’aveu et d’avouer qui nous renseignent sur la relation transférentielle qui est plutôt ici une relation de dépendance.
[17]S. Freud, Personnages psychopathiques sur la scène, dans Supplément de la revue l’unebevue, 1993, p. 10.
[18]M. Schneider, « Les métaphores de l’acte interprétatif », dans L’interprétation des rêves, dans Le travail de la métaphore, 1983, Denoël, p. 190.
[19]J. Altounian, « L’humour d’une particule », dans L’humour dans l’œuvre de Freud, Éditions Txo Cities etc, 1988, p. 66-69.
[20]J. Lacan, Le séminaire, La relation d’objet, 1956-57, 1994, Le Seuil, p. 332.
[21]S. Lesourd, « Dieu et la mère », dans Que fait de Dieu la psychanalyse ?, Erès, 2000, 33-40 ; P. Lévy, Que fait de Dieu la psychnalyse ?, Erès, 2000, 143 p.
[22]J. Hassoun, « De la déliaison », Césure, n° 5, 1993, 33-49.
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