2003
Cliniques méditerranéennes
Avant-propos
Marie-France Bonnet
On se souvient que la question de l’inconscient et du langage fut un thème majeur du VIe colloque de Bonneval en 1960. À la demande d’Henri Ey, Jacques Lacan avait résumé son intervention dans un texte écrit en mars 1964 et publié dans Écrits en 1966, Position de l’inconscient. Ce n’était pas la réalité de l’inconscient que le langage, objet de la linguistique dite structurale désignée alors par Lacan comme science pilote dans le champ des sciences humaines, venait éclairer mais sa structure. Depuis ces années-là, les ambiguïtés du comme un de la célèbre formule – l’inconscient est structuré comme un langage – n’ont pas vraiment cessé de tourmenter ceux, quelques-uns, qu’intéresse la pratique de la langue et de la parole. À commencer par Jacques Lacan lui-même qui, loin de s’en tenir au privilège de la structure et de la grammaire qui vient régler l’inconscient, précise au fur et à mesure de son enseignement, le rapport du langage au sujet de l’inconscient. De sa définition inédite du signifiant et de la lettre à la traduction de l’Unbewußte allemand par l’Une-bévue, il oriente sa recherche vers lalangue, allant jusqu’à formuler ce souhait dans l’une des conférences américaines en 1975 : « J’espère ne pas terminer ma vie sans avoir trouvé une chose ou une autre que je pourrai laisser à la postérité, quelque chose que j’aurais inventé. »
On trouvera dans ce numéro de la revue
Cliniques Méditerranéennes les articles de différents auteurs, linguistes et psychanalystes, qui ont témoigné de leur intérêt renouvelé
[1] pour ce champ de la parole et du langage. Ainsi, du langage à
lalangue, c’est le
vraiment qui se trouve questionné dans ces écrits, en tant que la vérité, comme l’invention, vise le réel et se révèle néanmoins impossible à dire au-delà d’un énoncé qui articule le savoir, qu’il s’agisse de représentation, d’énonciation ou d’écriture…
[1]
Les deux premières journées du séminaire de recherche « Psychanalyse et langage », organisé dans le cadre du Laboratoire de recherches en psychopathologie de l’université de Provence, ont eu lieu les 6 octobre 2001 et 13 juillet 2002, à Aix-en-Provence.