2003
Cliniques méditerranéennes
Langage et inconscient chez Freud : représentations de mots et représentations de choses
[*]
Michel Arrivé
[**]
On cherche à suivre la mise en place et l’évolution de la relation entre représentation de mots et représentation de choses dans la réflexion de Freud. C’est dans l’ouvrage de 1891 Zur Auffassung der Aphasien que Freud situe cette opposition dans le cadre de sa théorie de l’appareil de langage. Dans les trois grands ouvrages des années 1900, on peut suivre en pointillés la survivance de l’opposition dans les descriptions de productions langagières. Mais c’est dans l’article « L’inconscient » que l’opposition est utilisée de façon pleinement explicite pour la définition du concept d’Inconscient. La dernière partie de l’article signale et essaie d’expliquer la lecture que fait Lacan de cette analyse.Mots-clés :
Langage, Inconscient, conscient, représentation de mot, représentation de chose, signifiant, aphasie.
Here we seek to follow how the relation between representation of words and representation of things first emerged and developed in Freud’s thinking. It was in the work of 1891 Zur Auffassung der Aphasien that Freud posited this opposition within the framework of his theory of the linguistic faculty. In the three major works of the 1900s, we can follow as a series of hints in the text the survival of this opposition in the descriptions of language generation. But it was in the article « The Unconscious » that the opposition was used in a fully explicit manner to define the concept of the Unconscious. The last part of the present article evokes and attempts to explain how Lacan read this analysis.Keywords :
Language, Unconscious, conscious, representation of words, representation of things, signifier, aphasia.
La visée de cette communication est d’une extrême – et sans doute excessive – ambition. Le problème qu’elle cherche à poser – celui des relations entre langage et inconscient dans la réflexion de Freud – est d’une intense difficulté, pour des raisons qui sautent aux yeux de tout lecteur. Elles ont donné lieu à tant de commentaires et de polémiques qu’il sera à peu près inutile de les expliciter. Quant au moyen qui est choisi ici pour l’aborder – l’étude des rapports entre représentations de choses et représentations de mots – il est, à première vue, un peu moins inconfortable. Ce n’est sans doute qu’apparence : cette distinction, qui parcourt toute la réflexion de Freud, de 1891 à 1938, est entre toutes délicate. On ne s’en étonnera pas : elle ne fait à vrai dire que poser de façon localisée le problème des relations entre langage et inconscient.
Pour éviter les dérapages mal contrôlés, j’ai choisi de travailler de la façon la plus modeste possible : sur le mode historique, précisément chronologique, même si cette présentation risque d’entraîner certaines difficultés de compréhension du point de vue théorique. Mon exposé se trouvera donc réparti entre trois sections, qui correspondront à autant d’étapes de la réflexion de Freud :
- première étape. La genèse de la réflexion de Freud dans l’ouvrage de 1891 sur les aphasies ;
- deuxième étape. Un bref coup d’œil sur le statut du mot dans les trois grands ouvrages des années 1900 : L’interprétation des rêves (1900-1967), La psychopathologie de la vie quotidienne (1901-1922) et Le mot d’esprit dans sa relation à l’inconscient (1905-1988 ;
- troisième étape. La distinction des représentations de mots et des représentations de choses comme fondement de la distinction du (pré)conscient et de l’inconscient dans la Métapsychologie, et spécifiquement dans l’article « L’inconscient » (1915 b-1988) ;
- dans une quatrième étape sera posé le problème de la lecture faite par Lacan de la distinction freudienne et de la fonction qui lui est affectée dans l’opposition du (pré)conscient et de l’inconscient. On ne s’éloignera qu’apparemment de la réflexion de Freud : les perplexités de Lacan sont au plus haut point pertinentes à l’égard du postulat de « l’inconscient structuré comme un langage » et de son éventuel enracinement freudien.
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La genèse de la distinction dans l’ouvrage sur les aphasies (1891-1983)
Nous sommes en 1891. Freud n’a encore que 35 ans. Il est alors, selon ses propres termes, « l’auteur de travaux d’histologie et d’anatomie du cerveau
[1] ». L’ouvrage qu’il publie en 1891 cherche à décrire « l’appareil de langage » dans le cadre d’une critique de la théorie, alors dominante, de la localisation des fonctions psychiques – dont il retient cependant, comme on verra plus bas, certains résultats. Ce qui est particulièrement intéressant du point de vue qui nous intéresse, c’est la volonté affichée par le jeune médecin de « séparer autant que possible le point de vue psychologique du point de vue anatomique » (p. 122). C’est en effet en ce point de sa réflexion qu’apparaît la notion de « représentation de mot
[2] ». La mise en place qu’en fait Freud montre que pour lui le « mot » est, par définition, une représentation – en sorte qu’on ne s’étonnera pas, dans la suite, de voir utilisées de façon souvent indifférente les deux désignations
mot (Wort) et
représentation de mot (Wortvorstellung
[3]) : « Pour la psychologie, le “mot” est l’unité de base de la fonction de langage, qui s’avère être une représentation complexe, composée d’éléments acoustiques, visuels et kinesthésiques » (p. 123).
S’ensuit une analyse de l’apprentissage du langage, sous tous ses aspects – y compris l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. C’est cette exploration qui permet finalement à Freud de faire apparaître le « schéma psychologique de la représentation de mot » :
Schéma psychologique de la représentation de mot
L’analyse se conclut de la façon suivante : « Le mot est donc une représentation complexe, composée des images mentionnées, ou, autrement dit, au mot correspond un processus associatif compliqué où les éléments énumérés d’origine visuelle, acoustique et kinesthésique entrent en relation les uns avec les autres » (p. 127).
C’est en ce point qu’apparaît la notion de signification : il s’agit précisément de la « liaison du mot avec la “représentation d’objet” ». Celle-ci se trouve à son tour définie de la façon suivante : « La représentation d’objet elle-même est par contre [en opposition avec la représentation de mot, MA] un complexe associatif constitué des relations les plus hétérogènes, visuelles, acoustiques, tactiles, kinesthésiques et autres » (p. 127).
C’est sur cette conception de la relation entre représentation de mot et représentation de chose que se fonde la typologie freudienne des troubles du langage. De façon pleinement cohérente avec son analyse, il en vient finalement à distinguer trois « classes de troubles du langage » : l’aphasie de « premier ordre », aphasie verbale, qui touche « les associations entre différents éléments des représentations de mot » ; l’aphasie de deuxième ordre, dite « aphasie asymbolique, dans laquelle l’association entre la représentation de mot et la représentation d’objet est perturbée » ; enfin les « aphasies du troisième ordre », qui affectent « la reconnaissance des objets » (p. 128-129). L’innovation conceptuelle et terminologique de Freud consiste à déplacer la notion d’asymbolie des aphasies du troisième ordre – bizarrement qualifiées avant lui d’« asymboliques » – vers les aphasies du deuxième ordre, qui atteignent effectivement les relations entre représentations de mots et représentations de choses, c’est-à-dire précisément les relations symboliques.
On peut retenir pour cette analyse freudienne de la relation entre mots et choses les traits suivants :
1. Pour la représentation de mot, on peut poser, en première approche, que Freud envisage ce qui, depuis Saussure (1916-1972), est désigné comme signifiant. On aura remarqué, dans le schéma, la notion d’« image sonore », qui évoque assez précisément celle d’« image acoustique » qui, à peu près à la même époque, apparaît dans les réflexions de Saussure. Mais la différence avec Saussure se creuse très vite : l’« image sonore » n’est pas chez Freud le seul élément constitutif de la représentation de mot. Il y a aussi les « images visuelles », qui se répartissent à leur tour en « images de lecture » et « images d’écriture ». Enfin, il y a l’« image de mouvement », image des mouvements corporels (précisément ceux des organes de la phonation) qui sont nécessaires à la production du mot. C’est la pluralité de ces images qui rend compte de la possibilité de perturbations entre elles, et par là des aphasies verbales.
Une remarque au passage : Freud, en lettré exclusif, ne semble guère se poser la question du statut de la « représentation de mot » pour les sujets pratiquant une langue non écrite. C’est tout juste s’il effleure très rapidement le problème, en évoquant le cas des dialectophones (p. 124). Mais les sujets auxquels il pense disposent de l’écriture pour la langue littéraire voisine du dialecte qu’ils pratiquent par ailleurs. En sorte que finalement la possibilité même d’un mot dépourvu d’image visuelle semble lui être totalement étrangère.
L’ensemble de cette conception de la représentation de mot est à la fois substantialiste et synthétique. Par là elle s’oppose à peu près totalement à la conception saussurienne, en dépit de l’apparente parenté terminologique signalée plus haut.
2. La représentation de chose. Il n’est pas très aisé de déterminer si Freud pense, en termes linguistiques contemporains, à un référent ou à un signifié. Il semble toutefois qu’on soit plus proche d’un référent perceptuellement saisi plutôt que conceptualisé : ce n’est pas un hasard s’il précise, p. 127, qu’il « limite son raisonnement aux substantifs ». C’est ce qui explique que la représentation de chose est présentée comme « ouverte », c’est-à-dire susceptible de donner lieu à de nouvelles approches perceptives, en opposition avec la représentation de mot, qui est donnée comme « fermée ».
Où en est l’inconscient dans cette réflexion sur l’appareil de langage ? Apparemment, nulle part. On trouve certes dans l’ouvrage plusieurs occurrences de l’adjectif inconscient, mais il est pris de façon « descriptive », comme Freud dira plus tard. Et cependant on trouve en un point de la réflexion un passage où semble se dessiner, en creux, quelque chose de non-énoncé qu’on est tenté d’interpréter comme une préfiguration de l’inconscient. Au moment où Freud entreprend d’étudier le problème mystérieux des relations entre la « représentation » psychique – il n’est pas spécifié ici s’il s’agit de la représentation de mot ou de chose – et son « corrélat physiologique », la modification de la cellule nerveuse, il aborde la difficulté de la façon suivante : « Quel est le corrélat physiologique de la représentation simple ou qui réapparaît pour elle-même ? Visiblement pas quelque chose qui est au repos, mais plutôt quelque chose qui est de la nature d’un processus. Ce processus n’est pas incompatible avec la localisation. Il part d’un endroit particulier du cortex, et s’étend de là sur tout le reste du cortex cérébral ou bien le long de voies particulières. Lorsqu’il a eu cours, il laisse derrière lui une modification, la possibilité du souvenir. Il est tout à fait douteux que quelque chose de psychique corresponde pareillement à cette modification. Notre conscience ne présente rien de semblable qui, du côté psychique, justifierait le nom d’“image mnésique latente”. Cependant aussi souvent qu’est stimulé le même état du cortex, renaît à nouveau le psychique sous la forme d’une image mnésique » (p. 106).
Il faut, pour bien comprendre ce texte difficile, en rapprocher deux phrases. D’une part la proposition négative, qui exclut de la conscience toute possibilité d’« image mnésique latente ». Et d’autre part l’assertion positive, qui fait renaître à nouveau le psychique sous la forme d’une « image mnésique » : le lieu de renaissance de cette image, n’est-ce pas l’inconscient, même s’il n’est pas explicitement nommé ? Et l’on voit qu’ainsi compris le texte préfigure avec une précision absolue la façon dont seront décrites, vingt-quatre ans plus tard, les relations entre « mémoire consciente » et « traces mnésiques » : « La mémoire consciente, elle aussi, paraît dépendre totalement du
Pcs
[4] ; elle doit être strictement séparée des traces mnésiques dans lesquelles se fixent les expériences vécues de l’
Ics » (1915
b-1988, p. 227).
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Le statut du mot dans les trois grands ouvrages des années 1900
Je me limiterai à quelques remarques cursives : pour traiter correctement le problème, il faudrait faire un examen exhaustif – évidemment disproportionné avec les limites d’un article – de toutes les analyses portant sur des mots dans L’interprétation des rêves (1900-1967), la Psychopathologie de la vie quotidienne (1901-1922) et Le mot d’esprit dans sa relation à l’inconscient (1905-1988).
Première remarque : selon toute apparence, la notion de « représentation de mot » n’est pas très fréquemment présente dans les trois textes allégués. Là encore, il faudrait faire un examen exhaustif. Si ma remarque s’avérait pleinement pertinente, elle conforterait l’observation déjà faite plus haut : le mot, le Wort, c’est toujours, chez Freud, une représentation de mot, une Wortvorstellung.
Seconde remarque : dans les productions de l’inconscient étudiées dans les trois ouvrages, les mots sont traités comme des choses. Freud est fortement répétitif sur ce point, il le sera plus encore dans les textes plus tardifs qui seront examinées dans la troisième partie. Je cite deux passages de L’interprétation des rêves : le premier compare le sort des mots dans le rêve à celui qu’ils subissent dans certaines (psycho)névroses, et l’éclaire par l’attitude des enfants à leur égard : « Les formations de mots dans le rêve ressemblent beaucoup aux formations de mots dans la paranoïa ; on en trouve d’ailleurs d’analogues dans l’hystérie et les obsessions. Les enfants traitent parfois les mots comme des objets » (p. 262).
Le second passage fait apparaître indirectement – j’entends par le biais des représentations d’objets – l’équivalence référentielle entre mot et représentation de mot : « Le processus de condensation est particulièrement sensible quand il atteint des mots et des noms. Les mots dans le rêve sont fréquemment traités comme des choses, ils sont sujets aux mêmes compositions que les représentations d’objets. Ces sortes de rêves aboutissent à la création de mots comiques et étranges » (p. 257, voir aussi « Complément », 1917-1988, p. 251).
Mais qu’en est-il précisément de ce traitement des mots comme des choses ? Cela signifie précisément que les mots sont soumis aux opérations du processus primaire, celles qui sont propres à l’inconscient, et notamment à ces deux opérations fondamentales que sont la condensation (Verdichtung) et le déplacement (Verschiebung). À la fin de L’interprétation des rêves, dans le chapitre VII consacré à « La psychologie du rêve », Freud prend précisément un rêve de mot, le célèbre rêve Autodidasker, pour illustrer cette soumission au processus primaire : « L’analyse et, plus nettement encore, la synthèse de rêves qui ne présentent pas de régression en images, par exemple le rêve Autodidasker, montrent l’existence des mêmes procédés de déplacement et de condensation » (p. 507-508 ; voir aussi, dans le « Complément », 1917-1988, p. 252).
Il nous resterait, si nous en avions le temps, à examiner dans le détail les modalités d’application aux mots des deux processus. Je me contenterai de renvoyer aux textes, et notamment, pour
L’interprétation, à l’illustre
Autodidasker
[5], pour la
Psychopathologie au non moins illustre
Signorelli – sur l’analyse duquel s’ouvre l’ouvrage
[6]. Je ne fais que citer quelques mots de cette description : « Les noms semblent avoir été traités dans ce processus comme le sont les mots d’une proposition qu’on veut transformer en rébus » (p. 5).
Le rébus – objet fréquent de la réflexion freudienne, par exemple dans L’interprétation, p. 241-242 ou 352-353 et passim – consiste, comme l’étymologie même du terme le rappelle, à transformer les éléments du mot en autant de choses. C’est à un tel traitement que donne lieu le nom Signorelli. Pour le Mot d’esprit, on serait tenté de se référer au peut-être plus illustre encore famillionnaire, lui aussi objet de toute l’attention de Lacan : c’est sur son analyse littérale que s’ouvre le Séminaire V (1998) sur Les formations de l’inconscient. Mais naturellement il ne faudrait pas négliger les exemples moins spectaculaires, ceux du tout-venant des mots d’esprit, par exemple le jeu de mots franco-anglais home-roulard (« gâteau roulé »)/home-rule (p. 227) : l’analyse de Freud montre bien ce qu’il entend par le « traitement des mots comme des choses ».
C’est en ce point que se pose une question d’importance : ainsi traités comme des choses, ces mots restent-ils des mots ? Tout dépend naturellement du sens qu’on confère au mot
mot – ou plus précisément au mot
Wort, dont on a aperçu plus haut, avec Lacan, qu’il ne se confond pas tout à fait avec son « équivalent » français
mot. Ce qui en tout cas s’impose avec évidence, c’est que ces drôles de mots ne sont pas des signes au sens linguistique – c’est-à-dire saussurien – du mot. Je me suis longuement expliqué sur ce point dans mon article « Qu’en est-il de l’autonymie chez Freud ? » (2003). Je rappelle simplement que ces « mots » qui ont subi les opérations du processus primaire en sortent dépourvus et de signifié et de signifiant, à moins naturellement de détourner totalement le sens de ces deux termes. Ainsi les manipulations substantielles auquel donne lieu le matériau phonique d’
Autodidasker (parmi lesquelles l’anagramme
[7]) et les associations multiples et pluridirectionnelles auxquelles donnent lieu les apparences de son contenu déconstruisent totalement tout concept linguistique. Les objets langagiers – et spécifiquement saussuriens – auxquels ils peuvent faire penser sont ceux qui donnent lieu aux manipulations anagrammatiques (Starobinski, 1971) : on sait qu’ils ont fort peu de rapports avec les concepts mis en place dans le
Cours de linguistique générale.
Reste une ultime question : ces « mots » des formations de l’inconscient, d’où viennent-ils ? Il faut garder constamment en mémoire ce problème. On cherchera à y répondre dans la troisième étape.
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Représentations de mots et représentations de choses dans « L’inconscient » (1915b-1988)
L’a-t-on suffisamment remarqué ? Je n’en suis pas certain. La construction de l’article très hardiment intitulé « L’inconscient » est assez bizarre. Sur les sept paragraphes, les six premiers, de longueur à peu près égale, sont brefs : vingt-neuf pages en tout, soit moins de cinq pages en moyenne pour chacun. Le dernier est beaucoup plus long : solennellement intitulé « L’identification
[8] de l’inconscient », il comporte neuf pages à lui seul, dont les six premières sont consacrées à la description clinique de cas de schizophrénie. Cette structure apparemment déséquilibrée s’explique par la relation instituée entre les six premiers paragraphes et le dernier : « Voilà, tel que nous l’avons regroupé dans les discussions précédentes, tout ce qui peut être à peu près énoncé sur l’
Ics, tant qu’on se contente de puiser dans ce qu’on connaît de la vie de rêve et des névroses de transfert. Cela n’est certes pas beaucoup, donne par endroits l’impression d’être non clarifié et déroutant, et surtout fait regretter qu’il ne soit pas possible d’ordonner l’
Ics à un contexte déjà connu ou de l’y insérer dans une série. Seule l’analyse d’une des affections que nous nommons psychonévroses narcissiques promet de nous fournir des conceptions grâce auxquelles l’énigmatique
Ics sera rapproché de nous et rendu, pour ainsi dire, saisissable » (p. 234).
Ainsi, l’ultime paragraphe est donné, par ces lignes qui l’inaugurent, comme fournissant la clef des énigmes posées par les six premiers. Anticipons : cette clef sera constituée par l’affectation différente des représentations de mots et de choses aux deux domaines du (pré)conscient et de l’inconscient. À l’inconscient, les représentations de choses, seules. Au (pré)- conscient, les représentations de choses et leur relations aux représentations de mots. On voit à quel point le problème du langage est central dans la mise en place même de l’opposition entre (pré)conscient et inconscient. On verra de surcroît que cette affectation différente des deux types de représentations aux deux systèmes s’opère sur le critère des comportements langagiers des sujets schizophrènes : c’est dire à quel point la prise en compte du langage est doublement déterminante dans la construction de la première topique, même si, comme on vient sans doute de l’apercevoir dès cette anticipation, le critère intervient d’une façon peut-être un peu déconcertante : Lacan le dira de la façon la plus explicite, comme on verra dans la quatrième étape.
Les six premiers paragraphes de l’article énumèrent les paradoxes et les difficultés que fait apparaître la mise en place même du concept d’inconscient. Sans la moindre intention provocatrice – on sait que Freud ne donne pas dans cette coquetterie-là –, l’auteur fait patiemment l’inventaire de tous les traits qui rendent le concept d’inconscient difficile à saisir. Ainsi il s’ingénie à expliquer comment un sentiment peut être inconscient, en dépit du caractère « déconcertant » – c’est son mot – d’une expression telle que « conscience de culpabilité inconsciente » (p. 216). Plus bas, il résume sans concession « les propriétés particulières du système Ics » : « Résumons : absence de contradiction, processus primaire (mobilité des investissements), atemporalité et remplacement de la réalité extérieure par la réalité psychique sont les caractères que nous pouvons nous attendre à trouver dans les processus appartenant au système Ics » (p. 226).
Il ne serait pas difficile de noter d’emblée le caractère langagier de deux au moins de ces quatre caractères (la non-contradiction, génératrice de l’absence de négation, et l’atemporalité) et peut-être des deux autres. Mais ce n’est pas ce point qui nous retient dans le cadre de cet article.
Survient enfin le dernier paragraphe. D’une façon fort inattendue, Freud recourt à l’examen de la schizophrénie de Bleuler, non toutefois sans préciser – à vrai dire un peu plus bas dans l’article – qu’il ne fait appel à elle « que dans la mesure où cela nous semble indispensable à la prise de connaissance générale de l’Ics » (p. 241). Qu’en est-il de cette « psychonévrose » dans l’analyse que Freud en donne après Abraham ? Deux traits sont particulièrement distinctifs par rapport aux névroses de transfert, et Freud les pose d’emblée avec une grande fermeté :
- l’abandon de tout investissement d’objet ;
- la manifestation consciente de phénomènes qui, dans les névroses, n’apparaissent que sous l’effet de l’analyse (p. 235).
Mais c’est par une « voie insoupçonnée » (ibid.) que se poursuit l’argumentation : celle du comportement langagier des schizophrènes : « Chez les schizophrènes, on observe, surtout dans les stades initiaux si instructifs, nombre de modifications du langage dont certaines méritent d’être considérées d’un point de vue déterminé » (p. 235).
Pour caractériser ces modifications, Freud commence par noter le caractère « maniéré », « recherché » du mode d’expression des schizophrènes (ibid.). Il reste toutefois imprécis sur les aspects que prend ce maniérisme : sans doute faut-il comprendre qu’il désigne de cette façon l’effet produit par les procédés formels et sémantiques mis en œuvre par les schizophrènes. Les exemples utilisés par Freud sont devenus célèbres : c’est d’une part l’histoire du « renverseur d’yeux » (p. 236-237) – où la relation à l’œil a pris la fonction de substitut d’un contenu tout entier – d’autre part celle des mailles distendues des chaussettes, explicitement données par le sujet pour « symboles de l’ouverture sexuée féminine » (p. 238-239). Les traits retenus par Freud pour l’interprétation de ces pratiques langagières sont au nombre de deux : elles se caractérisent d’abord par le fait qu’« une relation aux organes du corps ou aux innervations du corps passe souvent au premier plan » (p. 235).
Toutefois, ce premier aspect est donné comme moins important que le second, qui donne lieu à la description suivante : « Dans la schizophrénie, les mots sont soumis au même procès qui, des pensées du rêve latent, fait les images du rêve et que nous avons appelé le processus primaire psychique. Ils sont condensés et transfèrent les uns aux autres leurs investissement sans reste, par déplacement ; le procès peut aller si loin qu’un seul mot, apte à cela du fait de multiples relations, assume la vicariance de toute une chaîne de pensées » (p. 237).
La comparaison avec le rêve doit toutefois être prise avec prudence. Dans le rêve, c’est en tant que choses que les mots sont soumis aux opérations du processus primaire : ils ont été en effet préalablement ramenés au statut de choses. Dans la schizophrénie au contraire, c’est bien en tant que mots qu’ils sont sujets au processus primaire : Freud s’explique de façon absolument nette sur ce point dans le « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve » : « Dans cette dernière [la schizophrénie, MA], ce sont les mots eux-mêmes, dans lesquels était exprimée la pensée préconsciente, qui deviennent objets de l’élaboration par le processus primaire ; dans le rêve, ce ne sont pas les mots, mais les représentations de choses auxquelles les mots ont été ramenés » (1917-1988, p. 252).
Ainsi, la schizophrénie confère la prédominance à la relation de mot sur la relation de chose. Pour reprendre la « formule cynique » par laquelle Freud commente l’exemple de l’homme aux chaussettes, « un trou est un trou » (p. 239). Comprenons évidemment que le mot trou reste identique à lui-même, quelles que soient les différences qui séparent les « choses » qu’il peut venir à désigner.
C’est en ce point que s’opère, de façon fulgurante, la dernière étape du raisonnement freudien. Il suffit en effet de rappeler les deux données mises en place au début de l’argumentation – abandon de l’investissement d’objet et manifestations conscientes de phénomènes inconscients – pour faire apparaître d’abord une donnée spécifique à la schizophrénie : si les investissements d’objets sont abandonnés, « l’investissement des représentations de mots des objets est maintenu » (p. 239). S’ensuit immédiatement une conclusion qui, dépassant l’exemple de la schizophrénie, prend une portée générale : « Le système Ics contient les investissements de choses des objets, les premiers et véritables investissements d’objet ; le système Pcs apparaît, du fait que cette représentation de chose est surinvestie de par la connexion avec les représentations de mots lui correspondant » (p. 240).
On l’a compris : c’est cette différence entre les représentations inconsciente et préconsciente qui constitue le trait distinctif entre les deux systèmes.
Avant de nous engager dans notre quatrième et dernière étape, il convient d’ajouter deux remarques, l’une de caractère théorique, l’autre de caractère historique.
La remarque théorique tient dans l’apparente discordance entre deux propositions simultanément présentes dans l’argumentation de Freud. D’un côté, les représentations de mots sont absentes de l’inconscient. Mais d’autre part les productions de l’inconscient – rêves, actes manqués, etc. – regorgent de mots. D’où viennent-ils ? La question a déjà été aperçue à la fin de la deuxième étape. Freud lui donne, à propos de l’exemple du rêve, une réponse fulgurante : « Mots et paroles ne sont pas, dans le contenu du rêve, des néoformations, mais des formations reprenant des paroles du jour précédant le rêve (ou toutes autres impressions fraîches, également à propos de choses lues) » (« Complément… », 1917-1988, p. 251).
Ainsi les mots du rêve ne sont pas produits par l’inconscient, mais sont le résidu du processus de régression des restes diurnes préconscients.
La remarque historique tient dans le fait que Freud, à partir de 1915, semble bien s’être tenu définitivement à cette méthode d’« identification » de l’inconscient : en 1938, dans L’abrégé de psychanalyse, il retient la « fonction du langage » comme génératrice de l’opposition entre processus conscients et inconscients (1946-1975, p. 25).
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Lacan aux prises avec « L’inconscient »
On le comprend aisément : l’exclusion des représentations de mots de l’inconscient fait problème pour Lacan, précisément dans la mesure où elle semble prendre à contre-pied le postulat fondamental de l’« inconscient structuré comme un langage ». Il allègue explicitement le passage de « L’inconscient » qui vient d’être analysé : « Ce passage[…] paraît faire objection à l’accent que je mets sur l’articulation signifiante comme donnant la véritable structure de l’inconscient. [Il] a l’air d’aller là-contre, en opposant la Sachvorstellung [représentation de chose] comme appartenant à l’inconscient, à la Wortvorstellung, comme appartenant au préconscient » (Séminaire VII, L’éthique de la psychnalyse, [1959-1960], 1986, p. 56).
On sent au style de Lacan l’embarras dans lequel le met la position de Freud, qu’il a lue de façon parfaitement pertinente : on aura remarqué l’appel répétitif au paraître (par les trois verbes paraître, avoir l’air, sembler). C’est l’un des modes fréquents de l’argumentation lacanienne quand il veut récupérer au moins partiellement la position critiquée. Reste naturellement le contenu qu’il faut donner à cet essai de récupération. Lacan procède en deux temps. Il commence par raisonner autour de la différence entre les deux noms allemands de la chose : das Ding et die Sache. Il faudrait, certes, étudier dans le détail cette répartition des deux termes dans le texte freudien : travail philologique délicat, et qui dépasse les limites d’un article. Je crois pouvoir cependant indiquer que les interprétations de Lacan sont peut-être quelque peu aventureuses.
L’essentiel, à vrai dire, n’est sans doute pas là. Dans le second moment de son argumentation, Lacan renvoie le lecteur de « L’inconscient » – il le suppose aussi étonné que lui – au texte qui le précède dans la Métapsychologie : l’article sur « Le refoulement » (1915 a-1988). Il formule alors avec la plus grande fermeté l’observation suivante : « Tout ce qui précède me paraît ne pouvoir aller que dans un seul sens, c’est à savoir que tout ce sur quoi opère la Verdrängung [le refoulement, MA], ce sont des signifiants. C’est autour d’une relation du sujet au signifiant que s’organise la position fondamentale du refoulement » (p. 57).
Faut-il le dire ? On est ici en présence d’un des problèmes les plus difficiles de la réflexion de Lacan dans son articulation avec celle de Freud : est-il légitime de poser que l’objet du refoulement, c’est le signifiant ? C’est-à-dire l’objet exclusivement défini comme « ce qui représente le sujet pour un autre signifiant
[9] » ? On ne s’étonnera pas de voir le modeste linguiste auteur de ces remarques esquiver le problème – qui échappe à sa compétence, à supposer d’ailleurs qu’elle relève de la compétence de tel ou tel… Il se contentera de remarquer que si l’analyse de Lacan est exacte, elle a pour résultat immédiat de rendre totalement inopportun l’étonnement du lecteur – y compris ce lecteur privilégié que fut Lacan – devant le geste opéré par Freud dans « L’inconscient ». Car il est vrai qu’il exclut les « représentations de mots » de l’inconscient. Mais le signifiant ne se confond pas avec ces « représentations de mots ». Autrement dit la contradiction entre les deux conceptions n’est qu’apparente. À vrai dire d’ailleurs Lacan le dit presque, quoique de façon un peu indirecte, et peut-être sans marquer de façon suffisamment explicite la distinction à établir entre
représentation de mot et
signifiant : « […]à donner la solution qu’il semble proposer en opposant la
Wortvorstellung à la
Sachvorstellung, il y a une difficulté, une impasse, que Freud lui-même souligne, et qui s’explique par l’état de la linguistique à son époque. Il a néanmoins admirablement compris et formulé la distinction à faire entre l’opération du langage comme fonction, à savoir au moment où elle s’articule et joue en effet un rôle essentiel dans le préconscient, et la structure du langage, selon laquelle s’ordonnent les éléments mis en jeu dans l’inconscient » (p. 57).
On l’aperçoit : les représentations de mots interviennent dans l’« opération du langage » – hasarderai-je dans l’énonciation, j’entends l’énonciation consciente, celle qui a pour sujet le je ? Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’elles soient absentes de l’inconscient, qui structure ses éléments – les signifiants – sur le modèle d’un langage.
Reste à savoir si de ce langage-là il n’y a pas aussi une énonciation : « L’inconscient, ça parle », comme dit Lacan dans Télévision (1973, p. 16). Mais de cette énonciation-là le sujet n’est plus le je du discours.
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Arrivé, M. 2003. « Qu’en est il de l’autonymie chez Freud ? », dans Parler des mots. Le fait autonymique en discours, Presses de la Sorbonne Nouvelle.
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Arrivé, M. ; Normand, C. (éditeurs). 2001. Linguistique et psychanalyse, in press.
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Freud, S. 1891. Contribution à la conception des aphasies, puf, 1983.
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Freud, S. 1899. « Notice autobiographique », dans Œuvres complètes, III, puf, 1989, p. 279.
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Freud, S. 1900. L’interprétation des rêves, puf, 1967.
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Freud, S. 1901. Psychopathologie de la vie quotidienne, Payot, 1922.
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Freud, S. 1905. Le mot d’esprit dans sa relation à l’inconscient, Gallimard, 1988.
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Freud, S. 1915a. « Le refoulement », dans Œuvres complètes, XIII, puf, 1988, p. 189-201.
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Freud, S. 1915b. « L’inconscient », dans Œuvres complètes, XIII, puf, 1988, p. 205-242.
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Freud, S. 1917. « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve », dans Œuvres complètes, XIII, puf, 1988, p. 245-258.
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Freud, S. 1946. Abrégé de psychanalyse, puf, 1975.
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Hatzfeld, M. 2001. « Le signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant », dans Arrivé et Normand, p. 341-350.
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Lacan, J. 1973. Télévision, Le Seuil.
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Lacan, J. 1981. Le Séminaire, Livre III, Les psychoses, 1955-1956, Le Seuil.
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Lacan, J. 1986. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, 1959-1960, Le Seuil.
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Lacan, J. 1998. Le Séminaire, Livre V, Les formations de l’inconscient, 1957-1958, Le Seuil.
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Laplanche, J. ; Pontalis, J.-B. 1971. Vocabulaire de la psychanalyse, puf.
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Nassif, J. 1977. freud l’inconscient (sic), Galilée.
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Roudinesco, É. ; Plon, M. 1997. Dictionnaire de psychanalyse, Fayard.
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Saussure, F. 1916-1972. Cours de linguistique générale, Payot.
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Starobinski, J. 1971. Les mots sous les mots : les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Gallimard.
[*]
Ce texte est dédié à Izabel Vilela en souvenir des longs moments de réflexion commune qui ont permis de le faire naître.
[**]
Michel Arrivé, professeur de linguistique, université de Paris X-Nanterre.
[1]
Cette précision est extraite de la « Notice autobiographique » que Freud rédigea en 1899 (1899-1989, p. 279).
[2]
Je signale que parmi les historiens de la psychanalyse un petit nombre seulement insistent sur cette origine très ancienne de la notion chez Freud. Quand ils le font, ce n’est jamais que de façon très discrète : Laplanche et Pontalis (1971) signalent le fait, comme de façon anecdotique, en deux lignes. Roudinesco et Plon (1997) observent, si j’ai bien lu, un silence absolu. Une seule exception, mais monumentale : l’énorme livre de Jacques Nassif,
freud l’inconscient (1977),
sic, sans ponctuation ni majuscule à
freud ni à
inconscient.
[3]
Il n’est pas absolument indifférent de remarquer que
Vorstellung ne se confond pas entièrement avec
représentation : le mot allemand est plus concret, et ne comporte pas l’élément de sens répétitif qu’est le préfixe français
re-. Quant à
Wort, Lacan remarquera justement qu’il ne comporte pas exactement les mêmes traits que son « équivalent » français
Wort : « En allemand,
das Wort est à la fois le mot et la parole » (1986, p. 68).
[4]
Comme il arrive fréquemment dans la
Métapsychologie, Freud en ce point a hésité, d’une édition à l’autre, entre
Pcs et
Cs. Ce n’est pas le lieu d’étudier ici le sens de ces hésitations.
[5]
Je rappelle toutefois que ce « mot » ne constitue que le premier des deux éléments du rêve rapporté par Freud : « Le second reproduit un fantasme sans grande importance qui m’est venu à l’esprit peu de jours avant » (
Interprétation, p. 259). On ne saurait donner meilleure illustration de l’équivalence établie entre
représentations de mots et
représentations de choses.
[6]
On se souvient sans doute que les deux formations
Autodidasker et
Signorelli donnent lieu de la part de Lacan à des analyses parallèles dans le
Séminaire III, 1981, p. 269-271.
[7]
Ainsi, c’est par une manipulation anagrammatique que Freud fait surgir le nom de son frère
Alex(andre) de celui de
Lasker fourni par Autodid
asker moyennant l’adjonction de la consonne L (p. 260).
[8]
Freud a pris soin d’utiliser un mot rare d’origine latine :
die Agnoszierung.
[9]
L’une des analyses les plus pertinentes de cette définition est celle de Marjolaine Hatzfeld, 2001.