2003
Cliniques méditerranéennes
« Ce n’est pas moi qui... » : un mode d’énonciation paranoïaque
Marie-France Bonnet
[*]
Écrivant à Ferenczi, le 6 octobre 1910, Mir ist das gelungen, was dem Paranoiker mißlingt, Freud nous met sur la voie de ce que serait un mode d’énonciation paranoïaque, étudié ici à partir d’un certain discours qui n’est pas une simple hésitation mais un véritable coup d’arrêt porté à l’énoncé comme si l’élément signifiant qui permettait son bouclage faisait défaut. Ce n’est pas moi qui..., mode d’énonciation paranoïaque comme négation particulière portant sur le moi est négation de l’amour porté à l’image de l’autre, analogue à celle qu’on retrouve dans le délire de jalousie décrit par Freud. Introduisant la formule de la paranoïa réussie en 1965, Lacan nous permet d’entrevoir que ce mode n’est pas réservé à la seule paranoïa freudienne. Cette formule est inséparable de son dégagement antérieur de la structure et de la connaissance paranoïaque du moi qu’il s’emploie à distinguer de la formation délirante.Mots-clés :
Énoncé, énonciation, mode d’énonciation paranoïaque, paranoïa freudienne, paranoïa réussie, structure et connaissance paranoïaque du moi.
When he wrote Mir ist das gelungen, was dem Paranoiker mißlingt at Ferenczi on 6 october 1910, Freud took us onto the path of what would become a form of paranoiac enunciation, studied here from a certain discourse that is not a simple hesitation but a veritable check on the statement, as if the signifying element that would allow the whole process to be rounded off was missing. Not I..., a form of paranoiac enunciation as a special negation directed towards the ego is a negation of the love directed towards the image of the other, analogous with what we encounter in the delirium of jealousy described by Freud. By introducing the formula of successful paranoia in 1965, Lacan provided us with an insight to reveal that this mode was not reserved for Freudian paranoia alone. This formula is inseparable from its prior separation from the structure and paranoiac knowledge of the ego that it seeks to distinguish from delirious formation.
Si la vérité se fonde de ce qu’elle parle
[1], la question qui se pose à celui qui écoute, c’est non seulement qui parle ? mais comment ça parle ? comment ça s’articule, le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation ? Une articulation qu’on entendra au mieux dans ces énoncés dits paradoxaux, du type « je mens ». La différence entre un sujet dit normal, celui du « je mens » et un sujet dit psychotique, au sens de la paranoïa freudienne, consiste en ce que chez ce dernier, certains phénomènes élémentaires – et spécialement l’hallucination – montrent que le sujet est complètement identifié avec le moi avec lequel il parle
[2]. C’est lui, le moi, qui parle de lui, le sujet, mais sous la forme particulière d’une négation portant sur le moi, hypothèse qui prend appui sur ce passage particulier du commentaire des
Mémoires d’un névropathe de D.P. Schreber que nous propose Lacan dans son séminaire de 1955-1956. Au début du chapitre XX, Schreber rapporte son fameux
tout ce qui se passe se ramène à moi
[3], si fréquent, dit-il, chez les malades mentaux.
Or justement dans mon cas, il y a sur le fond un renversement complet par rapport à ce qui se passe chez les autres malades, précise-t-il. Lacan reprend ce renversement et commente
: ce n’est pas moi qui rapporte tout à moi,
c’est lui qui rapporte tout à moi, c’est ce Dieu qui parle sans arrêt à l’intérieur de moi par ses divers agents et prolongements
[4].
À un
je ne sais pas du savoir inconscient, savoir refoulé du sujet de l’énonciation, viendrait ainsi s’opposer un autre mode d’énonciation, un
ce n’est pas moi qui… la présence de cette formule grammaticale dans le discours n’étant pas davantage nécessaire que dans le cas du
je ne sais pas, pour que celui-ci en porte la marque. Cette marque dans le discours qui n’est pas celle du refoulement ou de la dénégation (qui porte sur les
Wortvorstellungen ou représentations de mots permettant à ce qui ne se sait pas de s’introduire dans l’énoncé sans lever pour autant le refoulement), je propose de l’interroger à partir de l’une de ses caractéristiques qui n’est pas une simple hésitation, mais un véritable coup d’arrêt porté à l’énoncé comme si l’élément signifiant qui permettait son bouclage faisait défaut. « Ce n’est pas moi qui »,
mode d’énonciation paranoïaque, n’intéresse pas seulement la psychose, mais le discours que chacun peut tenir à certains moments qui peuvent être aussi, Freud, Lacan et d’autres, des moments théoriques d’énonciation… J’en prends pour exemple cette introduction par Lacan, en 1965, de la formule de la paranoïa réussie…
car ce n’est pas moi qui, dit-il
, ai introduit la formule de la paranoïa réussie
[5].
Cette formule de la paranoïa réussie renvoie à ce que Freud écrit dans une lettre adressée à Ferenczi, le 6/10/1910, suite à un certain voyage effectué avec lui en Sicile pendant les vacances 1910 : « J’ai réussi ce que le paranoïaque ne réussit pas
[6] »
(Mir ist das gelungen, was dem Paranoiker mißlingt). De quoi s’agit-il avec cette formule de Freud, si souvent reprise et commentée ? De son travail sur la paranoïa bien sûr, il le dit plus loin
[7] dans cette même lettre à Ferenczi, mais aussi d’une affaire plus personnelle :
Mes rêves à cette époque, écrit-il en 1910,
tournaient tous autour de l’histoire Fliess. Les demandes insistantes de Ferenczi au cours de ce voyage le renvoient à ses propres demandes antérieures adressées à Fliess, demandes qui reviennent dans ce qu’il appellera un rêve
légèrement embrouillé
[8] rêve répétitif de réconciliation avec son ex-ami. Dans la petite note ajoutée à la Traumdeutung à propos du rêve de l’oncle Joseph, rêve qualifié d’hypocrite, il apporte les éléments permettant d’avancer que ce rêve hypocrite de réconciliation lui apporte un éclairage nouveau sur la brouille avec Fliess. Freud y reconnaît son propre désir de rupture
[9], jusque-là méconnu et masqué par des causes extérieures dont le caractère peu tranquille de son ami. La vérité qui s’introduit dans le dire de Freud sous la forme du
Mir ist das gelungen lève, en partie, cette méconnaissance et nous met sur la voie de ce que serait un mode d’énonciation paranoïaque. La réussite dont il est question ici par rapport au paranoïaque sera reprise par Lacan dans la formule de la
paranoïa réussie, inséparable de son dégagement de la structure paranoïaque du moi et de la
connaissance paranoïaque qu’il s’emploie à distinguer de la formation délirante.
Avant d’en venir à ce qui vient lier énonciation paranoïaque et connaissance du même nom au temps de la formation du moi, j’évoquerai tout d’abord le discours d’une jeune femme, discours caractérisé par deux types d’énoncés, d’une part des énoncés assez grammaticalement corrects et d’autre part des énoncés qui présentent la particularité d’être interrompus après un mot ou un groupe de mots. Par exemple, il faut que je me dépêche de… maintenant je vais… je sais pas quoi vous… bon… ben… je… demain… après-demain… Aucune construction délirante, pas d’hallucinations chez elle, elle n’est pas persécutée et ne méconnaît pas jusqu’à un certain point les désordres de sa vie familiale, sociale, sentimentale et sexuelle. J’entends cependant au bout de quelque temps où elle persiste à venir me parler de ses difficultés, deux choses que je résume ainsi et qui ouvrent une brèche dans son discours sur ses difficultés à vivre : d’une part c’est une question d’intérieur et d’extérieur assez énigmatique pour elle au point qu’elle en appelle à la compréhension, forme d’appel au secours (les problèmes sont-ils situés, dit-elle, à l’extérieur ou à l’intérieur ?), d’autre part ce qui pourrait la « persécuter » tout de même, c’est qu’on lui pose des questions sur sa relation à sa mère.
On reconnaîtra dans ses troubles du langage une défaillance des embrayeurs, embrayeurs dont le linguiste R. Jakobson dit en 1957 dans son article sur
Les embrayeurs, les catégories et le verbe russe que leur signification ne peut être définie en dehors d’une référence à un message. Ainsi les pronoms personnels servent à la communication linguistique dans un certain type de chevauchement code/message. Je, par exemple, comme élément du code désigne la personne qui énonce mais ne peut représenter son objet sans être avec lui dans une double relation : d’une part lui être associé grâce à une règle conventionnelle, c’est le procès de l’énoncé qui suppose un verbe associé et un protagoniste, d’autre part être avec lui dans une relation existentielle, c’est l’acte ou procès de l’énonciation. L’article de Jakobson est antérieur à celui d’E. Benveniste qui paraîtra en 1970,
L’appareil formel de l’énonciation. L’énonciation y sera définie alors comme
mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation, comme
acte même de produire un énoncé
[10]. Dépassant l’opposition saussurienne entre langue et parole, c’est au passage de la langue en discours par où les locuteurs s’approprient la langue et aux conditions de ce passage que Benveniste s’intéresse. Dès 1946, il étudie les séries linguistiques, verbes et pronoms, seules espèces de mots soumis à la catégorie de personne. C’est en 1956 dans l’article
La nature des pronoms qu’il introduit
[11] la distinction entre les pronoms
je/tu désignant la subjectivité avec cette notion de personne et le pronom
il non marqué de la corrélation de personne (la non-personne). Mais cette catégorie de la personne, comme le fait remarquer C. Normand dans son article de 1997
[12], reste
le sujet grammatical, le sujet psychologique ou encore l’ego philosophique,
revu par la phénoménologie et repris souvent sous la figure de la personne, mais jamais une entité qui pourrait faire penser au sujet « clivé » dont parle la psychanalyse.
C’est à ces deux linguistes qui sont ses contemporains (Jakobson et Benveniste) et qui posent, avec la question code/message et celle de l’énonciation, certaines bases pour un nouveau développement de l’étude du langage, que Lacan va se référer dans son commentaire du cas Schreber en 1955/1956. Mais il se détache de la description des formes linguistiques, posant dans le droit fil du Discours de Rome (1953), le problème des rapports dans le sujet de la parole et du langage. C’est ainsi qu’il fait de la coupure ou dissociation entre code et message, la marque de la Verwerfung freudienne qu’il traduit par forclusion du signifiant de la paternité. Pour le dire autrement, faire des phrases grammaticalement correctes (chevauchement code/message) qui veuillent dire quelque chose d’autre que la jouissance de l’Autre impose un dire que non à cette jouissance, un dire attribué au père (avec la fonction paternelle, c’est le père qui se trouve chargé de la négation) et signifie la castration.
Avec les néologismes de la langue fondamentale, les ritournelles mais surtout avec les messages interrompus trouvés dans le discours de Schreber, Lacan note un mode particulier de l’énonciation lié au défaut d’un signifiant organisateur
[13]. Il s’agit d’une
Verneinung en quelque sorte primitive, dont la Verneinung dans ses conséquences cliniques est une suite
[14]. Lacan s’appuie sur ce que Freud a mis à jour depuis 1911 :
il n’était pas exact de dire que le sentiment réprimé au dedans fût projeté au dehors. Nous voyons plutôt que ce qui a été aboli à l’intérieur fait retour de l’extérieur
[15]. Ce qui est rejeté et qui n’est pas une simple dénégation, revient de l’extérieur et pour Lacan, le retour dans le réel de ce qui est forclos, sous la forme de la voix par exemple, est une trace du procès de la forclusion
[16]. Le désordre symbolique lié à un tel défaut qui touche au caractère le plus radical des relations du
je (inconscient)
au (système)
signifiant dans le procès de l’énonciation est exactement
ce qu’on observe dans les phrases interrompues chez Schreber, phrases
qui s’arrêtent précisément au point où va surgir un signifiant qui reste problématique, chargé d’une signification certaine, mais on ne sait pas laquelle. Signification dérisoire, qui indique la béance, le trou, où rien de signifiant ne peut répondre chez le sujet
[17]. Car telle est bien l’une des questions que pose le sujet psychotique avec ce qu’il entend dans les voix qui lui parlent par exemple : il parle de quelque chose qui lui a parlé, qu’il a entendu et le concerne mais rien chez lui ne peut répondre avec un message qui lui reviendrait sous une forme inversée. Schreber témoigne que les voix lui viennent d’un Autre bien réel et tout puissant, tout jouissant
[18], un Autre absolu qui fait énigme. Lorsque ce discours s’arrête, phrases interrompues après les locutions conjonctives ou adverbiales conçues pour introduire des propositions relatives
[19] et auxquelles il est forcé d’apporter un complément, se produisent alors ces phénomènes différents du discours continu intérieur
(qu’il appelle
jeu forcé de la pensée), soit des miracles qui appartiennent à l’ordre du langage comme celui du hurlement mais aussi toute une gamme de phénomènes caractérisés par l’éclatement de la signification comme ces bruits extérieurs de toutes sortes qui lui parviennent et qui ne se produisent pas par hasard. Avec le temps, souligne Lacan, Schreber a réussi à neutraliser l’exercice auquel il s’est soumis qui consiste à combler les phrases interrompues et le phénomène fondamental du délire s’est stabilisé dans
un champ insensé porteur néanmoins de multiples significations éclatées et incontestablement érotisées
[20].
C’est maintenant, à propos de messages interrompus, à une petite comédie de Jean Tardieu intitulée
Finissez vos phrases ou
une heureuse rencontre
[21] que je vais revenir. Comédie où les deux personnages de la rencontre conversent sur ce mode de l’interruption, comme s’ils étaient toujours sur le point de dire quelque chose d’explicite mais dont la signification reste en suspens, complétée par l’autre sur le même mode suspendu. Comédie à deux où un effet de miroir est directement repérable supposant une identification imaginaire à l’autre de chacun des protagonistes. C’est par un effet rétroactif que, arrivant à la fin de cette petite comédie et non pas seulement à la fin de chaque phrase puisque les phrases sont interrompues avant le dernier mot ou après l’accumulation des pronoms personnels, on entre dans le champ de la signification amoureuse qui donne toute sa portée à la rencontre.
Une heureuse rencontre !
Reprenant cette défaillance des embrayeurs à partir de ce
Je vous ! À moi vous ! À moi tu ! donnée par Jean Tardieu comme le fin mot de l’histoire et à partir de l’identification imaginaire, c’est bien à
la structure dite
paranoïaque du moi qui s’organise au temps du stade du miroir qu’il nous faut revenir. Car c’est avec ce moi que le sujet, y compris le paranoïaque parle, sujet d’un énoncé et sujet d’une énonciation. Sans reprendre ici tout le développement du stade du miroir et sa construction dans le temps à partir de 1938, je mentionnerai seulement ce point évoqué par Lacan en 1948 : le sujet se
nie lui-même et
charge l’autre, deux moments qui se confondent
[22] où l’on (y) découvre cette structure paranoïaque du moi qui trouve son analogue
dans les
négations fondamentales, mises en valeur par Freud dans les trois délires de jalousie, d’érotomanie et d’interprétation. Ainsi Lacan évoque avec cette structure paranoïaque du moi, bien avant son séminaire sur les psychoses, une sorte de paranoïa généralisée à chacun, relative au temps du miroir et au drame de la jalousie ordinaire. Cette sorte de paranoïa frappe le moi d’une négation analogue à celles qu’on retrouve dans le délire.
L’obligation de tout ramener à soi, c’est-à-dire à
moi, dont parle Schreber, n’est pas sans évoquer la régression narcissique de la libido et son retrait des objets sur le moi, par lesquels Freud explique le délire. Mais c’est bien plutôt à une certaine articulation des phénomènes verbaux avec les migrations ou déplacements de la libido que Freud fait appel lorsqu’il présente dans son commentaire des
Mémoires les trois façons de nier l’amour, trois façons de nier
je l’aime
[23], moi (un homme) je l’aime lui (un homme). Cette négation de l’amour est rejet de l’amour porté à l’image de l’autre, un autre tout entier situé à l’extérieur et dont l’image est constitutive du moi, négation qu’on retrouve avec la formule grammaticale spécifique du délire de jalousie chez l’homme, « ce n’est pas moi qui »
aime l’homme, c’est elle qui l’aime (le délire de jalousie chez la femme, précise Freud, se présente comme analogue, « ce n’est pas moi qui »
aime les femmes, c’est lui qui les aime).
Ce n’est pas tant le sujet qui se trouve contredit dans ce cas, comme le dit Freud, mais bien plutôt cette instance qu’est le moi et qui parle du sujet
[24]. C’est dans cette
négation de l’amour plus que dans la
projection
[25] que Lacan trouve le ressort de l’énonciation paranoïaque. Il limite bien plutôt la projection au transitivisme imaginaire qui fait qu’au moment où l’enfant a battu son semblable, il peut dire sans mentir,
il m’a battu parce que pour lui c’est exactement la même chose. En ce temps du transitivisme, il y a une véritable captation par l’image de l’autre, identification qui inclut l’autre dans le moi, et c’est dans le drame de la jalousie qu’autrui va se constituer avec l’intérêt porté à l’objet du désir de l’autre. Mais l’altérité en rapport avec la connaissance paranoïaque de l’objet exclut également l’autre du moi avec cette négation portant sur ce qui constitue son origine dans l’autre, à savoir l’amour porté à l’image de l’autre,
ce n’est pas moi qui…, c’est lui.
De quelle sorte est donc cette
Verneinung constitutive de la structure paranoïaque du moi par rapport à la
Verwerfung désignée pour un temps comme Verneinung primitive à entendre au sens de la structure et non au sens chronologique ? Pour les distinguer, ne faut-il pas évoquer ici ce qui a trait au clivage du moi
(l’Ichspaltung)
[26], sorte d’effondrement de l’axe imaginaire aa’ du schéma L de Lacan, effet de la
Verwerfung dans la psychose ? Dans cette dernière, avec le clivage du moi qui n’est pas la division du sujet
[27], là où l’autre exclu n’est pas un autrui stable mais dédoublé, avec des identités multiples comme pour Schreber, le mécanisme en jeu ne se limite pas pour autant à un défaut ou manque du registre imaginaire. Il y faut le recouvrement d’un autre manque celui du signifiant organisateur dont le défaut est précisément ce que Lacan désigne non plus négation mais forclusion.
Pour conclure, la proposition de Freud,
Mir ist das gelungen, was dem Paranoiker mißlingt, nous a mis sur la voie d’indiquer ce que serait un mode d’énonciation paranoïaque et d’entrevoir, grâce à Lacan, qu’il n’est pas réservé à la psychose. Entre paranoïa freudienne, paranoïa réussie et connaissance paranoïaque du moi, un tel mode d‘énonciation invite cependant à
revisiter plus avant le rapport intérieur/extérieur, ainsi que ce double mouvement d’identification imaginaire à l’autre et d’exclusion de l’autre
[28], à mieux
situer la différence ou l’opposition entre la
Verdrangung, la
Verwerfung, et les différentes
Verneinung quant à leur localisation subjective et enfin à mieux
articuler le mode grammatical de la négation avec la modalité de la jouissance.
·
Benveniste, E. 1946. « Structure des relations de personne dans le verbe », dans Problèmes de linguistique générale 1, Gallimard, 1966.
·
Benveniste, E. 1956. « La nature des pronoms », dans Problèmes de linguistique générale 1, Gallimard, 1966.
·
Benveniste, E. 1970. « L’appareil formel de l’énonciation », dans Problèmes de linguistique générale II, Gallimard, 1974.
·
Cotard, J. 1882. « Du délire des négations », extrait publié dans J. Cotard, M. Camuset, J. Seglas, Du délire des négations aux idées d’énormité, préface par J.-P. Tachon, L’Harmattan, 1997.
·
Freud, S. 1900. L’interprétation des rêves, puf, 1926.
·
Freud, S. 1910. « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa », dans Cinq psychanalyses, puf, 1954.
·
Freud, S. 1922. « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité », dans Névrose, psychose et perversion, puf, 1973.
·
Freud, S. 1938. « Le clivage du moi dans les processus de défense », dans Résultats, idées, problèmes II, puf, 1985.
·
Freud, S. ; Ferenczi, S. 1992. Correspondance, 1908-1914, Calman-Lévy.
·
Le Gauffey, G. 1982. « Ce que le paranoïaque ne réussit pas », dans Littoral, n° 3/4.
·
Jones, E. 1955. La vie et l’œuvre de S. Freud, tome 2, puf, 1972.
·
Jakobson, R. 1957. « Les embrayeurs, les catégories et le verbe russe », dans Essais de linguistique générale, Éditions de Minuit, 1963.
·
Lacan, J. 1948. « L’agressivité en psychanalyse », dans Écrits, Le Seuil, 1966.
·
Lacan, J. 1955-1956. Le séminaire, Livre III, Les psychoses, Le Seuil, 1981.
·
Lacan, J. 1957-1958. Le séminaire, Livre V, Les formations de l’inconscient, Le Seuil, 1998.
·
Lacan, J. 1965. « La science et la vérité », dans Écrits, Le Seuil, 1966.
·
Normand, C. 1995. « Lectures de Benveniste : quelques variantes sur un itinéraire balisé », dans Émile Benveniste, vingt après, colloque de Cerisy, août 1995, n° spécial Lynx, 1997.
·
Rabinovitch, S. 1997, La forclusion, érès.
·
Rabinovitch, S. 2000. Les voix, « Point Hors Ligne », érès.
·
Schreber, D.P. 1903, Mémoires d’un névropathe, Le Seuil, tr. fr. 1975.
·
Tardieu, J. 1987. « Finissez vos phrases ou une heureuse rencontre », dans La comédie du langage suivi de la triple mort du client, Gallimard.
[*]
Marie-France Bonnet, psychanalyste, Laboratoire de psychopathologie clinique, université de Provence.
[1]
J. Lacan, 1965, « La science et la vérité » dans
Écrits.
[2]
J. Lacan, 1955/1956, séminaire
Les psychoses, leçon du 16 novembre 1955, p. 23.
[3]
Daniel Paul Schreber, 1903,
Mémoires d’un névropathe, Le Seuil, tr. fr. 1975, ch. XX, p. 215.
[4]
J. Lacan, 1955/1956,
id., leçon du 8 février 1956, p. 153.
[5]
J. Lacan, 1965,
id., dans
Écrits, p. 875.
[6]
Cette lettre de Freud du 6 octobre 1910 est traduite en 1992 dans le tome 1 de la
Correspondance Sigmund Freud/Sandor Ferenczi, p. 231. On la trouve déjà, en partie traduite en 1972 dans le tome 2 de
La vie et l’œuvre de Sigmund Freud de E. Jones. Dans ces deux textes, la traduction en français de
Mir ist das gelungen, was dem Paranoïker mißlingt est identique :
J’ai réussi là où le paranoïaque échoue. Dans un article de 1982 intitulé
Ce que le paranoïaque ne réussit pas, paru dans la revue
Littoral, n° 3-4, Guy Le Gauffey publie cette lettre et propose une autre traduction de
Mir ist das gelungen, was dem Paranoiker mißlingt :
J’ai réussi ce que le paranoïaque ne réussit pas, traduction que je reprends ici. Je remercie Berthille Pallaud et Jannine Altounian de m’avoir éclairée sur l’emploi problématique du
Je dans la traduction française de cette phrase alors qu’il n’est pas utilisé par Freud dans l’original allemand.
[7]
Correspondance S. Freud/S. Ferenczi, 1992, p. 232 : « Mais certainement, je ne vous ai pas encore écrit que j’ai travaillé sur Schreber une première fois et que j’y ai trouvé confirmé le noyau de nos hypothèses sur la paranoïa. »
[8]
S. Freud,
L’interprétation des rêves, p. 132, note 1.
[9]
Ibid., p. 132, note 1 :
(ce rêve) m’encourageait à laisser là ce qui me restait d’égards pour la personne en question, à me libérer d’elle complètement et il s’était déguisé hypocritement en son contraire.
[10]
Pour Benveniste en 1970, c’est la relation du locuteur à la langue qui détermine les caractères linguistiques de l’énonciation.
[11]
Rappelons un article postérieur de Benveniste sur les pronoms,
L’antonyme et le pronom personnel en français moderne, qui date de 1965.
[12]
C. Normand, 1997, « Lectures de Benveniste : quelques variantes sur un itinéraire balisé », dans
Emile Benveniste, vingt ans après, Colloque de Cerisy, août 1995.
[13]
J. Lacan, 1955-1956,
id., leçon du 13 juin 1956, p. 312 et suivantes.
[14]
J. Lacan, 1955-1956,
id., leçon du 7 décembre 1955, p. 58.
[15]
S. Freud, 1910, « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa », dans
Cinq psychanalyses, p. 314-315.
[16]
S. Rabinovitch, 1997,
La forclusion.
[17]
J. Lacan, 1955-1956,
id., leçon du 13 juin 1956, p. 319.
[18]
Schreber est joui par l’Autre : Dieu exige de lui un état constant de jouissance. Cf.
Mémoires d’un névropathe, p. 230.
[19]
On trouvera au chapitre XVI des
Mémoires de Schreber, p. 181, des exemples de
lambeaux de phrases ou
tournures tronquées auxquelles il doit rendre
leurs chutes significatives ainsi qu’un commentaire du
système de couper la parole (
Nichtausredens, littéralement : de la parole en suspens) : « Dès le début de surcroît s’est imposée l’emprise du système de couper la parole qui consiste en ce que les vibrations que l’on imprime à mes nerfs, et avec elles les mots qu’elles induisent, viennent à véhiculer non pas des pensées accomplies mais seulement des débris de pensée, dont c’est la tâche qui échoit en quelque sorte à mes nerfs que de les faire en quelque sorte aboutir au sens. »
[20]
J. Lacan, 1955/1956,
id., leçon du 8 février 1956, p. 158 et 159.
[21]
J. Tardieu,
La comédie du langage, suivi de
La triple mort du client, publié chez Gallimard en 1987.
[22]
J. Lacan, « L’agressivité en psychanalyse », dans
Écrits, 1948, p. 114.
[23]
S. Freud, 1910,
id, p. 308 et suivantes.
[24]
Est-ce à cette première condition qu’on peut comprendre le négativisme dont parle Freud dans son article de 1925
Die Verneinung ? À relire Freud, à propos de Schreber, on ne peut qu’être frappé du fait qu’il ne parle pas de délire des négations alors que dans les
Mémoires de ce dernier, les idées de destruction de l’humanité et de lui-même y sont tout à fait lisibles. Freud ignorait-il le syndrome de Cotard, isolé chez les mélancoliques mais aussi chez les persécutés dès 1882 ? ou bien s’attache-t-il déjà au-delà de toute description – ce serait plutôt notre hypothèse – à rendre compte métapsychologiquement des particularités négatives ?
[25]
Cette insuffisance de la projection pour rendre compte du comportement du jaloux et de celui du paranoïaque, c’est ce que Freud note dans son article de 1922, « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité », dans
Névrose, psychose et perversion,
puf, 1973, p. 274.
[26]
S. Freud, 1938, « Le clivage du moi dans les processus de défense », dans
Résultats, idées, problèmes, II,
puf, 1985.
[27]
Quand le sujet n’est plus divisé, il devient fou, J. Lacan, 1957/1958, Séminaire
Les formations de l’inconscient, leçon du 4 juin 1958.
[28]
En faisant appel à la voie topologique, bande de Mœbius tout d’abord où l’endroit et l’envers ne sont qu’une seule et même face.