La reconstruction de l’image du corps chez Léo, enfant trisomique présentant des retraits autistiques
Chantal Lheureux-Davidse
À partir du matériel clinique du suivi dans un ime d’un jeune atteint de trisomie et présentant des retraits autistiques, je propose de relater quelques séances de la psychothérapie pour repérer les éléments cliniques qui ont permis à Léo de reconstruire peu à peu son image du corps et son sentiment d’exister, et de découvrir un sentiment d’altérité. En quoi la nomination du sensoriel vécu en séance a pu étayer la conscience d’exister de Léo qui se perdait dans un retrait autistique pour survivre, où le clivage dans ses pensées l’empêchait de recontacter son vécu corporel. Les étapes de destructivité (automutilations et violence) peuvent être comprises non pas comme un refus de relation, mais comme des tentatives de différenciation au moment où l’intensité émotionnelle tout juste récupérée le submergeait et que son pare-excitation était encore défaillant. L’intensité émotionnelle le plongeait alors dans des angoisses ingérables de densité de son corps qui ont pu s’apaiser grâce à un ralentissement de vitesse des gestes, des mouvements et des paroles du thérapeute. Ce temps étiré a favorisé l’intégration sensorielle de ses ressentis jusqu’à ce que son image du corps se construise. Ainsi il a goûté peu à peu à la relation à l’autre, dans un premier temps en se mettant dans les pensées d’autrui dans une interchangeabilité d’identifications, pour ensuite s’autoriser à se sentir exister pour lui-même sans s’isoler de la relation. Il a pu ensuite revivre dans le transfert des traumatismes infantiles de s’être senti monstrueux et dangereux pendant la première année de sa vie pour ses parents sous le choc d’avoir et de voir leur bébé marqué d’un handicap. Puis il a pu au fil des séances quitter une responsabilité ingérable de réparer les blessures narcissiques de ses parents pour retrouver enfin sa place dans sa génération et accepter de refaire confiance aux adultes pour se sentir protégé et relancer ses forces de croissance.Mots-clés :
Autisme, handicap, automutilation, image du corps, densité, vitesse, ambivalence.
From clinical material in a Medical-Educational Institution following an adolescent affected by autosomal trisomy and showing signs of autistic withdrawal, I propose to relate several psychotherapeutic sessions in order to trace the clinical elements that allowed Leo to gradually reconstruct his body image and his understanding of existence, and to find a feeling of alterity. As such the naming of sensorial experiences during sessions was able to strengthen Leo’s consciousness of his own existence, as previously he was losing himself in an autistic withdrawal for his own survival, where the separation of his thoughts kept him from reconnecting with his physical experiences. His stages of destruction (self-abuse and violence) can be understood not as a refusal of relationships, but as attempts at differentiation during moments when a recently recovered emotional intensity overwhelmed him and his pare-excitation was still weak. Emotional intensity thus plunged him into uncontrollable anxiety over the density of his body which could be pacified by a slowing down of gestures and movements, and therapeutic conversations. This expanded time favored the sensorial integration of his feelings until an image of his body could be constructed. Thus he slowly realized relationships with others, at first by thinking of others’ identifications as interchangeable, and then by allowing himself to feel his own existence without isolating himself from relationships with others. Next he was able to relive through the transfer of infantile trauma the experience of being seen as monstrous and dangerous during his first year by his parents, who were in shock at seeing their baby marked by a disability. Finally at the end of the sessions he was able to stop an uncontrollable responsibility to repair his parents’ narcissistic wounds in order to rediscover his place among his same-age peers, his trust in adults, to feel protected and to begin steps toward further growth.Keywords :
Autism, handicap, self-mutilation, body image, density, speed, ambivalence.
• L’arrière tête cassée
• L’installation du regard
• Une relation qui tienne
• La fonction de la douleur dans les automutilations
• De la douleur aux émotions fortes partagées
• La réanimation sensorielle des zones corporelles clivées
• Un pare-excitation défaillant
• La recherche d’un accordage rythmique : vitesse de précipitation et densité, apesanteur et transparence
• L’inscription d’un moi corporel naissant et son intériorisation
• L’effroi de la rencontre avec le bébé « loup garou »
• Du déni à l’acceptation du handicap
• L’accès à l’ambivalence et la constitution d’une double enveloppe
• De la réhumanisation d’un entourage contenant à l’identification à soi-même
• Bibliographie