Cliniques méditerranéennes
érès

I.S.B.N.2749202701
336 pages

p. 113 à 129
doi: 10.3917/cm.070.0113

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no 70 2004/2

2004 Cliniques méditerranéennes

Des passions amoureuses qui suscitent la passion d’ignorer L’amour au troisième temps de l’Œdipe

Marie-Christine Laznik  [*]
Passion amoureuse n’est pas un terme qui s’accorde souvent avec ménopause, leur rapprochement peut susciter de l’effroi. La capacité de procréer perdue, rien ne venant plus faire obstacle à la mort, ménopause se conjugue plus facilement avec vieillesse. Freud a cependant toujours insisté sur une augmentation de la libido à la ménopause, qu’il a comparé à la puberté. Deutsch a supposé qu’il y existe aussi des fantasmes incestueux, mais qu’ils prendraient pour objet le fils devenu homme ou un équivalent. La lutte contre de pareils fantasmes serait à la racine de l’abandon de toute sexualité chez certaines mères vieillissantes ; préservant ainsi le lien mère-fils dans la méconnaissance de ses racines érotiques. Le mythe d’Œdipe marié à sa mère Jocaste a très rarement été abordé du point de vue de la femme dans la mère. Qu’elle ait une passion amoureuse inconsciente pour son fils ou qu’elle puisse vivre une passion amoureuse avec un homme de l’âge d’un fils, cela suscite une passion d’ignorer, largement partagée. Freud aurait-il eu à se battre, lui-même, contre cette passion d’ignorer ? De ce point de vue, la lecture de Vingt quatre heures dans la vie d’une femme, de Stephan Zweig est d’un grand enseignement.Mots-clés : passion amoureuse, passion d’ignorer, ménopause, fantasmes incestueux, lien mère-fils, méconnaissance, Œdipe, Jocaste, Stephan Zweig. Amorous passion is not a term that often goes with menopause ; bringing them together may cause fright. Once the capacity for reproduction is lost, and nothing stands in the way of death, menopause is more easily associated with old age. However, Freud insisted on an increase in libido at menopause, which he compared to puberty. Deustch supposed that there are also incestuous fantasies at this time, but that they would take as their object the son who has grown to manhood or an equivalent. The struggle against such fantasies would be at the root of the abandonment of all sexuality by some aging mothers ; the mother-son bond is thus preserved in a misrecognition of its erotic origins. The myth of Œdipus married to his mother Jocasta has very rarely been approached from the point of view of the woman in the mother. Whether she has an unconscious amorous passion for her son or can experience an amorous passion with a man her son’s age, it gives rise to a passion not to know, which is largely shared. Did Freud himself have to struggle against this passion not to know ? On this point, a reading of Stephan Zweig’s Twenty-four hours in a Woman’s Life is instructive.Keywords : amorous passion, passion not to know, menopause, incestuous fantasies, misrecognition, Œdipus, Jocasta, Stephan Zweig.
 
Ménopause et interdit de passion ?
 
 
Dans un numéro consacré à Amours et Passions, pourrait-on parler de ceux des femmes à la ménopause ? Ce n’est pas évident. Quand des collègues veulent traiter ne serait-ce que du désir ou de la sexualité des femmes, elles refusent fréquemment que l’on y mêle la ménopause [1]. Si l’on se permet de parler d’amours, c’est surtout de ceux qui, désexualisés, n’entraînent plus de passion ; celui d’une grand-mère pour ses petits enfants, par exemple. La ménopause continue à être associée à la vieillesse malgré le temps qui les sépare.
La capacité de procréer – tant qu’elle existe chez une femme – fait obstacle à la mort. Une fois cette capacité perdue, rien n’arrête plus la fuite du temps vers l’annihilation finale, peu importe pour l’inconscient le nombre des décennies restant encore à vivre. Dans le Talmud il est dit qu’une femme est vieille quand elle est atteinte par la ménopause [2]. Les choses ont peu changé depuis l’antiquité hébraïque.
 
Ménopause et effroi
 
 
Certains hommes peuvent se sentir menacés par la perte de fécondité chez leur femme. En allant vivre alors une passion avec une plus jeune, cette nouvelle expérience amoureuse leur donne le sentiment d’échapper à la mort. Souvent, ils lui feront un enfant, renaissant ainsi à plus d’un titre. Patrick de Neuter en parle très bien dans ses travaux sur le désir de l’homme au midi de la vie [3]. Il s’y interroge sur le destin des épouses délaissées ; si elles connaissent les mêmes épreuves du vieillissement, elles n’ont pas la possibilité de lutter avec les mêmes armes que l’époux, remarque-t-il. Est-ce que les femmes n’auraient, alors, plus assez de libido pour vivre des passions ?
Ce n’est pas ce que pense Freud. De 1895 [4] jusqu’à la fin de sa vie, il a défendu l’idée que le moment du climatère correspondait à un formidable accroissement de la libido, c’est l’âge des passions dangereuses. Mais, à cause de « l’horreur que la femme vieillissante ressent à l’égard de la libido devenue excessive [5] », il pense qu’elle est fréquemment obligée de se décider à l’abstinence. Pour une femme, c’est déjà trop tard pour vivre une passion érotique. Il se produit alors des symptômes, une névrose d’angoisse, par exemple.
En 1912, il revient sur cet accroissement de la libido chez les femmes à la ménopause : elle « devient pathogène par suite du refusement relatif de la part du monde extérieur, lequel aurait encore continué à accorder satisfaction à une revendication libidinale moindre [6] ». Alain Corbin raconte que les traités de médecine de l’époque dénoncent avec une extrême virulence « la copulation avec l’épouse stérile et avec la femme ménopausée : deux figures ravageuses aux amours inutiles, tumultueuses, excessives, dont aucune crainte ne vient endiguer les débordements. Menaces pour la morale, ces Messalines conjugales aiment à “se livrer à des coïts effrénés” qui épuisent leur partenaire [7] ».
L’évocation de la ménopause dans les jeux de l’amour, produit horreur ou tout au moins dégoût (Abscheu). Pour y saisir quelque chose, il nous faut faire un détour par la tête de Méduse. Freud dit que dans le mythe, il s’agit de l’organe génital de la mère. « Athéna, qui porte la tête de Méduse sur sa cuirasse, devient par-là même femme inapprochable, dont la vue étouffe toute idée de rapprochement sexuel [8]. » Dans son texte La tête de Méduse [9], il rappelle qu’elle remplace la présentation de l’organe génital féminin béant. Au moment où la possibilité d’enfantement ne vient plus faire écran à cette béance, l’organe féminin acquiert sa dimension d’horreur.
La racine du déni de l’intérêt d’étudier la ménopause en psychanalyse [10], viendrait-elle de là ? Il me semble qu’il faut y adjoindre une deuxième cause.
 
Lutter contre des amours incestueux
 
 
À plusieurs reprises, Freud met en parallèle la ménopause et la puberté : une jeune fille inhibe son désir parce que c’est trop tôt et une femme en ménopause parce que c’est trop tard. Quelques décennies plus tard, Helene Deutsch (1944) reprend ce parallèle [11]. Elle y adjoint l’hypothèse de l’existence à la ménopause, comme à la puberté, de fantasmes incestueux. Si la puberté est une deuxième reviviscence du complexe d’Œdipe, la ménopause en serait une troisième ; à ceci près que c’est le fils de cette femme mûre, et non plus le père, qui occupe maintenant cette place d’objet incestueux. Ce fils n’a-t-il pas, en naissant, été investi de toutes les qualités de l’Idéal dont elle, petite fille, auréolait son propre père ? Et Freud disait déjà que le lien tendre à l’enfant est infiltré d’adjonctions sexuelles inconscientes.
Si certaines femmes ménopausées fuient leur vie sexuelle, cela serait en lien avec ce type de fantasme incestueux. Deutsch [12] en donne un exemple : une de ses patientes, une musicienne de 50 ans, avait épousé à 40 ans son professeur de 55 ans. Son mariage fut paisible mais sans jouissances sexuelles et sans enfants. Quand un jeune élève très doué, trente ans plus jeune qu’elle, vint habiter avec le couple, elle devint agitée et irritable et partit de chez elle dans une excitation étiquetée de ménopausique. Il fallut que le jeune homme quitte la maison pour qu’elle puisse y revenir et retrouver son calme. Mais elle sombra alors dans une grave dépression. Dans le travail analytique, il apparut que sa dépression venait de ce qu’elle avait perdu le jeune homme dont elle était inconsciemment amoureuse.
Freud a toujours tenu à l’idée qu’il y avait à la ménopause une formidable poussée libidinale. Si certaines femmes le reconnaissent, elles ne sont pas la majorité. Les données de la clinique et des enquêtes populationnelles [13]montrent qu’un certain nombre de femmes se disent alors moins intéressées par leur vie sexuelle, voire même l’abandonnent définitivement. Comment l’expliquer ? Y aurait-il alors, contrairement à ce que pensait Freud, une baisse de la libido ? Je propose, au contraire, d’envisager ces désaffections, cet abandon de la vie sexuelle à la ménopause, comme l’effet de la lutte contre des fantasmes incestueux liés, comme à l’adolescence, à une montée de libido mais s’adressant maintenant au fils ou à quelque substitut. À propos de choix d’objet incestueux à la puberté, Freud avait déjà démontré les influences inhibitoires qui en découlaient.
Nous pourrions considérer cette clinique de la perte de l’intérêt sexuel à la ménopause comme étant la conséquence d’une inhibition face à des fantasmes incestueux. Ce désintérêt serait la face visible d’une poussée passionnelle, inconsciente, vers un homme de l’âge d’un fils.
 
Un complexe de Jocaste
 
 
Helene Deutsch parle d’un troisième temps du complexe d’Œdipe chez une femme. Je propose de l’appeler complexe de Jocaste. Cela ne vient en rien contrevenir à la place centrale du complexe d’Œdipe chez la fille et permet de rendre compte de cette lutte contre des fantasmes incestueux. Le mythe de Jocaste permettrait aussi de commencer à aborder une particulière sidération de la pensée, face à l’amour passionnel d’une femme pour un fils, ou pour un homme ayant l’âge d’être son fils. Comme si ce type d’amour éveillait une passion d’ignorer.
Récemment, lors d’un colloque [14] entre gynécologues et psychanalystes sur le thème de la ménopause j’ai encore été témoin de cette sidération. La psychanalyste Nicole Stryckman présenta le cas d’une femme de 55 ans, divorcée depuis quinze ans, qui était venue la voir pour une dépression survenue au moment où son fils, âgé de 18 ans, lui avait annoncé son intention de partir vivre chez son père. « Maintenant que je suis sur l’autre versant du temps de la vie, il m’abandonne. Ce départ me met par terre et je ne sais plus très bien qui je suis », avait-elle ajouté. Au terme de son travail, elle avait avoué à son analyste avoir toujours en tête une chanson qu’elle avait enseignée à ce fils : « Ne me quitte pas, ne me quitte pas […] Je ferai un palais où l’amour sera roi, où l’amour sera loi où tu seras reine. »
Personne, parmi tous les spécialistes qui l’écoutaient, n’évoqua l’idée d’un amour incestueux. Cela devait rester « inconscient : que l’être en parlant jouisse et ne veuille rien en savoir ». Ce rien en savoir, Lacan (1972) l’appelle alors passion de l’ignorance [15]. De la même façon, les quelques psychanalystes qui, après Helene Deutsch, ont abordé la question de la ménopause n’ont jamais repris cette hypothèse [16]. Peut-être que la jouissance d’une mère, quand l’objet est le fils devenu homme, fait limite de ce qui est audible.
Les passions amoureuses des femmes mûres n’ont jamais retenu l’intérêt de la psychanalyse, pas plus que celle de Jocaste, la mère d’Œdipe. Si des quantités d’études portent sur les fantasmes et sur l’économie psychique de nos jeunes Œdipes épris de leurs mères, presque rien n’est consacré à elle. Quand Jocaste est nommée, c’est souvent de ses enfants que l’on parle. D’elle, ce n’est que le maternel que l’on est en droit d’interroger, et très rarement – à ma connaissance – la femme amoureuse d’un mari clairement plus jeune qu’elle, ayant l’âge du fils disparu.
De Neuter rappelle que pour Freud, « la connaissance et l’études des mythes sont tout à fait essentielles pour la clinique psychanalytique et pour l’étude de l’inconscient [17] ». Il fait remarquer que les mythes jettent un éclairage persuasif sur ce que nous nous efforçons de méconnaître ; ils démontrent que l’impensé – les désirs incestueux, par exemple – a déjà été pensé. Kaufmann avait bien saisi cette portée dans les mythes et il remarquait aussi combien ils sont moins marqués par le refoulement que le rêve, moins entamé par la censure [18].
 
Jocaste vue par Voltaire
 
 
Dans le mythe d’Œdipe, la jouissance du couple royal reste voilé, remarque Lacan (1971) [19]. Dans presque toutes les versions théâtrales connues de l’Œdipe, Jocaste semble tenue à l’ombre de la passion incestueuse du fils. Mais, a-t-il une passion amoureuse pour elle ? La question est hors propos, même chez Sophocle.
Dans l’Œdipe de Voltaire, les personnages assument des passions : il y a de l’amour et de la haine, une épaisseur subjective qui nous les rend plus proches. Mais cela se fait au prix d’un clivage. Voltaire va donner à Œdipe un double : Philoctète, du même âge que Jocaste. Dans sa jeunesse, il a éprouvé une passion pour elle. Jocaste ayant été mariée au roi Laïos, il voua à ce dernier une haine telle qu’il fut obligé de s’exiler de Thèbes. Il revient, vingt ans plus tard, au moment où la ville est sous l’emprise de la peste. Il tient toujours à Jocaste un discours amoureux, discours qui est loin de lui être indifférent. On voit bien comment, par l’artéfact de ce dédoublement, Voltaire négocie avec le mythe ; ce n’est pas le fils qui hait le père-roi, c’est un autre ; ce n’est pas le fils qui aime sa mère, c’est un autre.
Voltaire se trouve alors confronté au problème de l’âge de Jocaste. Comment peut-elle encore susciter une passion ? Dans le but de la rajeunir, il va raccourcit au maximum le temps entre l’arrivée d’Œdipe et le déclenchement de la peste. Il écrit :
« Il est aisé de voir qu’elle n’a pas plus de 35 ans. Les femmes seraient bien malheureuses si l’on n’inspirait plus de sentiment à cet âge. Je veux que Jocaste ait plus de 60 ans dans Sophocle et dans Corneille. La construction de leur fable n’est pas une règle pour la mienne… on doit bien me passer d’ôter à Jocaste quelques années [20]. »
Voltaire reviendra cependant sur cet amour. Ce sont les acteurs qui l’ont poussé à l’inclure, lui-même aurait préféré une pièce de laquelle ce type de sentiment eût été absent, dira-t-il. Lanson écrit que pour que la pièce puisse être jouée, « Voltaire se résigne à faire soupirer le grave Philoctète pour la vieille Jocaste [21]. » Nous voyons combien un homme et une femme d’âge mûr ne sont pas affublés du même adjectif. Ce qui lui pose problème à Voltaire, c’est qu’un homme puisse être amoureux d’une femme âgée, malgré le fait d’avoir essayé de ne lui donner que 35 ans. Il lui faudra invoquer l’idée que ce dont Philoctète est amoureux, c’est du souvenir de la jeune fille qu’il a connue. En 1750 [22], il écrit : « J’introduisis, non pas une intrigue d’amour, l’idée me paraissait trop choquante, mais au moins le ressouvenir d’une passion éteinte. » Cela lui permettait de faire parler la vieille Jocaste d’un vieil amour. Quand Philoctète retrouve Jocaste, écrit Lanson [23], il s’agit d’une idylle surannée. Si je m’attarde autant sur Voltaire, c’est parce que, pendant quelques années, Freud butera sur les mêmes difficultés ; lui aussi sera heurté par l’âge de Jocaste.
 
Jocaste vue par Freud
 
 
Freud n’a pas beaucoup parlé de Jocaste, elle ne mérite même pas une entrée dans l’index général des sujets de la Standard Edition. Elle restera occultée, à l’ombre de son fils. En 1900, Freud [24] la cite, rassurant son mari Œdipe, inquiété par les oracles : « La menace de l’inceste ne doit pas t’effrayer : plus d’un mortel a partagé en songe le lit de sa mère. Pour qui sait surmonter ces frayeurs, la vie est plus simple [25]. » Il constate qu’elle a raison, beaucoup d’hommes en rêvent, même s’ils se révoltent ensuite d’avoir osé un rêve pareil, c’est le début de son intérêt pour Œdipe.
L’année suivante, dans Psychopathologie de la vie quotidienne [26], Freud reviendra à elle à propos d’un patient, un homme jeune dont le contenu du rêve indique un rapport sexuel avec la mère : « Le fait assez bizarre que la légende grecque ne soit pas heurtée par l’âge de Jocaste me semble s’accorder très bien avec ma propre conclusion que dans l’amour que la mère inspire à son fils, il s’agit non de la personne actuelle de la mère, mais de l’image que le fils a conservée d’elle et qui date de ses propres années d’enfance. » Comme il est perceptible, Freud est heurté [27] par le fait qu’un homme jeune puisse être amoureux d’une femme au milieu de la vie. Il ne peut être amoureux que du souvenir d’une mère toute jeune, cela ne lui est pas concevable autrement.
Freud essayait d’analyser pourquoi, au lieu d’un collyre, il avait instillé deux gouttes de morphine dans les yeux d’une de ses plus vieilles patientes, une dame de 90 ans. Il lui vint alors la phrase : « sich an der Altern vergreifen ». Sich vergreifen signifie se tromper mais le sens figuré veut dire profaner. Il avait « profané la vieille », se dit-il et c’est cette phrase qui lui fait penser à son patient, le jeune homme qui dans le rêve a un rapport sexuel avec sa mère et puis ensuite à l’âge excessif de Jocaste. Nous voyons que rien ne fait barrière entre les 50 ou 60 ans de Jocaste et les 90 de la vieille.
En 1917, Freud revient au rêve dont parle Jocaste : « Ce n’est pas en vain que la mère-épouse d’Œdipe aura attiré notre attention sur le rêve [28]. » S’il lui reconnaît un savoir sur l’inconscient, il ne lui donne pas plus d’épaisseur subjective.
En 1932, Freud découvre que le maternel d’une femme « acquiert pour l’homme l’attractivité qui embrase chez lui en état amoureux sa liaison œdipienne à la mère [29] ». Voilà qui pourra rendre compte de l’amour passionnel du jeune Werther de Goethe pour Charlotte, mère de famille ; passion désespérée qui le portera au suicide. Mais aussi à l’amour qu’un fils adoptif peut vouer à une femme plus âgée, dont Rousseau nous laissa la Confession. Ces amours, qui peuvent devenir charnels ; ont parfois lieu entre un homme jeune et une femme mûre. Tel fut le cas, tant décrié, entre Colette, quadragénaire, et son jeune beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Qu’en est-il d’une Jocaste auprès de son jeune amant ? Patrick de Neuter [30] soulève certaines omissions de Freud, parmi lesquelles le « désir de Jocaste, la mère, pour son fils ». Grâce à Œdipe, il a reconnu le désir du fils et a énoncé que jouir de la mère est interdit. Mais le jouir de la mère [31], lui, reste inouï. Lacan a pu l’énoncer, mais ce n’est toujours pas un sujet couru.
 
La passion d’ignorer
 
 
Freud remarque qu’Œdipe ne fait aucun lien entre l’oracle qui avait mené à la destruction supposée du bébé de sa femme et celui qu’il avait reçu lui-même, et il conclut : « L’ignorance d’Œdipe est une représentation légitime de l’état inconscient dans laquelle toute l’expérience (du désir œdipien) est tombée chez l’adulte [32]. »
À la suite de Conrad Stein [33], Lacan fera sienne (1960) [34] la lecture ferenczienne des personnages d’Œdipe et Jocaste. Face à la peste, il soulignera l’acharnement d’Œdipe à résoudre l’énigme, à vouloir la vérité. Jocaste essaye de le retenir, de le dissuader, c’est elle qui préfère ne pas savoir. En 1967, il l’accusera de dissimulation [35] et, plus tard, il ajoutera que si Œdipe ne voyait pas « les preuves qui commençaient à pleuvoir », c’est à cause de ce que Jocaste « répandait autour de lui de charme et aussi de harcèlement [36] ».
Comment se peut-il que la Jocaste du mythe ait pu vivre tant d’années auprès d’un homme sans remarquer ni ses pieds percés, comme ceux de son bébé perdu, ni la coïncidence de l’âge ? J’ai consulté l’Œdipe de Sophocle, celui de Sénèque [37], celui de Corneille [38], et celui de Voltaire : dans aucune de ces versions Jocaste ne semble faire de lien entre son jeune mari et son fils perdu. Son silence serait-il la représentation d’une passion d’ignorer, dans laquelle toute mère veut rester quant aux racines sensuelles de son amour pour le fils, devenu adulte ? Freud, non plus, n’évoque pas cette étrange cécité de Jocaste. Serait-t-il en proie à une Jocaste en lui qui le supplie de rester dans l’ignorance, comme le propose Ferenczi ?
Même si ce n’est pas dans le même but que j’invoque « Jocaste », il me semble intéressant de suivre R. Gori quand, ayant soustrait ce signifiant au personnage du scénario tragique, il propose de nommer ainsi une partie de notre réalité psychique vouée à la passion d’ignorer ce qui fait jouissance. Elle serait antagonique à celle qui désire connaître et qu’il nomme « Œdipe [39] ». Pour ce qui concerne la passion amoureuse d’une mère pour son fils adulte, il semblerait que ce soit la partie vouée à la passion d’ignorer qui l’emporte. Mais nous ne pouvons que constater que cette partie se trouve tout aussi bien chez les fils que chez les mères.
La « passion d’ignorer » est ici prise par Gori dans le sens proposé par Conrad Stein (1977) pour définir la volonté de Jocaste de n’en rien savoir, passion qui nous pousserait à « méconnaître ce que le désir de savoir pousse à découvrir ». Méconnaissance n’est pas la même chose qu’ignorance, « il faut bien qu’il y ait derrière cette méconnaissance une certaine connaissance de ce qu’il y a à méconnaître » faisait remarquer Lacan [40].
Au niveau de l’histoire que Socrate raconte dans sa tragédie, ce terme semblerait plus approprié. S’il nous rapporte toute l’histoire du serviteur qui a assisté au meurtre, c’est pour éviter que Jocaste puisse ne pas savoir, souligne Lacan [41]. Il ajoute plus tard :
« Jocaste, elle, je vous l’ai toujours dit, en savait un bout, parce que les femmes ne sont pas sans avoir des petits renseignements. Elle avait là un serviteur qui avait assisté à toute l’affaire, et il serait curieux que ce serviteur, qui est rentré au palais et qu’on retrouve à la fin, n’ai pas dit à Jocaste – C’est celui-là qui a bousillé votre mari [42]. »
Il me semble que la passion d’ignorer renverrait plutôt à un élément de structure. Par exemple, un amour inconscient de la femme ménopausée pour son Œdipe de fils devenu un homme. Nous connaissons ces mères vieillissantes qui font l’objet d’une grande attention de la part du fils. L’épanouissement extraordinaire de leur lien se paye, non seulement par un abandon de la vie sexuelle, mais aussi par une passion d’ignorer les racines mêmes de leur jouissance. À ce prix, l’amour du fils elles peuvent bien se l’approprier. Stewart (1961) [43] raconte une blague juive : Une mère emmène son fils chez l’analyste et, en s’entendant dire qu’il souffre d’un complexe d’Œdipe non résolu, elle s’exclame : « Œdipe, Schmœdipe. Tant que le garçon aime sa mère, il ira bien. » Selon lui, c’est la voix de Jocaste qui parle ici. Nous voyons bien comment la jouissance du dire maternel vient ici voiler la vérité de ses racines.
La dramaturge Michelle Fabien (1983) [44], dans le préambule à sa Jocaste, évoque quelque chose de cette passion d’ignorer : « On ne peut se contenter de voir en elle l’occasion du destin tragique d’Œdipe ; elle est l’héroïne emblématique d’une tragédie dont on ne veut plus rien savoir. » Mais malgré un discours érotique, le texte passe sous silence le fait qu’il s’agisse de la passion d’une femme mûre pour un homme de l’âge du fils. À propos de cette Jocaste, Marcelle Marini [45] fait remarquer que « l’on dit aisément qu’un petit garçon fait son Œdipe – comme il ferait sa rougeole – mais d’une femme il est impossible de dire qu’elle fait sa Jocaste ». Christian Vereecken [46]est un des rares à interroger Jocaste sur son amour incestueux pour ce mari. Il lui demande, par la bouche de Tirésias : « N’avez-vous jamais pensé, tout à part vous, à ce qu’aurait pu être le disparu s’il avait vécu ? Et n’est-ce pas à votre insu, de ce que justement il avait l’âge qu’aurait pu avoir le disparu ; et un visage, ma foi, pas indigne de lui, que le vainqueur de la Sphinge a capté votre sympathie ? Et encore, dites-moi, ces cicatrices à ces pieds ne vous ont-elles pas fait rêver parfois à l’absent ? »
 
Une passion jocastienne chez Stephan Zweig
 
 
Freud, lui aussi, a eu des difficultés à admettre qu’une femme puisse concevoir un pareil amour pour un homme de l’âge d’un fils. Cette jouissance de la mère, il ne semble avoir pu commencer à l’entrevoir que grâce à un roman de Zweig. Dans Vingt quatre-heures dans la vie d’une femme [47], ce dernier dépeint un de ces moments de folie passionnelle de l’âge dangereux, comme cela s’appelait à l’époque.
Une aristocrate fit un mariage avec quelqu’un de son milieu ; eut deux enfants et vécut heureuse jusqu’à la quarantaine. C’est alors que son mari mourut la laissant avec deux fils adolescents. Quand ils partirent de la maison pour leurs études et qu’ils n’eurent plus besoin d’elle, un sentiment de désœuvrement, d’inutilité, l’assaillit. Pour tuer le temps et ne pas peser sur ses fils, elle décida d’entreprendre un long voyage jusqu’à ce qu’ils fussent mariés.
Dans un de ces périples, elle se retrouve au casino de Monte Carlo. Son regard est captivé par un joueur d’une vingtaine d’années, vraisemblablement de l’âge du fils aîné, même si le rapprochement n’est pas fait. Zweig raconte comment elle le contemple des heures. Le jeune homme finit par tout perdre et elle lit sur son visage qu’il va se tuer.
Il part, elle le suit et un déluge de pluie s’abat. Ne sachant pas encore qu’elle en est tombée amoureuse et croyant faire « le geste instinctif que l’on fait pour secourir et retenir un enfant qui, dans la rue, va se jeter sous les roues d’une automobile » elle finit par l’accoster.
En pleine nuit, sous cette pluie diluvienne, le jeune homme la prend pour une prostituée mais accepte de la suivre. Pour le sauver, elle lui paye une chambre d’hôtel. Mais le jeune homme l’y embarque avec lui. Ils y vivront une nuit de passion effrénée, comme savent le faire ceux qui se promettent à la mort. Le matin, elle le regarde dormir d’un œil maternel. Elle le croit transformé, se réjouit de lui avoir évité le suicide et veut alors le sauver complètement. Elle lui prête l’argent pour solder ses dettes, le fait jurer sur l’honneur de ne plus jamais jouer, et veut croire dans le geste d’adoration et de promesse sacrée avec lequel le jeune homme la remercie.
L’après-midi, ils font ensemble une promenade, la plus heureuse de sa vie, se souviendra-t-elle des années plus tard. Dans une petite chapelle, le jeune homme, un aristocrate polonais, se prosterne comme un pénitent et remercie Dieu de l’avoir envoyée. La pute d’hier, mise là en place d’icône, pense l’avoir sauvé pour toujours. Elle le congédie en lui promettant d’aller lui dire au revoir à la gare.
Une fois le jeune homme parti, elle est prise d’une souffrance passionnelle : « C’était la déception… la déception… que ce jeune homme fût parti si docilement… sans aucune tentative pour me garder, pour rester auprès de moi… qu’il eût obéi humblement et respectueusement à ma première demande l’invitant à s’en aller, au lieu… au lieu d’essayer de me tirer violemment à lui… qu’il me vénérât uniquement comme une sainte apparue sur son chemin… et qu’il… qu’il ne sentît pas que j’étais une femme. […] Si cet homme m’avait saisie, s’il m’avait demandé de le suivre, je serai allée avec lui jusqu’au bout du monde, j’aurais déshonoré mon nom et celui de mes enfants… »
Elle décide de le rejoindre à la gare et de partir avec lui. Un contretemps l’empêche d’y être à l’heure et, anéantie, elle voit s’éloigner le train. Pour retrouver le fantôme de l’homme aimé, elle va au Casino. Il y était revenu ! Elle essaye de lui parler mais se fait rejeter froidement, et quand il lui rend son argent, elle se sent comme une prostituée venue réclamer son dû. Elle s’enfuira, éperdue d’humiliation.
 
Les difficultés de Freud avec ce roman
 
 
Freud (1926), remarque, lui aussi, que le jeune homme a l’âge du fils aîné de cette femme. Il interprète l’histoire dans le sens d’un fantasme incestueux du fils. Freud tient à démontrer à Zweig – son jeune ami – que le jeu est le représentant de l’onanisme, qu’il s’agit là nécessairement d’un fantasme érotique masculin de la puberté. L’écrivain lui rétorque avoir voulu saisir ce que pouvait ressentir une femme, l’histoire est racontée par la mère et non pas par le fils. Freud s’en sort en renversant la perspective : « Cela doit flatter le fils de penser : si ma mère savait à quels dangers me conduit l’onanisme, elle m’en sauverait à coup sûr en me permettant toutes les tendresses sur son propre corps. L’assimilation de la mère à la putain que le jeune homme effectue dans la nouvelle de Zweig, appartient au contexte de la même fantaisie [48]. » Certes.
Mais la passion d’une femme pour un homme plus jeune lui reste difficile à concevoir. Il trouve toujours « très contestable que la vie amoureuse d’une femme soit dominée par des impulsions subites », lui qui n’a cessé de rappeler l’augmentation de la libido, de la pulsion sexuelle, chez les femmes à ce moment de leur vie. Freud finit par ouvrir une possibilité à ce fantasme féminin, à condition qu’il garde la marque de l’amour maternel. « Fidèle à la mémoire de l’époux qu’elle a perdu, elle s’est cuirassée contre tout ce qui pourrait prétendre à lui ressembler, mais – et en cela la fantaisie du fils a finalement raison – en tant que mère elle n’avait pas échappé à un transfert d’amour, totalement inconscient pour elle, sur le fils et, en ce point non surveillé, le destin peut la saisir [49]. » Freud en arrive donc à dire qu’une femme mûre ne se laisse aller à une passion que pour un homme jeune, par un transfert de l’amour pour le fils. Cette passion sera, dirais-je, jocastienne.
Dans le théâtre classique du xviiie siècle, il existe une version du mythe d’Œdipe qui va dans ce même sens, celle du duc de Brancas de Lauraguais. Elle s’intitule Jocaste, tragédie [50]. Dans cette pièce, Jocaste est présenté comme une femme désirante avouant sa passion pour son jeune mari, ce qui est déjà exceptionnel. Mais, en plus, quand elle découvre qu’il est aussi son fils, cela lui paraît éclairer la raison même de son coup de foudre : « Avant de le savoir mon cœur n’en doutait pas ! Je sentais en mon sein la Nature égarée./ J’éprouvais ses erreurs, mais j’en fus enivrée./ Chère Iphise ! Et quoi donc ! pour un autre que lui/ Jocaste eût-elle pu s’enflammer aujourd’hui ? Aujourd’hui que Laïus, à peine dans la tombe… »
Souvenons-nous que, pour Freud, si le maternel dans une femme suscite un embrasement en amour chez son soupirant, tant qu’elle est en âge de procréer, c’est le fils qui obtiendra l’amour de sa mère. À l’âge dangereux, au moment où elles ne peuvent plus enfanter, certaines femmes seraient-elles tentée de reporter l’investissement libidinal désirant sur un jeune amant ? Est-ce un moment propice à l’éclosion d’une passion ?
 
Ce qui précède l’éclosion d’une passion amoureuse
 
 
Selon Roland Gori (2002) [51] dans le moment logique qui précède l’éclosion d’une passion amoureuse, le sujet se trouvait dans un état de détresse ou de désarroi. Clérambault, écrit-il, avait déjà noté que c’était souvent dans un état triste que survenait le coup de foudre amoureux. Je pense qu’un état de manque, de vide intérieur, est toujours nécessaire pour que l’investissement libidinal massif d’un nouvel être soit possible. L’exemple le plus frappant est la nécessité du baby-blue, de ce moment de perte des repères habituels, d’extrême fragilité dans lequel se retrouvent les femmes après un accouchement et qui leur permet de tomber amoureuse de leur nourrisson, de l’investir en place d’Idéal. Si ce processus est habituel, il n’est pas moins dangereux. Nous savons que certaines peuvent prolonger cet état jusqu’aux dépressions du post-partum. Ce moment de fragilité – qui précède le lien au nouveau-né – et ses risques ont été bien décrits.
Par contre, la crise du milieu de la vie – avec les pertes, la tristesse, voire même la détresse qu’elle entraîne [52] – n’a jamais été envisagée en tant que moment logique pouvant précéder l’éclosion d’une passion amoureuse. Pourquoi ? Tout d’abord, ces cas sont sûrement plus rares. Même de nos jours, une femme mûre peut se croire trop « vieillie », pour se laisser aller à une passion dangereuse ; elle préférera faire le choix du refoulement. Mais quand de telles passions surviennent, quand une femme désire là où elle ne devrait avoir que des sentiments maternels, la passion d’ignorer vient obturer tout questionnement. Dommage ! Étudier les caractéristiques de ce moment logique qui précède une passion pourrait, peut-être, éclairer cette montée de libido, affirmée par Freud, et difficile à résoudre en termes hormonaux.
Zweig, dans son roman, souligne bien ce moment de vide, de tristesse, que connaît l’héroïne quand, veuve, elle devient inutile à ses fils, ce qui la mène à partir à l’aventure. Cette problématique, bien connue du « nid vide », vient au même moment où une femme doit affronter la question de la perte définitive de sa capacité de procréer. Alors la vérité de la jouissance d’une femme ne peut plus se couvrir du manteau pudique des joies maternelles.
« Jocaste, c’est quoi ? » lance Lacan. « Personne n’a su ni le voir, ni le dire, parce que c’est le lieu d’où l’on peut voir séparées la jouissance et la vérité [53]. » Et cela est intolérable. Il n’y a pas que la Sphinge qui se jette alors du haut du rocher. Dans le film Post coitum animal triste, l’héroïne abandonnée par son jeune amant fait de même. Est-ce pour cela que dans les représentations de notre société – littéraires ou cinématographiques – ce type de lien passionnel se doit de finir mal ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[*]Marie-Christine Laznik, psychanalyste, 45 rue de Richelieu F-75001 Paris.
[1]Ce constat avait déjà été fait par Madeleine Gueydan, seule psychanalyste à avoir écrit un livre sur le sujet. Voir M. Gueydan, Femmes en ménopause, Toulouse, érès, 1991.
[2]R. Arnaud, La ménopause à travers l’histoire, Laboratoires Ciba-Geigy, 1995, p. 9.
[3]P. De Neuter, « Le mythe de l’enlèvement d’Europe : considérations actuelles sur le désir de l’homme à l’aube et au midi de la vie », dans Le bulletin freudien, septembre 2001, Bruxelles, n° 37/38, p. 75-105.
[4]S. Freud (1895), Du bien fondé à séparer de la neurasthénie un complexe de symptômes déterminé, en tant que « névrose d’angoisse », OC, vol. III, Paris, puf, 1989, G. W. vol. I.
[5]S. Freud, op. cit., p. 53 de l’édition française.
[6]S. Freud (1912), « Des types d’entrée dans la maladie névrotique », OC vol. XI, Paris, puf, 1988, p. 124.
[7]A. Corbin, « La petite bible des jeunes époux », dans L’amour et la sexualité, Les collections de L’histoire, n° 5, Paris, juin 1999, p. 82-87.
[8]S. Freud (1923), « L’organisation génitale infantile », OC, vol. XVI, p. 308, n° 2.
[9]S. Freud (1922), La tête de Méduse, OC, vol. XVI p. 163-164 ; G. W., vol. XVII, p. 47.
[10]Les quelques auteurs psychanalytiques qui ont osé affronter le sujet s’en sont plaints. Ruth Lax (« The expectable depressive climacteric reaction », dans Bulletin of the Menninger Clinic, 46, 2, 1982, p. 158.) va même jusqu’à faire l’hypothèse d’un déni de la ménopause chez la plupart des analystes.
[11]H. Deutsch (1944), La psychologie des femmes : étude psychanalytique, Paris, puf, 1967, vol. II, p. 391-418.
[12]H. Deutsch, op. cit., p. 402-403.
[13]C. Delbès ; J. Gaymu, « L’automne de l’amour : la vie sexuelle après 50 ans », dans Population, revue de l’ined, novembre-décembre 1997, n° 6, Paris, ined, p. 1439-1484.
[14]N. Stryckman, « Vieillissement et rupture amoureuse », exposé au colloque « La ménopause – psychanalystes et gynécologues face à la crise du milieu de la vie chez les femmes », Soc. franç. de gynéco-obst. et psychos., Paris, afi, 26-27 janvier 2002 qui a donné lieu à l’ouvrage La ménopause. Regards croisés entre gynécologues et psychanalystes, sous la direction de Pascale Bélot-Fourcade et Diane Winaver, Toulouse, érès, collection « Points hors ligne », 2004.
[15]J. Lacan (1972-1973), Le séminaire Livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 95, 110. Il s’agit là d’une des premières et rares fois où Lacan emploie passion de l’ignorance dans ce sens. Auparavant, le rien en vouloir savoir renvoyait plutôt à la méconnaissance. Si, tout comme l’amour et la haine, l’ignorance en tant que passion a toujours renvoyé à l’être, elle a été lue dans un sens positif, comme temps premier d’ouverture au transfert (1954), puis au savoir (1955), dans le sens prônée par Nicolas de Cues de la « docte ignorance ».
[16]Gueydan le cite dans son chapitre sur Deutsch mais ne le reprend plus par la suite.
[17]P. De Neuter, « Le mythe de l’enlèvement d’Europe : considérations actuelles sur le désir de l’homme à l’aube et au midi de la vie », Le Bulletin freudien, septembre 2001, 37/38 p. 76.
[18]P. Kaufmann, L’apport freudien, Paris, Bordas, 1993, p. 556-557. Cité par De Neuter.
[19]J. Lacan, D’un discours qui ne serait pas du semblant, séminaire inédit, leçon du 9 juin 1971.
[20]Voltaire, « Cinquième lettre qui contient la critique du nouvel Œdipe », dans Œdipe Tragédie, Paris, chez Pierre Riboux, M.DCC.XIX, p. 122.
[21]G. Lanson, Voltaire, Paris Hachette, 1960, p. 21 ; cité par J.M. Moureaux, L’Œdipe de Voltaire, introduction à une psycholecture, Paris, Lettres Modernes, 1973.
[22]Dans « L’Épître dédicatoire d’Oreste à la Duchesse du Maine ».
[23]G. Lanson, op. cit., p. 19.
[24]S. Freud (1900), The interpretation of dreams, S.E. v. IV, p. 264 ; L’interprétation des rêves, trad. franç. Meyerson, puf, 1967, p. 230.
[25]Sophocle, Œdipe Roi, troisième épisode, dans Théâtre complet, trad. Robert Pignarre, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 129.
[26]S. Freud, (1901) Psychopathology of everyday life, S. E. v. VI, p. 177-178 ; Psychopathologie de la vie quotidienne, trad. française Jankélévitch, Paris, Petite bibliothèque Payot, p. 190-191.
[27]La traduction française est : « Ne tient aucun compte. » Freud avait écrit : « Die Zonderbarkeit, daß die Sage keinen Anstoß and der Alter der Königin Jokaste nimmt » ; G. W. v. IV, p. 197. Le mot Anstoß veut dire heurter.
[28]S. Freud, « XXI leçon : Développement de la libido et organisation sexuelle », dans Leçons d’introduction à la psychanalyse, OC, v. XIV, p. 349.
[29]S. Freud, « XXXIIIe leçon : la féminité », dans Nouvelle suite de leçons d’introduction à la psychanalyse, OC, v. XIX, p. 217-218.
[30]P. De Neuter, op. cit., p. 77.
[31]J. Lacan, D’un autre à l’autre, séminaire inédit
[32]S. Freud (1938) An outline on psychoanalysis, ch. VII, S. E., v. XXIII, p. 191.
[33]C. Stein (1959), « Notes sur la mort d’Œdipe », dans La mort d’Œdipe, Paris, 1977.
[34]J. Lacan, Le Séminaire, Livre VII : L’Éthique de la psychanalyse, leçon du 8 juin 1960, Paris, Le Seuil, 1986, p. 317.
[35]J. Lacan, La logique du fantasme, séminaire inédit, leçon du 26 avril 1967.
[36]J. Lacan, D’un autre à l’autre, séminaire inédit, leçon du 23 janvier 1969.
[37]Sénèque, « Œdipe », dans Tragédies, t. II, traduction en français de Léon Hermann, Paris, Belles Lettres, 1982.
[38]P. Corneille, (1659) « Œdipe », tragédie, dans Œuvres de Corneille v. 6, nouvelle édition par Ch. Marty-Laveaux, reproduction de l’édition de Paris L. Hachette, 1862, p. 134-219.
[39]R. Gori, « Défiguration du discours tragique », dans R. Gori et C. Hoffmann (sous la direction de), La science au risque de la psychanalyse, Toulouse, érès, 1999, p. 145-162.
[40]J. Lacan, op. cit., p. 190.
[41]J. Lacan, La logique du fantasme, séminaire inédit, leçon du 26 avril, 1967.
[42]J. Lacan (1969-1970), L’envers de la psychanalyse, Séminaire livre XVII, Paris, Le Seuil, 1991, p. 134.
[43]H. Stewart, « Jocasta’s crime », dans Int. Journal of Psycho-analysis, vol. XLII, London, 1961, p. 424-430.
[44]M. Fabien, « Jocaste », dans Didascalies 4, cahiers occasionnels de l’ensemble théâtre mobile, janvier 1983, Bruxelles.
[45]M. Marini, « Sommes-nous toutes des Jocaste qui s’ignorent ? », dans Didascalies, op. cit., p. 35-45.
[46]C. Vereecken, « La seconde mort de Jocaste, ce qu’en dit Tirésias », dans Didascalies, op. cit., p. 64-69.
[47]S. Zweig (1927) Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, trad. de l’allemand par Olivier Bournac et Alzir Hella, Stock, Livre de poche, 1993.
[48]S. Freud (1926) Dostoïevski et la mise à mort du père, OC, vol. XVIII, p. 222-225.
[49]S. Freud, op. cit., p. 225.
[50]De Brancas de Lauraguais, Jocaste, tragédie, acte III, Paris, Debure l’aîné libraire, 1781, p. 30-31.
[51]R. Gori, Logique des passions, op. cit., p. 65.
[52]Voir M.C. Laznik, Sexualité féminine à la ménopause, thèse de doctorat défendue à Paris XIII, sous la direction du Pr Rassial, février 2002.
[53]J. Lacan, La logique du fantasme, séminaire inédit, leçon du 26 avril 1967.
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M. Fabien, « Jocaste », dans Didascalies 4, cahiers occasio...
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[45]
M. Marini, « Sommes-nous toutes des Jocaste qui s’ignorent ...
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[46]
C. Vereecken, « La seconde mort de Jocaste, ce qu’en dit Ti...
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[47]
S. Zweig (1927) Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme...
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[48]
S. Freud (1926) Dostoïevski et la mise à mort du père, OC, ...
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[49]
S. Freud, op. cit., p. 225. Suite de la note...
[50]
De Brancas de Lauraguais, Jocaste, tragédie, acte III, Pari...
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[51]
R. Gori, Logique des passions, op. cit., p. 65. Suite de la note...
[52]
Voir M.C. Laznik, Sexualité féminine à la ménopause, thèse ...
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[53]
J. Lacan, La logique du fantasme, séminaire inédit, leçon d...
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