Cliniques méditerranéennes
érès

I.S.B.N.2749202701
336 pages

p. 177 à 198
doi: 10.3917/cm.070.0177

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no 70 2004/2

2004 Cliniques méditerranéennes

L’amour de la science et le désir de savoir

Olivier Wathelet  [*]
Ce texte propose au lecteur une brève incursion au sein de la physique théorique pour y dessiner, à grands traits, une configuration épistémique qui n’est pas sans similitudes avec la subversion psychanalytique. Il y est montré comment la situation expérimentale de la mécanique quantique a produit un sujet inédit, appartenant à la même région ontologique que son objet. L’auteur s’attardera sur le « retour à Einstein » réalisé par Bohr et Heisenberg en illustrant le déplacement des enjeux épistémiques, associé à ce retour, par les analogies de Bohr entre théorie de la relativité et mécanique quantique. On relèvera ensuite comment Bohr a conçu un procédé d’écriture nouveau pour faire place à l’inédit de l’objet quantique. Pour terminer, l’auteur procèdera à l’étude des démarches d’investigations conceptuelles quantique et psychanalytique dans la production du savoir sur l’objet. Parce qu’on ne peut pas tout dire de l’objet, il faut faire place au non-savoir dans la configuration du savoir lui-même. La complétude du sujet connaissant se voit trouée par le forçage symbolique de l’écriture de Bohr et de Lacan. L’investissement, toujours relancé, du sujet de l’énonciation et du sujet physique à l’égard de leur objet, destitue le savoir de l’exigence réaliste et promeut un désir, distinct du classique leurre imaginaire.Mots-clés : amour, mécanique quantique, psychanalyse, savoir, science. The author suggests making an incursion into theoretical physics in order to give general outlines of how an epistemic configuration could be there compared with the psychoanalytic subversion. He shows how the experimental situation in quantum mechanics created a new subject, which in a matter for the same ontoligical area as the quantum matter. About that, he will qive an outline of how Bohr’s and Heisenberg’s « come back to Einstein » illustrates a shift of epistemic stakes, despites of the Bohr’s analogies between theory of relativity and quantum mechanics. Then, he picks out how Bohr conceived a new writing process in order to let become apparent the originality of the object in quantum mechanics. Eventually, the author studies conceptual investigations in quantum et psychoanalytic matters, concerning the creation of knowledge about the object. Because it is not possible to tell all about the object, un-knowledge must take place within the configuration of knowledge itself. The symbolic forcing of the Bohr’s and Lacan’s writings make a hole in the complete subject who knows. The always cathexis of the subject of enonciation or the physics subject prevents knowledge from pretending to realistic requirement, and puts a wish forward, which is different of being the classical and imaginary delusion.Keywords : knowledge, love, psychoanalysis, quantum mechanics, science.
« Rien n’est ferme, chaque pensée – chaque mot –
ne convient qu’à indiquer une cohérence
qui en elle-même ne peut jamais être décrite
mais demande à être toujours plus étudiée.
Telles sont les conditions de la pensée humaine [1] »
N. Bohr
Au-delà de toute option théorique, il semble que l’amour soit indéfectiblement lié à l’idée de l’Un.
Selon le discours d’Aristophane dans Le Banquet [2], les hommes, jadis sphériques et dotés d’une force et d’une vigueur extraordinaires, auraient été coupés en deux après avoir défié les dieux. Une fois le corps divisé, chacune des parties regrettait sa moitié et se dirigeait vers son complément. Jusqu’alors, chaque partie possédait « les organes de la génération » sur le derrière et engendrait « non point les uns dans les autres, mais sur la terre, comme les cigales ». Ainsi, une fois enlacés les uns aux autres pour retrouver l’unité originaire, les hommes mouraient de faim et d’inaction sans vouloir rien faire séparés, sans pouvoir même enfanter. Zeus imagina dès lors un autre expédient pour que la race perdure, il déplaça « les organes sur le devant et par là fit que les hommes engendrèrent les uns dans les autres ». L’homme fut ainsi sauvé et l’unité sphérique perdue au profit d’un désir, issu de la division et du déplacement.
Qu’il soit impossible de faire de l’Un avec du deux, c’est ce que Lacan a conçu comme étant le malentendu de l’amour, un « je ne veux rien savoir » du désir d’être Un qui anime le sujet. Dans l’élan amoureux résiderait une tentative d’assouvir l’idéal d’une complétude imaginaire où l’autre, identifié à l’objet de cet amour, viendrait satisfaire la jouissance du sujet aimant. Mais le sujet ne cesse d’être la proie de cette chasse à l’Un, parce que ce n’est jamais exactement ce qui comblerait son manque qu’il trouve dans l’autre.
Or cet échec est d’autant moins acceptable qu’il révèle précisément ce que le sujet s’efforce de ne pas voir. Ce qu’il trouve dans l’autre, ce n’est pas ce à quoi il aspire. Au contraire, il finit par n’aspirer que le manque que sa demande induit. Le gouffre qui surgit inévitablement entre la demande et la satisfaction idéale est d’autant plus insistant que les efforts répétés pour le combler laissent à chaque fois le sujet dans l’impuissance, impuissance qu’il cherche justement à dénier. Et parce qu’il est insupportable de s’y voir conforté, le sujet doit bien tenter de s’assurer d’une maîtrise qui ne le laisse pas au seuil de ce gouffre. Celui-ci doit être rempli, il doit faire place à la saisie de ce quelque chose qui manque pour faire Un.
Nul ne s’étonnera dès lors que se mette en branle la recherche d’une vérité qui ne fasse pas place au manque ; comme le dit joliment J. Dor : « […] le je ne veux rien savoir du sujet se manifeste au plus fort de lui-même à travers le fascisme impérieux des exigences de compréhension [3]. » De là vient l’idée que la science a à voir avec l’amour, bâillonnement de la parole et du désir de sujet, dont l’effet se manifeste dans un scientisme totalitaire.
Le discours de la science, dit-on généralement, assure la promotion d’énoncés sur la vérité des choses, voire sur le sujet. La connaissance qui y est exposée doit son objectivité à l’épuration du discours, conçu comme non équivoque, c’est-à-dire un discours dont l’éviction du sujet de l’énonciation, du sujet de l’inconscient, est obtenue par les ligatures des outils logiques. Le sujet connaissant « apparaît ainsi comme le nec plus ultra des performances imaginaires du Moi [4] ». Son travail de législateur sur la Nature ne doit pas trahir la moindre brèche.
J’accorde au lecteur que ces propos introductifs sur la science sont pour le moins caricaturaux. Néanmoins…
Depuis sa création, la psychanalyse maintient avec la science des rapports pour le moins équivoques. Il y a d’abord l’« injustice grossière » que Freud a souligné à travers toute son œuvre, celle de ne pas considérer la psychanalyse « à l’instar de n’importe quelle autre science de la nature [5] ». Il y a aussi la singulière élaboration théorique de Lacan par laquelle il proclame pour la psychanalyse un statut à première vue paradoxal : si c’est « le scientisme de son temps […] qui a conduit Freud […] à ouvrir la voie qui porte à jamais son nom [6] », on ne peut pour autant dire que la psychanalyse soit une science.
C’est généralement derrière le slogan de « subversion épistémique » que les défenseurs de la découverte freudienne se sentent, depuis lors, le mieux. Attitude intéressante s’il en est car elle permet de joindre des enjeux difficilement conciliables : ils s’épargnent de devoir laisser choir le prestige conféré par la science à ses représentants, tout en s’assurant de ne pas devoir se réduire à l’homogénéité (dogmatiquement supposée) du champ scientifique. Sous de tels auspices, la psychanalyse opérerait sur un sujet qui n’est autre que celui de la science, sujet « forclos », rejeté par la science elle-même en dehors de ses intérêts. Il est ainsi impossible à la science d’entendre ce que la psychanalyse apporterait de radicalement nouveau ; ce qui autorise la psychanalyse à ne pas devoir rendre de compte à la normativité scientifique sous peine d’écraser, ce faisant, sa singularité épistémique : celle du sujet divisé (Spaltung).
Pourtant, la violence des critiques et/ou le royal mépris que se témoignent les protagonistes laissent voir que l’ambiguïté demeure [7]. En dernier recours, certains vont jusqu’à revendiquer cette ambiguïté comme la marque de ce qui spécifie le caractère éminemment subversif de la psychanalyse en regard de la science. Or cette ambiguïté-là n’a rien à voir avec la surdétermination du langage, c’est bien plutôt l’absence de formalisation de ces rapports qui en est le corrélat. Aveuglée, la psychanalyse se confère alors le privilège d’incarner le bastion d’une avant-garde dans l’ordre du savoir. Mais aux yeux de qui ?… sinon des psychanalystes eux-mêmes.
Entre Freud et Lacan, s’est donc accompli un fameux déplacement : de l’ambition de faire science, le projet psychanalytique s’érige en point idéal de l’analyse pour toute science [8]. Du refus, subi par Freud, de la reconnaissance de la psychanalyse comme science, on est passé, avec Lacan, à une « subversion épistémique » inédite pour le champ scientifique. Je voudrais montrer ici qu’un regard chargé de mépris et de haine peut faire place à un regard intéressé, désirant. Il n’est que trop facile d’entendre émaner de la bouche de beaucoup d’analystes un discours de fiancé déçu par son histoire d’amour, en l’occurrence avec le représentant de la science, de n’avoir pas été reconnu par lui comme sa moitié. Et de là mépriser et/ou rager contre celui qui lui a dénié ce statut.
Les origines même de la psychanalyse portent la marque de cet échec, échec d’inscription de la psychanalyse au rang de science (entendez, pour Freud, au rang des seules vraies sciences, celles de la nature). Le champ freudien fut légué aux successeurs dans cet état : un difficile héritage. La division du champ psychanalytique mondial en ipa [9] et amp [10] peut ainsi s’éclairer d’un point de vue épistémique. Car ce n’est qu’à la suite de ce défaut de reconnaissance [11] que la nouvelle position épistémique promue par Lacan fut déterminée.
Or cette position, une fois relevée, n’est pas sans faire résonner celle promue par Kojève à propos du sujet physique, dans son étude consacrée au déterminisme dans la physique classique et dans la physique moderne. Comment, en effet, ne pas succomber à l’impression de déjà-vu à la lecture des propos suivants : « ce qui caractérise tout d’abord le sujet des expériences de Heisenberg, c’est son appartenance à la même région ontologique que celle à laquelle appartient son objet. Non seulement le sujet doit subir une action réelle de la part de l’objet, mais il agit lui-même sur l’objet, qui est lui aussi réellement modifié par les processus qui mènent à sa connaissance par le sujet… Le sujet n’est donc pas un esprit pur situé en dehors du monde mais une entité inséparablement liée au monde qu’elle connaît. En un mot, c’est un sujet physique. Ce sujet n’est pas individuel [12] ».
Cette apparition d’un sujet physique qui ne se superpose ni au sujet biologique, ni au sujet mathématique, pas plus qu’au sujet transcendantal, introduit une position épistémique radicalement nouvelle dans le champ scientifique. C’est d’ailleurs ce en quoi se distinguent fondamentalement physiques classique et moderne. N’y a-t-il pas là aussi « subversion épistémique » ? N’y voit-on pas surgir un objet qui ne se laisse pas soumettre à l’omnipotence du sujet connaissant ?
Nous voudrions ici travailler ces questions et remettre sur la table des opérations théoriques l’idéologie psychanalytique de la forclusion du sujet par la science. En première approximation, la physique quantique donne à penser autre chose sur la science que ce qui est traditionnellement avancé par le champ psychanalytique. Après avoir eu tant de mal à se déterminer une place légitime en dehors du champ scientifique, les psychanalystes ont, semble-t-il, conservé, de manière immuable, pour tout modèle de science celui de la science classique. C’est dire si le traumatisme des origines parcourt encore tout le champ, d’ailleurs qualifié de freudien.
La physique des particules atomiques atteste de l’existence d’un point aveugle qu’elle ne peut formaliser, autrement dit quelque chose d’irréductible dans le réel qui ne se soumet pas à l’ambition d’un savoir absolu. Nous verrons plus loin comment ce trou dans la formalisation logique univoque a conduit Bohr à concevoir l’objectivité comme un critère interne au discours.
Loin d’être un essai inédit de correspondance épistémique entre psychanalyse et physique quantique, l’idée de ce travail a pris sa source dans les écrits de Bohr lui-même qui n’hésita pas à proposer un tel rapprochement : « L’impossibilité de donner un contenu intuitif à l’idée de l’inconscient, disait-il, correspond à l’impossibilité d’une interprétation intuitive du formalisme de la mécanique quantique [13] ».
Un travail historique est nécessaire pour relever l’émergence d’une épistémê commune à la physique et à la psychanalyse et en finir avec l’aveuglement de celle-ci envers celle-là, c’est-à-dire pour sortir du registre passionnel (amour-haine) et promouvoir, communément, un désir de science.
 
L’idéal de la science classique
 
 
D’autres que nous ont suffisamment travaillé la question de la position du sujet dans la science classique pour ne pas y insister ici. C’est même essentiellement sur elle que la psychanalyse entreprend généralement de parler lorsqu’elle se confronte à la science. Il s’agira ici seulement d’introduire au déplacement de cette position du sujet de la science à l’égard de son objet, déplacement qui s’opère dans la science elle-même.
Très classiquement, l’objet résulte d’un travail conceptuel réalisé sur l’expérience phénoménale. L’objet se distingue du phénomène en tant qu’il se constitue à partir d’un sujet mathématique qui le détermine dans son espace, le système de coordonnées. Ainsi, le phénomène physique se mue en une multitude d’êtres géométriques, censés recueillir leur signification physique par la confrontation de la théorie à l’expérience.
La science classique considère en fait qu’il n’y a pas lieu de distinguer les contenus des mondes physique et mathématique, seuls leurs modes d’existence, réel vs idéal, diffèrent. Reposant sur le dogme fondateur d’une correspondance physico-mathématique (Descartes), l’activité des savants pouvait espérer atteindre la formalisation mathématique complète du monde physique. Fin xixe siècle, beaucoup de physiciens concevaient d’ailleurs leur science comme un système pratiquement achevé, clôturé [14].
À y regarder de près, comme l’ont fait A. Kojève et ceux qui ont assisté à la fin de cette « grande illusion », on s’aperçoit que cette correspondance physico-mathématique reposait sur une importante dissymétrie. En effet, « l’ontologie de la physique classique n’était pas homogène [15] ». D’une part, des entités physiques agissent les unes sur les autres ; d’autre part, ces actions sont étudiées dans un espace géométrique qui est celui du sujet mathématique. Or cet espace géométrique n’a d’autre fonction que celle d’incarner un lieu de références, ou système de coordonnées, il n’a pas lui-même d’action sur les entités physiques qui s’y trouvent situées. On excluait ainsi toute possibilité que le sujet, auquel se réfère cet espace géométrique, agisse sur ces entités.
Les modes d’existence différents des mondes physique et mathématique introduisaient donc une hétérogénéité dans l’ontologie de la physique classique. La transcription du phénomène par la mathématisation, en un ensemble d’objets scientifiques, garantissait donc la mise à l’écart de l’engagement subjectif présent dans la perception. Cette exclusion, ou forclusion, du sujet par la science classique consiste, comme le savent tant les psychanalystes, en une « conviction imaginaire qui veut que le sujet soit exhaustivement représenté à travers la fiction rationnelle du sujet connaissant, du sujet de la science [16] ».
On remarque, à partir de ce qui vient d’être dit, que l’expérience, ou même l’observation, en tant qu’elle a à voir avec l’engagement du sujet dans le travail de connaissance, n’est jamais prise en compte comme mode de constitution proprement physique de l’objet. Le sujet est toujours reclus dans une dimension mathématique qui interdit de considérer l’observation qui interviendrait dans le travail de connaissance comme un processus physique. L’engagement du sujet dans l’observation peut être réduit à néant dans la mesure où tous les systèmes de références (inertiels), tous les points de vue sont considérés comme étant qualitativement équivalents.
Or c’est précisément à partir d’un intérêt nouveau porté sur la problématique de l’observation que va s’édifier la science moderne. Avec la théorie de la relativité, les diverses observations ne peuvent plus être supposées subsumées sous un seul point de vue qui les engloberait toutes, s’il est vrai que les lois mathématiques renvoient moins à une intelligence qui verrait le monde de l’extérieur qu’à un mathématicien qui en aurait écrit les lois : entre physique et mathématique, il existe non seulement une différence de substance, mais aussi une différence de contenu, les deux champs n’étant plus superposables. On peut déjà voir là poindre une position inédite de sujet, jusqu’alors impossible en raison du nouage physico-mathématique de la science classique, celle d’un sujet physique. Celui-ci n’a pourtant pas acquis sa véritable et irréductible singularité dans la relativité d’Einstein ; un pas de plus sera franchi avec la physique quantique.
 
Soumission du sujet physique au sujet mathématique
 
 
La mécanique classique propose une description objective des phénomènes reposant sur un usage univoque d’images et de représentations mathématiques. Or ces « idéalisations » présupposent un certain nombre d’évidences à l’objet qui dépassent largement le domaine des expériences.
Les notions d’espace et de temps absolus, introduits par Newton et qui ont gardé leur effectivité dans la théorie mécanique jusqu’à Einstein, sont directement liés à l’idée d’une propagation instantanée de la lumière. Le fait que les lois de la mécanique classique gardent leur validité quels que soient les observateurs galiléens [17] repose sur l’idée que le temps est identique pour chacun d’entre eux. Il suffit alors d’appliquer les transformations dites de Galilée qui portent sur les relations entretenues par les systèmes de références pour passer d’un observateur à un autre et établir leur équivalence [18]. Or la tentative de développer une théorie des phénomènes optiques et électromagnétiques révéla que des observateurs se déplaçant les uns par rapport aux autres avec de grandes vitesses coordonnaient différemment les événements. Ceux-ci peuvent apparaître simultanés aux uns et non simultanés à d’autres.
La Relativité einsteinienne a montré que le temps n’est pas le même pour les différents observateurs selon que les vitesses des mobiles référentiels sont ou ne sont pas proches de la vitesse de la lumière, ou plutôt selon que le rapport entre les vitesses des mobiles et la vitesse de la lumière est ou n’est pas proche de l’unité. Il faut alors faire référence aux transformations de Lorentz pour passer d’un référentiel à un autre (celles-ci agissent non seulement sur l’espace mais aussi sur le temps). Par contre, si ce rapport est petit, ce qui est généralement le cas dans l’expérience quotidienne, les transformations de Galilée suffisent.
La lecture que nous venons de proposer est trompeuse dans la mesure où la notion de groupe de transformations naquit seulement au xixe siècle et la première théorie physique à en faire un usage fondamental fut la Relativité d’Einstein. Galilée avait bien compris l’équivalence des lois de la mécanique pour les différents observateurs mais le rôle structurel du groupe de transformations n’avait pas la priorité sur l’objet étudié. Ce qui est bel et bien le cas pour Einstein.
La structure mathématique de la Relativité constitue une loi d’invariance de relation des phénomènes entre eux, par delà leur différence qualitative. Le temps et l’espace n’étant plus absolus, mais grandeurs relatives aux référentiels, les phénomènes ne peuvent plus être interprétés mathématiquement à travers les référentiels par la pure et simple conservation de ces grandeurs. Einstein annihile donc l’idée d’une physique de l’absolu au sein de laquelle l’objectivité est définie comme une absence de référence à celui qui décrit l’objet. Au contraire, la Relativité repose quant à elle sur la stricte contrainte des phénomènes observables, c’est-à-dire sur la seule mesure des phénomènes à partir d’un référentiel donné. « Le fait que la relativité se fonde sur une contrainte qui ne vaut que pour des observateurs physiques, pour des êtres qui ne peuvent être qu’en un seul endroit à la fois et non partout simultanément, fait de cette discipline une physique humaine – ce qui ne veut pas dire une physique subjective, produit de nos préférences et de nos convictions, mais une physique soumise aux contraintes intrinsèques qui nous identifient comme appartenant au monde physique que nous décrivons [19] ».
Or ce qui permet aux divers référentiels d’être posés équivalents malgré leur disparité qualitative, c’est la structure mathématique du groupe de transformations qui ordonne la multiplicité des observations au sein d’une unité logique. La structure mathématique semble alors s’être détachée du sujet physique procédant aux mesures, pour le soumettre à la législation du mathématicien. L’apparition d’un sujet physique qui ne soit pas superposable au sujet mathématique ne s’est donc d’abord réalisée qu’assujettie à celui-ci, disposant d’un savoir bien plus considérable, complet et incluant celui de tout sujet physique.
Un ensemble d’énoncés typiques de ce mouvement épistémique apparaît à la fin du xixe siècle, à la fois signes de cette déterritorialisation mathématique et de l’émergence d’un sujet spécifiquement physique. On les retrouve aussi bien chez Hertz (celui des ondes), chez des lecteurs avisés de la Relativité que chez Bohr. « On ne peut s’empêcher de penser, écrit Hertz à propos des équations de Maxwell, que ces formules mathématiques ont une existence indépendante et une intelligence propre, qu’elles en savent plus que nous, plus même que ceux qui les ont découvertes, et que nous en tirons plus de choses que l’on en avait mises à l’origine [20]. » Langevin disait du calcul tensoriel de la théorie de la relativité générale qu’il « sait mieux la physique que le physicien lui-même [21] ». Bohr produit quant à lui le même type d’énoncé pour la physique quantique, mais par la négative : « Aucune image, aucun mot ne peut répondre à toutes les équations [22]. »
Ces énoncés donnent à entendre qu’il existe un savoir mathématique qui excède celui du sujet physique. Ce savoir mathématique est structural et jamais « le langage ordinaire » (Bohr) ne suffira à en rendre compte. Cet ensemble d’énoncés n’est pourtant pas homogène et l’on aurait tort de faire comme si la formulation négative de Bohr n’était qu’une simple figure de style. Elle constitue le signe d’un renversement.
Einstein continuait de concevoir le Mathématicien omniscient comme disposant du Savoir absolu, incarné dans « la formule de l’Univers dont peut être déduite mathématiquement la totalité des points de vue possibles sur le monde, la totalité des phénomènes de la nature tels qu’ils sont observables de chaque point de vue possible [23] », même si ce sujet n’était plus capable d’embrasser tous ces points de vue simultanément. En ce sens, Einstein reste un représentant de la physique classique. Mais il s’agit aussi de relever que la « réduction aux observables » dont il fit usage pour l’épuration conceptuelle de la physique théorique, en la débarrassant des concepts physiques d’absolus, servit de modèle aux théoriciens de la physique quantique, d’ailleurs, non sans ambiguïté. C’est de cette mésentente que la « subversion épistémique » de la physique s’est nourrie pour faire advenir un sujet inédit.
 
La « nouvelle physique quantique [24] » : un retour à Einstein ?
 
 
S’il existe une filiation revendiquée par les fondateurs de la « nouvelle physique quantique » à l’égard de Einstein (alors déjà idole de la science moderne), celui-ci n’a pourtant pas cessé d’y opposer un déni de paternité. Pour saisir cette question épineuse, on dispose d’un document inestimable dans la retranscription par Heisenberg de la première discussion qu’il eût avec Einstein à propos de la mécanique matricielle [25]. Si nous ne pouvons prendre ce texte comme source historique [26], du moins pouvons-nous légitimement supposer que la mise à jour du désaccord inattendu qui y est relaté, révèlera un tant soit peu de lumière sur la disparité des forces en présence. Nulle part ailleurs, à ma connaissance, ne se trouve aussi crûment présenté l’étonnement de Heisenberg (pour ne pas dire son effroi) suite au déni de paternité de Einstein aux idées qu’il lui expose. On se contentera ici de revenir sur le principe théorique de « réduction aux observables », nœud autour duquel tourne la mésentente mais qui produit, à cause de cette discordance, l’inédit du sujet physique.
Mais présentons d’abord la spécificité expérimentale de la physique quantique. Elle pourrait être très brièvement résumée en disant que l’analyse du monde microscopique rencontre une configuration expérimentale inédite en sciences naturelles, à savoir que les instruments utilisés pour l’observation du phénomène ont une action physique non négligeable dans la production du phénomène. Selon le dispositif expérimental choisi, c’est tantôt l’image corpusculaire, tantôt l’image ondulatoire qui semble pouvoir rendre compte du phénomène. Pour appréhender la spécificité des phénomènes quantiques, Bohr suggéra dès lors de parler de totalité de ces phénomènes, soit ce qui apparaît dans de telles conditions et avec un tel appareillage de mesure, précisément définis.
Cette « logique » expérimentale bouscule si profondément les fondations épistémologiques de la physique théorique qu’elle exige de repenser un concept comme celui d’objectivité. En effet, la science classique définissait l’objectivité comme un rapport certain entre les concepts purs et des intuitions sensibles. Or le concept d’objet ne peut pas se définir aussi facilement en physique quantique puisque les intuitions soit corpusculaires, soit ondulatoires, que nous avons de cet objet supposé sont inconciliables, exclusives l’une de l’autre.
Introduisons cette question par le principe de « réduction aux observables », en reprenant les termes des protagonistes dans le texte de Heisenberg peu avant que leur désaccord ne soit manifeste. Dès l’entame de la discussion, Einstein semble suspicieux (voire quelque peu ironique) à l’égard des idées présentées dans la conférence par le jeune physicien allemand :
E : « Ce que vous avez dit est très étrange. Vous admettez qu’il existe des électrons dans l’atome, et sans doute avez-vous raison en cela. Et cependant, vous voulez éliminer entièrement les orbites ou trajectoires des électrons dans l’atome, et ceci bien que l’on puisse observer directement les trajectoires des électrons dans une chambre de Wilson. Pouvez-vous m’expliquer d’un peu plus près les motifs de ces curieuses hypothèses ? »
H : « Effectivement, on ne peut pas observer les orbites des électrons à l’intérieur de l’atome ; néanmoins, le rayonnement émis par un atome lors d’un processus de décharge permet de déduire directement les fréquences d’oscillation et les amplitudes correspondantes des électrons dans l’atome. La connaissance simultanée des fréquences et des amplitudes remplace en quelque sorte – d’ailleurs, même dans la physique antérieure – celle des orbites électroniques. Et puisqu’il est raisonnable de n’inclure dans une théorie que les grandeurs qui peuvent être observées, il m’a semblé naturel de n’introduire que ces fréquences et amplitudes, pour ainsi dire en tant que représentants des orbites électroniques. »
E : « Mais vous ne croyez tout de même pas sérieusement que l’on ne peut inclure dans une théorie physique que des grandeurs observables ? »
H : « Je pensais que c’est vous, précisément, qui avez fait de cette idée la base de votre théorie de la relativité. Vous avez souligné que l’on ne pouvait pas parler d’un temps absolu, car on ne peut observer ce temps absolu. Vous avez dit que seules les indications des horloges, que ce fût dans un système de référence en mouvement ou au repos, étaient déterminantes pour la mesure du temps. »
E : « Peut-être en effet ai-je utilisé cette sorte de philosophie, mais il n’en reste pas moins qu’elle est absurde. Ou peut-être dirai-je plus prudemment que, d’un point de vue heuristique, il peut être utile de se souvenir de ce que l’on observe vraiment. Mais, sur le plan des principes, il est tout à fait erroné de vouloir baser une théorie uniquement sur des grandeurs observables. Car, en réalité, les choses se passent de façon exactement opposée. C’est seulement la théorie qui décide de ce qui peut être observé. »
À la lecture de ce dialogue, il est manifeste que l’invention du formalisme de la mécanique quantique repose sur un malentendu [27]. Certains diront que Einstein a effectivement procédé comme l’entendait Heisenberg, par l’introduction en relativité des seules grandeurs observables, que, positiviste à ces débuts, il devînt rationaliste à sa maturité, bref, que l’origine de ce désaccord vient de cette « évolution ». Or il a déjà été montré en différentes occasions [28] qu’une telle lecture n’est pas cohérente, que le rationalisme de Einstein, loin d’être un résultat postérieur à la théorie de la relativité restreinte, est présent dès ses premiers travaux [29]. Il faut donc chercher ailleurs que dans cette dite « évolution » les raisons du désaccord. Examinons de plus près les arguments de filiation avancés par les successeurs.
Il y a, selon Bohr, derrière lequel se retranche le jeune Heisenberg plus loin dans la discussion mentionnée, une « analogie profonde » entre la théorie de la relativité et la théorie quantique. D’une part, elles placent, l’une et l’autre, sous les feux de la critique le schème classique de l’observation ; celle-ci ne peut plus être considérée comme un processus extrinsèque à l’analyse du phénomène. D’autre part, « l’étonnante simplicité des généralisations de théories physiques classiques, qui sont obtenues respectivement par l’usage de la géométrie multidimensionnelle et de l’algèbre non commutative, repose essentiellement dans les deux cas sur l’introduction du symbole conventionnel √-1 ».
L’introduction des nombres imaginaires dans le formalisme mathématique révèle une prise de distanciation, une déterritorialisation accrue de celui-ci à l’égard de l’intuition physique [30]. Selon les termes de Bohr, la relativité et la quantique font usage d’un « symbolisme auquel ne peut correspondre directement aucune représentation intuitive ». Einstein, lui aussi, n’a pas cessé de souligner cette conséquence épistémologique de la relativité ; un gouffre réside entre les « expériences sensibles » et la formalisation logique, irréductible à toute compréhension. La logique même manque de quelque chose pour qu’elle puisse rendre compte du fait que le monde est concevable [31].
Bien sûr, toute théorie est un produit conceptuel. Mais jusqu’au début du xxe siècle, le formalisme mathématique de la physique donnait l’illusion d’une correspondance entre le champ de l’intuition et celui du concept. Or l’évidence de cette correspondance est mise en suspens avec la Relativité et la physique quantique : les schèmes de l’imaginaire qui assuraient cette liaison du monde sensible aux concepts tombent dans l’obscurité.
Et Bohr de poursuivre sur l’analogie supposée : « […] le caractère abstrait de ces formalismes est aussi typique de la théorie de la relativité que de la mécanique quantique et c’est sous ce rapport, simple affaire de tradition si l’on considère la première théorie comme complément de la physique classique et non comme la première étape décisive dans la modification profonde, imposée par les progrès récents en physique, des moyens conceptuels qui nous servent à comparer nos observations [32] ».
Et pourtant, si l’on a pu relever le malentendu reposant sur l’usage du principe de « réduction aux observables », on peut ici aussi remarquer qu’il existe un glissement entre le « mystère de la compréhension » cher à Einstein et la remise en question plus radicale de Bohr et Heisenberg sur ce que c’est de « comprendre » un phénomène. Là où Einstein s’étonne de réussir à déduire mathématiquement « la totalité des points de vue possibles sur le monde », Bohr et Heisenberg sont confrontés à une mathématisation soumise elle-même au point de vue pris par le sujet physique dans le dispositif expérimental. Là se trouve être le nœud de la mésentente entre Einstein et ses « successeurs ».
S’il est vrai que toute vision a son point aveugle, celui-ci est subsumé par les mathématiques dans la Relativité einsteinienne, en tant qu’il peut en être déduit. L’inédit du dispositif expérimental quantique annihile cette possibilité.
Pour que l’observation puisse être réalisée, il ne suffit pas qu’un objet ou une structure soit rapporté à un sujet, il faut aussi de la lumière qui intervienne comme médium pour rendre l’observation possible. Or le rayon lumineux qui rend possible le phénomène ne peut être considéré comme neutre en physique quantique. Il produit le phénomène en apportant sa contribution à la constitution de l’objet. C’est donc moins le sujet que la lumière et les instruments de mesure dont on ne peut se passer pour l’appréhension des phénomènes quantiques qui agissent directement sur eux. Et cette action ne peut être déterminée puisqu’il faudrait alors utiliser un autre instrument physique qui aurait lui-même une action sur le phénomène quantique [33]. C’est pourquoi Bohr parlait plutôt de système observant et de système observé que de sujet et d’objet.
Cette distinction mérite de plus amples détails. Il ne faudrait pas l’entendre comme relevant d’une différence de constitution, la frontière entre les deux systèmes n’étant pas tranchée, mais comme présentant des polarités, à vrai dire inséparables, d’un phénomène total. Ainsi posé, « le sujet n’est un sujet physique qu’en tant qu’il est représenté par un système d’entités physiques, mais ce système n’est un système observant qu’en tant qu’il représente un sujet [34] ».
On saisit dès lors mieux le désaccord de Einstein. Là où les mathématiques permettaient de pallier le point aveugle de l’observation physique, elles sont elles-mêmes trouées par une indétermination qui tient à l’action de l’instrument de mesure sur ce qu’il mesure. Le mythe du Mathématicien opérant, à partir de la Formule de l’Univers, la déduction de tous les points de vue possibles ne répond plus à l’état de la science des particules atomiques. Le sujet mathématique n’est plus à même de combler les lacunes du sujet physique et se voit lui aussi irréductiblement « borné [35] » par ses représentants du système observant. Comme le dit Schrödinger, « la mesure est le point aveugle de la théorie [36] ».
Au regard de ces développements, Einstein ne pouvait, en effet, que difficilement accepter l’usage épistémologique que firent les théoriciens de la « nouvelle physique quantique » de la lecture de ses travaux. Ceci n’oblitère pourtant en rien l’hypothèse d’un retour à Einstein réalisé par Bohr et Heisenberg : chacun sait qu’il n’existe pas de retour sur une œuvre sans un déplacement des problématiques originaires, corrélatif de la production d’un inédit.
 
Conclusions : d’un retour à l’autre
 
 
Nous avons jusqu’ici essentiellement porté notre attention sur l’émergence d’un sujet spécifique de la physique mathématique, irréductible à ceux qui furent promus durant l’âge classique de la science par les diverses théories de la connaissance. Il serait maintenant temps d’articuler notre propos au projet inaugural de ce texte.
Ce sujet physique qui procède à la mesure du phénomène ne fait pas moins que produire, par cette mesure même, le phénomène étudié. Il ne peut pas être question de relativiser ce constat en proposant l’idée que la production du phénomène est seulement partiellement réalisée par le sujet à partir d’un matériel, d’un objet, qui lui serait donné a priori dans le réel. Ce matériel ne peut pas être appréhendé sans l’usage des instruments de mesure nécessaires à construire le phénomène [37].
Le réalisme doit dès lors considérablement revoir ses prétentions à la baisse, sinon disparaître, puisqu’il n’est même plus possible de pourvoir l’objet quantique d’une « image unique décrite à l’aide des concepts de la vie journalière [38] ». Si l’onde avec son caractère de continuité est une représentation indispensable pour rendre intuitivement compte de la propagation des actions de la lumière, le quantum de lumière avec son caractère discret, est tout aussi nécessaire pour interpréter l’effet photo-électrique. Le concept d’objet reposant classiquement sur des assises intuitives (l’observation), il doit en conséquence subir une révision radicale de son entendement. L’intuition de l’objet n’étant plus évidente, les concepts des théories classiques, encore utilisés en physique quantique, cessent d’être figuratifs. Bohr substitue à l’intuition de l’objet le caractère symbolique des images et des signes mathématiques.
Mais pourquoi ne pas se débarrasser une fois pour toutes de ces concepts classiques qui semblent être source d’ambiguïté dès que l’on étudie les phénomènes quantiques ? Autrement dit, pourquoi ne pas se pourvoir de concepts spécifiquement quantiques ? La réponse donnée par Bohr est sans appel : « nous ne pouvons pas nous passer de nos formes habituelles d’intuition, qui constituent en fin de compte le cadre de toute notre expérience et qui colorent tout notre langage [39] ». Cette inadéquation du langage à rendre compte de façon univoque de l’objet quantique est indépassable puisque c’est au fonctionnement même du langage que renvoie l’ambiguïté quantique des concepts classiques.
Le critère d’objectivité doit dès lors être remanié dans la mesure où, selon Bohr, c’est la non-ambiguïté dans la communication qui définit l’objectivité. L’objectivité classique définie comme une application des concepts aux intuitions se voit complètement versée dans le champ du langage.
La physique quantique se trouve donc en étrange posture face à l’idéal de science : comment rendre compte, par le langage, d’un objet qui défie sa loi, qui n’est jamais tout à fait là où on le nomme, un objet dont Bohr ira jusqu’à dire qu’il est une « irrationalité [40] ». Le physicien rencontre, dans toute interprétation des phénomènes quantiques, le leurre qui consiste à introduire des présuppositions intuitives aux symboles mathématiques et aux concepts, étrangères à l’objet. Ce risque d’ontologisation du langage, Bohr n’a cessé d’y insister, jusque dans son style. Il faut prendre garde de ne pas obturer l’inédit de l’objet par le langage mais bien travailler celui-ci pour faire place à l’objet.
Il en résulte que son style est d’une « légendaire difficulté ». Il est le fruit, non pas de quelque incompétence, mais d’une entreprise délibérée, une exigence de rigueur qui récuse la facilité de l’interprétation par laquelle on risquerait de trop vite comprendre et passer à côté de l’« essentiel ». Pour conjurer la prétention au savoir absolu du sujet de la connaissance qui ruinerait l’inédit quantique de la vérité, Bohr met en œuvre une « technique du paradoxe et de la prolifération ». « Ce n’est qu’en utilisant des concepts sans cesse différents pour parler des relations étranges entre les lois formelles de la théorie quantique et les phénomènes observés, en éclairant successivement tous les aspects de ces relations, en mettant en évidence leurs contradictions internes apparentes, que l’on peut réaliser une modification des structures internes de pensée, modification qui est la condition d’une compréhension de la théorie quantique [41] ». Encore faut-il souligner que ce travail de modification n’est jamais épuisé puisque le langage est intrinsèquement inadéquat à tout dire de l’objet. Bohr le savait. Cette technique de prolifération de l’écriture est un procédé didactique qui suggère à celui qui croit savoir ce qu’il en est de l’objet quantique, d’aller voir plus loin, de n’en pas finir avec le travail de compréhension en œuvre. La fiction rationnelle du sujet de la science classique est ainsi trouée par le forçage symbolique de l’écriture bohrienne [42].
Ce procédé d’écriture, mise en œuvre de la prolifération, est une réponse donnée par Bohr à une problématique qui n’est pas autre que celle de la surdétermination des phénomènes par les intuitions communes. « Nous ne savons jamais exactement ce qu’un mot signifie ; et le sens de ce que nous disons dépend de la relation entre les mots à l’intérieur de la phrase, du contexte où la phrase est prononcée, ainsi que d’innombrables autres circonstances que nous ne pouvons pas citer toutes. » Or c’est précisément cette impossibilité de fixer la signification d’un mot, d’un énoncé sans que ne lui soit adjoint toute une série de présuppositions, qui nécessite la technique de la prolifération. Les multiples « trains de pensées inconscientes » auxquels renvoie l’image selon Freud, constituent une problématique, non pas analogue, mais identique à la coloration du langage par les formes habituelles d’intuition selon Bohr.
Cette problématique de la surdétermination affecte nécessairement la fiction rationnelle du sujet connaissant qui s’illusionne de se prendre pour le promoteur de l’unique vérité des choses. Ce sujet de l’énoncé pour lequel l’univocité de la signification doit s’imposer, se voit contraint de considérer, en physique quantique, l’impuissance de ses énoncés à clore l’affaire de l’objet. Il est en effet « quelque fois impossible d’éviter les contradictions [43] ». D’où la prolifération bohrienne qui n’est pas sans rappeler la formule même de la relance de la parole en cure analytique : « … et puis ? »
Et puisque « parler de la nature, c’est bien le but de la science [44] », les dispositifs quantiques et analytiques ont ceci de commun qu’ils sont créés en vue de parler d’un objet qu’on ne peut se représenter de façon univoque. Pour l’un et l’autre de ces dispositifs, la parole en œuvre ne peut se laisser réduire à l’écrit publié, sans perdre la rigueur du procédé de prolifération qui, lui, ne cesse pas. Il y a toujours quelque chose à dire sur cet objet que la parole n’épuise pas même si son cheminement le fait surgir, toujours évanescent et vaporeux. Disons paradoxalement qu’il y a une « spécificité commune » aux objets quantique et psychanalytique.
En effet, l’objet a proposé par Lacan comme à la fois objet et cause du désir, témoigne en faveur de l’idée de Bohr. L’objet a, « c’est ce qui résiste à cette assimilation à la fonction du signifiant, […] ce qui dans la sphère du signifiant […] se présente toujours comme perdu […]. Or, c’est justement ce déchet, cette chute, ce qui résiste à la signification qui vient à se trouver constituer le fondement comme tel du sujet désirant [45] ». L’objet a, objet qui n’existe pas en tant qu’être, est voué à une inévitable métonymie, au déplacement incessant de son ombre le long de la chaîne signifiante, pour peu que la demande d’amour ne s’écrase pas dans la satisfaction du besoin.
En conclusion de cette esquisse, je procéderai, trop brièvement, à une concentration de ces correspondances épistémiques, et ce par un enjeu fondateur mais non suffisant à faire voir toute la richesse de leurs extensions : la rupture qui s’opère tant en psychanalyse qu’en physique quantique par rapport au Cogito cartésien et à son projet de philosophie naturelle. Car c’est la fondation du sujet de la science, telle qu’elle apparaît avec Descartes, qui est ainsi chahutée. La certitude du sujet conférée par l’Autre se trouve suspendue ; non trompeur pour Descartes, l’Autre peut bien être trompé pour Lacan et Bohr. L’énonciation du Cogito garantissait l’existence du sujet, assuré, par l’idée de Dieu, de la justesse des idées claires et distinctes portant sur n’importe quel contenu ; la physique moderne porte, quant à elle, la trace de cette limite absolue de la certitude.
Et s’il est vrai que la pureté logique des mathématiques ne les soumet aux mêmes difficultés d’univocité que le langage ordinaire, il n’en reste pas moins que parler de la nature, c’est le but de la science. Il faut donc bien passer d’un langage mathématique à un autre, celui des concepts. Or il se fait que les concepts sont imprégnés par toute une série de présuppositions intuitives qui ne saillent pas à l’objet.
Il va de soi que la conceptualisation, le travail de compréhension n’a jamais été un vain mot pour les sciences naturelles. Seulement, la conceptualisation de la science classique accompagnait la mathématisation. L’introduction des nombres imaginaires et des espaces abstraits modifie la donne. L’évidence du lien entre mathématique et concept est levée par la situation épistémique nouvelle.
C’est donc sans surprise qu’on voit une autre évidence s’installer ; celle du doute à l’égard de l’Autre. Le scientifique devient agnostique ; Dieu, inconscient. Le témoignage d’Heisenberg vaut ici la peine d’être relevé : s’il n’y a pas, selon lui, à mettre en cause la logique elle-même, il ne peut malgré tout s’empêcher de se sentir « pour ainsi dire trompé par la logique avec laquelle fonctionne tout ce mécanisme mathématique [46] ». À la question de W. Pauli qui lui demande « que veux-tu donc de plus ? » que la pure opérativité prédictive du calcul probabiliste, Heisenberg ne peut faire valoir que son doute. Et c’est ce doute lui-même qui va agir comme indice de certitude. En accord avec Bohr, Heisenberg suggère qu’il y a autre chose que le langage de la connaissance à quoi il faut faire place dans la théorie. Tel est l’enjeu du procédé d’écriture bohrienne.
D’autre part, on sait le rapprochement réalisé par Lacan entre les démarches cartésienne et freudienne. Contentons-nous de relever l’axe de ce rapprochement pour situer, dans un second temps, le point où elles divergent. Selon Lacan, la démarche par laquelle Freud impose l’idée de l’inconscient dans la Traumdeutung (L’interprétation des rêves) part du fondement du sujet de la certitude. Il s’agit de procéder à l’étude du rêve à partir de ce dont on peut être certain. Or, « qui ne douterait à propos de la transmission du rêve quand, en effet, l’abîme est manifeste de ce qui a été vécu à ce qui est rapporté ? [47] ». Le doute présent dans l’énonciation de l’expérience du rêve impose, au regard du projet de certitude, de suspendre le jugement sur tout ce qui « flotte partout, ce qui ponctue, macule, tachette le texte de toute communication du rêve ».
La convergence des démarches freudienne et cartésienne repose sur la disposition suivante : « le doute, c’est l’appui de sa certitude ». Mais dès que cette communauté des démarches est mise en évidence, elle fait place à une divergence radicale.
Le doute freudien n’ouvre pas tant la voie à une éradication de toute prétention de connaissance certaine ; il est au contraire le signe de quelque chose de certain, en tant qu’il fait « signe qu’il y a quelque chose à préserver », mais qui ne cesse de se dérober à la mémoire du sujet. À mesure que le sujet cherche l’exactitude de la restitution du contenu du rêve, recherche d’autant plus motivée par « l’abîme manifeste » entre la parole et le vécu du rêve, le doute se présente comme « signe de la résistance » d’une pensée présente en deçà de ce qu’on peut en dire. Et si « de penser, je suis », il faut bien en conclure qu’il y a un sujet qui, dans le champ de l’inconscient, se trouve chez lui mais pensé par un Autre à propos duquel il doute de la garantie de vérité. Le doute n’est donc pas le signe d’une connaissance incertaine, dont il faudrait se débarrasser, mais bien le signe de quelque chose de certain à quoi il faut faire place sans savoir ce dont il s’agit.
Cet Autre entre les mains duquel Descartes a confié la vérité s’est donc mué du statut d’éventuel trompeur à celui de trompé. Tout ce qui peut être dit de l’objet ne suffit pas à le saisir. Bohr se plaisait à rappeler avec Schiller que « la vérité se tient dans l’abîme ».
Pour conclure, disons que l’amour de la science qui met en jeu les performances imaginaires du Moi se voit communément borné, dans les champs psychanalytique et quantique, par un désir de savoir. L’idéal de vérité absolue, par lequel le sujet connaissant s’aliénait dans l’espoir d’une maîtrise du savoir, demandant à l’Autre de combler ce qui lui manque, est dès lors révélé comme reposant sur une méconnaissance du désir d’être Un.
L’objet quantique nécessite un investissement du sujet physique dans la prolifération indéfinie de l’écriture, l’objet a ne se maintient irréductiblement à l’horizon du désir que de manquer au verbe qui entend le signifier. S’étonnera-t-on, dès lors, que « les travailleurs de la mère [48] », les désespérés de la clôture, soient toujours prêts à remettre le cœur à l’ouvrage pour soumettre ces disciplines au paradigme de la science idéale ?
 
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NOTES
 
[*]Olivier Wathelet, intervenant au Centre d’activités de l’hôpital pédopsychiatrique « Les Goélands », 46 rue Haute, 5090 Spy, Belgique et à l’hôpital pédopsychiatrique « Partélie », site Fond’Roy, 45 avenue Jacques Pastor, B-1180 Bruxelles.
[1]N. Bohr (1928) cité par C. Chevalley, Glossaire à l’édition de N. Bohr (1961), Physique atomique et connaissance humaine, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Essais », 1991, p. 512-513.
[2]Platon, Le Banquet, Paris, Flammarion, 1964, p. 50-51.
[3]J. Dor (1992), Introduction à la lecture de Lacan, 2, Paris, Denoël, coll. « L’espace analytique », p. 83.
[4]Ibid., 1, p. 164.
[5]S. Freud (1925), Sigmund Freud présenté par lui-même, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Essais », 1984, p. 98.
[6]J. Lacan (1964), « La science et la vérité », dans Écrits, Paris, Le Seuil, coll. « Le champ freudien », 1966, p. 857.
[7]Les quelques exceptions de scientifiques et de psychanalystes qui étudient l’autre champ ne suffisent pas à relativiser ce constat.
[8]J.-C. Milner (1995), L’œuvre claire, Lacan, la science, la philosophie, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », p. 35-37.
[9]International psycho-analytic association (fondée par Freud).
[10]Association mondiale de psychanalyse (fondée par J.-A. Miller à la suite des travaux de Lacan).
[11]Rappelons que S. Nacht, alors président, prônait une réduction neurobiologique à long terme de la psychanalyse au moment où Lacan prit ses distances avec la Société psychanalytique de Paris. Cf. la citation en exergue du texte de Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », dans Écrits, Paris, Le Seuil, coll. « Le Champ freudien », 1966, p. 237.
[12]A. Kojève (1932), L’idée du déterminisme dans la physique classique et dans la physique moderne, Paris, Librairie générale française, coll. « Le livre de poche/biblio/essais », 1990, p. 165.
[13]N. Bohr (1955), « Unité de la connaissance », dans op. cit., 1991, p. 265.
[14]Citons par exemple W. Thomson, éminent savant anglais qui s’est particulièrement fait remarquer pour ses travaux de thermodynamique, pour qui seuls « deux petits nuages sombres » restaient à évacuer : le résultat négatif de l’expérience de Michelson-Morley et la mathématisation du rayonnement du corps noir. Ces deux nuages vont se muer en tempête quelques années plus tard puisque ce n’est rien moins que la théorie de la relativité et la révolution quantique qui en surgiront. W. Thomson cité par S. Deligeorges (1984) dans Le monde quantique, Paris, Le Seuil, coll. « Points/sciences », 1994, p. 21.
[15]A. Kojève, op. cit., p. 163.
[16]J. Dor (1988), L’a-scientificité de la psychanalyse, t. 2, la paradoxalité instauratrice, Ed. Universitaires, coll. « Émergences », p. 14.
[17]Rappelons qu’un observateur galiléen se meut de manière régulière et uniforme, quand « les espaces parcourus en des temps égaux quelconques sont égaux entre eux », Galilée dans F. Balibar, Galilée, Newton lus par Einstein, Espace et relativité, Paris, puf, coll. « Philosophies », 1984, p. 50.
[18]C’est la fameuse règle du parallélogramme, apprise par tous les lycéens, où les vitesses sont représentées et articulées comme des vecteurs.
[19]I. Prigogine et I. Stengers, La nouvelle alliance, métamorphose de la science, Paris, Gallimard, coll. « nrf/Bibliothèque des sciences humaines », 1979, p. 222. Souligné par les auteurs.
[20]H. Hertz dans G. Lochak, La géométrisation de la physique, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1994, p. 177.
[21]Langevin dans G. Bachelard (1934), Le nouvel esprit scientifique, Paris, puf, coll. « Quadrige », 1991, p. 58.
[22]N. Bohr dans L.S. Feuer (1974), Einstein et le conflit des générations, Bruxelles, Ed. Complexe, 1978, p. 332.
[23]I. Prigogine et I. Stengers, op. cit., 1979, p. 222.
[24]Avant que ne soit proposé le formalisme « subversif » de la nouvelle physique quantique dans les années 1925-1927, l’introduction du quantum d’action avait déjà été réalisée, principalement par Max Planck et par Einstein, respectivement en 1900 et 1905. Mais jusqu’à ce que Bohr et Heisenberg ne proposent ce formalisme incluant les relations d’indétermination (limitant le seuil critique de l’exactitude individuelle), l’incongruité du quantum d’action était grosso modo conçue comme provisoire et amenée à terme à disparaître dans l’unité logique d’une théorie plus générale.
[25]W. Heisenberg (1969), « La mécanique quantique et une discussion avec Einstein », dans La partie et le tout, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1972, p. 87-102.
[26]Le document fut écrit quelques dizaines d’années après la rencontre.
[27]Que l’argumentation de Heisenberg s’étoffa considérablement avec les années ne change rien au malentendu des origines du formalisme quantique.
[28]Citons par exemple les écrits de M. Paty sur ce sujet, (1984), « Einstein dans la tempête », dans Le monde quantique, op. cit., 1994, p. 51-65, et son ouvrage de référence, Einstein philosophe, Paris, puf, coll. « Philosophie d’aujourd’hui », 1993.
[29]Par exemple, son interprétation réaliste de la formule thermodynamique de Boltzmann élaborée dans les années 1902-1904. Sur ce point précis, F. Balibar, Einstein 1905, De l’éther aux quanta, Paris, puf, coll. « Philosophies », 1992, p. 95-101.
[30]Il est à noter que l’ambiguïté entre Einstein et Bohr réside tant dans l’introduction des nombres imaginaires au sein du formalisme mathématique que dans le principe de réduction aux observables. On a ainsi constaté qu’aucun des articles écrits par Einstein entre 1902 et 1909, soit avant et bien après l’article princeps sur la relativité restreinte (1905), ne fait appel à l’unité imaginaire i (tel que i2 = -1). C’est le coup de force mathématique de Minkowski (1908) qui généralisa son usage après que Poincaré l’eût discrètement introduit. Pendant longtemps, Einstein fut très réticent à l’égard d’une telle élaboration strictement mathématique. Le 3 janvier 1916, il écrit encore à M. Besso : « L’étude de Minkowski ne te serait d’aucun secours. Ses travaux sont d’une complication inutile », cité par J.-P. Auffray, Einstein et Poincaré. Sur les traces de la relativité, Paris, Le Pommier-Fayard, coll. « À contre-courant », 1999, 177 et sur i2 p. 123, note 10.
[31]A. Einstein (1936), « Physique et réalité », dans Œuvres choisies, 5, Science, éthique, philosophie, Paris, Seuil/cnrs, coll. « Sources du savoir », 1991, p. 126.
[32]N. Bohr (1949), « Discussion avec Einstein sur des problèmes épistémologiques de physique atomique », dans Physique atomique et connaissance humaine, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Essais », 1991, p. 245-246.
[33]Toute mesure de la position d’un électron à l’aide d’un appareil quelconque est accompagnée d’un échange d’impulsion entre l’électron et l’appareil de mesure, l’échange étant d’autant plus grand que la précision sur la position le sera. La quantité de mouvement (impulsion) et les coordonnées sont des lors des variables indissociables, conjuguées. Il existe un limitation réciproque de précision, de l’une par l’autre, équivalente au quantum d’action.
[34]A. Kojève, op. cit., 1990, p. 167.
[35]N. Bohr (1955), « Unité de la connaissance », dans op. cit., 1991, p. 259.
[36]E. Schrödinger (1935), Physique quantique et représentation du monde, Paris, Le Seuil, coll. « Points/Sciences », 1992.
[37]La rupture par rapport à la philosophie critique de Kant consiste dans le fait que le scientifique, borné aux phénomènes, ne peut même plus faire comme si il avait affaire avec les choses en soi.
[38]N. Bohr (1939), « Philosophie naturelle et cultures humaines », op. cit., 1991, p. 186.
[39]N. Bohr (1932) cité par C. Chevalley dans le Glossaire de N. Bohr, op. cit., 1991, p. 483.
[40]Ibid., p. 485.
[41]N. Bohr cité par W. Heisenberg, op. cit., 1972, p. 285.
[42]Sans doute est-ce en ce sens qu’il faut se faire l’écho des difficultés de Bohr à déposer ses manuscrits destinés à la publication.
[43]Ibid.
[44]N. Bohr cité par W. Heisenberg (1969), op. cit., p. 188.
[45]J. Lacan (13 mars 1963), Séminaire X, cité par Mikkel Borch-Jacobsen (1990), Lacan, le maître absolu, Paris, Flammarion, coll. « Critiques », p. 271.
[46]W. Heisenberg, op. cit., 1972, p. 50. Même si le scientifique allemand fait ici référence aux bouleversements conceptuels de la théorie de la relativité, les mêmes remarques peuvent être attribuées, à plus forte raison, à ceux qui sont corrélatifs de la théorie quantique.
[47]J. Lacan (1964), Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, coll. « Points/Essais », 1973, p. 43. Les citations qui suivent sont extraites de ce séminaire.
[48]J. Dor, op. cit., 1988.
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Olivier Wathelet, intervenant au Centre d’activités de l’hô...
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[1]
N. Bohr (1928) cité par C. Chevalley, Glossaire à l’édition...
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[2]
Platon, Le Banquet, Paris, Flammarion, 1964, p. 50-51. Suite de la note...
[3]
J. Dor (1992), Introduction à la lecture de Lacan, 2, Paris...
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[4]
Ibid., 1, p. 164. Suite de la note...
[5]
S. Freud (1925), Sigmund Freud présenté par lui-même, Paris...
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[6]
J. Lacan (1964), « La science et la vérité », dans Écrits, ...
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[7]
Les quelques exceptions de scientifiques et de psychanalyst...
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[8]
J.-C. Milner (1995), L’œuvre claire, Lacan, la science, la ...
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[9]
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[10]
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