Cliniques méditerranéennes
érès

I.S.B.N.2749202701
336 pages

p. 19 à 31
doi: 10.3917/cm.070.0019

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no 70 2004/2

2004 Cliniques méditerranéennes

Freud est-il sioniste ?

Jacquy Chemouni  [*]
Freud s’est souvent exprimé sur le sionisme à l’égard duquel il a toujours nourri une attitude positive. Nous tentons de la comprendre en la resituant dans son contexte. Convaincu de la nécessité de créer un État pour les juifs, il n’est pas moins sensible à ce que le sionisme n’éveille pas la défiance arabe, que les lieux saints ne soient pas sous la seule responsabilité juive et que l’établissement d’une patrie juive ne soit pas l’occasion de ressusciter l’ancienne religion. Jusqu’à la fin de sa vie, il a soutenu le peuplement d’un foyer juif en Palestine.Mots-clés : Freud, politique, sionisme. Freud often gave his views on Zionism, towards which he always had a positive attitude. We attempt to understand this attitude by placing it in its historical context. Convinced of the need to create a State for the Jews, he was keenly aware that Zionism could arouse Arab mistrust, that the holy places should not be under the sole responsibility of the Jews and was concerned that creating a Jewish homeland should not provide an opportunity to revive old religion. Up to the end of his life, he supported the settlement of a Jewish homeland in Palestine.Keywords : Freud, politics, Zionism.
Depuis quelques mois, aussi bien en France qu’à l’étranger, le milieu psychanalytique se passionne pour un soi-disant inédit de Freud consacré au sionisme. Cette lettre nous servira de fil conducteur pour comprendre son attitude à l’égard de l’installation des juifs en Palestine en vue de créer un État juif. Il nous faut au préalable clairement préciser que cette lettre fut publiée intégralement en 1978, dans une version anglaise, par Avner Falk dans son article : « Freud and Herzl [1] ». Nous en avons personnellement proposé une traduction française (celle que nous citons plus bas) et un commentaire dans notre livre Freud et le sionisme paru en 1988 [2]. Cette lettre parut à nouveau en français en 1992 accompagnée de son original en allemand dans Freud Sigmund. Chronique la plus brève. Carnet intimes 1929-1939 [3].
Cette « affaire » politique d’une lettre qu’on souhaite à tout prix considérer comme inédite mérite une analyse que nous publierons dans le prochain numéro.
 
La politique hors les murs
 
 
Les réflexions politiques du fondateur de la psychanalyse ont rarement été prises en considération dans un débat politique. Depuis quelque temps, à l’intérieur comme à l’extérieur du milieu psychanalytique, un grand intérêt est subitement accordé à ses relations avec le sionisme. Cette attention n’est nullement liée au hasard, elle est motivée par des considérations idéologiques ou politiques plus ou moins explicitement avouées. Le conflit israélo-palestinien est évidemment au cœur de cette soudaine préoccupation. De toute évidence, elle ne répond pas à de nouvelles découvertes ou à de récentes révélations sur ses idées politiques. Elle obéit sans doute, pour une grande part, à cette « compacte majorité [4] » antisioniste et anti-israélienne qui se dégage de plus en plus, et sans nuance, dans notre paysage intellectuel. L’objectif de cet article est de reprendre brièvement la question des rapports de Freud avec le sionisme sur lesquels nous avons consacré une étude voici plus de quinze ans, sans omettre de nous interroger sur les raisons qui conduisent aujourd’hui à se référer à Freud alors qu’aucun élément nouveau ne justifie ce soudain engouement pour ses idées politiques.
L’intérêt de Freud pour le sionisme est d’autant plus important à comprendre qu’il s’est toujours refusé à s’engager politiquement ou à ce que son nom soit utilisé pour la défense d’une cause politique, à l’exception, non sans précaution, du sionisme. Par ailleurs il n’attendait rien de la politique ou, comme le dit Reich, il « ne demandait rien à la politique [5] ». À la question de Max Eastman : « Qu’est-ce que vous êtes sur le plan politique ? », ne répondait-il pas : « Sur le plan politique, je ne suis rien [6]. » Image caricaturale sans doute qui était loin de refléter l’attention qu’il portait cependant aux affaires publiques. Nous savons qu’il était réfractaire aux idéologies politiques et condamnait les régimes totalitaires comme le national-socialisme ou le communisme bolchevique. Freud était un libéral ou un social-démocrate tel qu’on l’entendait à son époque.
Il se veut avant tout homme de science, rebelle à toute idéologie, à quoi il n’est pas loin de réduire tous les systèmes politiques. Adepte de la rigueur scientifique, signataire du premier manifeste de Vienne [7], pour Freud la science doit rester étrangère aux compromissions avec la politique : « Je suis un homme de science. Je n’ai rien à voir avec la politique [8]. »
S’il n’est pas hostile à ce que la psychanalyse éclaire la chose politique, il ne croit absolument pas qu’elle puisse justifier un quelconque engagement politique. Les deux domaines s’excluent, comme l’eau exclut le feu. Toute conception politique qui se justifierait par la psychanalyse lui apparaît d’emblée suspecte.
Freud n’est ainsi guère enclin à apprécier les tentatives de certains de ces élèves (les freudo-marxistes en l’occurrence) à lier trop intimement son œuvre à une conception politique précise, bien qu’il ne refuse pas que ses découvertes puissent éclairer les hommes politiques dans leurs actions sociales. Et s’il conçoit une quelconque possibilité que la psychanalyse éclaire une pensée politique, c’est à la condition que cette dernière épouse l’éthique sur laquelle repose son œuvre. Et c’est bien au niveau éthique qu’il engage sa critique du communisme et du bolchevisme, et, évidemment, celle du sionisme.
 
Pour un sionisme sans fanatisme
 
 
Rappelons à nouveau le contenu de cette lettre de Freud datée du 26 février 1930 adressée à Haim Koffler membre du keren Hayesod qui lui avait demandé de soutenir publiquement le droit des Juifs à prier au Mur des Lamentations à Jérusalem : « Je ne peux faire ce que vous me désirez. Je suis incapable de vaincre mon aversion pour accabler le public de mon nom, et même la période critique actuelle ne me semble pas le justifier. Quiconque désire influencer les masses, doit leur donner quelque chose d’entraînant et d’enflammant et mon jugement modéré sur le sionisme ne le permet pas. J’éprouve certainement de la sympathie avec ses buts, je suis fier de notre université de Jérusalem, et je suis ravi de la prospérité de nos peuplements. Mais d’un autre côté, je ne pense pas que la Palestine puisse jamais devenir un état juif, ni que les mondes chrétiens et islamiques soient prêts à ce que leurs lieux saints soient sous responsabilité juive. Il m’aurait paru plus sensé d’établir une patrie juive dans un lieu moins chargé d’histoire. Mais je sais qu’un tel point de vue rationnel ne pourrait jamais gagner l’enthousiasme des masses et le soutien financier des riches. J’admets, avec tristesse, que le fanatisme sans fondement de notre peuple est en partie à blâmer pour le réveil de la défiance arabe. Je ne peux pas porter de sympathie à la piété fourvoyée qui transforme un morceau de mur d’Hérode en une relique nationale, et qui offense ainsi les sentiments des natifs. Maintenant vous pouvez juger par vous-mêmes si, avec un tel point de vue critique, je suis la personne juste pour venir en consolateur d’un peuple abusé par une espérance injustifiée. »
Afin d’éviter toute lecture partiale et partielle de Freud, il est essentiel d’offrir un aperçu assez représentatif de son engagement envers la cause sioniste.
Si Freud se prononce à plusieurs reprises sur ce sujet, il n’en expose jamais une quelconque théorie et reste toujours fidèle à son refus, même concernant la question juive, de toute Weltanschauung (conception du monde). Aucune mention du sionisme n’existe dans son œuvre, alors qu’il ne craint pas, surtout dans sa Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse, de porter une critique acerbe sur d’autres sujets politiques, comme le communisme. Son sionisme appartient exclusivement à la sphère privée ; en tant que psychanalyste, il n’a rien à en dire, réfractaire à toute tentative d’associer son œuvre à une cause politique, fut-elle juive. Isoler cette lettre comme reflétant sa position définitive, ou la plus ferme, sur le sionisme conduit à la considérer comme une prise de position quasi officielle et publique. C’est en fonction de sa connaissance des événements qu’il réagit. S’approprier aujourd’hui ses déclarations, quelles qu’elles soient, pour avaliser une conception du sionisme, c’est précisément interpréter idéologiquement ses propos. Au regard de l’histoire du peuple juif depuis la mort de Freud (1939) et des événements qui actuellement préoccupent juifs et palestiniens, rien ne permet d’affirmer que Freud aurait pris parti pour un camp contre l’autre. Pragmatique, il est certain qu’il aurait dénoncé la cécité de ceux qui clivent la réalité en ne percevant les méfaits que dans un camp. Le manichéisme n’est pas freudien.
La lettre à Koffler est un témoignage privé exprimé à un moment précis de l’histoire du sionisme que Freud n’ignorait pas. Elle est aussi consécutive à une demande politique d’une organisation sioniste qui souhaitait son adhésion. Elle ne permet pas de conclure à son antisionisme, mais témoigne de la souplesse et de l’ouverture de sa vision du peuplement juif en Palestine. Pour qui donc connaît un tant soit peu les multiples déclarations « sionistes » de Freud, cette lettre de 1930 ne jette aucun « trouble », loin s’en faut. Elle est conforme à ses options libérales et humanistes imprégnées de justice et est inséparable de ses autres déclarations sur le sujet. Elle ne se comprend que dans le contexte des événements tragiques qui secouent alors la Palestine et dont Arnold Zweig se fait l’écho dans les lettres qu’il lui adresse. Son contenu ne contredit pas les déclarations sur le sionisme qu’il tenait précédemment.
L’une des premières, et probablement la première, références de Freud au sionisme est exprimée dans une lettre au fondateur du sionisme politique, T. Herzl, journaliste au Neue Freie Presse, journal viennois dont il dirigeait la section littéraire et qui publia plusieurs comptes-rendus des ouvrages de Freud. En 1902, Freud lui adresse son Interprétation des rêves, publiée deux ans plus tôt, accompagnée de ces lignes : « Je vous prie de conserver ce livre en témoignage de la haute estime que – comme tant d’autres – je porte depuis longtemps, au poète et au combattant pour les droits de notre peuple, que vous êtes [9]. » Si Freud, au contraire de ce que d’aucuns affirment [10], n’a jamais rencontré Herzl [11], il le connaît par contre comme journaliste – en France, par exemple, lors de l’affaire Dreyfus – et n’ignore pas qu’il est le fondateur du sionisme politique [12].
Malgré ses critiques à l’égard de la réalité du sionisme, Freud restera toute sa vie fidèle à ce jugement positif sur le sionisme exprimé à son fondateur. Comme l’écrit sa fille : « Il est vrai que mon père était bien disposé vis-à-vis du sionisme dès les premiers jours du mouvement, lorsque Herzl était encore vivant [13]. »
Lors des démêlés avec Jung, dont il avait salué l’engagement dans le mouvement psychanalytique en raison de son intelligence et de ses origines non juives, Freud écrit en 1913 à Sabina Spielrein en rupture avec Jung dont elle fut la patiente et la maîtresse : « Pour ma part, comme vous le savez, je suis guéri de toute séquelle de prédilection pour les aryens, et je veux supposer, si votre enfant est un garçon, qu’il deviendra un inébranlable sioniste. Il faut qu’il soit brun ou qu’en tout cas il le devienne ; plus de tête blonde. Laissons courir ces farfadaiseries [14] ! » Bien que ces propos soient formulés en réaction à l’attitude de Jung à l’égard de sa patiente-amante et à sa vision un peu trop aryenne des réalités psychiques – qui le conduiront à des prises de positions racistes en 1934 –, ils n’en illustrent pas moins la profonde conviction sioniste de Freud à un moment où le mouvement sioniste se consolide.
Cinq ans plus tard, les Anglais, qui administrent la Palestine, s’engagent à fonder un foyer juif dans cette région. Freud se réjouit de ce qu’on appelle la Déclaration Balfour du nom du ministre anglais des affaires étrangères qui, dans une lettre adressée à Lord Rothschild, exprime la sympathie du gouvernement de Sa Majesté « pour les aspirations sionistes des Juifs », précisant que « le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non-juives en Palestine, ainsi qu’aux droits et au statut politique dont les juifs pourraient jouir dans tout autre pays. Je vous serai reconnaissant de porter cette Déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste ».
Cette déclaration, émise à une période où la guerre divise tragiquement l’Europe (Freud a alors deux fils, Ernst et Martin, à la guerre), suscite de sa part ce commentaire : « À vrai dire, en ce moment, ma seule joie est la prise de Jérusalem et l’expérience que tentent les Anglais avec le peuple élu [15]. » Sa joie porte sur l’entrée des troupes du général anglais Allenby dans Jérusalem en décembre 1917, ce qui montre qu’il se tenait informé des événements politiques palestiniens.
À l’instar de Herzl lui-même qui envisagea pendant un temps que la création d’un État juif puisse se faire en dehors de la Palestine, Freud conçoit également cette possibilité, mais il est vite conscient de la difficulté d’une telle entreprise : « Si ce lieu avait été situé en Ouganda, cela n’aurait pas été du tout pareil : l’importance sentimentale de la Palestine est immense. Les Juifs se représentaient leurs vieux compatriotes gémissant et priant, comme ceux des jours anciens, devant le mur antique – qui, au fait, n’a pas été construit par Salomon mais par Hérode – et ils sentaient revivre l’esprit des temps d’autrefois [16]. » La référence à l’Ouganda n’est pas fortuite. Chamberlain avait déjà suggéré ce pays à Herzl qui refusa, bien que dans son État juif, ce dernier envisage la possibilité que l’établissement d’une patrie pour les juifs puisse se réaliser dans d’autres régions qu’en Palestine, comme en Argentine.
Ce passage atteste que Freud connaissait assez bien les multiples interrogations qui animaient le mouvement sioniste. En témoigne également le propos de A. Grollman qui raconte au sujet du déroulement du Congrès sioniste de 1925 : « Le Congrès sioniste à Vienne fut le prétexte à émeutes, cette agitation était fomentée par des nationalistes originaires d’Allemagne. Une conférence de recteurs d’Universités se tint à Vienne et appuya la requête des étudiants antisémites d’interdire aux juifs l’accès aux postes académiques. Ces événements affectèrent profondément Freud [17]. » Cette anecdote n’est pas sans rappeler la récente déclaration scandaleuse du conseil d’administration de l’université de Paris VI de cesser, en raison de la politique israélienne dans les territoires occupés, toute collaboration avec les universitaires israéliens, comme si ces derniers étaient unanimement des partisans de la politique du premier ministre israélien alors en poste.
Freud est conscient des difficultés que ne manquera pas de rencontrer la création d’un nouvel État juif. Bien plus que les difficultés d’ordre politique et pratique inhérentes au contexte géopolitique, les juifs sont confrontés à une sorte de perversion consécutive à leur vie dans les patries qu’ils quitteront : « L’histoire, écrit-il le 21 février 1936 à Arnold Zweig résidant en Palestine, n’a pas fourni au peuple juif l’occasion de développer sa faculté de former un État et une société. Et cela entraîne naturellement, aux nouveaux endroits où vous vous fixez, tous les manques et les vices de la culture de la patrie quittée [18]. » Freud, à l’instar d’ailleurs de bien des pionniers du sionisme, souhaite que l’État que se proposent de construire les sionistes ne soit pas identique à celui que les juifs auront à quitter pour s’établir en Palestine, comme si leur séjour diasporique les avait éloignés des valeurs juives, leur avait comme ôté la capacité de bâtir, à défaut d’une Jérusalem céleste, la « Jérusalem terrestre ». Il ne conçoit pas que le futur État juif soit identique aux autres États, du moins qu’il en génère les mêmes travers. Son sionisme n’est pas absent d’idéal.
Aux membres du B’nai B’rith, association dont il fut membre actif, il exprime clairement sa crainte que le sionisme réitère les erreurs des autres États-nations : « Chaque fois que j’ai éprouvé des sentiments d’exaltation nationale, je me suis efforcé de les repousser comme étant funestes et injustes, averti et effrayé par l’exemple des peuples parmi lesquels nous vivons, nous autres Juifs [19]. »
Il y voit un centre d’encrage des valeurs universelles du judaïsme, reconnaissant « la grande puissance attractive d’un centre juif dans le monde ; ce doit être un point de ralliement pour les idéaux juifs [20]. Mais l’actualisation de ces valeurs juives ne doit pas conduire à une quelconque renaissance de la religion. Pendant un temps, il a craint que l’établissement d’un foyer juif soit l’occasion d’un réveil du fanatisme religieux, ou que la religion ne devienne, comme c’est de plus en plus le cas aujourd’hui en Israël, un partenaire qui guide la vie politique. Ainsi confie-t-il à Wortis qu’il a appréhendé « quelque temps que le sionisme ne fournisse l’occasion de ressusciter l’ancienne religion [21] ». Mais il se rassure vite, le but du sionisme est d’abord politique et il semble que la séparation de la Synagogue et de l’État soit possible.
L’histoire justifierait la crainte de Freud : « La Palestine n’a rien formé que des religions, des extravagances sacrées, des essais présomptueux de dompter le monde des apparences extérieurs par le monde intérieur du désir, et nous sortons de là (bien que l’un d’entre nous se croit Allemand, et l’autre non), nos ancêtres ont habité là-bas un demi-millénaire, peut-être un millénaire entier (mais ceci n’est que supposition) et il est impossible de dire ce que nous avons emmené en héritage, dans le sang et dans les nerfs (comme on le dit par erreur), de notre séjour dans ce pays [22]. »
Ses critiques envers la réalité sioniste ne manquent pas, comme en témoigne sa lettre à Haïm Koffler ou celle-ci, adressée à F. Thieberger : « Envers le sionisme, écrit-il, je n’ai pas que de la sympathie, mais je ne peux juger de ses chances de réussite, ni des éventuels dangers auxquels il doit faire face [23]. »
Plusieurs déclarations de Freud contemporaines ou postérieures à la lettre de 1930 adressée à Haim Koffler montrent que, s’il est sensible à la dimension culturelle du sionisme, il ne l’y cantonne pas. Le sionisme n’a de véritable sens que politique, même s’il en critique certaines modalités pratiques.
En 1925, il salue la reconstruction juive en Palestine en des termes enflammés : « C’est un signe de notre invisible volonté de vivre qui, pendant deux mille ans, a survécu aux pires des persécutions. Notre jeunesse va continuer la lutte [24]. » Le sionisme lui apparaît comme une nécessité historique pour le peuple juif. La même année que la lettre adressée à Haïm Koffler, il affirme clairement à J. Dwossis traducteur des préfaces destinées à la traduction en hébreu des Leçons d’introduction à la psychanalyse (1915-1917), et de Totem et tabou : « J’ai eu beaucoup de sympathie pour le sionisme, et continue d’en avoir aujourd’hui. Depuis le début, il me semble lié à ces inquiétudes que la situation présente me semble justifier. Je préfèrerais me tromper » (dans une lettre du 15 décembre 1930) [25]. Si Freud se soucie de la situation en Palestine, convaincue qu’elle est, indéniablement, la conséquence de l’installation des juifs afin de créer leur État, s’il souhaite que l’on prenne en considération les injustices engendrées par l’immigration juive, il ne rejette pas pour autant le sionisme. Mais très vite, la persécution des juifs en Europe qui laisse présager un funeste destin le conduit à espérer la création d’un État juif. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’au moment de la montée du nazisme, il s’adresse à A. Zweig en ces termes : « En Palestine, vous avez au moins la sécurité personnelle et vos droits de l’homme. Et où iriez-vous [26]? » À Max Eitingon, qui vivait en Palestine et fonda en 1933 la Société psychanalytique de Palestine, Freud lui exprime son inquiétude au sujet des événements qui se déroulent alors en Palestine : « Nous suivons avec un grand sentiment de malaise les informations sur ce qui se passe en Terre Sainte [27]. »
Quelque temps plus tard, le même souci de trouver pour les juifs un lieu à l’abri des persécutions le préoccupe. A. Zweig établi en Palestine, il écrit : « Il y a un autre gouvernement ici, mais le peuple est le même, applaudissement à l’antisémitisme en accord total avec les frères du Reich. On nous serre de plus en plus la gorge, même si on ne nous étrangle pas. La Palestine fait au moins partie de l’empire britannique, ce n’est pas à négliger » (lettre du du 20/12/1937) [28]. Son adhésion sioniste trouve sa véritable raison d’être dans sa croyance en la nécessité que les juifs construisent un état où ils puissent vivre sans être persécutés et être libres de revendiquer leur identité. Tel apparaît le projet freudien.
 
S’engager sans engagement actif
 
 
Bien que Freud se soit toujours refusé à s’engager politiquement, il adhéra volontiers à des organisations juives, culturelles comme le B’nai b’rith [29] ou sionistes comme la Kadimah ou Keren Hayesod. C’est probablement pour le mouvement sioniste que son engagement politique est le plus abouti [30].
Le fils de Freud, Martin, membre de l’association sioniste La Kadimah [31], témoigne que son père était « sincèrement ravi » de son adhésion à cette organisation. Il ajoute : « Je peux dire ici (… qu’) il devint membre honoraire de la Kadimah [32]. » Dans un texte rédigé en yiddish Joseph Frenkel nous apprend que Freud en devint membre en 1936. Cette adhésion fit suite à la réponse que Freud adressa à l’association qui venait de lui adresser ses vœux pour ses 80 ans : « Votre Freud qui serait heureux d’être parmi vous. » Cette réponse, poursuit Frenkel, provoqua des discussions au sein de la Kadimah qui désirait le nommer membre honoraire. Lorsque Martin Freud suggéra que son père recevrait avec joie un tel honneur, la Kadimah se réunit le 1er juillet 1936 en session spéciale et le Docteur Hugo Lipschitz proposa d’attribuer à Sigmund Freud le titre de membre honoraire. La proposition fut acceptée à l’unanimité. Une délégation se rendit alors chez Freud et lui remit l’insigne spécial de la Kadimah. Un bref discours fut prononcé auquel Freud répondit que, bien qu’il ne s’engage jamais politiquement, il suivait avec bienveillance depuis de longues années les actions des Juifs nationalistes de la Kadimah [33]. »
Freud fut en contact avec d’autres associations sionistes, comme la Hechalutz (le pionnier), qui avait pour but d’aider la jeunesse juive à s’installer en Palestine, qu’il aida financièrement [34].
Si ce type d’engagement envers le sionisme tranche avec son attitude générale envers la « chose » politique qu’il a toujours pris soin de tenir à l’écart, il ne révèle pas toutefois un quelconque désir de s’engager dans l’action sioniste. Les soutiens qu’il apporte clairement à plusieurs reprises à la cause sionistes, ne refusant pas que son nom puisse être, sous conditions, utilisé, restent pétitionnaires. Nous ne lui connaissons pas de prise de position publique sur ce sujet. Il n’est d’ailleurs guère convaincu lui-même que son nom ait quelque chance d’aider la « cause juive », mais il ne peut se résoudre, concernant le peuple juif, à refuser d’apporter son soutien. Il connaît le rôle de militant sioniste actif d’Einstein et est conscient que sa propre action en est aux antipodes. Il n’est donc pas étonnant qu’il déclare : « Je ne suis pas sioniste – tout du moins pas comme l’est Einstein, bien que je sois l’un des curateurs de l’université hébraïque de Jérusalem [35]. » Il veut par là simplement signifier, non pas une différence dans leur conception du sionisme qui, par bien des égards est assez proche, mais que son rôle n’a jamais été militant et actif comme Einstein, bien que tous deux adhérent à l’association sioniste Keren Ha-yesod et s’opposent à ce que la loi mosaïque structure le futur État juif ou à ce que le nationalisme ou l’orthodoxie religieuse guide la vie juive [36].
Freud fut toujours attentif à ne jamais jouer les maîtres penseurs ; il a toujours pris soin de ne pas s’ériger en idéal, n’ignorant pas les dangers aliénant d’une telle position ; et nous savons combien son statut de fondateur de la psychanalyse et sa fonction d’analyste de beaucoup de ses disciples l’auraient facilement conduit à endosser ce rôle. Il se refuse, dans le domaine juif comme en politique en général, à ce qu’on le considère comme « un idéal juif, un guide d’Israël [37] ». Il nourrit une sorte d’aversion à jouer ce rôle. Pour le sionisme comme pour toute conception politique, il ne veut pas influencer les masses, conscient que sa renommée, quelle qu’en soit la pertinence, se cantonne à un domaine limité, celui de la psychanalyse, et qu’en aucun cas, elle ne l’autorise à émettre une pensée toute aussi pertinente dans des domaines qui lui sont étrangers. Freud est l’anti-sartrien, bien loin de ces intellectuels politiquement engagés au nom de leur renommée de savant ou d’intellectuel, comme le montre ce passage déjà cité de sa lettre à Haïm Koffler : « Je ne peux faire ce que vous me désirez [soutenir publiquement son association]. Je suis incapable de vaincre mon aversion pour accabler le public de mon nom, et même la période critique actuelle ne me semble pas le justifier. Quiconque désire influencer les masses, doit leur donner quelque chose d’entraînant et d’enflammant et mon jugement modéré sur le sionisme ne le permet pas [38]. »
Quelle que soit la nature des déclarations de Freud sur le sionisme, il ne l’a jamais abandonné ou condamné. Nous terminerons par une dernière citation qui, dans une certaine mesure, fait écho à la lettre envoyée en 1930 à Haim Koffler membre du Keren Ha-yesod, puisqu’il s’agit d’une lettre qu’il adresse à un membre de cette même association sioniste par laquelle il veut contribuer à la célébration du 15e anniversaire de cette organisation. Freud n’y exprime guère de réticence et ne soulève aucune objection au peuplement juif en Palestine : « Je peux vous assurer que je sais fort bien à quel point l’instrument qu’est votre fondation est efficace, puissant et bénéfique dans sa tentative d’établir notre peuple sur la terre de ses ancêtres » (Lettre du 20 juin 1935) [39].
Toutes les citations de Freud aujourd’hui disponibles au sujet de la création d’un foyer juif en Palestine ne permettent ni de le qualifier d’inconditionnel sioniste convaincu que la Palestine représente le seul endroit où les juifs se doivent de créer à n’importe quel prix un État juif, ni de le classer parmi les adversaires de la solution sioniste. Ses positions, comme nous l’avons brièvement exposé, et ainsi que nous avons tenté de le montrer dans notre livre Freud et sionisme, sont nuancées et subtiles parce que pragmatiques et respectueuses autant de l’histoire et des souffrances du peuple auquel il a toujours affirmé appartenir que des réalités sociales et religieuses des autochtones palestiniens. Elles ne se comprennent et se valent que replacées dans leur contexte historique et affectif. Il est hasardeux à partir de ses déclarations de préjuger de ce qu’il dirait aujourd’hui des événements tragiques qui secouent le Moyen-Orient. Il est toutefois sans équivoque qu’il aurait condamné les extrémismes de tout bord, comme il a rejeté en son temps le communisme bolchevique.
 
NOTES
 
[*]Jacquy Chemouni, docteur en histoire, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Basse-Normandie-Caen, 17, rue Félix Philippe, 78360 Montesson.
[1]Avner Falk, « Freud and Herzl », Contemporary Psychoanalysis, 14, p. 384.
[2]J’ai publié entièrement cette lettre en deux parties, Freud et le sionisme, 1988, Édition Solin, p. 93 et p. 96.
[3]Freud Sigmund. Chronique la plus brève. Carnet intimes 1929-1939 (annoté et présenté par M. Molnar, Albin Michel, Paris, p. 274, édition originale américaine également de 1992. Étrange destin que celui de cette lettre qui semble ne jamais devoir être reconnue ; ainsi, Peter Gay cite les deux premières phrases mais fait de Einstein le destinataire (Freud, une vie, 1988, Paris, Hachette, 1991, p. 688). La lettre attribuée par erreur au Prix Nobel est bien datée du 26 février 1930.
[4]En référence à cette citation de Freud : « Parce que j’étais Juif, je me suis trouvé libéré de bien des préjugés qui limitent chez les autres l’emploi de leur intelligence ; en tant que Juif, j’étais prêt à passer dans l’opposition et à renoncer à m’entendre avec la compacte majorité » (Freud, Correspondance 1873-1939, Paris, Gallimard, 1967, p. 398).
[5]Reich Wilhelm, 1967, Reich parle de Freud. Wilhelm Reich discute de son œuvre et de ses relations avec Sigmund Freud, Paris, Payot, 1972, p. 63.
[6]Eastman Max, 1942-1959, Einstein, Trotsky, Hemingway, Freud and Others. Great Companions. Critical Memoirs of Some Famous Friends, Collier Books, New York, 1962, p. 128. « Bien que les étudiants juifs aient joué un rôle important dans cette lutte pour la liberté [lors des journées révolutionnaires de 1848], il semble qu’aucun de mes ancêtres immédiats n’ait été profondément engagé », écrit le fils de Freud (Freud Martin, 1958, Freud, mon père, Paris, Denoël, 1975, p. 31-32).
[7]S. Freud, 1911, Le manifeste positiviste signé par Freud en 1911, présentation par Christian Hoffmann, Cliniques méditerranéennes. Psychanalyse et psychopathologie freudienne, n° 45-46, 1995, p. 7-11.
[8]Reich Wilhelm, Reich parle de Freud. Wilhelm Reich discute de son œuvre et de ses relations avec Sigmund Freud, op. cit., 1967, p. 95.
[9]Cité par Falk, op. cit., p. 361-362, un extrait de cette lettre paru du vivant de Freud en 1937 dans un article de Goldhammer, Freud and Herzl Herzl Year Book, p. 196.
[10]Jacob Meitlis, 1951, « Les derniers de jours de Freud », L’Écrit du temps, 3, 1983, p. 236.
[11]Anna Freud doute que son père ait jamais rencontré Herzl : « Ce qui n’est pas vrai, est qu’il le (Herzl) connaissait intimement. Je me demande s’il ne l’a jamais rencontré personnellement, bien que cela ait pu arriver une ou deux fois, occasionné peut-être par le B’nai B’rith. Je ne saurais pas vous dire pour cela. Mais qu’il n’y ait eu aucun rapport de relations amicales, de cela je suis sûre. La famille Herzl habitait le même quartier de Vienne que nous et je me souviens que l’on me montrait Theodor Herzl quand il passait dans notre rue, la Berggasse. En ce qui concerne ses enfants, Trude Herzl, sa fille, elle venait dans la même école de filles que ma sœur et moi-même, mais était dans une classe entre nous deux et, comme cela arrive à l’école, nous la voyions seulement sans lui parler. Il n’y a jamais eu de contacts entre nous. Le fils de Herzl faisait des études en Angleterre et ni moi ni ma famille ne l’avons jamais connu » (Falk, op. cit., p. 359).
[12]Mais également l’auteur de pièces de théâtre. Freud assistera à la présentation de la pièce de Herzl : Das Neue Getto qui suscitera un rêve : Mon fils, le myope, analysé dans L’interprétation des rêves (voir J. Chemouni, Freud et le sionisme, op. cit., p. 193-203).
[13]Lettre d’Anna Freud à A. Falk, Freud and Herzl, op. cit., p. 359).
[14]Spielrein Sabina, Entre Freud et Jung, Aubier, Paris, 1983, p. 273.
[15]Freud Sigmund-Abraham Karl, Correspondance 1907-1926, Paris, Gallimard, 1969, lettre à Abraham, 10-12-1917, p. 268.
[16]Wortis Joseph, 1954, Psychanalyse à Vienne, 1934 « Notes sur mon analyse avec Freud, Paris, Denoël, 1974, p. 161.
[17]A. Grollman, Judaïsm in Sigmund Freud’s World, New York, 1965, p. 121.
[18]Freud Sigmund-Zweig Arnold, Correspondance, 1927-1939, op. cit., p. 162.
[19]Lettre au B’nai B’rith, Freud S., Correspondance 1873-1939, op. cit., p. 398.
[20]17 janvier 1935, Wortis, op. cit., 1954, p. 161.
[21]Wortis, op. cit., 1954, p. 161.
[22]Lettre à A. Zweig, du 8 mai 1932, Correspondance, 1927-1939, op. cit., p. 75.
[23]Lettre publiée par E. Simon, Sigmund Freud, The Jew, dans Leo Baeck Institute, Year Book, 1957, p. 274.
[24]Lettre du 20 juin 1925, cité par Reik Théodor, Trente ans avec Freud. Suivi des lettres inédites de Sigmund Freud à Théodor Reik, Éditions Complexe, Bruxelles, 1975, p. 25.
[25]Cité dans Freud Sigmund. Chronique la plus brève. Carnet intimes, 1929-1939, p. 279.
[26]Lettre à A. Zweig, du 21 février 1936, Correspondance, 1927-1939, op. cit., p. 162.
[27]Lettre à Eitingon du 6 février 1939, Correspondance,1907-1926, op. cit., p. 482.
[28]Freud Sigmund-Zweig Arnold, Correspondance. 1927-1939, Paris, Gallimard, 1973, p. 195.
[29]Nous nous permettons sur ce sujet de renvoyer à nos travaux : Freud et les associations juive. Contribution à l’étude de sa judéité, Revue française de psychanalyse, n° 4, 1987 ; Chemouni Jacquy, 1991, Freud, la psychanalyse et le judaïsme : un messianisme sécularisé, Paris, Éditions Universitaires.
[30]Outre ses deux associations sionistes, Freud n’ignorait l’existence de comme He-chalutz (le pionnier) ou les Kartelle Jüdischer Verbindungen auxquels adhéra son fils Ernst (R. Rainey, 1975, Freud as student of religion : perspectives on the background and development of this thought, Scholars Press, University of Montana Missoula, p. 72).
[31]La Kadimah signifie « en avant » et « vers l’est ». Elle fut créée à Vienne en 1882 à l’initiative d’étudiants juifs qui, bien avant Herzl, défendaient l’idée de la création d’un état juif en terre d’Israël.
[32]Freud Martin, Freud, mon père, op. cit., 1958, p. 203.
[33]Joseph Frenkel, Sigmund Feud et la Kadimah (en yiddish).
[34]Témoignage de Josef Toch, lettre Jerusalem Post, Wednesday, July 22, 1970, p. 12.
[35]Joseph Wortis, 1954, op. cit., p. 161.
[36]Si à l’époque de Freud les juifs qui se rendaient en Palestine emportaient les livres de Marx et de Freud, il semble aujourd’hui que la Bible soit devenue pour beaucoup d’israéliens le livre du nouveau sionisme (Voir la posface de Zeev Sternhell à son livre Aux origines du sionisme, Paris, Gallimard, 2004. Jones raconte que « Freud fut très intéressé par le compte rendu que je lui fis d’un entretien que j’avais eu avec Chaïm Weizmann au cours duquel il m’avait parlé du grand intérêt que suscitait la psychanalyse en Palestine. Il m’avait raconté que les immigrants arrivaient de Galicie sans vêtement mais avec Das Kapital (Le Capital) et Die Traumbedeutung (L’interprétation des rêves) sous le bras » (Jones Ernest (1957), La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, vol. III, Les dernières années (1919-1939), Paris, puf, 1969, p. 33).
[37]Lettre au Keren Ha-yesod, Jewish Observer and Middle East Review, vol. 23, June 4, 1954.
[38]Cité par Falk, op. cit., p. 384.
[39]Citée par Gay Peter, 1987, Un juif sans dieu, Paris, puf, 1989, p. 119.
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J’ai publié entièrement cette lettre en deux parties, Freud...
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En référence à cette citation de Freud : « Parce que j’étai...
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Reich Wilhelm, 1967, Reich parle de Freud. Wilhelm Reich di...
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Eastman Max, 1942-1959, Einstein, Trotsky, Hemingway, Freud...
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S. Freud, 1911, Le manifeste positiviste signé par Freud en...
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Cité par Falk, op. cit., p. 361-362, un extrait de cette le...
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Jacob Meitlis, 1951, « Les derniers de jours de Freud », L’...
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Anna Freud doute que son père ait jamais rencontré Herzl : ...
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