2004
Cliniques méditerranéennes
Hors-Thème
Croyance, castration et symbolisation : l’exemple du Père Noël
Véronique Piaton/-Halle
[*]
La mise en place d’un objet tel que le Père Noël nécessite, de la part des parents, une certaine légitimation lorsque les enfants découvrent qu’il n’existe pas. Ceci s’organise autour de quatre « scénarios de légitimation » dont l’un d’entre eux aborde explicitement la castration, alors qu’elle n’est présente qu’implicitement et de manière négative dans les trois autres. Or, la prépondérance, chez les parents, de ce premier scénario, qui correspond à une sorte de « prescription » fantasmatique de la castration, permet à l’enfant d’offrir à ce personnage un destin qui aboutit à une symbolisation. En revanche, lorsque ce scénario est modéré par les trois autres, on assiste chez l’enfant à une sorte d’échec de la symbolisation.Mots-clés :
angoisse, castration, échec de la symbolisation, scénario de légitimation, symbolisation.
For having set up such an object as the character of Father Christmas, the parents have to give a justification, when the children have found out that there is no such being as Father Christmas. This action of legitimation is laid out by four « scenarios of legitimation », one of which explicitly refers to the concept of castration, whereas in the other three scenarios, castration is only implicitly and negatively referred to. In fact, this first scenario, which is a kind of « fantasized stipulation » of castration, when prevailing over the others in the parent’s speech, enables the child to give to this character a destiny towards symbolization. On the contrary, when this scenario is restrained by the three others, what takes place instead is a kind of failure in symbolization.Keywords :
anxiety, castration, failure in symbolization, scenario of legitimation, symbolization.
Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’enfant, en position de non-initié ne « croit » pas au Père Noël. Il « croit-savoir » que celui-ci existe puisque les personnes de son entourage le lui affirment. Autrement dit, l’existence de ce personnage lui est garantie par des gens en qui il a confiance. Cette position est soutenue par Sauret
[1] qui, par la suite, situe la croyance même au moment où l’enfant découvre que ce personnage n’existe pas, dans la mesure où il affirme son existence alors qu’il sait qu’il n’existe pas. Si bien que l’énoncé de la croyance ne se soutiendrait que du savoir que l’objet n’existe pas, ce qui situe celle-ci dans le champ de la désillusion. Et cette déception enfantine due à la mystification qu’il a entretenue, conduit l’adulte à légitimer la mise en place d’un tel objet. Dans ces conditions, quel(s) destin(s) l’enfant réserve-t-il à ce personnage ?
Les quatre formules de la castration
Lorsqu’ils sont interrogés sur les motivations qui les ont amenés à se saisir de ce personnage imaginaire, les adultes tentent de légitimer leur position en invoquant toutes sortes « d’explications » regroupées au sein de quatre théories élaborées par certains auteurs sur la fonction du Père Noël : « les scénarios de légitimation ». Or, d’après un auteur comme Mottet
[2], le Père Noël serait l’un des derniers mythes vivants de notre monde moderne, dans la mesure où il fournit des modèles pour les conduites humaines. De plus, Valabrega
[3] défend la thèse d’une loi de retournement entre le fantasme et le mythe, loi qualifiée de structurale, et qui relie sans détour fantasme et mythe. Le mythe renvoie à du fantasme, comme le fantasme fait écho au mythe. De sorte que les scénarios de légitimation peuvent être compris comme le travail que l’élaboration secondaire effectue sur les fantasmes parentaux qui soutiennent le mythe du Père Noël.
Négation et reconstruction d’après Isambert
[4]
L’image dominante appelée par le Père Noël raconté aux enfants, est celle d’une assimilation jouée de la croyance des parents et de celle des enfants. Ainsi, replonger dans le monde merveilleux de sa propre enfance pour oublier la dure réalité de la vie quotidienne et rêver d’un monde meilleur sans conflit où régnerait l’abondance et la paix, telle serait, selon Isambert, la fonction du Père Noël. Dans ce scénario, il y a d’abord désir de rupture avec le monde réel et ensuite tentative de reconstruction d’une nouvelle réalité. Il s’agit de nier la réalité et d’en reconstruire une autre, idéale, qui permet d’oublier la première.
Or, fuir la réalité quotidienne en la niant, c’est aussi désavouer celle de la différence des sexes, différence attestée par la perception du sexe féminin qui a toujours la possibilité d’être déniée par l’enfant afin d’échapper à la blessure narcissique qui l’accompagne, tout en évitant de renoncer à la satisfaction pulsionnelle interdite. La castration se profile derrière ce scénario, mais dans une dimension négative, dans la mesure où elle est niée.
Évitement de la séparation et de la mort chez Lévi-Strauss
[5]
Pour Lévi-Strauss, la croyance au Père Noël permet de conjurer la mort, autrement dit de refuser la finitude et la séparation définitive. Or, Green
[6] pense que ce qui est craint dans la mort, c’est de voir le plaisir de vivre s’arrêter, ce qui signifie la crainte de ne plus pouvoir espérer jouir de l’essentiel de ce qui s’y rattache, c’est-à-dire du corps de la mère. L’inconscient obéirait à la menace de castration comme symbole de la menace de mort, en tant que cessation définitive du plaisir. Ainsi, « castration vaut pour mort, comme sanction affectée au désir obstiné de jouir du plaisir en écartant tout ce qui s’y oppose
[7] ». Il s’agit, ici, d’exorciser implicitement la castration.
Approche de la réalité et de la castration, issue du travail d’O. Mannoni
[8]
Dans ce scénario, c’est tout à fait explicitement que l’auteur fait référence à la castration : derrière toute croyance récusée par la réalité (ce qui est le cas pour le Père Noël, car l’enfant affronte un jour la vérité d’une manière ou d’une autre), se cache la croyance en l’universalité du phallus et toute la problématique de la castration. De la sorte, pour O. Mannoni, la croyance au Père Noël et le désaveu que l’expérience lui inflige, seraient une sorte d’initiation à la castration, en terme de constitution du Surmoi, d’abandon de la toute puissance narcissique infantile et d’émergence du principe de réalité.
Désidéalisation parentale selon Mottet
[9]
La lecture de ce scénario révèle que la découverte de la vérité à propos du Père Noël permettrait à l’enfant de substituer à l’image d’un Père Idéalisé, en tant que transformation du père réel avec un maximum d’idéalisation, la fonction signifiante du Père symbolique. Autrement dit, comprendre que le Père Noël n’existe pas participerait d’un processus de désidéalisation paternelle, et, par extension, parentale. Ici, se joue le meurtre symbolique du Père du complexe d’Œdipe qui, pour Laplanche
[10], est le fondement du complexe de castration. En effet, les deux complexes sont inséparables dans la mesure où ce qui est en cause avec le complexe de castration, c’est la sexualité prise dans la situation et dans les fantasmes œdipiens. Mais, si ce scénario a des liens évidents avec la castration, il n’y fait jamais référence, comme si l’Œdipe pouvait se passer de la castration.
On constate que tous ces scénarios varient plus ou moins autour de la question de la castration. Le scénario de l’Approche de la réalité et de la castration l’aborde explicitement, et de manière structurante, alors que le deuxième la dénie, le troisième la conjure, et le quatrième l’ignore tout simplement.
Quel enjeu psychique pour l’enfant : une symbolisation ?
Ici, la question est de savoir quel est l’enjeu psychique pour l’enfant de chacune de ces variations autour de la castration ? Autrement dit, la manière dont le Père Noël est légitimé par les parents va-t-elle laisser à l’enfant la possibilité de dépasser sa déception ?
Au sein du travail de doctorat effectué sur ce sujet, quatorze familles ont été interrogées (les deux parents ainsi qu’un enfant d’environ 10 ans) au cours d’entretiens semi-directifs, construits à partir d’un protocole cherchant à mettre en évidence d’une part les scénarios de légitimation qui apparaissent chez les parents, et d’autre part le(s) destin(s) de l’objet Père Noël chez l’enfant. Ceci a permis de mettre en évidence que, pour ces familles, lorsque les parents font référence de manière prépondérante au scénario de l’Approche de la réalité et de la castration, sorte de « prescription » fantasmatique de la castration auprès de leurs enfants, ceux-ci ont tendance à offrir à l’objet Père Noël un destin que nous supposons être un processus de symbolisation. Alors que, lorsque le scénario de l’Approche de la castration et de la réalité est pondéré par les autres scénarios qui abordent la castration de manière négative, l’enfant semble avoir du mal à mettre en place ce processus supposé de symbolisation qui s’ouvre alors sur une sorte d’échec.
Ces observations nécessitent d’abord d’examiner de près le concept de symbolisation qui semble générer une certaine confusion, dont Pelsser
[11] tente de sortir en examinant les principales acceptions données à ce terme dans la littérature psychanalytique. Il en dégage trois directions essentielles.
La symbolisation désigne d’abord la capacité d’utiliser des symboles, c’est-à-dire la capacité de mettre en rapport un symbolisant et un symbolisé. Leur relation, dite relation de symbolisation, s’établit sur la base d’un lien associatif de ressemblance ou de contiguïté, autrement dit métaphorique ou métonymique. « La symbolisation désigne dans ce contexte l’opération par laquelle quelque chose se trouve au lieu et à la place d’autre chose
[12] ». Or, pour être réussi, ce processus de substitution exige deux conditions fondamentales : les deux éléments doivent être reliés entre eux tout en étant simultanément distincts l’un de l’autre. Ce lien et cette distinction entre les deux éléments du symbole lui confèrent sa signification. Autrement dit, celui-ci comporte à la fois l’idée de réunion et de séparation. Le petit-fils de Freud qui fait apparaître puis disparaître sa bobine représente par ce jeu sa mère qui s’en va et revient. Ce jeu symbolise donc le comportement de la mère. Mais, si cette bobine désigne bien la mère, celle-ci ne se réduit pourtant pas purement et simplement à celle-là. Si tel était le cas, il délirerait. De ce fait, « la formation des symboles dépend de la capacité d’unir deux objets de manière telle que leur ressemblance soit rendue manifeste tout en respectant leur différence
[13] ». Cette « théorie » du symbole rejoint le point de vue d’Hanna Segal
[14] pour qui l’objet du désir qui a dû être abandonné, peut être remplacé par un symbole (objet substitut). Mais ceci peut mener à deux positions possibles : l’équation symbolique, où l’objet substitut est vécu comme étant l’objet original, ce qui sert à nier l’absence de l’objet ; et le symbole à proprement parler qui, lui, est vécu comme représentant de l’objet et qui est utilisé pour surmonter la perte.
Il y aurait donc quelque chose de l’ordre de l’absence qui serait à symboliser.
La symbolisation marque ensuite la capacité de transformer les expériences vécues en contenus psychiques par le biais d’un travail qui fait appel au 1langage, à la pensée et au fantasme, au sein même de l’appareil psychique, à la fois lieu où se déroulent les évènements vécus par le sujet et instrument de leur transformation. Ce qui fait que l’appareil psychique se trouve au confins de deux zones : le monde extérieur et le corps dans son aspect physique. Ainsi, le sujet est en quelque sorte pris entre l’objet et la pulsion. La symbolisation correspond alors à la faculté de trouver des substituts à la pulsion et à l’objet de sorte qu’ils s’inscrivent dans le psychisme. De ce fait, la scène psychique est placée au carrefour d’un double mouvement : l’un provenant de l’intérieur, à partir de la pulsion dont les représentants dans l’appareil psychique sont l’affect et la représentation ; l’autre venant de l’extérieur, à partir de l’objet qui s’inscrit dans le psychisme par l’intermédiaire de la représentation de chose associée à la représentation de mot. La représentation a donc une double direction qui permet de comprendre l’essence profonde de la symbolisation : « il s’agit de la capacité de transposer dans l’appareil psychique, sur la scène psychique, ce qui relie le sujet à la fois à l’objet et à la pulsion, si ce n’est ce qui relie l’un à l’autre la pulsion et l’objet
[15] ». Or, le lien entre l’objet et la pulsion à travers le sujet, se fait par l’intermédiaire de la représentation. Ce qui fait que le processus de symbolisation tente de rapprocher les représentants de la pulsion (l’affect et la représentation) aux « représentants » de l’objet, c’est-à-dire la représentation de mot associée à la représentation de chose.
La conception de Laplanche
[16] est voisine de celle développée précédemment. Pour lui, la symbolisation serait un processus de transposition qui relie, met ensemble : soit deux représentations en substituant l’une à l’autre ; soit un affect et une représentation. La voie de la substitution d’une représentation à une autre correspondrait dans le symptôme hystérique, par exemple, à la substitution d’un complexe représentatif représenté par la toux à un autre complexe centré sur la sexualité orale. Dans la symbolisation individuelle, on aboutit à un « ceci » (la toux hystérique) qui n’est fait que pour exprimer un « cela » (la sexualité orale). On est donc en présence d’un symbolisé représenté par un symbole. Le deuxième sens de la symbolisation lie au symbole non pas une représentation mais un affect, qui, sans lui, resterait flottant. Ce qui implique de postuler l’existence d’un affect qui au départ serait « libre », et par définition, l’affect non lié, c’est par excellence l’angoisse. Or, il semble que ce que l’on rencontre avec l’angoisse, ce n’est pas une angoisse originaire au sens où elle serait non liée parce qu’elle n’a jamais été symbolisée, mais plutôt des moments de désymbolisation.
Le troisième sens de la symbolisation désigne la capacité d’avoir accès à un registre symbolique et, de ce fait, d’avoir accès à l’autre, au tiers, grâce, en particulier, à la relation avec l’univers linguistique qui inaugure un rapport distancié à la réalité et instaure la dialectique de la présence et de l’absence. Le langage consiste en une acceptation de la médiation grâce au système de symboles qu’il constitue. Il introduit un tiers qui maintient la relation et la distinction entre le sujet et l’objet, car si je parle, c’est que je suis séparé, mais c’est aussi pour combler le fossé qui me sépare de l’autre. « Le langage, en tant que processus de symbolisation permet de surmonter la perte, l’absence de l’objet, de conjurer l’angoisse de séparation
[17]. »
De la confrontation de ces différentes conceptions et des différents auteurs, se dégage le point central du concept de symbolisation. Celle-ci vise toujours un rapport de représentation entre deux entités, et ce rapport constitue un tiers terme qui évite que les deux éléments soient confondus et qui permet de maîtriser l’absence.
Plus précisément, nous avons vu avec Laplanche que la symbolisation « met ensemble » soit deux représentations en substituant l’une à l’autre, soit un affect et une représentation. Seul l’établissement de complexes représentatifs permet la liaison de l’affect, qui, de cette façon, se trouve immobilisé et enfermé dans un système où il n’a, momentanément, plus d’issue. La question est de savoir comment la substitution d’une représentation à une autre peut avoir un effet sur la mobilité de l’affect.
Par analogie, l’exemple du mécanisme psychique de la phobie décrit par Freud dans la Métapsychologie (1915), va permettre de comprendre ce processus. Le premier temps est celui du refoulement qui opère sur la représentation d’une motion pulsionnelle. L’affect lié à cette représentation ne peut pas être refoulé au sens propre, il est tout au moins étouffé partiellement. Ainsi, la représentation et l’affect se trouvent séparés et suivent des destins disjoints. Le second temps est celui de la tentative de retour de cette motion dans le système conscient. La représentation se voit refuser l’accès au conscient, seul l’affect passe mais il est libéré sous une autre forme, du fait même qu’il est séparé de sa représentation de départ, et se transforme en angoisse. Ce deuxième temps est donc celui de la crise d’angoisse « libre », car sans représentation. Lors du troisième temps, au cours d’une tentative ultérieure d’irruption de la motion pulsionnelle, l’affect « libre » va chercher à se lier en se fixant à une représentation substitutive (l’animal d’angoisse dans le cas du petit Hans). Non seulement celle-ci est un substitut de l’objet primitif (le père chez le petit Hans), qu’elle représente et masque à la fois, tout en l’empêchant de revenir en permettant un contre-investissement, mais encore, elle fixe l’angoisse en la rationalisant et localise le danger en un point précis, à la fois comme lieu psychique et comme point de l’espace réel. Cette localisation permet à l’objet phobique d’être l’enjeu d’un combat secondaire sur le terrain réel où le sujet croit avoir plus de prise. Le quatrième temps est celui de cette lutte secondaire autour de l’objet phobique, secondaire car elle ne porte pas directement sur la pulsion mais sur un de ses rejetons : le symptôme. De cette manière, à un danger interne la névrose substitue un danger externe, plus facile à éviter et plus facilement manipulable.
Ici, on voit bien que Freud met en jeu les deux aspects de la symbolisation. D’une part, il y a bien symbolisation par substitution d’une représentation à une autre. Et d’autre part, si on considère le temps essentiel de la déqualification de l’affect, où celui-ci s’est autonomisé par rapport à sa représentation d’origine et s’est transformé en angoisse, la symbolisation apparaît bien comme une tentative de maîtriser, de lier à nouveau une énergie libre et indifférenciée. En d’autres termes, « c’est bien l’affect qui est l’objet de la symbolisation, mais d’autre part, il n’est pas d’affect, fût-ce l’angoisse, qui ne provienne, en un temps antérieur, d’un contexte où existait un réseau de représentations, un réseau symbolique. L’angoisse, qui est le prototype du non-symbolisé à l’état brut, serait toujours du « désymbolisé » par rapport à une symbolisation antérieure
[18] ».
Pour en revenir à notre Père Noël, l’hypothèse à propos de(s) destin(s) possibles de l’objet de croyance est la suivante : lorsque l’enfant découvre qu’il n’existe pas, il est en demeure de créer son « absence. » Cette découverte inaugure un moment de désymbolisation qui produit de l’angoisse, affect libre, détaché de sa représentation initiale et qui nécessite qu’un processus vienne rendre supportable ce constat par une nouvelle liaison de l’affect (angoisse) sur une autre représentation. Autrement dit : une symbolisation.
Mais en dehors de ces moments d’angoisse qui marquent le passage d’une symbolisation à une autre, il subsiste dans la phobie, une certaine angoisse libre, contrairement à l’hystérie où l’angoisse est complètement fixée dans le symptôme. Y aurait-il un symbolisation réussie (l’hystérie) et une autre moins (la phobie) ? « Parler de symbolisation réussie ou non, cela implique à coup sûr un jugement de valeur, et cela nous mène à nous demander ce qu’est une symbolisation pathologique par rapport à celle qui serait, sinon normale, du moins ouverte sur un devenir
[19]. »
Ceci permet de faire un rapprochement :
- entre l’équation symbolique où l’objet substitut n’est pas un symbole de l’objet perdu, et une symbolisation dite « pathologique », sorte d’échec de la symbolisation, marquée par le maintien libre de l’affect, non lié à une représentation ;
- et entre le symbole de l’objet perdu et une symbolisation dite « réussie » dont l’issue serait favorable (l’affect se lie à une représentation substitutive).
La symbolisation va donc introduire du sens dans le déferlement traumatique de l’affect en le liant à des représentations qui le rendent tolérable et élaborable. Celles-ci impliquent le déplacement substitutif d’une représentation inconsciente vers d’autres qui la représentent. Mais au cœur de cette élaboration symbolique, c’est toujours la symbolisation de l’absence et du manque qui donne du sens à tout le reste.
Dans le cadre du travail de doctorat
[20] déjà cité, les deux entretiens contrastés d’enfants les plus significatifs vont permettrent de comprendre les deux destins possibles que l’enfant réserve à l’objet Père Noël à partir du concept de symbolisation.
L’utilisation de deux cas opposés relève de la méthode dite du cas unique présentée par Widlöcher
[21]. En effet, les deux principes fondamentaux de l’étude de cas consistent à confronter la théorie proposée (ici, celle de la dé-symbolisation/re-symbolisation de Laplanche) à d’autres théories (les conceptions de la symbolisation développées par Pelsser et Segal) de manière à extraire une hypothèse que l’on appelle « à risque », c’est-à-dire moins vraisemblable que celle qui pourrait être issue du champ conceptuel des autres théories auxquelles a été confrontée la théorie proposée. En ce sens, il est peut-être plus périlleux de choisir avec Laplanche de considérer que c’est l’affect qui est l’objet de la symbolisation, autrement dit que les deux éléments du symbole à relier sont d’un côté l’affect, et plus particulièrement l’angoisse, et de l’autre côté la représentation, dans la mesure où cela nécessite de « traquer » la désymbolisation et l’angoisse qu’elle provoque ainsi que l’éventuelle nouvelle symbolisation qui en résulte (la disparition de l’angoisse). Sur le plan clinique, ceci est peut-être plus ardu que la recherche d’un symbole reliant la pulsion et l’objet au sein de l’appareil psychique, et agissant comme tiers, hypothèse qui aurait pu être posée à partir des trois directions de la théorie de Pelsser.
Marianne ou l’ombre rouge
Marianne (9 ans 6 mois) affirme son besoin de maintenir une vision extérieure du Père Noël, que ce soit par l’intermédiaire d’un adulte déguisé ou d’une sorte d’ombre rouge qu’elle croit apercevoir le soir de Noël :
Expérimentateur : « Et maintenant que tu ne crois plus au Père Noël, est-ce que tu penses qu’il peut être remplacé par d’autres personnages ? »
Marianne : « Ben, des personnages qui existent eux, mais qui se déguisent. Qui ne seraient pas des vrais Pères Noël, quoi ! Comme je le pensais quand j’étais petite. »
Expérimentateur : « D’accord. Donc, en fait toi tu aimes bien imaginer que ce sont des personnes déguisées en Père Noël qui continuent à faire le travail ? »
Marianne : « Oui, mais en fait, ce sont des personnes que tu connais déjà. Parce que si tu ne les connais pas… bon… quand j’étais petite, je ne connaissais pas le Père Noël. »
Expérimentateur : « D’accord. Donc, l’idée que ce soit des gens que tu connais qui se déguisent en Père Noël et que tu ne les reconnaissent pas, tu aimes bien ça ? »
Marianne : « Oui. »
Expérimentateur : « Tu aimes bien que quelqu’un continue à… »
Marianne : « … à me faire croire au Père Noël, quoi ! »
Expérimentateur : « À te faire croire au Père Noël, d’accord. Et est-ce que tu y penses parfois au Père Noël ? »
Marianne : « Ben, je pense… je ne sais pas. Une semaine ou deux semaines avant le jour de Noël, je pense au Père Noël. »
Expérimentateur : « Et est-ce que tu imagines des histoires sur le Père Noël ? »
Marianne : « J’essaye d’inventer… de voir que le Père Noël ne viendrait pas, quoi ! »
Expérimentateur : « Tu essayes d’imaginer que le Père Noël ne viendrait pas ? »
Marianne : « Il y a des jours… enfin, il y a des années où je me dis : le Père Noël ne va pas venir, je n’ai pas été sage, quoi ! »
Expérimentateur : « Tu imagines que… »
Marianne : « … qu’il ne vienne pas m’apporter de cadeaux, j’ai peur quoi ! »
Expérimentateur : « Tu as peur qu’il ne vienne pas t’apporter de cadeaux ? »
Marianne : « Oui. Et aussi à mes cousines. J’ai peur que le soir de Noël, il n’y ait personne déguisé en Père Noël qui vienne apporter des cadeaux… et ce serait dommage, surtout pour mes cousins et cousines qui sont plus petits que moi. Ce serait dommage pour eux. Bon, on est dans un bureau, on éteint la lumière pour faire croire qu’on dort et on le voit passer. Et, heu… comme on voit du rouge, et que personne de notre famille n’est rouge. On se dit : c’est le Père Noël ça. Et si on ne voit personne en rouge, le jour de Noël, on se dit : mais, qu’est-ce qui se passe, on n’a pas été sage ? Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça, quoi ? »
Expérimentateur : « Et ça c’est dur ? »
Marianne : « Oui, j’ai peur. »
L’équation symbolique se retrouve ici puisque l’objet substitut (l’adulte déguisé, l’ombre rouge fugitive) est vécu comme étant l’objet original. En effet, Marianne l’attend anxieusement dans le noir en se demandant s’il va venir ou si elle a été assez sage pour avoir des cadeaux. L’adulte déguisé, l’ombre rouge, ces deux objets extérieurs ont la même fonction que le Père Noël. L’absence de l’objet est niée. De plus, apparaît chez Marianne, l’expression spontanée d’un affect d’angoisse (« j’ai peur, quoi ! j’ai peur. ») généré par la possibilité que le Père Noël ne vienne pas distribuer les cadeaux, autrement dit par son absence. On retrouve, ce que Laplanche considère comme moment de désymbolisation productrice d’angoisse, angoisse qui n’arrive pas à se lier sur une autre représentation. Autrement dit, le processus de symbolisation, qui consiste à relier un affect à une représentation pour le rendre tolérable, ne se met pas en place.
Agathe et le Père Noël qui s‘embrouille dans la distribution des cadeaux
Agathe (9 ans 6 mois), interrogée de la même manière, déclare qu’elle continue à se raconter des histoires sur le Père Noël depuis qu’elle sait qu’il n’existe pas.
Expérimentateur : « Alors maintenant que tu ne crois plus au Père Noël, est-ce que ça t’arrive encore d’y penser parfois ? »
Agathe : « Non. »
Expérimentateur : « Non, tu n’y penses jamais ? Tu ne te racontes jamais d’histoire à son propos ? »
Agathe : « Ben, si parfois une, mais c’est rare. »
Expérimentateur : « Et tu veux bien me la raconter l’histoire que tu te racontes de temps en temps ? »
Agathe : « Ben, le Père Noël… En fait, il devait aller apporter les cadeaux de Noël, il en avait donné à tout le monde… Mais en Afrique, normalement, c’était le lendemain… Mais, ce jour là, c’était le même jour. Alors, du coup, il ne savait pas trop quoi faire. Donc il a commencé à aller en France. »
Expérimentateur : « Oui. »
Agathe : « Après, il a dit à ses rennes d’aller le plus vite qu’ils pouvaient pour arriver en Afrique. Et quand il est arrivé, et ben, il distribuait les cadeaux, les africains étaient très contents parce qu’ils n’en avaient pas beaucoup tous les ans. Et puis, il lui restait un paquet cadeau. Alors, il y avait un Africain qui avait eu un cadeau, mais ce n’était pas très… ce n’était pas très bien. Alors, le Père Noël lui a donné ce cadeau-là. »
Expérimentateur : « Oui. »
Agathe : « Et quand, il est allé en France… Y a un enfant qui s’est réveillé en France et puis, il a vu que son cadeau, et ben, il n’avait pas de cadeau. Et son cadeau, c’était le cadeau qui restait dans le traîneau du Père Noël. Alors, du coup, l’enfant n’était pas très content. Alors, l’année d’après, il n’a pas été se coucher, l’enfant. »
Expérimentateur : « Oui. »
Agathe : « Il est resté dans le salon. Quand le Père Noël est arrivé, il déposait les cadeaux, le Père Noël. Puis, il a dit : Hé ho, vous savez que c’est à moi que vous n’avez pas donner de cadeau l’année dernière. Le Père Noël a dit : – Ah bon ! Le cadeau que j’ai donné au petit africain ? – Ben, je ne sais pas moi, mais vous ne m’avez pas donné de cadeau l’année dernière. – Oh, ben mince alors, ben, tiens, je te donne celui-ci. Alors, il y avait marqué : train électrique, dessus. Alors, il lui donne, il met ça sous le sapin. Mais, le petit africain, ben, le lendemain, il n’avait pas eu son cadeau ! »
Expérimentateur : « Mais c’est une histoire terrible. Alors, comment est-ce que ça s’est arrangé ? »
Agathe : « Alors du coup, le petit africain n’avait pas eu son cadeau. L’année d’après, c’est l’africain qui a dit ça, mais le Père Noël avait prévu un deuxième cadeau, quand même au cas où. »
Expérimentateur : « Il avait prévu ? »
Agathe : « Oui. Et puis après, tout le monde a eu ses cadeaux. »
Expérimentateur : « D’accord. Donc, tu t’en racontes des histoires sur le Père Noël ? »
Agathe : « Oui. Je sais qu’il n’existe pas, mais je continue à me dire des choses sur lui, à me raconter des histoires… »
Expérimentateur : « Et ça, ça te fait plaisir, tu aimes bien ? »
Agathe : « Oui. »
Ici, l’objet du désir, le Père Noël, qui a dû être abandonné, peut être remplacé par un symbole, une représentation : un scénario construit à l’état de veille (un Père Noël qui s’embrouille dans la distribution : il manque toujours un cadeau). Ce symbole à proprement parler est vécu comme représentant de l’objet et est utilisé pour surmonter sa perte. Ceci semble se rapprocher de la symbolisation proprement dite. Dans la mesure où on a supposé que la découverte de la vérité sur le Père Noël est un moment de désymbolisation qui génère de l’angoisse (et l’exemple de Marianne en atteste), on peut considérer que ce scénario imaginaire va permettre une élaboration de l’affect en le liant à ce même scénario-représentation qui le rend tolérable. En effet, Agathe, quant à elle, n’exprime aucune angoisse dans l’évocation de son histoire, elle semble même y trouver du plaisir. Comme le suggère Laplanche, le processus trouve une issue favorable puisqu’il relie l’affect (l’angoisse) à une représentation. Il s’agit bien d’une symbolisation. Cette élaboration symbolique est symbolisation de l’absence et permet l’intériorisation d’un lien à l’objet. En continuant à se raconter des histoires sur et avec le Père Noël, l’enfant permet au lien établi avec cet objet de perdurer.
Angoisse, castration et symbolisation
Ceci permet de poser un jugement d’existence à la fois sur un fait : le moment de la découverte de l’inexistence (absence) du Père Noël génère un moment de désymbolisation producteur d’angoisse, et sur une relation entre deux évènements : la « prescription » fantasmatique de la castration par les parents autorise chez l’enfant ce mouvement de re-symbolisation qui fixe l’affect libre (l’angoisse) à une nouvelle représentation (le scénario que l’enfant construit autour du personnage). Cette angoisse à symboliser aurait-elle quelque chose à voir avec la castration ?
D’une part, la question de la castration se pose pour Freud à partir de celle de l’angoisse : l’angoisse de castration. Mais, que l’angoisse soit reliée à une crainte de castration, au début, Freud refuse de le voir. Par la suite, à l’autre bout de sa pensée, dans Inhibition, symptôme et angoisse, il reconnaît l’angoisse de castration mais il l’insère dans toute une lignée d’autres angoisses (angoisse de naissance, angoisse de séparation, angoisse du sevrage, angoisse de la défécation, angoisse sociale, angoisse de mort, angoisse du Surmoi…), au sein de laquelle l’angoisse de castration est à la fois située comme un terme parmi d’autres et comme un terme hors série qui achève la série en lui imposant une espèce de sceau. Cette voie de la généalogie de l’angoisse de castration à partir des angoisses prégénitales pose le problème de la symbolisation. En effet, s’agit-il d’une genèse linéaire et chronologique du complexe de castration ? Ou bien, s’agit-il d’une succession de tentatives de maîtrise, de symbolisation d’une angoisse qui resterait la même en son fond ?
D’autre part, la castration renvoie aussi à la question de la loi, en tant qu’elle serait un châtiment, une peine majeure infligée au sujet. Loi de castration : terme ambigu qui porte la possibilité d’un double sens. Le premier sens serait celui d’un impératif hypothétique : si tu ne te soumets pas à telle ligne de conduite, tu seras châtré. La ligne de conduite en question est précisément celle dictée par le complexe d’Œdipe. Dans cette perspective, la menace de castration est la sanction judiciaire du complexe d’Œdipe : si tu couches avec ta mère, tu seras châtré. Cet aspect lie une loi et la sanction qui punit sa transgression. Dans l’autre aspect de la loi de castration, l’impératif et le châtiment ne font qu’un. La loi est imposée catégoriquement au sujet : tu seras châtré. Cependant, il reste une sorte de liaison implicite plus positive que dans le cas précédent. Ici, la castration serait plutôt le gage d’une possibilité d’accomplissement ultérieur : si tu veux être un homme, tu seras châtré. Ce n’est pas seulement : tu ne coucheras pas avec ta mère, mais, de manière plus encourageante : si tu veux jouir des femmes tu dois d’abord renoncer à ta mère, tu dois être châtré par rapport à ta mère. Si bien que la castration se présente, d’un côté, comme châtiment, comme menace, comme police de la loi ; et de l’autre, comme une loi à priori instaurant une dimension d’avenir.
Toutefois, dans les deux cas, comme l’indique Dolto, la castration est à considérer comme « l’interdit radical opposé à la satisfaction recherchée et auparavant connue
[22] ». En effet, si le narcissisme assure le sentiment de continuité d’un individu humain, il doit être successivement remanié du fait que le désir de l’enfant se heurte à un certain nombres d’épreuves : des castrations (chez Dolto : orale, anale, primaire c’est-à-dire phallique, et génitale œdipienne) qui permettront la symbolisation. Cela implique que la castration doit être signifiée à l’enfant à différentes étapes de son développement, sous forme de « castrations humanisantes successives
[23] » qui forgeront la construction de son autonomie. À ce titre, Dolto introduit la notion de « castration symboligène » afin de faire émerger la liaison intime qui existe entre castration et symbolisation. En psychanalyse, la castration rend compte « du processus qui s’accomplit chez un être humain lorsqu’un autre être humain lui signifie que l’accomplissement de son désir, sous la forme qu’il voudrait lui donner, est interdit par la loi
[24] ». De la sorte, elle ouvre sur un travail de mutation pour le désir qui vise son accomplissement par de nouveaux moyens qui exigent un processus d’élaboration : une symbolisation. Mais, ici, Dolto rejoint Laplanche, car elle estime que toute castration n’assure pas que le processus aboutisse à une symbolisation « eugène » c’est-à-dire source de nouvelles symbolisations. S’il se bloque, le processus peut aussi s’ouvrir sur une symbolisation « pathogène » au sein de laquelle le désir peut prendre une dimension perverse.
Revenons à l’articulation de l’angoisse et de la loi de castration. L’angoisse, ou plutôt les angoisses par référence aux angoisses de morcellement, de séparation…, ont une origine plus archaïque. Ces angoisses se définissent comme déstructuration, danger de dédifférenciation dû à une vague énergétique libidinale qui submerge le moi. Or, de son côté, la castration apparaît fondamentalement comme un événement mythique ordonnateur d’une certaine structure, d’une certaine loi des rapports humains. Ainsi, comment articuler deux termes aussi antinomiques que : angoisse, qui correspond à un état de déstructuration ; et castration, élément structurant par définition ? Qu’est-ce que l’angoisse de castration ?
Si on admet la conception de l’intentionnalité de l’affect, c’est-à-dire que l’affect est toujours affect de quelque chose, on peut envisager que l’angoisse soit angoisse de cette terrible menace qu’est la castration. Mais, dans la mesure où la liaison entre l’affect (angoisse) et la représentation (castration comme phénomène et résultat qu’on se représente) est susceptible de nombreuses modifications qui la rendent méconnaissable, cela rend l’intentionnalité (le : de, dans angoisse de castration) particulièrement mobile. L’affect peut être déplacé sur d’autres représentations (angoisse des chevaux, des orages comme angoisse de castration). Mais, il peut aussi être isolé, c’est-à-dire qu’il apparaît comme délié de toute représentation : c‘est la crise d’angoisse, apparemment sans objet. De sorte que « l’interprétation psychanalytique de l’angoisse aurait pour voie essentielle de retrouver la castration derrière ses déguisements, ses substituts, ses équivalents
[25]. »
On peut ainsi, considérer que l’angoisse de Marianne se rapproche de l’angoisse de castration qui semble se produire au sein d’une dynamique où une sanction (« Le Père Noël ne va pas venir ») vient agir comme punition face à la transgression de désirs interdits (« Qu’est-ce qui se passe, on n’a pas été sage ? Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? »). Mais chez Marianne, cette angoisse reste flottante dans la mesure où, au sein des fantasmes de ses parents, le scénario de l’Approche de la réalité et de la castration n’est pas prépondérant. Par contre, chez les parents d’Agathe, on retrouve la domination du scénario de l’Approche de la réalité et de la castration dont les termes structurants (abandon de la toute-puissance infantile, principe de réalité et constitution d’un Surmoi) permettent la disparition de l’angoisse grâce à un processus de symbolisation qui semble avoir réussi.
C’est donc bien par la voie de l’angoisse qu’il faut comprendre les liens entre castration et symbolisation. En effet, lorsque la castration est principalement présentée par les parents comme un élément organisateur de la vie psychique, l’enfant offre à l’objet Père Noël un destin qui se soutient d’un processus de symbolisation. L’angoisse vient se fixer sur une représentation substitutive qui permet de supporter l’absence de l’objet. Dans le cas contraire, l’angoisse (de castration) reste flottante, le processus de symbolisation ne semble pas aboutir et l’absence de l’objet reste difficile à supporter.
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Véronique Piaton/-Halle, psychologue, Laboratoire de cliniques psychologiques, psychopathologie, criminologie, Institut de criminologie et sciences humaines, université de Rennes 2 Haute-Bretagne, 6 avenue Gaston-Berger, F-35043 Rennes Cedex.
[1]
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[22]
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