2004
Cliniques méditerranéennes
Hors-Thème
Sexuation et lien social, questions de genre et de nombre dans les détentions de femmes
Rémy Siret
[*]
L’analyse des liens sociaux dans le cadre clos et « homosexué » des détentions de femmes permet de saisir comment la position sexuée peut intervenir dans les modalités de gestion des relations dans une collectivité. Nous tenterons de montrer, au travers de l’analyse des discours et de la formalisation apportée par Jacques Lacan dans le tableau de la sexuation, comment la position féminine peut décliner ses particularités au regard du désir, de la jouissance et de l’amour sur les trois plans que constituent la loi, l’institution et la communauté.Mots-clés :
femmes, lien social, prison, psychanalyse.
Analizing the social links in the homo-sexed and confined context of woman detention, we can understand how the sexual reality will interfere with the methods of management of social relations within a community.
Through the analysis of speach and Jacques Lacan’s definition and classification of sexual paterns, we shall try to demonstrate how defining oneself as a woman can take different and particular forms regarding desire, « jouisance » and love towards the three levels of the law, the institution and the social group.
Keywords :
women, social link, prison, psychoanalysis.
Pourquoi étudier la question de la sexuation et des relations dans les détentions de femmes ? Cette réflexion s’inscrit dans un double cadre de recherche et de réflexion. Le premier est celui des recherches menées dans le cadre de l’
erc
[1], analysant la violence comme modalité de rapport du sujet au lien social dans une référence à la psychanalyse, où la question du sexe prend naturellement son sens. Le second est celui d’une recherche engagée sur « la violence en prison » par le
cirap
[2] qui vise à identifier différentes formes de violence en prison et leurs modes de régulation. Constatant des différences entre les détentions des hommes et celles des femmes, il nous est apparu pertinent d’examiner cette question au regard du genre
[3]. En effet, cela peut apporter des éclairages sur les violences et leurs régulations dans les détentions de femmes, et de la détention en général.
Si les grandes institutions monosexuées (armée, église) cèdent progressivement le pas à la mixité, voire à la parité, la prison reste peut-être l’une des dernières qui résiste, surtout du côté des femmes. En effet, parmi les séparations imposées par le Code de procédure pénale (mineurs/majeurs, prévenus/condamnés), la séparation des hommes et des femmes est la plus strictement respectée. Par ailleurs, si l’on voit s’accroître le nombre de surveillantes en détention homme, l’inverse n’est pas vrai et garanti par le Code de procédure pénale qui fixe des conditions restrictives
[4]. C’est donc un univers strictement homosexué qui présente de plus certaines caractéristiques.
Les détentions de femmes sont généralement de petits quartiers au sein d’un établissement accueillant des hommes. Les détenues peu nombreuses arrivent à se connaître toutes et il en est de même du côté des surveillantes. Nous avons ainsi, un rassemblement de personnes, dans une collectivité, et à l’échelle d’un groupe.
Le lieu de détention est strictement clos par rapport au reste de l’établissement, constituant une unité autonome dans son fonctionnement.
Si toutes les détenues ont en commun une infraction à la loi (consacrée pour les condamnées ou présumée pour les prévenues), tout le reste les sépare (infraction, situation personnelle, milieu, etc.), entre elles, mais aussi des surveillantes. Aucun projet commun ne les anime, si ce n’est la sortie c’est-à-dire la séparation, la dispersion. La logique même de l’institution vise à éviter les coalitions, pour des motifs de sécurité.
D’où cette situation tout à fait atypique d’un petit nombre de personnes, toutes de sexe féminin, contraintes de vivre ensemble, alors que tout les sépare et vise à la dispersion. Quel type de lien peut alors exister ?
Les discours sur les détentions de femmes semblent tous se recouper, se retrouver, pour affirmer une grande différence avec celles des hommes, et ceci, aussi bien du côté des détenus que des personnels, des femmes que des hommes. La difficulté reste cependant entière pour saisir ces différences au travers de discours qui semblent inexorablement les laisser échapper : tout le monde se retrouve sur des affirmations que nous qualifierons de « stéréotypes ». Les propos recueillis de manière récurrente sont ceux-ci : « les femmes sont jalouses entre elles », « les femmes sont plus hypocrites que les hommes », « elles sont toujours dans la demande », « les femmes sollicitent sans cesse le personnel, elles demandent toujours et pour des riens », « Les femmes sont misogynes entre elles », « Les surveillantes sont beaucoup plus strictes (que les surveillants) dans l’application de la règle », « Les surveillantes sont beaucoup plus proches (des détenues), une forme de complicité n’y étant pas exclue », « Les rapports de forces sont moins présents chez les femmes, il n’y a pas d’explosion comme chez les hommes, le niveau de violence est inférieur, mais plus durable et le motif est toujours plus obscur », « Les rapports surveillantes/détenues sont des rapports détendus, d’un registre affectif, mais toujours compliqué : la sœur, la fille, la mère », « La cohésion des détenues entres elles est faible », « Chez les femmes, il y a une violence qui est absente, c’est la violence envers l’institution », « les femmes entrent plus dans le système », « Les surveillantes sont attachées à la règle ».
La confrontation à ces discours pose une question éthique et épistémologie : comment accueillir ces propos ? Comment peut-on cliniquement s’en saisir, ne risque-t-on pas d’entrer dans une approche sociologique ou psychosociologique ? Nous nous situerons dans la perspective freudienne selon laquelle «
la psychologie individuelle est aussi, d’emblée et simultanément, une psychologie sociale
[5] », et dans les prolongements que lui a donné Lacan notamment au travers de la notion de discours
[6]. Les discours seront là considérés comme un ensemble d’énoncés visant à inscrire dans une rationalité un Réel qui se dérobe, à savoir ici précisément ce qui différencie les liens dans les détention masculines et les détentions féminines. C’est ce « savoir inconscient » qui soutend les pratiques, les discours qu’il s’agira précisément de pointer avec cette précision : « “Appliquer” la psychanalyse au savoir du social, c’est donc tout le contraire de la “contamination” de la sociologie par la psychologie (de l’inconscient) : c’est la prise en compte de cet envers du réel social sans lequel ce “réel” ne saurait être. C’est là le point de vue qui va nous permettre de faire entendre en toute sa portée la contribution freudienne aux sciences sociales […]
[7] ».
Nous partirons de deux affirmations : « Les surveillantes sont beaucoup plus strictes concernant l’application de la règle » et « Les surveillantes sont très attachées à la règle ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’elles légifèrent plus ? Qu’elles sont plus coercitives ? En fait, ce que recouvrent ces remarques, ces différences au regard de la règle (comparativement aux surveillants), tient à de petites nuances qui sont saisissables en trois points :
- les surveillantes sont beaucoup plus vigilantes à ce qu’il n’y ait pas d’exception à la règle. Et nous ajouterons : quand bien même elles pourraient considérer la règle comme injuste par certains côtés, ou que cela puisse leur être désagréable de l’appliquer. Par exemple, pendant les parloirs, il y a interdiction de faire passer quoique ce soit aux visiteurs, à la famille. Une détenue doit voir son enfant, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire ; elle lui apporte des bonbons et gâteaux qu’elle a spécialement commandés. Les surveillantes les confisquent, l’autorisation spéciale n’ayant pas été demandée au directeur ;
- une autre différence entre les surveillants et les surveillantes au regard de l’application de la règle tient à ce que les premiers peuvent supporter la règle « Je te dis que c’est comme ça, donc ce sera comme ça ! », et tout aussi bien s’en démettre. Les surveillantes se positionnent rarement de cette façon, et parlent au nom de la règle, se supportent de la règle comme extérieure, à laquelle elles se tiennent, comme y étant elles mêmes soumises, même si les positions et les règles ne sont pas les mêmes (par rapport aux détenues). On entend souvent dire que les surveillantes sont plus professionnelles que les hommes. Nous pensons que c’est précisément en ce sens : elles se laissent plus strictement définir par leurs fonctions ;
- la troisième nuance est celle que l’on évoque lorsque l’on dit : « Chez les femmes, il y a une violence qui est absente, c’est la violence envers l’institution ». « Les femmes entrent plus dans le système. » Ce sont des choses que l’on peut entendre indifféremment pour les détenues et les surveillantes. Et effectivement, si les détenues ou les surveillantes remettent parfois en cause l’institution, c’est rarement dans sa légitimité même, mais la plupart du temps dans son absence de cohérence, de consistance.
Trois petites différences que l’on peut saisir dans les rapports quotidiens en détention, mais qui ont certaines implications. Nous tenterons de montrer, au-delà de ces différences mentionnées, qu’est pointé une particularité de la position féminine au regard du lien social que nous développerons selon trois points d’entrée
(les femmes et la loi, les femmes et l’institution, les femmes et la communauté). Il est à préciser que lorsque nous parlons de « position féminine », il s’agit d’une position subjective et le fait qu’il s’agisse de détention de femmes et de surveillantes, n’implique pas automatiquement que chaque personne se tienne sur cette position
[8].
Les femmes et la loi : la question du désir
Faire appliquer une règle et veiller à ce qu’il n’y ait pas d’exception, cela peut paraître la même chose. Pour saisir l’écart qu’il peut y avoir, il convient de faire un détour par la logique aristotélicienne et plus précisément encore par l’extension que Lacan lui donne dans le tableau quantique de la sexuation (séminaires XVIII
[9], XIX
[10] et XX
[11]).
Poser une règle, c’est affirmer que quelque soit la personne, elle y est soumise (elle est soumise à sa restriction, à la castration), ce que l’on peut écrire ∀x.
Φx [1]
[12]. C’est là affirmer une généralité, affirmer l’
un de la règle : « l’
un qui vaut pour tous », « l’
un de tous ».
Mais affirmer la généralité d’une règle, n’est pas fonder sa réalité : elle n’a de réalité que si elle peut être rapportée à une existence. Pour affirmer l’existence d’une règle, on pourrait penser qu’il suffit de montrer qu’« il existe quelqu’un qui y est soumis » mais rien n’empêche qu’aucun autre ne le soit ! En fait on ne peut exprimer la réalité de la règle que par l’existence d’une exception : ∃x.non
Φx [2]
[13] : il y en a un qui n’y est pas soumis, qui y fait exception (à la castration). Cela dit du même coup que tous les autres y sont soumis.
L’UN de la généralité de la règle repose sur l’UN de l’exception à la règle. Le Sujet barré institué par la règle repose sur le signifiant de l’exception, Φ, soit l’existence d’un qui ne serait pas soumis à la castration.
Lorsqu’on dit que les surveillantes sont plus vigilantes à ce qu’il n’y ait pas de dérogation à la règle, on peut l’écrire, [non∃x. non
Φx] [3]
[14] : qu’« il n’en existe pas qui n’y soit pas soumise (à la règle, à la castration) ». Elles veillent à ce qu’il n’en existe pas une qui n’y soit pas soumise. Mais l’absence d’existence d’une exception rend impossible de fonder la règle comme généralité (pour la même raison que précédemment). Aucune femme ne s’inscrivant en faux contre la castration, la règle manque et donc les femmes ne peuvent constituer un ensemble défini, un ensemble fermé, une généralité.
Du même coup, la seule règle qui puisse être évoquée est la règle d’inexistence de la généralité, soit [non∀x.
Φx] [4]
[15] : les femmes ne sont pas toutes soumises à la règle. Si bien que là où nous trouvons, du côté homme, l’Un de la généralité et l’Un de l’exception, nous trouvons du côté femme le « Pas-Une » [non∃x. non
Φx] (il n’en existe pas qui ne soit pas soumise à la règle), l’absence d’existence de l’exception (La barré) et le « Pas-toute » [non∀).
Φx ] (pas toutes sont soumises à la règle), l’absence de fondement de la généralité S(A barré). « Pas-toute » et « Pas-Une » qui marquent non pas l’opposition à l’
un mais la discordance par rapport à l’
un, ce qui par rapport à l’
un apparaît comme
autre.
Que les détenues fassent passer des objets pendant le parloir ne gêne pas les surveillantes à condition qu’elles en aient fait une demande préalable au directeur. Ce qu’elles ne peuvent tolérer, c’est que des personnes dérogent à cette règle, et cela de façon stricte. Pourquoi cela ? Peut-être justement parce que femmes, gérant un collectif de femmes, elles ne savent que trop que les femmes ont un rapport sensible et singulier à la règle, à la loi, à la castration, compte tenu du « Pas-tout » et du « Pas-un ».
Pas-toute
Les femmes ne sont « pas-toutes » soumises à la loi, cela indique que la loi est insuffisante à les identifier, à les qualifier. En sens inverse, l’anonymat, l’uniformité, la généralité peuvent être particulièrement mal vécus. Et quand on dit des détenues : « Elles sont toujours dans la demande » ou bien « les femmes sollicitent sans cesse le personnel, elles demandent toujours et pour des riens », cela indique qu’elles n’attendent rien de précis sauf un signe, un signe qui ferait une place à la particularité, à l’altérité de chacune, de chaqu’Une. « Je ne suis pas n’importe qui [∀x.Φx], je suis quelqu’un d’autre [non∀.Φx] ». En détention-femme, plus qu’ailleurs, il faut faire attention à la moindre chose qui pourrait apparaître comme un signe. Ce qui nous amène au « Pas-Un ».
Pas-une
Les surveillantes sont en effet vigilantes au moindre signe qui pourrait faire apparaître une telle en position singulière, en position unique, en position d’exception [∃x. non
Φx] (il en existe une qui n’est pas soumise à la règle) : il en existe une que l’on ne considère pas comme toutes les autres. Et c’est sur cette sensibilité que se développent beaucoup de jalousies. Freud nous dit des femmes qu’elles sont comme les autorités militaires, tatillonnes sur le détail, que le moindre oubli, la moindre omission leur apparaît hautement significatif, que la moindre négligence les désigne comme insignifiantes : « Les femmes, comme les autorités militaires, prétendent que tout ce qui se rattache à elles doit être soustrait à l’oubli et professent ainsi l’opinion que l’oubli n’est permis que dans les choses sans importance, tandis que dans les choses importantes il est une preuve qu’on veut traiter ces choses comme insignifiantes, c’est-à-dire leur refuser toute valeur
[16]. »
Si donc les surveillantes sont si tatillonnes dans l’application de la règle, au point d’agacer parfois, par un formalisme, une rigidité qui pousse la direction à devoir légiférer les plus petites choses, c’est qu’elles savent bien que les détenues les amènent inévitablement sur le « Pas-Un » et le « Pas-tout », sur le hors-la-règle, et les y attendent à chaque instant. Les femmes étant, pour une part, hors-la-loi, cela nécessite que l’on les y ramène plus strictement, d’où cette vigilance particulière. Et les surveillantes dans tout cela ? Nous avons dit qu’elles apparaissaient plus professionnelles, plus strictement définies par leur fonction, comme elles-mêmes soumises à la loi, mais, ajouterons-nous, elles aussi, « pas-toutes ». Cela se ressent dans leur capacité à infléchir une position ou une décision de la direction au nom de la connaissance qu’elles ont des détenues, de la connaissance qu’elles ont des besoins des femmes, un « savoir de femme » qui fait objection au « savoir pénitentiaire ». Mais, cela est plus particulièrement manifeste dans la question du port de l’uniforme. D’une façon générale, les surveillantes ne portent pas l’uniforme mais une blouse blanche, c’est une tradition et non une règle
[17]. La blouse pourrait être considérée comme un uniforme bien que n’ayant pas une même connotation de sécurité. Elle a l’avantage de pouvoir être mise et enlevée à l’entrée et au départ de l’établissement contrairement à l’uniforme : elle ne colle pas à la peau mais relève d’un revêtement de rôle, du semblant. Enfin, la blouse laisse apparaître la particularité vestimentaire de chacune. Le port de la blouse indique bien que les femmes surveillantes sont « pas-toutes » surveillantes.
Le rapport des femmes à la loi laisse entrevoir une conjugaison singulière du particulier et de la généralité du fait d’une position différente à l’égard du phallus et de la castration, ce que Freud laissait entendre : « On ne se trompe probablement pas en disant que cette différence dans la relation réciproque du complexe d’Œdipe et du complexe de castration donne au caractère féminin son empreinte comme être social
[18]. »
Les femmes et l’institution : la question de la jouissance
Le rapport des femmes à l’institution, à l’institution du Un, à l’« Un-stitution », pourrait être résumé de la manière suivante : s’il ne paraît pas très difficile de faire marcher des hommes comme un seul homme, il paraît bien difficile de faire marcher des femmes comme une seule femme. Et pour le dire tout de suite, pour deux raisons :
- les femmes ne peuvent constituer un ensemble fermé, se ranger toutes sous un signifiant, sous le signifiant Un, du fait de l’absence de généralité [S(A barré)], « Il n’y a pas de “Tout” des femmes
[19] » ;
- et, sous le signifiant qui pourrait les identifier, les dire (« La femme »), elles se dédoublent plus qu’elles ne s’unifient (La barré). Elles se dédoublent deux fois : – du côté du désir entre rapport à l’homme [La barré—->Φ] et rapport à la femme [La barré—-> S(A barré)], – du côté de la jouissance entre jouissance phallique [Φ] et l’Autre jouissance [S(A barré)]. Autrement dit, une femme est divisée entre ce qu’elle comme sujet parlant (S barré), à l’instar de l’homme, et ce qui fait sa spécificité de femme, une jouissance (petit a) qui met en échec les lois (du langage) qui prétendraient la réduire sans reste à un savoir, à une généralité, une règle.
Nous avons, jusque-là, envisagé le rapport à l’institution comme rapport à la règle, à la loi, à l’interdit, au désir. Cela semble particulièrement justifié concernant des personnes qui sont placées là par une décision de justice et qui doivent se plier aux règles de vie en prison. Mais l’univers de la prison, c’est moins celui de la règle, de l’interdit, que celui de rapports de contrainte, de force, de rapports de jouissance. Etre dans un rapport de contrainte implique ceci de particulier d’être soumis moins au désir de l’Autre qu’à sa jouissance. Hommes et Femmes détenu(e)s vivent-ils de la même façon ces rapports de jouissance ?
Daniel Welzer-Lang
[20], dans une référence anthropologique, nous fournit quelques éléments en examinant comment les abus sexuels interviennent dans les rapports sociaux en prison. Pour les hommes, l’abus sexuel apparaît comme un opérateur hiérarchique structurant les rapports entre les détenus, s’inscrivant dans des rapports de pouvoir, de jouissance : les abuseurs et les abusés, les forts et les faibles, ceux qui se font servir et ceux qui sont au service, les hommes et « les femmes ». Soumis à l’Autre, jouisseur tout puissant, les hommes ne semblent pouvoir préserver leur identité virile qu’en se faisant à leur tour petits chefs de horde : les rapports sociaux se fondent sur des rapports de jouissance. Pour ce qui concerne les femmes, toujours selon l’auteur, les abus sexuels, les rapports sexuels, n’occupent pas du tout la même place, ne sont pas un opérateur social mais relèvent d’une sphère intime, privée et, se traduisent moins en terme de jouissance que d’affection, d’amour. Soulignons deux indications de l’auteur :
- concernant la façon dont les femmes parlent de la prison en se référent toujours au modèle masculin : « […] les femmes n’ont pas d’autonomie symbolique [La barré]. Le référent, même quand les femmes sont entre elles, est le modèle masculin [Φ]
[21] » ;
- « […] dans le discours des femmes elle (la sexualité) retrouve un statut privé[…] par contre, le manque de l’Autre semble prendre une dimension éminemment problématique
[22] ». Nous modifierons simplement « le manque dans l’Autre » [S(A barré)].
Nous retrouvons ici la partition formalisée dans le tableau de la sexuation par les deux vecteurs [La barré —-> Φ] et [La barré —-> S(A barré)]. Exposées à la jouissance de l’Autre que l’on pourrait figurer par le vecteur [S barré —-> a], les femmes détenues ne semblent pas, comme les hommes, être remises en cause de la même façon, dans leur identité, et même, pour un certain nombre, la prison semble parfois permettre de retrouver une place :
- de mère : certaines, à la séparation de leurs enfants, de leur foyer, se découvrent une place ou une « vocation » de mère, qui est d’ailleurs la seule image valorisante en prison pour une femme, tant du côté des détenues que des personnels ;
- de sœur : combien nous ont évoqué la relation avec leur « co-cellulaire », relation de chamaillerie et de confidence, d’entraide et de déchirement ;
- d’épouse : la prison, c’est le manque et l’absence qui rendent sensibles aux signes, aux petits mots, au parloir, dans les lettres, etc. ;
- mais nous soulignerons, qu’entre toutes déclinaisons, c’est à celle de fille qu’elles sont immanquablement ramenées.
C’est ce que toutes ressentent fortement au travers de l’absence d’autonomie, la dépendance dans les moindres gestes de la vie quotidienne. Elles ressentent toutes une certaine infantilisation. Les surveillantes disent « les filles » pour les désigner. Mais ce qui apparaît remarquable c’est que les femmes sont en prison, appelées par leur nom de jeune fille (pour une raison de casier judiciaire). Ceci a pour conséquence que certaines ont l’impression que le mariage ne compte plus en prison, où qu’on appelle leur mère, ou que leur enfant n’est plus tout à fait leur enfant. Une détenue nous disait qu’en sortant elle entreprendrait des démarches pour savoir si elle pouvait faire supprimer le nom de jeune fille de son état civil.
Ceci nous permet de pointer une différence entre deux modalités de l’enfermement : l’entrée en religion et l’entrée en prison. Si le lien mystique à Dieu délie du patronyme, la prison, elle, délie du nom marital et ramène au patronyme. La prison ramène au nom du père. Si le nom propre inscrit le phallus dans sa dimension signifiante et pose par là-même une limite à la jouissance, la possibilité de changement de nom des femmes signe cette possibilité d’être pas-toute sujettes à cette référence, à cette limitation, ouvrant la possibilité d’une Autre Jouissance, ou comme le dit Gérard Pommier : « Le changement de patronyme, s’il trahit le père, occupe une fonction précise, puisqu’il est possible de cette façon d’aller au-delà de la jouissance phallique… De cette façon, une femme obtient une jouissance du corps qui lui est propre, sans rapport à la jouissance d’organe, puisqu’elle est au-delà de ce point où l’organe est symbolisé par le patronyme
[23]. » On peut dire que la prison en ramenant au nom de jeune fille, ramène la jouissance au signifiant phallique soit au vecteur [La barré—->
Φ] du tableau de la sexuation.
Mais cela n’est pas le seul aspect. La jeune femme détenue qui voulait faire supprimer son nom de jeune fille nous expliquait qu’un jour, étant dans la cellule, elle essayait de manger un yaourt (il y avait là un lourd contentieux pour elle) pendant que sa co-cellulaire, plus âgée, lui argumentait la nécessité d’« avaler » des laitages. Elle essayait de manger ce yaourt pendant que l’autre la « gavait » de paroles et de recommandations. Tout à coup l’œilleton de la cellule se soulève, retombe puis plus rien (ce qui n’est pas habituel hors des rondes de nuit). Au bout d’un moment, la porte de la cellule s’entrouvre et pendant quelques dixièmes de seconde, rien, personne. Puis tout à coup la porte s’ouvre en grand, et une surveillante se précipite vers elle en lui tendant une lettre. Elle n’a alors pu que se lever brutalement pour aller vomir dans la cuvette des wc, ne comprenant pas ce qui s’est passé. Nous proposerons l’explication suivante : le vomissement est arrivé comme un symptôme devant l’irruption de la jouissance de l’Autre. L’irruption de la surveillante, l’irruption de l’Autre, l’Autre comme vide, absence, dans une simple adresse à elle (la lettre), regard sans œil, l’a confronté à la jouissance de l’Autre, l’Autre maternel pour être plus précis. Le vômissement a été une réponse devant la confrontation au vide de la demande de l’Autre, à sa Jouissance : [La barré—-> S(A barré)].
L’ensemble des remarques précédentes nous permettent de répondre à la question : pourquoi les détenues comme les surveillantes sont-elles respectueuses de l’institution ? Peut-être fondamentalement parce qu’elles savent qu’il faut que la loi (phallique) règne, que l’institution tienne, que la castration soit présente, pour qu’elle puissent s’y tenir, pas-toute évidemment : pour pouvoir être Autre, il faut que l’Un tienne. Les femmes peuvent être, de ce point de vue, considérées comme respectueuses, voire gardiennes, des institutions, en même temps que toujours fondamentalement hors-la-loi, hors-institution. Ce qui diffère radicalement de la façon dont les hommes alimentent le fantasme au moulin de l’institution et jouissent du pouvoir. Et si la prison est confrontation à l’Autre, à sa jouissance, elle apparaît pour les hommes essentiellement comme rapport à l’Autre jouisseur de totem et tabou qui fait porter une menace sur l’identité virile, mais en gardant pour coordonnée la jouissance phallique. Pour les femmes, même si la prison tend à les y ramener également, on peut noter la confrontation à une autre jouissance, à la jouissance de l’Autre dont la menace porte moins sur l’identité sexuelle que sur l’identité subjective tout court. Ainsi, si les femmes semblent mieux supporter la détention au sens où elle ne porte pas foncièrement atteinte à leur identité sexuée (contrairement aux hommes), elles y jouent par contre un risque beaucoup plus grand de se voir radicalement confrontées au manque de l’Autre
[24].
Les femmes et la communauté : la question de l’amour
Dans « Psychologie collective et analyse du moi », Freud indique les femmes comme un antidote à la foule, aux foules artificielles telles que l’Armée ou l’Eglise (ce que nous appellerons les institutions), que ces institutions se cimentent sur des liens homosexuels que l’hétérosexualité qu’introduiraient les femmes mettrait en péril : « Il semble assuré que l’amour homosexuel s’accommode beaucoup mieux des liens à la foule […]
[25] ».
Pour des questions de gestion des ressources humaines, l’administration pénitentiaire depuis quelques années travaille à la mise en place de postes de surveillantes en détention-homme. Les difficultés que font ressortir certaines surveillantes occupant ces postes là, proviennent moins des détenus que des relations de travail. Elles tiennent au fait d’avoir le sentiment d’être considérées comme des « sous-surveillants », de devoir supporter des remarques ou attitudes sexistes. On peut se demander si ce que viennent déranger les surveillantes ce n’est pas avant tout ce rapport viril qui régit les rapports entre surveillants, et entre surveillants et détenus, un rapport à la virilité, un rapport homosexuel. Qu’en est-il dans les détentions femmes puisque là, de manière encore plus stricte, l’univers est monosexué ? – La situation n’apparaît pas symétrique. J. Lacan nous indique, qu’en toute rigueur, il conviendrait de parler d’hétérosexualité lorsqu’il y a rapport à la femme, et ceci que l’on considère les hommes ou les femmes : « Disons hétérosexuel par définition, ce qui aime les femmes, quel que soit son sexe propre
[26]. » À l’inverse, les relations à l’homme pourraient être qualifiées d’
« hommosexuelles » (avec deux « m » pour le marquer). Sur cette indication, les relations des femmes entre elles apparaissent comme des relations hétérosexuelles. Cela amène une question : si les femmes introduisent une altérité qui trouble le lien institutionnel, faut-il considérer qu’elle vont dans le sens de la déliaison des relations sociales ou bien qu’elles peuvent assurer une autre modalité de lien ?
Pour ce qui concerne les détenues, il est clair qu’elles ne constituent pas un groupe, au sens où il n’y a pas d’identité collective. Les mouvements collectifs sont quasi-inexistants dans les détentions de femmes. Et nous rappellerons ce que disent les stéréotypes : « La cohésion des détenues entres elles est faible », « Les surveillantes sont beaucoup plus proches (des détenues), une forme de complicité n’y étant pas exclu », « Les rapports surveillantes/détenues sont des rapports détendus, d’un registre affectif, mais toujours compliqué : la sœur, la fille, la mère. » Cela traduit certaines réalités contradictoires.
- d’abord toutes les détenues se plaignent des jalousies, mesquineries, rivalités, « histoires » qui existent entre elles (c’est la principale source de violence identifiées par elles en prison), mais en même temps toutes notent la chaleur des relations, l’entraide, l’accueil des arrivantes, les déchirements ou les pleurs lorsque certaines s’en vont ;
- deuxième contradiction : les surveillantes sont dites plus distantes professionnellement des détenues (par exemple elles utilisent toujours le vouvoiement contrairement aux hommes) et en même temps plus à l’écoute, plus proche, voire complices (dans le bon sens du terme).
Il est manifeste qu’en dehors du rapport à l’institution, existe une forme de lien : lorsqu’on entre dans une détention de femmes, on ne peut éviter le sentiment d’entrer dans un univers de femmes, un enclos protégé, d’où les hommes sont exclus, et il n’est d’ailleurs pas rare que les surveillantes disent en raccourci « à la maison » pour « à la maison d’arrêt ».
Dans les détentions de femmes existe une forme de lien qui repose sur un jeu d’identifications, de démarcations, où prennent place les relations de rivalités, de jalousie, dans le « narcissisme des petites différences
[27] » : ce que nous indique les remarques comme « les femmes sont jalouses entre elles », « les femmes sont misogynes entre elles », « les rapports de forces sont moins présents chez les femmes il n’y a pas d’explosion comme chez les hommes, le niveau de violence est inférieur, mais plus durable et le motif est toujours obscur ». Mais, il semble exister, entre femmes, une forme de complicité, d’intimité (auxquelles les hommes restent étrangers), prenant effet, au-delà des rivalités et des différentes déclinaisons (mère, fille, sœur, épouse), de la référence à La femme, à une intime et radicale altérité y compris à elles-mêmes.
Et on pourrait se demander si à côté de l’institution qui assure un lien par l’Homme, il n’y aurait pas une autre modalité, une communauté, qui lie par la Femme, ce pourrait nous laisser entendre la remarque de Freud : « […] l’amour pour la femme rompt les liens à la foule propres à la race, à la division en nations et au système social des classes, et accomplit de ce fait des réalisations culturelles importantes
[28]. »
Pour conclure : sexuation et lien social, questions de genre et de nombre
La question de la féminité et la question du lien social (du rapport à la civilisation) sont deux questions insistantes dans l’œuvre de Freud, qui se croisent à de multiples reprises et que résume Paul-Laurent Assoun, en soulignant « […] la vocation de la féminité (weiblichkeit) à incarner et signifier un envers du processus culturel qui en contient aussi bien l’épreuve de vérité. Soit comme pôle « sexuel », opposé à la norme sociale ; soit comme Eros, opposé à la « désexualistion » sociale ; soit comme « réparation », opposée au travail de la pulsion de mort, la femme semble organiser un autre rapport à la « culpabilité » et à l’interdit social – un autre « style surmoïque […]
[29] ». Reprenant ces questions, Lacan, insistera moins sur le « vouloir féminin » du point de vue du désir que sur celui de la jouissance, et moins sur la castration que sur la division que le primat du phallus introduit du point de vue des identités sexuées. Cela le conduit à la formalisation du tableau quantique de la sexuation qui lie questions de genre et question de nombre.
La question de la sexuation et du lien social impose de conjuguer genre et nombre, au travers de différentes modalités d’articulation du particulier et du général. Les détentions de femmes par leur caractère monosexué et une coexistence forcée, permettent d’en souligner certains aspects. La différence des sexes, du point de vue du lien social, se pose moins en termes d’égalité qu’en termes de légalité
[30], de rapport à la règle. Si l’homme, par sa position, trouve à s’inscrire dans l’universalité de la règle (et l’exception qui la sous-tend) et ne s’en trouve pas remis en cause dans son identité, les femmes se trouvent à devoir préserver et affirmer de façon plus impérieuse les particularités, le « pas-toute » (et le « pas-une »).
La vie en détention, par l’absence de relation à l’autre sexe et ses règles de vie, généralise, universalise. Et, par ce qui n’est que l’apparence d’un paradoxe au regard des détentions de femmes, cette immixtion des particularités entraîne qu’on les ramène plus strictement à la règle. Pour en revenir à une question de conjugaison, de genre et de nombre, nous soulignerons cette coquetterie du français qui fait que le mot « amour » change de genre entre singulier et pluriel. Que le singulier soit du côté du masculin nous indique ceci que du côté de l’homme se situe l’
un, le lien social se conjugue par l’
un, l’« Un-stitution » avec comme image celle des bâtisseurs, de murs, de remparts, de cathédrales, travail dédié à l’édification de l’Un (voire contre l’Autre). Que du côté du féminin soit le pluriel, nous indique que du côté des femmes se situe la pluralité, le un par un, l’irréductibilité des particularités à la généralité, à la règle, la place d’une altérité radicale, à l’image du tissage, travail sur la maille qui, dans la composition avec le fil et le vide, aménage un rapport à l’altérité. Tissage que Freud réfère à la pudeur : « On pense que les femmes n’ont que faiblement contribué aux découvertes et aux inventions de l’histoire de la civilisation. Peut-être ont-elles cependant trouvé une technique, celle du tissage, du tressage. S’il en est vraiment ainsi, on est tenté de deviner le motif inconscient de cette invention
[31]. » L’habit, peut être du côté du voile, mais aussi du corset.
Il est en effet à noter cette dissymétrie radicale, de l’Un qui finalement vise à l’écrasement de l’altérité, de l’Autre (et si l’histoire des femmes est en fin de compte une histoire de l’enfermement c’est peut être plus structurel que conjoncturel), et d’un autre côté, l’Autre qui ne peut tenir sans l’Un (d’où peut-être aussi une certaine forme de complicité, voire de complaisance parfois). Nous évoquerons à ce propos
« La guerre des filles » de Christiane Singer
[32], dont l’histoire se passe en Bohème, au
viiie siècle, où, à la mort de la Reine Libussa, toutes les femmes refusent de se soumettre au nouveau roi et vont fonder une cité. La situation est la suivante : d’un côté que des hommes, l’ordre militaire, guerrier, la cité, le monothéisme ; de l’autre, des femmes, une communauté, un univers païen ou chaque source, chaque plante est habitée par sa divinité, univers sensuel et cruel aussi. Deux mondes avec l’
un d’un côté qui ne pense qu’à une chose, soumettre l’
autre, et de l’autre côté l’exubérance de la création qui vit le jour comme si c’était toujours le dernier, sans véritable dessein si ce n’est le refus de se soumettre à l’
un. Peut-il y avoir
un sans
autre et
autre sans
un ? C’est peut-être précisément la question que pose le lien social contemporain.
En effet, si l’on examine la question des femmes et du lien social, à l’éclairage du lien contemporain, on peut se demander si, dans le triomphe du capitalisme, dans l’affaiblissement des figures de l’Autre, dans la forclusion de la castration et la mise de côté de l’amour (par lesquels Lacan caractérise les effets du discours capitaliste), les femmes ne sont pas les premières victimes : si elles ne risquent pas, dans cette recherche effrénée de jouissance, d’être captives d’une jouissance phallique, au détriment de celle qui leur serait propre, et si d’autre part, assignées à un stéréotype idéal de La femme (non barré), elles ne risquent pas de se sentir en défaut de ce qui est Altérité.
·
Assoun, P.-L. 1993. Freud et les sciences sociales, Armand-Colin.
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Bruno, P. 1999. « Les choses de l’amour », Trèfles, 2, p. 149-157.
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Bruno, P. 2000. « L’après Dora », Trèfle, Revue de psychanalyse, nouvelle série, 1, p. 11-29.
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Dor, J. 1987. Structure et perversion, Denoël.
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Freud, S. 1969. « Sur la sexualité féminine », La vie sexuelle, Paris, puf, 139-155.
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Freud, S. 1971. Malaise dans la civilisation, Paris, puf.
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Freud, S. 1975. « La féminité », Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Gallimard, 147-178.
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Freud, S. 1975. Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot.
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Freud, S. 1982. « Psychologie des foules et analyse du moi », Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 117-217.
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Lacan, J. 1970-1971. Le séminaire. D’un discours qui ne serait que du semblant, Inédit.
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Lacan, J. 1971-1972. Le séminaire … Ou pire, Inédit.
·
Lacan, J. 1975. Le séminaire. Livre XX. Encore, Paris, Le Seuil.
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Lacan, J. 1991. Le séminaire Livre VII. L’envers de la psychanalyse, Paris, Le Seuil.
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Pommier, G. 1995. L’ordre sexuel, Paris, Flammarion.
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Sauret, M.-J. 2000. « Le tissage du social », Barca, 14, p. 7-28.
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Singer, C. 1990. La guerre des filles, Poche.
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Welzer-Lang, D. ; Mathieu, L. ; Faure, M. 1996. Sexualités et violences en prison. Ces abus qu’on dit sexuel, Aléas éditeurs.
[*]
Rémy Siret, enseignant-chercheur, École nationale d’administration pénitentiaire, bp 28, 440 avenue Michel-Serres, F-47916 Agen cedex 9.
[1]
Équipe de Recherche Clinique :
www. iniv-tlse2. fr/ rech/ equipes/ erc. html
[2]
Centre interdisciplinaire appliqué au champ pénitentiaire :
www. enligne. net/ cirap
[3]
Le terme de « genre » est un terme utilisé par les sociologues pour désigner la question de la différence des sexes en évitant, nous semble-t-il, de faire référence à la notion de sexualité ou de sexe, termes fortement connotés, particulièrement par la psychanalyse. Nous l’utiliserons cependant en ce qu’il fait référence à la grammaire, à la conjugaison (« accorder en genre et en nombre »), introduisant ainsi d’emblée la question de la sexuation avec celle du singulier et du pluriel, de l’inscription dans un lien social.
[4]
« Le personnel masculin n’a accès au quartier des femmes que sur autorisation du chef d’établissement. » Art. D. 222 du Code de procédure pénale.
[5]
S. Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi »,
Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 123.
[6]
« Il m’est arrivé, l’année dernière, avec beaucoup d’insistance, de distinguer ce qu’il en est du discours, comme une structure nécessaire qui dépasse de beaucoup la parole, toujours plus ou moins occasionnelle. Ce que je préfère, ai-je dit, et même affiché un jour, c’est un discours sans parole. C’est qu’à la vérité, sans paroles, il peut fort bien subsister. Il subsiste dans certaines relations fondamentales. Celles-ci, littéralement, ne sauraient se maintenir sans le langage »
(J. Lacan, Le séminaire Livre VII. L’envers de la psychanalyse, Le Seuil, 1991, p. 11).
[7]
P.L. Assoun,
Freud et les sciences sociales, Armand Colin. 1993, p. 19.
[8]
Un indice nous en est par ailleurs fourni par certaines surveillantes qui se disent plus à l’aise à travailler dans les détentions d’hommes.
[9]
J. Lacan,
Le séminaire, 1970-1971, D’un discours qui ne serait que du semblant, inédit.
[10]
J. Lacan,
Le séminaire, 1971-1972,
… Ou pire, inédit.
[11]
J. Lacan,
Le séminaire. Livre XX. Encore, Paris, Le Seuil, 1975.
[12]
« Tout sujet (∀x) est soumis à la loi phallique, à la castration (
Φx) ».
[13]
« Il existe un sujet (∃x) qui n’est pas soumis, qui fait exception à la castration (non
Φx) ».
[14]
« Il n’existe pas de sujet (non∃x) qui ne soit pas soumis à la castration (non
Φx) ».
[15]
« Pas tous les sujets (non∀x) sont soumis à la castration (
Φx) ».
[16]
S. Freud, 1975,
Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, p. 164.
[17]
Cela n’est pas le cas lorsque les surveillantes travaillent en détention-homme, ce qui laisse entrevoir que la blouse s’inscrit de façon spécifique dans une relation entre femmes.
[18]
S. Freud, « Sur la sexualité féminine »,
La vie sexuelle,
puf, 1969, p. 143.
[19]
J. Lacan, 1975, Le séminaire. Livre XX.
Encore, Le Seuil, p. 34.
[20]
D. Welzer-Lang, L. Mathieu, M. Faure,
Sexualités et violences en prison. Ces abus qu’on dit sexuel, Aléas éditeurs, 1996.
[23]
G. Pommier,
L’ordre sexuel, Paris, Flammarion, 1995, p. 31.
[24]
Nous pouvons souligner une autre dimension : les détentions de femmes maintiennent dans une relation contrainte « mères-surveillantes » et « filles-détenues ».
[25]
S. Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi »,
Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1982, p. 214.
[26]
J. Lacan, « L’étoudit »,
Scilicet, 4, Paris, Le Seuil, 1973, p. 23.
[27]
S. Freud,
Malaise dans la civilisation,
puf, 1971, p. 68.
[28]
S. Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi »,
Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1982, p. 214. Nous renvoyons par ailleurs sur cette question à Pierre Bruno, « Les choses de l’amour »,
Trèfles, 2, 1999, p. 149-157, ou « L’après Dora »,
Trèfle, Revue de psychanalyse, nouvelle série, 1, 2000, p. 11-29, ainsi qu’à Marie-Jean Sauret, « Le tissage du social »,
Barca, 14, 2000, p. 7-28.
[29]
P.L. Assoun,
op. cit., p. 153.
[30]
J. Dor,
Structure et perversion, Denoël, 1987, p. 222.
[31]
S. Freud,
La féminité, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, Gallimard, 1975.
[32]
C. Singer,
La guerre des filles, Poche, 1990.