2007
Cliniques méditerranéenne
Argument
Laurie Laufer
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De la greffe récente du visage qui a suscité la curiosité de l’opinion et des médias à la question de l’euthanasie qui en mobilise l’émoi (cf. « La fin de vie qui en décide ? », Forum Denis Diderot), en passant par la réanimation des grands prématurés, les opérations de chirurgie réparatrice, et l’annonce d’un diagnostic de maladie grave, la notion d’éthique se trouve promue face aux progrès manifestes et nécessaires des techniques médicales. Par ailleurs, certains actes médicaux, dès lors qu’ils concernent des corps sains, interrogent la vocation thérapeutique de la médecine. C’est le cas de la chirurgie plastique et de la procréation médicalement assistée, entre autres. Ils apparaîtraient paradoxalement comme des soins médicaux face à des souffrances psychiques. Comment les appréhender ? Comment éviter qu’une logique marchande ne vienne se confondre avec le soin, psychique et corporel ? Le discours de la science aurait-il réussi à désubjectiver tout processus psychique, renvoyant inéluctablement à l’indicible d’un réel corporel morcelé ?
Les comités et instituts d’éthique se multiplient pour tenter de border ce que le médical peut faire dans le réel du corps et ce que le clinicien peut entendre d’un désir inconscient.
Comment comprendre aujourd’hui le nouage entre un acte médical, une volonté de régler ou de contrôler cet acte et la demande d’un sujet en souffrance psychique et corporelle ?
L’éthique est-elle du côté du sujet désirant ou du côté de l’ethos ? d’un vivre ensemble qui ne peut qu’assujettir le désir à un partage communautaire et à un réglage de la jouissance ? En ce cas l’éthique se juxtaposerait-elle à une forme de morale qui norme les règles d’une loi commune ? Quelle est la place du désir du sujet et ses destins pulsionnels lorsque, pris dans le possible d’un acte médical et libéré par une parole pleine, il est aux prises avec les contours et les bords de l’éthique ? L’éthique se décrète-t-elle ? Ne serait-elle pas alors elle-même l’instrument d’un discours politique pris dans un système de santé normée ?
Face à l’avènement d’une nouvelle forme de logique médicale, il paraît essentiel de distinguer, dans ce qui semble être une polyphonie, parfois dissonante, de discours (médical, politique, éthique, psychologique et économique) ce qui relève de la vérité même du sujet et de ses tentatives pour se maintenir, vivant, psychiquement. Alors la question se pose : les analystes sont-ils toujours dans le champ du sujet auquel ils ont affaire aujourd’hui ? Les effets de la science sur le sujet, les exigences d’efficacité et d’évaluation, confrontent l’analyste à ce qui apparaît comme un déplacement des limites, touchant au corps ou à l’exercice des pouvoirs.
Ce numéro veut mettre en perspective l’articulation de ces différents langages : médical, éthique et analytique afin d’en saisir les confusions, afin d’en appréhender les lignes de partage, mais afin d’analyser aussi ce qu’il advient du rapport du sujet à son désir et à la mort.
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Laurie Laufer, psychanalyste, maître de conférences à l’Université Paris 7 Denis-Diderot, 40 rue du banquier, 75013 Paris.