Les exclus de l’intime
Roland Gori
Faute de remettre en cause le pouvoir autoproclamé de l’expertise et de l’évaluation généralisée, la santé mentale redeviendrait une branche de l’hygiène publique dont la psychiatrie est issue. Elle se trouverait réduite ainsi à un dispositif biopolitique de recomposition de nos sensibilités psychologiques et sociales au sein duquel nous deviendrions tous des exclus potentiels à l’intérieur de la cité. Un tel dispositif risquerait au nom de la « science », quelque peu malmenée, de se faire le simple alibi d’un pouvoir souverain sur ce que Giorgio Agamben nomme « la vie nue » des exclus. Lorsque la vie et la politique s’identifient, le risque est grand de voir se développer ces totalitarismes qui font du « biologique » cette fatalité au nom de laquelle les décisions politiques sont recodées comme des normes « naturelles ».Mots-clés :
civilisation, culture, évaluation, expertise, médicalisation, psychiatrie, santé mentale.
Failing to bring into question the self-proclaimed power of expertise and of generalised evaluation, mental health seems destined to become again a branch of public hygiene (from which psychiatry emerged). It would thus be reduced to a biopolitical mechanism to recompose our psychological and social sensitivities within which we are all to become potential outcasts within the city. Such a mechanism runs the risk of becoming, in the name of « science », victim in turn of such vicissitudes, a mere alibi of a sovereign Power over what Giorgio Agamben calls the « naked life » of outcasts. When life and politics identify with each other, there is a considerable risk of seeing forms of totalitarianism develop that make of the « biological » that fatality in whose name political decisions are re-encoded as being « natural » norms.Keywords :
civilisation, culture, evaluation, expertise, medicalisation, psychiatry, mental health.