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Comptabilité - Contrôle - Audit

2005/3 (Tome 11)


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La revue CCA a toujours fait depuis sa création, il y a dix ans, bon accueil à l’histoire de la comptabilité, comme en témoignent les nombreux articles qu’elle a publiés sur ce thème. Cette fois, c’est un numéro spécial qu’elle lui dédie !

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En lisant les propos introductifs de Lemarchand et Nikitin, on mesurera le parcours accompli par l’histoire de la comptabilité en France depuis que se tint à Nantes la première journée d’étude et de recherche qui lui fut consacrée. On vérifiera la vigueur du courant, son ouverture internationale et disciplinaire. Si les historiens s’intéressent au passé, il ne leur est pas interdit, au contraire, de songer à l’avenir et c’est à quoi les deux auteurs nous invitent en esquissant pour finir un programme de travail.

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L’histoire se fait également au présent, en fonction des problèmes auxquels une communauté est confrontée et sur lesquels l’historien a l’ambition d’apporter un éclairage qui puisse aider ses contemporains à les résoudre. Dans les années 1990, la comptabilité de gestion fut l’objet d’un aggiornamento avec la méthode ABC qui fut alors accompagné, voire précédé pour les États-Unis, par un questionnement sur les fondations du calcul des coûts. Dans ce contexte, le thème de la comptabilité de gestion domina assez logiquement les travaux d’histoire. Le début des années 2000 est marqué par des scandales financiers ; ils font évoluer des aspects juridiques, conceptuels du cadre comptable et ont une incidence sur les organisations professionnelles aux niveaux national et international. Ils mettent la comptabilité financière au centre des préoccupations, y compris dans les recherches en histoire de la comptabilité. C’est ce que l’on peut, en tout cas, relever pour les cinq premiers articles de ce numéro de CCA qui en comporte huit. C’est selon l’ordre chronologique que les différents textes apparaîtront au fil des pages.

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Celui de Nicolas Praquin et Yannick Lemarchand couvre une période qui commence sous la Restauration et s’achève à la veille de la Grande Guerre, c’est-à-dire au moment où la mesure du profit devient un enjeu social de premier plan dans le cadre de l’essor économique et du développement de la société anonyme. La tentation, pour des banquiers affairistes en quête de capitaux, est alors forte de faire apparaître des profits mirobolants au prix de falsifications comptables. À l’opposé, les auteurs nous font découvrir des industriels, soucieux d’autofinancer leurs investissements, qui furent enclins à pratiquer des amortissements au détriment des dividendes dont certains actionnaires se jugeaient ainsi frustrés.

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Emmanuel Charrier étudie l’œuvre de Jean Dumarchey qui, commencée en 1914, se développa durant l’entre-deux-guerres. Il s’inscrit dans cette école qui chercha, particulièrement à cette époque, à élever une technique comptable empreinte de procédés empiriques au rang de science. On lui doit une approche patrimoniale du bilan qui peut se résumer selon la formule A – P = SN, avec A = propriétés, P = dettes, la différence SN étant la situation nette. Ses contemporains lui reprochèrent une approche inutilement abstraite, notamment dans ses développements mathématiques sur le prix de revient et, aujourd’hui encore, il peut nourrir une réflexion sur ce que peut être un travail théorique en comptabilité et quelles en sont les limites.

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Dans son article très fouillé, l’historienne Béatrice Touchelay étudie la naissance du Plan comptable général en France (PCG) depuis les années 1930, dans une France en crise, en proie aux débats entre économie libérale et économie dirigée, jusqu’à l’élaboration d’un premier projet par une commission créée sous le gouvernement de Vichy mais qui ne connut pratiquement aucune application. À la Libération, les pouvoirs publics, la profession comptable et des représentants du patronat entreprirent de nouveaux travaux qui débouchèrent sur le PCG 1947. Sachant que son utilisation ne se généralisa dans les entreprises que dans les années 1960, Béatrice Touchelay s’attache à nous faire comprendre les obstacles que les promoteurs du PCG eurent à surmonter, les incitations fiscales auxquelles l’État dut sacrifier, les remaniements auxquels il fut procédé avec le PCG 1957, enfin les diverses adaptations qui apparurent nécessaires pour satisfaire les multiples spécificités professionnelles. Parmi les enseignements que l’on peut tirer de cet article, on se persuadera que la normalisation n’est pas un long fleuve tranquille.

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L’une des incitations fiscales dont usèrent les pouvoirs publics pour convaincre les entreprises d’adopter le PCG fut la possibilité qu’on leur offrit de déduire fiscalement les dotations aux amortissements sur l’écart de réévaluation des immobilisations qu’elles avaient la faculté de constituer pour tenir compte de la forte inflation qui sévit à partir de 1940 jusqu’au début des années 1950. C’est justement à ce mécanisme de réévaluation que Cyrille Sardais s’est intéressé en l’appliquant à son incidence sur les résultats de la Régie Renault pour la période 1946-1952 et aux différends qu’ils suscitèrent entre dirigeants et représentants des syndicats. Ces derniers reprochaient à la direction d’avoir dissimulé des bénéfices par des manipulations comptables, diminuant par conséquent la part qui revenait aux salariés du fait d’une clause d’intéressement. On trouvera dans cet article un éclairage complémentaire à celui que Praquin et Lemarchand fournissent : réflexion sur le partage de la valeur entre les parties prenantes, écho à nos préoccupations actuelles sur la juste valeur et sur son incidence macroéconomique.

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Didier Bensadon s’est intéressé, lui, à la façon dont la consolidation des comptes fut étudiée en France à partir de 1953 et jusqu’à ce que, en raison d’une directive européenne, la loi du 3 janvier 1985 la rende obligatoire. Son article montre, chiffres à l’appui, qui, des experts-comptables, des commissaires aux comptes, des enseignants-chercheurs, publia sur le sujet dans les revues comptables afin d’en promouvoir la diffusion. Il est instructif de suivre l’évolution des attitudes : de la curiosité à la méfiance, la variété des thèmes abordés : le goodwill, les méthodes de consolidation, etc. Pour sa recherche, l’auteur a entrepris une étude systématique, statistique, de la littérature qui stimulera la réflexion sur les apports et les limites de cette méthode.

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Le thème de la consolidation témoigne de ce que les travaux menés en France en matière d’histoire de la comptabilité ont eu le souci d’appréhender l’influence du reste du monde sur les pratiques françaises. Les deux articles qui suivent celui de Bensadon marquent, eux, une ouverture au monde francophone, en l’espèce le Maroc et le Canada.

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Lire Sami El Omari et Michèle Saboly dans leur étude sur l’émergence de la profession comptable libérale au Maroc, c’est – sans occulter la façon dont les professions libérales s’étaient développées au xixe siècle dans le royaume chérifien – suivre l’émergence de la profession en France et l’influence puissante qu’elle exerça pendant la période du protectorat (1912-1956). Mais l’histoire se poursuit, après que le Maroc eût recouvré son indépendance, en fonction du contexte économique, social et politique jusqu’à la création du diplôme marocain d’expert-comptable en 1990 et, d’une certaine manière, elle n’est pas encore achevée aujourd’hui car de nombreuses difficultés subsistent. Par comparaison avec les évolutions observées dans d’autres contextes nationaux, on trouvera notamment dans cet article de quoi nourrir la recherche en sociologie des professions.

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Échange de bon procédé, Guy Bellemare et Louise Briand importent, eux, de la sociologie pour mener une recherche historique sur la gestion d’une grande entreprise canadienne. Ils empruntent au sociologue Giddens le concept d’analyse « structurationniste » pour étudier, entre 1860 et aujourd’hui, l’évolution des pratiques de surveillance, de contrôle, au sein d’une entreprise de transport en commun en fonction des différents groupes qui la dominèrent : actionnaires, cadres du service comptable, etc. On voit se former puis se défaire des coalitions entre les multiples parties prenantes : actionnaires, élus, syndicats, usagers, etc., et les idéologies qui leur étaient associées : rentabilité, économie, sécurité, efficacité.

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Pour mener à bien leur investigation, les auteurs ont dû accepter de maintenir dans l’anonymat la société qu’ils ont étudiée. Dès lors, s’agit-il encore de science historique que l’on sait fondée sur la méthode critique ? Celle-ci veut que les sources d’un récit soient données au lecteur pour qu’il puisse y retourner par lui-même et mener les vérifications qu’il souhaite… En même temps, l’historien Jean-Claude Daumas milite pour que l’histoire pénètre davantage dans les travaux des gestionnaires. Son article sur la gouvernance d’entreprise en France entre 1945 et 1985 vient conclure ce numéro de CCA. Il s’attaque à l’atmosphère d’apesanteur historique qui entoure, selon lui, les réflexions qui ont été menées sur ce thème. Il faut faire de l’histoire en comptabilité et en management en général, mais en respectant ses règles.

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C’est à quoi se sont employés les auteurs de ce numéro. Enfin, il faut remercier les organisateurs des Xe Journées d’histoire de la comptabilité et du management – Jean-Luc Rossignol et Éric Pezet – dont sont issus plusieurs des articles qui vont suivre, ainsi que les nombreux évaluateurs qui ont participé à une sélection rigoureuse parmi une offre riche et de qualité.

Pour citer cet article

Pezet Anne, Zimnovitch Henri, « Éditorial », Comptabilité - Contrôle - Audit, 3/2005 (Tome 11), p. 3-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2005-3-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.113.0003


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