Accueil Revues Revue Numéro Article

Comptabilité - Contrôle - Audit

2007/1 (Tome 13)


ALERTES EMAIL - REVUE Comptabilité - Contrôle - Audit

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 47 - 67 Article suivant

Introduction

1

L’engagement des entreprises vers le développement durable ou vers la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) exige une démarche de reddition d’informations sociétales, et en particulier environnementales. La réflexion en matière d’évaluation de performance sociétale, et l’analyse de la production de dispositifs d’évaluation, sont relativement récentes (Christophe, 2000, Capron, Quairel, 2003, 2004, Quairel, 2004) mais la problématique de la gestion environnementale des entreprises est plus ancienne. Celle-ci a conduit à une construction progressive de l’information de management environnemental (Perrin, 2003) et notamment l’information sur la performance environnementale des entreprises.

2

L’implication stratégique de l’engagement de développement durable des grandes entreprises relance l’intérêt de la question de l’évaluation de performance environnementale.

3

Mais aujourd’hui l’information environnementale paraît noyée, avec d’autres indicateurs, sociaux ou sociétaux, et économiques (inclus dans les rapports de développement durable), et présente une qualité variable, une lisibilité imparfaite (Wehrmeyer, Tyteca, Wagner, 2001, Quairel, 2004, Mikol, 2004). Plus qu’un contrôle de performance conventionnel en fonction d’un modèle et de règles comptables établis, la publication d’informations environnementales et sociales revêt une dimension symbolique de communication répondant à des attentes extérieures. Et les tentatives de normalisation du type GRI [1][1] GRI pour Global Reporting Initiative, tentative d’harmonisation... ne peuvent faire disparaître le caractère mimétique, fluctuant et contingent de cette évaluation de performance (Quairel, 2004).

4

De plus, même en ciblant uniquement la dimension environnementale, des démarches différentes se juxtaposent pour proposer des représentations de cette performance environnementale (évaluation du système de management environnemental ISO 14001 ou EMAS, ecoefficiency avec le WBCSD, écobilan et analyse du cycle de vie avec par exemple ISO 14044, évaluation des performances envi-ronnementales avec ISO 14031… [2][2] Respectivement, Organisation de standardisation internationale...) qui finissent par nuire à la pertinence et la cohérence de la représentation.

5

Les cadres théoriques permettant d’analyser la publication d’informations comptables sociales et environnementales sont dominés par deux lectures (Capron, Quairel, 2004, Quairel, 2004). D’une part l’approche contractuelle, renvoyant aux théories de l’agence et à la théorie des « parties prenantes », voit l’entreprise au cœur d’un réseau de relations entre parties prenantes qui ont des attentes et vont donc constituer le public cible de la diffusion d’informations sociétales. Pour les satisfaire, les dirigeants vont alors hiérarchiser, « mettre en scène » (selon le concept « d’enactment » proposé par K. Weick, 1969) ces attentes, et les acteurs qui les expriment, pour définir leur stratégie de reddition. D’autre part, l’approche sociologique néo-institutionnelle de la légitimité (Di Maggio, Powell, 1983, Oliver, 1991) permet d’analyser le processus de reddition comme un comportement de réponse aux contraintes institutionnelles de la société, par des stratégies d’image et de conformité, symbolique et effective, visant l’objectif de légitimité.

6

Au niveau de la représentation de performance environnementale apparaissent alors les problèmes fondamentaux et classiques du contrôle :

  • le problème de la cohérence de la représentation, ou comment concilier des attentes parfois contradictoires et des critères différents, entre l’interne et l’externe, et entre acteurs différents.

  • le problème de la pertinence de la représentation, ou comment choisir d’interpréter une réalité complexe et subjective, comment construire et faire accepter sa propre représentation, vers quels destinataires et pour quels usages.

Devant les difficultés de représentation de la performance environnementale et le caractère controversé des publications d’informations environnementales, se pose donc la question de l’existence d’un contrôle de gestion environnementale, et, si un tel contrôle existe, de sa nature et des indicateurs de performance environnementale (IPE) utilisés.

7

Ainsi, les questions des choix de représentation de la performance environnementale d’une entreprise, des IPE associés, des usages et des acteurs cibles de ces indicateurs ne sont pas déterminées a priori. A quel(s) type(s) de contrôle de performance environnementale ces IPE répondent-ils donc ?

8

L’objet de cet article est de rendre compte de cette problématique à partir de l’observation de grandes entreprises. Une recherche longitudinale (Janicot, 2004) réalisée sur deux groupes industriels du secteur de la chimie nous donne des indications sur les choix successifs de conception de cette performance environnementale, sur l’usage des outils (IPE), et les perceptions que ces choix entraînent. Cette observation nous permet d’évoquer l’émergence d’un type de contrôle particulier, non conventionnel, se construisant entre communication environnementale et contrôle de performance environnementale.

9

Dans la première partie de cet article nous insistons sur le caractère subjectif et contingent de la détermination d’une performance environnementale. Sont abordés à cette fin les choix contingents successifs de représentation de l’entreprise, liés aux finalités différentes, aux acteurs impliqués dans la conception et la réception des informations sur la performance environnementale.

10

Dans la deuxième partie, après avoir présenté la méthodologie de recherche qui a permis de révéler les émergences du contrôle de performance environnementale dans les entreprises, sont évoqués les résultats d’observation sur les finalités et les usages des systèmes d’IPE effectivement mis en œuvre. Nous nous fondons notamment sur les enseignements des différences de pratiques observées à partir de l’analyse comparative des deux sociétés observées.

1 - La problématique du contrôle de la performance environnementale, entre représentations formelles et interprétations

11

Comme le montrent à la fois la théorie des parties prenantes et la théorie néo-institutionnelle, les entreprises « n’ont pas le choix » : elles doivent rendre compte de leur performance environnementale et donc instaurer un contrôle de gestion environnementale. Elles le doivent, soit parce que c’est une attente concrète de tel(s) ou tel(s) acteur [3][3] Par exemple Norsk Hydro en 1987 organise un audit de... (Freeman, 1984), soit parce que l’évolution de l’environnement institutionnel l’y conduit, à travers des contraintes coercitives, normatives, mimétiques [4][4] Dans la chimie et en France on peut citer au niveau... (Di Maggio, Powell, 1983, Oliver, 1991). Mais « ne pas avoir le choix » de représenter ne signifie pas l’absence de choix de représentation. Le contrôle de la performance environnementale se construit sur des allers-retours entre la création de représentations formelles et les interprétations subjectives de celles-ci, notamment par les acteurs externes.

12

Dans un sens conventionnel le contrôle de gestion est un « ensemble de processus et de dispositifs qui, dans les organisations, orientent les décisions, les actions, les comportements pour les rendre cohérents avec des objectifs à long et moyen terme, et qui s’appuient sur des systèmes d’information » (Bouquin, 1994). Le contrôle de gestion environnementale peut être défini comme tout processus mis en place pour assurer le pilotage de l’organisation en cohérence avec sa stratégie et ses objectifs environnementaux (Capron, Quairel, 1998). Cette définition, conforme à une « vision élargie » de pilotage (Lorino, 1991, 1995), nécessite des précisions. Nous souhaitons ainsi mettre en relation la notion de « performance environnementale », au cœur du contrôle de gestion environnementale, avec les questions traditionnelles de la cohérence et de la pertinence (Bessire, 1999) qui s’y rattachent, pour montrer le caractère particulièrement indéterminé de ce contrôle.

13

La performance environnementale, comme toute performance, est une notion en grande partie indéterminée, complexe, contingente et source d’interprétations subjectives. Une entreprise en quête de légitimité adopte sa propre définition dans une logique gestionnaire de rationalité instrumentale, et aboutit néanmoins à un « construit » particulier, en fonction de finalités et d’attentes externes diverses.

14

Plusieurs difficultés et contraintes apparaissent, et impliquent pour l’entreprise à la fois de satisfaire des exigences dans la représentation, et d’effectuer des choix de représentation, dans le but de fixer des objectifs de performance environnementale en respectant cohérence et pertinence du contrôle de gestion environnementale.

1.1 - Une performance environnementale en cohérence avec la politique environnementale ?

15

Le management environnemental doit satisfaire l’objectif d’amélioration de la performance environnementale de l’entreprise, dans les secteurs d’activités et au niveau des domaines d’environnement concernés. C’est dans ce concept de performance environnementale que s’opère la traduction de la politique environnementale en objectifs opérationnels.

16

Dans un contexte de complexité et de contingence du management environnemental, les définitions de la performance environnementale d’une entreprise et des indicateurs de performance environnementale (IPE) adoptés restent en général dans le flou (cf. encadré suivant pour des exemples de définition), de façon à s’adapter à tout type et toute situation d’entreprise. Elles ne permettent pas de résoudre le problème des choix de représentation nécessaires pour parvenir à établir au niveau de chaque entreprise une évaluation de performance environnementale.

Définitions de la performance environnementale et des IPE

La norme ISO 14000 définit la performance environnementale comme « les résultats mesurables du Système de Management Environnemental, en relation avec la maîtrise par l’organisme de ses aspects environnementaux sur la base de sa politique environnementale, de ses objectifs et cibles environnementaux» (ISO, 1996)…

Les indicateurs de performance environnementale (IPE) peuvent être définis comme « l’information qualitative et quantitative qui permet d’évaluer l’efficacité du système opérationnel et managérial » (Salburg, 2000).

Les IPE de management « évaluent les efforts fournis par la direction pour améliorer les performances environne mentales au niveau de l’organisation et de la programmation d’actions correctives », les IPE opérationnels « évaluent les performances environnementales en matière de consommation de matériaux, énergie et services (entrants de l’en treprise), de produits, services, déchets, et émissions (sortants de l’entreprise), d’installations physiques et de logis tique (opérations de l’entreprise) » (ISO, 1996).

17

Nous évoquons ici par le terme de « performance environnementale » l’action de transformation physique effectuée par l’entreprise. La performance environnementale renvoie donc à l’aptitude de l’entreprise à gérer de façon efficiente et durable les opérations de transformation des flux physiques (cf. dans l’encadré n° 1 les IPE opérationnels).

18

La performance environnementale et la politique environnementale paraissent construites de façon cohérente. Le contrôle de gestion environnementale ne déroge pas à cette fonction d’alignement stratégique traditionnellement décrite dans la littérature du contrôle (Bouquin, 1994). Cette relation de « cohérence instrumentale » [5][5] Cette recherche de « cohérence instrumentale » à travers... (Bourguignon, 2004) entre la stratégie et le contrôle n’est pas propre au management environnemental. Mais, dans ce domaine, elle paraît éminemment problématique dans la mesure où l’on peut voir la formulation de la stratégie environnementale comme étant dictée par l’extérieur de l’entreprise à travers une recherche de légitimité de l’entreprise vis-à-vis d’un ensemble d’acteurs divers (des actionnaires et investisseurs, aux associations écologistes et de riverains, en passant par les collectivités locales et organismes d’inspection).

19

En effet, nous considérons que deux logiques différentes sont à l’œuvre dans la création du contrôle de gestion environnementale. Une première vision est celle de la rationalité instrumentale, soit la maîtrise par la direction de l’entreprise d’un management environnemental cohérent (depuis l’affirmation de sa politique jusqu’au contrôle de gestion), qui conduit à des choix de représentation pour guider la décision des managers. C’est une cohérence interne qui est construite en priorité dans une vision opérationnelle de gestion. Les choix de représentation de la performance environnementale sont effectués par les directions environnement et directions générales des entreprises. Ils se traduisent dans la conception des IPE adoptés par les groupes et leurs sites industriels. Ces IPE reposent sur des systèmes formels, conçus de façon centralisée et en cohérence avec la politique environnementale [6][6] Sans évoquer spécifiquement les systèmes de contrôle,.... Rendre compte de cette représentation de performance peut-il satisfaire les attentes des différents acteurs externes ?

20

Dans une deuxième vision constructiviste de « mise en scène », le contrôle répond aux attentes externes, et la performance se construit en fonction des représentations que les acteurs externes s’en font. Cette logique vise la recherche de légitimité externe, une légitimité symbolique reposant sur des images de conformité aux valeurs de la société. Une cohérence externe serait alors possible. Mais l’entreprise peut-elle dans ce cas satisfaire la propriété de pertinence de la représentation de performance en interne ?

21

Par exemple, l’observation sur la période 1995-2002 des indicateurs de performance environnementale des deux groupes industriels qui ont fait l’objet de notre étude révèle des choix différents, symptomatiques de leurs politiques environnementales respectives, qui traduisent différemment l’évolution de valeurs environnementales (ici l’accroissement de l’effet de serre).

22

Plus précisément, dans le domaine des rejets atmosphériques, en 1995, aucun objectif particulier n’apparaît dans le plan environnement d’un des groupes; un « indice air » est construit, par pondération de différents gaz rejetés, mais dans lesquels le CO2 n’est pas mesuré. Or, depuis les accords du protocole de Kyoto en 1997, le thème de l’effet de serre a été confirmé sur la scène internationale comme problème environnemental majeur. De ce fait il vient en tête désormais des priorités de politique environnementale de ce groupe. En 2002, et depuis 2000, parmi les IPE, apparaissent les rejets en équivalent CO2, et le rapport CO2/chiffre d’affaires, la mesure des gaz à effet de serre rejetés étant devenue un enjeu de politique environnementale. Dans le même temps, les indices air généraux sont abandonnés.

23

Dans l’autre groupe étudié la politique environnementale n’est pas formulée de la même façon en 1995. Des objectifs par rapport aux émissions dans l’air sont énoncés clairement dans le plan environnement, et des IPE relatifs aux substances émises dans l’air, propres à la société, sont adoptés. Ces IPE sont maintenus de 1995 à 2002, malgré les évolutions des thèmes de légitimité sociétale, et en particulier la confirmation du souci de réduction des gaz responsables de l’accroissement de l’effet de serre.

24

Ces exemples d’observations montrent bien que la performance environnementale d’une entreprise, ici celle relative à un seul milieu, l’air, est source d’interprétations subjectives ou inter-subjectives. La définition de la performance est dépendante de la politique environnementale de l’entreprise, politique elle-même soumise, directement ou indirectement, aux évolutions des attentes des autres acteurs de la société. D’une certaine manière, à travers ces évolutions, se manifeste le problème de la recherche de légitimation interne de la préoccupation sociétale, soit le fait de faire accepter en interne les principes et valeurs de management environnemental de l’entreprise. La cohérence interne du contrôle de gestion environnementale (prise en compte et articulation de toutes les dimensions, politique environnementale, plan environnement, système d’information de management environnemental, jusqu’aux résultats de performance environnementale) est en conflit avec la cohérence externe (intention initiale et échelle de valeurs) puisque la politique environnementale est soumise à une attente externe diffuse et en particulier non économique.

25

La performance environnementale est effectivement contingente à chaque entreprise. On peut observer des politiques environnementales différentes et des IPE différents au sein d’un seul secteur industriel, la chimie, et pour des types de production proches.

26

D’autres difficultés de représentation de la performance environnementale peuvent être mises en évidence, en particulier autour de l’alternative, classique pour le contrôle de gestion, entre réduction de complexité (simplification) et représentativité (complexification). Le processus de légitimation de l’entreprise semble dépendre de ces arbitrages de représentation qui répondent à la question de la pertinence de l’évaluation de performance environnementale.

1.2 - Représentativité ou réduction de la complexité pour une pertinence de la performance environnementale

27

La pertinence est la faculté de répondre à l’attente des utilisateurs. A destination de quels acteurs, et pour quelle utilisation sont produits les résultats de performance ?

28

La dimension subjective de la performance environnementale est d’autant plus forte que celle-ci répond d’abord à une demande externe d’atténuation d’un impact environnemental.

29

Plus précisément, le contrôle de gestion environnementale se construit pour évaluer l’interaction d’une organisation avec l’environnement naturel. Ce domaine, non économique et complexe (Barouch, 1989 [7][7] Barouch (1989), considère que les milieux naturels...), est l’objet de nombreuses perceptions divergentes d’acteurs variés [8][8] La diffusion de la théorie des stakeholders (Freeman,.... La représentation de cette relation de l’entreprise avec l’environnement est donc variable.

30

En effet, outre les différentes dimensions entre lesquelles hiérarchiser (à quoi donner la priorité entre l’eau, l’air, le sol, le sous-sol, les déchets, le bruit, les odeurs, l’esthétique, la santé, la sécurité, la faune, la flore, etc ?), l’impact sur l’environnement doit être représenté avec une dimension subjective et évolutive en fonction des avancées scientifiques et techniques, et aussi de l’évolution des préférences et utilités socio-économiques.

31

La question du choix des formes de représentation n’est pas non plus tranchée. Quelles mesures adopter, physiques, chimiques, énergétiques, biologiques, monétaires ? Comment ensuite fixer un seuil limite à ne pas dépasser, une fois la nature de l’impact déterminée ? Quelles normes adopter ? Selon quels points de vue ?

32

Nous pouvons ramener ces difficultés de choix de représentation au compromis à établir entre réduction de complexité et représentativité.

33

La réduction de complexité présente des risques en termes de représentativité (Lemoigne, 1990, Lemoigne, Morin, 1999). Elle est pourtant nécessaire si on veut représenter, si on veut « rendre présente » la performance environnementale. Nous retrouvons ici une problématique classique, relative aux systèmes d’information, aux systèmes de données comptables ou de contrôle de gestion, celle de la pertinence des données, ou en d’autres termes de leurs « propriétés d’informativité » (Dupuy, 1994).

34

La difficulté du compromis à élaborer en termes de réduction de complexité ou de complexification de la représentation de performance environnementale peut être argumentée en particulier par rapport à deux alternatives :

  • réduire le nombre de critères de performance ou rendre compte de la diversité des impacts environnementaux,

  • réduire le nombre des destinataires ou des objectifs de la performance environnementale ou respecter leur variété (normes réglementaires, attentes « sociétales », compatibilité économique…).

L’analyse nous invite à distinguer ces alternatives mais les choix sont caractérisés par l’interaction entre dimensions objective et subjective de la performance et usages internes et externes de l’information sur la performance.

35

Reprenons ces deux alternatives de la représentation de performance environnementale.

36

– Représentativité de l’impact sur la nature et agrégation des différentes composantes de performance environnementale,

37

La multiplicité des contraintes naturelles interagissant avec la diversité des prélèvements et des rejets produits par l’entreprise est une source de complexité et de contingence de la performance environnementale. Pour Boiral « la pluralité et l’interdépendance des aspects technologiques et humains qui contribuent aux « performances environnementales » d’une entreprise industrielle rendent l’analyse concrète des sources de pollution et de leurs remèdes particulièrement complexe » (Boiral, 1998).

38

De nombreux critères quantitatifs, mais aussi qualitatifs, physiques, biologiques, chimiques, énergétiques peuvent ainsi être mobilisés pour déterminer une performance environnementale (cf. notamment Christophe, 1992, Viardot, 1994, Antheaume, 1996).

39

La performance environnementale ne peut être élaborée qu’à partir de plusieurs de ces critères. Mais si la nécessité de représenter une situation la plus proche possible de la réalité suppose de multiplier le nombre des critères, la réduction de complexité nécessite de les agréger et de les hiérarchiser.

40

C’est en effet en fonction d’une approche systémique ayant pour objet de déterminer les flux essentiels de rejets ou d’utilisation de matières et d’énergie que des critères de performance doivent être choisis et éventuellement pondérés en fonction de facteurs qui sont dans ce domaine instables et incertains. Le problème de représentation à résoudre ici renvoie à la difficulté pour l’organisation de délimiter l’environnement naturel, de caractériser son impact sur celui-ci ou l’utilisation de ses ressources, et d’en renvoyer une image fidèle.

41

Par exemple, la performance environnementale dans l’eau n’est pas exprimée de la même façon dans les groupes étudiés, en 1995 et en 2002.

42

Dans le premier groupe la tentation était tout d’abord de l’agréger à un indice environnement général (incluant eau, air, et déchets). Manquant de pertinence – il n’avait de sens pour personne, même à l’extérieur de l’entreprise – celui-ci n’a pas été maintenu longtemps (ce qui montre, si besoin est, l’interaction entre choix d’une définition de performance et détermination des acteurs destinataires de l’information)… Plus significativement, un indice eau a été construit par pondération des différentes substances physico-chimiques rejetées (six paramètres sont retenus, la demande chimique en oxygène DCO, les matières en suspension MES, les matières inhibitrices MI, l’azote NTK, le phosphore, et les sels solubles), en fonction du coût des redevances à verser aux agences de l’eau. Rendre compte des progrès des rejets sur ces substances est donc lié aux paiements consentis sur ces mêmes substances. L’entreprise rapproche donc sa construction de performance de la représentation des acteurs extérieurs, ici les agences de l’eau.

43

L’autre groupe, appartenant également au secteur chimique, rend compte également à partir de cet indice, indice de l’UIC [9][9] Union de l’Industrie Chimique, organisme professionnel... désormais, (exemple de respect d’une contrainte mimétique ou normative professionnelle). Mais il produit également des résultats pour chaque paramètre (par exemple la DCO), de façon à suivre séparément les évolutions. Et surtout, il propose, pour certains de ses sites, suite aux travaux et à la coopération réalisés avec un laboratoire des sciences de la vie, un bio-indicateur, destiné à évaluer la qualité de l’eau à partir de la comptabilisation d’organismes vivants.

44

Ainsi pour établir un IPE dans l’eau, de nombreux choix sont nécessaires sur des critères quantitatifs (nombre d’indicateurs, de substances, pondération) et qualitatifs (indicateurs physico-chimiques ou biologiques). L’écart est grand entre un indice environnement agrégeant trois types de rejets de pollutions émis, et un indice biotique cherchant à traduire l’état de la qualité biologique d’un des milieux récepteurs, l’eau.

45

L’approche objective de la définition de l’environnement [10][10] Pour une discussion des différentes conceptions de... vu comme une collection finie d’objets naturels sans mention des finalités humaines, n’est pas suffisante pour évaluer un impact. Un impact sur l’environnement, une utilisation de celui-ci, renvoie nécessairement à une approche subjective. Le problème est de savoir comment les acteurs définissent ces dimensions et notamment s’ils privilégient le contrôle de la gestion de la qualité du milieu récepteur, l’environnement, ou le contrôle de la gestion de la quantité des rejets émis par l’émetteur, l’organisation. Dans nos exemples, le choix dépend à la fois des intentions des dirigeants, en prise avec une attente externe de non pollution de l’eau, et des représentations qui leur sont communiquées par l’extérieur (agences de l’eau et centre de recherche scientifique).

46

Précisons maintenant la difficulté de prendre en compte la diversité des attentes de nombreux acteurs.

47

– Respect de la diversité des attentes d’évaluation ou réduction du nombre de destinataires de l’évaluation

48

Un autre aspect du dilemme concerne le choix entre la normativité réglementaire à satisfaire et la contingence gestionnaire de la mesure de performance satisfaisant différents objectifs ou différentes exigences. En effet, une difficulté importante réside dans les différents niveaux d’exigence de la performance environnementale.

49

Un premier niveau d’exigence est réglementaire [11][11] Même si nous adoptons le point de vue d’une multitude..., donc extérieur à l’entreprise. Sans être insurmontable, un réel problème pour l’entreprise se pose face à la nécessité de réaliser l’inventaire des textes (normes de prélèvement et de rejet, préconisations techniques sur des pratiques environnementales), dans un contexte d’évolution rapide. Cette exigence réglementaire qui impose donc la conception des données de mesure, fait apparaître le problème de l’usage de ces données en interne.

50

L’exemple de l’indice eau adopté par l’U.I.C. révèle un cas où l’on a cherché à satisfaire ces deux exigences, puisque la logique de construction de l’indice censé permettre le suivi interne de performance correspond au respect de la réglementation des agences de l’eau. La construction de performance repose ainsi sur l’interaction entre choix internes, et besoins et moyens externes de représentation.

51

Un deuxième niveau d’exigence de performance va résulter de la définition de priorités opérationnelles par l’entreprise en fonction de plusieurs contraintes, attentes des acteurs d’environnement, évaluation des coûts économiques de différentes actions environnementales, évaluation de la vulnérabilité des différents milieux naturels proches de l’entreprise. Ces exigences, de nature très différente, ne vont pas dans le même sens et il est souvent difficile de les concilier.

52

Par exemple une performance se souciant des limites d’assimilation du milieu naturel de façon par exemple à satisfaire les attentes de riverains ou d’associations écologistes, engendrerait une représentation en termes d’impact absolu sur la nature (quantité totale des rejets de l’usine dans le milieu par unité de temps). Tandis qu’une performance visant l’effort de gestion et de réduction de pollution de l’usine, en vue de satisfaire par exemple des investisseurs ou des directeurs soucieux de chiffres de gestion en progrès, représenterait un impact relatif en fonction de l’activité économique (par exemple à partir de ratios tels ceux proposés dans la démarche de l’eco-efficiency, WBCSD, 1998 [12][12] Le WBCSD World Business Council of Sustainable Development,...).

53

Ainsi, dans les premiers temps de la mise en place d’IPE, l’un des groupes étudiés avait conçu un indice corrigé par l’activité économique. En effet, pour avoir une représentation plus exacte des progrès réels de l’usine en termes de maîtrise de la diminution de pollution, il fallait supprimer l’incidence des variations d’activité de production. Ce choix a été fait au début de la mise en œuvre de l’indice. Mais face à la difficulté de faire comprendre les manipulations effectuées ainsi sur l’indice, et dans un souci de communication pour le plus grand nombre, cette correction de l’indice par l’activité a été abandonnée. Une réduction de la valeur de l’indice ne traduit pas dans ce cas nécessairement une meilleure maîtrise de procédés plus propres, mais peut traduire simplement une baisse d’activité du site industriel.

54

Néanmoins, depuis 2000, tous les indicateurs du groupe sont rapportés au chiffre d’affaires, ce qui n’était pas le cas en 1995, et ainsi on publie des résultats relatifs à l’activité économique.

55

Des objectifs environnementaux internes vont donc résulter de l’établissement de ces priorités, mais ils reposent sur des données à la fois objectives et subjectives, imparfaites, évolutives. La détermination de la performance environnementale paraît ainsi plus une affaire politique que technique, puisque ce sont des attentes externes, évolutives, et souvent contradictoires à ce jour, qui guident les choix effectués par les entreprises.

56

Ajoutons que, même si un usage interne de la mesure de performance existe, se pose la question de l’opérationnalité de l’outil de contrôle. Un outil « opérationnel » correspond à un outil délivrant une information pertinente pour un usage interne de gestion.

57

Viardot, (1994) évoque à ce sujet le dilemme entre représentativité et opérationnalité des indicateurs de performance environnementale.

58

En effet, la mesure de performance doit formaliser des résultats (et donc des objectifs) opérationnels, c’est à dire compréhensibles, raisonnables (ou « acceptables »), mobilisateurs pour le personnel. Comme nous l’avons vu, la représentativité nécessite d’intégrer dans l’analyse de performance le plus de critères possibles rendant compte du caractère complexe. Tandis que la mobilisation du personnel semblerait exiger au contraire quelques indicateurs simples à utiliser et faciles à communiquer pour le personnel. Néanmoins, reste à déterminer pour chaque individu ce qui va le pousser à être opérationnel, donc ce qui est le plus motivant : des IPE agrégés produisant des résultats de performance globaux, mais sur lesquels on parvient à construire des critères d’évaluation individuelle du personnel et des compléments de rémunération (exemple rencontré dans l’un des deux groupes), ou des indicateurs locaux plus en lien avec l’impact environnemental rencontré au niveau de chaque usine ou de chaque atelier ?

59

Nous en revenons à l’idée d’un dilemme qui impose à l’entreprise de faire un compromis « satisfaisant », et de faire adopter sa représentation en interne et en externe.

60

L’opérationnalité peut renvoyer aussi au problème du coût économique de la production d’information. Le caractère réalisable d’une mesure doit aussi tenir compte du coût de production des données nécessaire.

61

Enfin la recherche d’opérationnalité de l’outil de contrôle peut induire également une comparaison de performance environnementale entre sites industriels pour un groupe, ou entre ateliers pour une usine. La question du type d’indicateurs à retenir ou du nombre d’IPE se pose nécessairement à ce propos. Elle se pose également pour des acteurs externes (collectivités locales, associations environnementales, riverains,…) qui souhaiteraient comparer des entreprises ou des secteurs sur leur impact. Certains auteurs militent pour uniformiser les IPE à cette fin et critiquent les démarches, telles le GRI dans sa première version [13][13] Notons néanmoins que la démarche GRI semble capable..., visant au contraire à multiplier les critères d’appréciation pour une performance sociétale complexe (Wehrmeyer, Tyteca, Wagner, 2001).

62

Ainsi, la performance environnementale est par définition un construit, comme pour tout contrôle de gestion (Lorino, 1995, Bessire, 1999), qui aboutit à un compromis entre d’une part une volonté de réduction de complexité, par agrégation et pondération, et d’autre part un souci de représentativité de nombreux impacts environnementaux différents.

63

Dans un grand groupe tel que ceux qui font l’objet de notre étude, la direction de l’entreprise et la direction environnement ont dû ainsi produire une représentation cohérente et pertinente de performance environnementale issue de leurs propres analyses, et de la confrontation avec l’extérieur.

64

La construction de cette performance environnementale de l’entreprise a supposé une succession de choix où interviennent peu ou prou des caractères subjectifs : choix des problèmes environnementaux, choix des facteurs d’impact, choix des critères de performance environnementale (en fonction des réglementations, des attentes externes et des priorités de l’entreprise), choix qui vont déterminer des indices et indicateurs de performance.

65

La définition proposée par une entreprise est ainsi construction d’une représentation particulière de performance environnementale, diffusée ensuite par les outils d’information. Ceux-ci participent ainsi à la construction de légitimité de l’entreprise.

66

Notre étude longitudinale de 1995 à 2004 nous a permis d’observer qu’un besoin d’homogénéisation et d’harmonisation des pratiques de management environnemental (développement des normes de management environnemental, ISO 14001 en particulier), et des représentations de performance environnementale (travaux sur les indicateurs de performance environnementale et surtout sur les « rapports de développement durable ») s’est exprimé. Des efforts et des travaux se développent donc dans la perspective de produire des « régularités » sur l’idée d’une performance environnementale.

67

Mais le caractère contingent et subjectif de la notion de performance environnementale reste présent et rend toujours problématique la définition adoptée dans une entreprise donnée.

68

L’idée que les difficultés de représentation de la performance environnementale conduisent à une série de choix subjectifs, rappelées dans ce point, vient contredire l’argument souvent avancé que la gestion de l’environnement n’est qu’une affaire technique, relevant de spécialistes et d’ingénieurs. Les choix de représentation s’inscrivent d’une part dans une politique environnementale, mais aussi dans la stratégie globale de l’entreprise, aujourd’hui souvent exprimée à travers un engagement vers le développement durable qui répond à des attentes externes diffuses.

69

On s’attend à ce que les représentations de performance adoptées, à travers les IPE en particulier, traduisent des logiques et des intentions différenciées. L’étude des usages et perceptions des IPE dans deux groupes chimiques français semble révéler ces options de représentation.

2 - Contrôler ou rendre compte de sa performance environnementale : deux logiques complémentaires ou opposées ?

70

Une observation longitudinale réalisée sur les sites industriels de deux groupes chimiques, entre 1995 et 2002, nous permet des propositions de réponse aux questions de l’existence d’un contrôle de gestion environnementale et de la nature d’un tel contrôle.

71

Les contraintes institutionnelles et la volonté de satisfaction de certaines parties prenantes ont conduit les groupes de la chimie à construire un tel contrôle, à partir d’une performance environnementale.

72

La volonté de formaliser une représentation cohérente et pertinente de cette performance existe dans les deux groupes observés. Elle se traduit néanmoins, par des priorités différentes accordées dans les faits aux logiques de construction d’image institutionnelle (par une communication environnementale générale satisfaisant en particulier les investisseurs), et de management environnemental local (par un contrôle de performance local utilisé par les managers à destination d’associations, de collectivités locales, de riverains, etc).

2.1 - Une méthodologie pour comprendre l’émergence des systèmes d’IPE

73

Pour aborder la question de l’émergence d’outils d’information de gestion environnementale et d’IPE un dispositif méthodologique particulier, centré sur des approches qualitatives, a été adopté dans notre recherche. Il s’agissait de mettre en évidence les principes de conception et de diffusion des IPE, et de comprendre les points de vue des acteurs.

74

Une méthodologie adéquate consistait à sélectionner des entreprises concernées par le problème d’une performance environnementale, de par l’impact environnemental de leurs activités, et de les étudier de l’intérieur par des monographies. A partir du choix de l’analyse de deux groupes chimiques français, que nous appellerons ici les groupes A et B, plusieurs phases de recueil d’informations ont été réalisées :

  • suite à une première phase exploratoire ayant permis une sélection des entreprises à l’égard des variables environnementales, des entretiens ont été conduits au siège de chaque groupe auprès des directions environnement, pour recueillir une expression de la représentation de la politique environnementale et la gestion environnementale de chaque groupe (par exemple les fonctions assignées aux systèmes d’IPE par la direction ont été précisées) ;

  • des entretiens auprès des responsables environnement de trois sites industriels dans chaque groupe ont suivi, pour constater quels outils d’information de gestion environnementale et quels IPE existaient au niveau des usines, et ensuite pour confronter les représentations environnementales entre sites industriels et siège ;

  • enfin un questionnaire a été construit pour préciser les évolutions des outils d’information et de contrôle de chaque groupe, de 1995 à 2002, introduisant ainsi une dimension longitudinale nécessaire pour actualiser sur l’existence des IPE et révéler des émergences éventuelles.

C’est une approche comparative de monographies qui a guidé notre analyse des informations recueillies, établissant à la fois des données factuelles sur les outils d’information, leurs paramètres de conception, et aussi des expressions de représentation par les différents acteurs, sur l’environnement, la gestion environnementale, les outils d’information, et en particulier sur les IPE.

75

Le choix de deux groupes appartenant au même secteur et ayant des caractéristiques proches nous permet de repérer des différences significatives sur les paramètres de conception des IPE et leurs usages.

76

Ces différences sur les systèmes de contrôle ne sont pas expliquées par des différences sur les facteurs de contingence traditionnels (taille, structure, système technique, stratégie concurrentielle, dynamique de l’environnement,…selon la synthèse non exhaustive proposée par Fisher, 1995). Les deux groupes observés sont en effet tous les deux, en 1995 (date de début de l’étude), de grande taille (effectif de plusieurs dizaines de milliers de personnes et chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliers de francs), français, implantés en France mais aussi à l’étranger, réalisant la même activité chimique (métiers identiques, nombreux domaines d’activité et produits similaires, même type de procédés de production) avec une structure de type divisionnalisée sur plusieurs branches de métiers de la chimie, affrontant donc les mêmes pressions ou demandes environnementales à l’égard de ce secteur, et affirmant tous deux avoir adopté une stratégie et un système de management environnemental.

77

Les résultats mis en évidence grâce à cette méthodologie de recherche nous permettent d’illustrer le caractère particulier d’un contrôle de gestion dans le domaine environnemental. Ils nous révèlent notamment des différences de logique de ce contrôle de gestion.

78

Nous pouvons d’abord mettre en avant la revendication commune des deux entreprises par rapport à l’existence d’un contrôle de performance, reposant sur des outils. Ce contrôle est par ailleurs formalisé de façon centralisée, mais en autorisant plus ou moins de différenciation, comme nous le montre notre approche comparative. Ensuite, ce sont les différences entre les deux groupes qui apportent des enseignements sur l’émergence d’un contrôle particulier de performance environnementale. Les utilisateurs de cette information sur une performance environnementale sont variés. Dans le groupe A, c’est un niveau général de communication d’informations vers un public à la fois large (opinion publique) et spécifique (investisseurs, actionnaires) qui est avant tout recherché, à des fins de validation générale et éventuellement de comparaison. Dans le groupe B, c’est un niveau local de contrôle de performance environnementale du site, à usage des managers locaux et à destination d’acteurs locaux qui paraît prioritaire.

79

Dans les deux cas étudiés la conception de l’information et des indicateurs de performance environnementale est formalisée et centralisée, c’est-à-dire avant tout issue de la direction environnement au siège des groupes. Les acteurs principaux de la conception paraissent donc être les directions générales et directions environnement, qui développent un discours sur la capacité à contrôler et maîtriser les impacts environnementaux et la performance environnementale. L’image rationalisatrice gestionnaire ainsi diffusée permet la construction de légitimité environnementale.

2.2 - La conception centralisée des IPE: un dosage entre intégration et différenciation

80

Le fait que, dans les deux groupes, un processus de conception centralisée soit adopté et mis en œuvre par les directions environnement au siège ne signifie pas l’absence de différenciation dans la conception des IPE.

81

Les options de représentation sur les IPE correspondent en effet essentiellement à un dosage entre le respect de la différenciation des sites (avec des indicateurs locaux, non agrégés), et l’intégration par un système de mesure de performance agrégeant les différents sites (indice global, agrégé). Les directions environnement, responsables d’une conception centralisée dans les grandes sociétés industrielles telles celles étudiées, opèrent un compromis entre ce souci d’intégration et de différenciation.

82

Des indicateurs différenciés et (en partie) décentralisés seraient notamment la réponse pour une volonté de représentativité locale. Des indicateurs agrégés et centralisés correspondraient davantage à la communication sur la recherche d’une amélioration de performance de management environnemental au niveau de l’entreprise toute entière.

83

Même si certains auteurs présentent de nombreux utilisateurs et des fonctions différenciées des indicateurs environnementaux (Olsthoorn, Tyteca, Wehrmeyer, Wagner, 2000) on peut regrouper ces différents usages autour de deux logiques recherchées par les IPE. Nous avons ainsi effectivement observé, en 1995 et en 2002, ces deux logiques et ces différents usages des indicateurs dans les sites des deux groupes industriels étudiés A et B.

84

Les rôles des IPE sont alors :

  • le contrôle de performance, avec prise de décision sur le management de performance environnementale locale grâce aux indicateurs locaux (du site ou de l’atelier), utiles pour les managers locaux (directeur d’usine, directeur environnement, responsable d’exploitation) ;

  • la communication vers des acteurs externes (stakeholders), pour rendre compte sur des objectifs généraux.

Plus précisément, la conception des IPE mis en place au sein du groupe A était plutôt caractérisée par un processus de formalisation uniforme, c’est-à-dire que les outils étaient conçus selon le même modèle quels que soient les sites. Par exemple, pour l’évaluation des rejets dans l’eau, un indice eau unique avait été conçu, avec les mêmes objectifs à atteindre, avec la même pondération des mêmes substances, quels que soient les sites industriels.

85

Alors que dans le groupe B la conception des outils s’appuyait sur une formalisation différenciée, respectant davantage la particularité de chaque site. Ainsi, des indices locaux de mesure de la performance dans l’eau, propres à chaque site, étaient construits à partir de substances spécifiques rejetées. Par exemple, un des sites industriels du groupe B, fabricant du chlore à partir d’un procédé traditionnel d’électrolyse utilisant le mercure, avait construit un indice local mesurant la présence du mercure dans l’eau. Ce n’était pas le cas des autres usines du groupe, étudiées dans notre recherche. D’autre part, cette substance spécifique, le mercure, n’était pas mesurée en tant que telle dans l’indice eau agrégé adopté au niveau du groupe.

86

Ainsi, comme nous avons pu l’observer dans les sites industriels des deux groupes étudiés, des indices et indicateurs de performance environnementale existent. Ils sont formalisés et centralisés par les directions environnement au siège des groupes, mais en autorisant plus ou moins la restitution de la complexité d’une évaluation de performance dans le domaine environnemental. Les deux logiques de la communication externe et du contrôle de performance sont donc envisagées au sein d’un groupe à partir d’IPE plus ou moins agrégés. Mais une fois mis en place au niveau des sites industriels, les IPE semblent produire des perceptions et des usages qui révèlent la difficulté du dosage.

2.3 - Une logique dominante dans les usages et les perceptions : communication externe ou contrôle de performance?

87

Des différences entre les deux groupes, portant sur la conception des outils d’évaluation de performance environnementale ont été observées. Elles traduisent, à partir d’un processus de conception centralisée, une volonté de formaliser des outils entre respect de la différenciation des sites et cohérence de la gestion environnementale du groupe industriel.

88

Mais il convient aussi de tirer des enseignements des différences sur les usages et les perceptions qui émergent de la mise en place de ces IPE. Si des finalités de contrôle sont effectivement affirmées au niveau des directions environnement au siège, dans la pratique c’est un contrôle particulier qui émerge où les destinataires prioritaires de l’information sur la performance environnementale ne sont pas ceux que l’on croit.

89

Ainsi l’observation nous révèle que chacun des groupes paraît mieux maîtriser que l’autre l’une des deux logiques, le groupe A, celle de la communication environnementale externe, le groupe B celle du management de la performance environnementale locale.

90

En effet, au niveau de la diffusion de l’outil d’information et de contrôle, le groupe A adopte de fait une orientation externe, la cible de l’information diffusée paraît être avant tout l’ensemble des acteurs extérieurs. Ainsi l’IPE eau général de A n’est pas utilisé au niveau local pour le contrôle de performance, contrairement au discours recueilli au siège du groupe, et alors que ce rôle était explicitement prévu par la direction environnement. Des divergences de vue apparaissent donc sur le management de performance qu’implique cet outil. Au niveau des usines, celui-ci est vu avant tout comme un outil de consolidation et de communication pour le groupe. La fonction de comparaison intersites est même mise en avant par les responsables environnement des usines, alors que la direction environnement au siège rejetait clairement cet éventuel usage de l’outil. Des divergences de représentation apparaissent donc entre directions environnement au siège et responsables environnement locaux, sur un usage de contrôle de performance environnementale au niveau des usines.

91

Mais d’autre part, de façon apparemment paradoxale, la qualité de la communication externe réalisée par le groupe A, notamment à travers l’IPE eau, est unanimement reconnue en interne, au niveau des sites de production en particulier. Une convergence nette des représentations est observée sur cet aspect.

92

En revanche, le groupe B semble privilégier une orientation interne de ces IPE, à l’usage de ses managers et de son personnel. Et, de fait, aucune divergence n’apparaît entre direction environnement au siège du groupe, et responsables environnement des sites, en ce qui concerne le rôle et l’usage des IPE, vus effectivement comme systèmes de mesure et de suivi de performance. Mais des points de divergence apparaissent au contraire sur la politique de communication externe pratiquée par le groupe, notamment celle qui s’appuie sur la diffusion de résultats de performance environnementale à partir des outils d’évaluation de performance, et qui est parfois jugée insuffisante.

93

Ainsi, les systèmes d’IPE différenciés de B permettent une représentation de performance environnementale adaptée au suivi de chaque site, qui concerne les managers locaux, les DRIRE [14][14] Les DRIRE sont les Directions Régionales de l’Industrie,..., et éventuellement d’autres acteurs locaux (riverains, associations, collectivités locales, etc) mais qui paradoxalement ne facilite pas la communication environnementale externe du groupe, à cause d’un discours général peu homogène.

94

Le tableau suivant se propose de synthétiser les particularités des IPE observés dans les sites de chacun des groupes :

95

Donc, même à partir d’une situation initiale proche pour les deux groupes chimiques, celle d’une volonté effective de conception cohérente et signifiante d’outils d’information et de contrôle de performance environnementale, il semblerait que des tendances concurrentes et complémentaires apparaissent au niveau de la mise en œuvre des IPE. Les entreprises ont ainsi à équilibrer entre intégration et différenciation de conception de l’information, entre normalisation de la communication environnementale et émergence locale de contrôle de performance.

96

Mais les moyens d’un contrôle fin de performance environnementale locale ne sont apparemment pas les mêmes que ceux d’une bonne communication environnementale générale. Nos résultats semblent en effet montrer que l’acceptation en interne du contrôle de performance environnementale est plutôt favorisée par des IPE formalisés de façon différenciée, avec restitution de la complexité locale de l’impact environnemental (groupe B), tandis que la qualité de communication environnementale externe s’appuie sur des IPE formalisés de façon uniforme, avec réduction de complexité (groupe A). Ces différences de conception d’indicateurs correspondraient donc à un arbitrage différent entre représentativité et réduction de complexité des critères de performance environnementale (cf 1ère partie). Ces choix de représentation différents entre A et B, deux groupes pourtant initialement assez proches, pourraient peut-être s’expliquer par des stratégies différentes de recherche de légitimité.

97

Ainsi, en l’absence de normes précises et face à des attentes externes contradictoires, le groupe A adopterait une réponse fondée avant tout sur l’élaboration d’une image cohérente de conformité au niveau général. Pour cela il privilégie des outils clairs, relativement peu pertinents pour un usage local, mais symboliques pour démontrer à l’extérieur, dans un temps relativement court (quelques années) une amélioration et surtout une volonté d’amélioration de performance environnementale.

98

Dans la même situation, le groupe B semble plutôt privilégier une réponse différenciée de conformité effective au niveau de chaque site de production, pour construire un contrôle de performance adapté à chaque particularité de l’impact environnemental. L’image globale externe du groupe ne bénéficie pas à court terme de cet effort de construction parce que les IPE sont multiples et ne facilitent pas une communication efficace.

99

Notre approche longitudinale nous a par la suite permis de noter des évolutions significatives sur la présence des IPE au sein des usines de chacun des groupes. Le constat général semble être une certaine convergence dans l’évolution des systèmes d’information de management environnemental et de contrôle des deux groupes.

100

En ce qui concerne le contrôle de performance, des IPE locaux ont été progressivement adoptés par toutes les usines des deux groupes, et notamment celles du groupe A, où ils étaient initialement relativement absents. Et dans le même temps on constate l’abandon d’indices généraux dans le groupe A.

101

Une évolution nette observée sur la période est également la recherche de la certification environnementale ISO 14001, qui repose sur un audit révélant l’amélioration de la performance environnementale du site audité. La normalisation ISO 14001 est obtenue par tous les sites de B, ceux de A étant en retard en ce domaine à la date de la comparaison.

102

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ces évolutions d’IPE.

103

D’une part, la logique de contrôle semble s’affirmer avec la diffusion des indicateurs locaux. On peut peut-être expliquer ces rapprochements dans les outils d’information et de contrôle adoptés par les effets de mimétisme entre entreprises et les effets de normalisation, conformément à la lecture théorique de l’approche sociologique néo-institutionnelle de la légitimité (Di Maggio, Powell, 1983, Oliver, 1991).

104

D’autre part, le mouvement de certification ISO 14001, effet de la diffusion de contraintes normatives professionnelles, semble mieux réussir dans le groupe B. Ces adaptations différentes entre les deux groupes à l’ISO 14001 pourraient peut-être s’expliquer par l’anticipation plus nette du côté de B, de l’intérêt d’un contrôle de performance local, au niveau de chaque site de production. La stratégie de réponse différenciée de conformité aux attentes externes, par la construction d’un contrôle de performance adapté au contexte de chaque site de production semblerait à terme porter ses fruits, et peut-être davantage qu’une réponse globale à des attentes externes générales.

105

Nous constatons donc effectivement des angles d’utilisation et des logiques différents des IPE et des représentations qu’ils fournissent. Globalement une logique de communication sur des résultats de performance très généraux vise un public large, éventuellement soucieux de la possibilité de comparaison des performances environnementales des entreprises, mais surtout intéressé par la mise en évidence d’informations et d’actions révélant la possibilité de performances durables sur le plan environnemental.

106

Les rapports sur le développement durable et la notation sociétale ont fait connaître cette logique de communication externe vers différents “ stakeholders ”, même si les investisseurs paraissent être les premiers acteurs visés. En matière de performance environnementale, des indicateurs généraux sont repris dans ces rapports. Réducteurs de complexité mais pas toujours pertinents du fait de la multitude des cibles d’information visées, ils remplissent cependant une fonction symbolique. Notons que le groupe A, qui selon notre observation paraissait dans les faits adopter cette optique de façon privilégiée, et produire ainsi une bonne convergence des représentations en interne, a été reconnu dans ce domaine, son rapport environnemental ayant été primé.

107

Dans le même temps s’est construit un contrôle de performance environnementale concernant des ressources environnementales à gérer. Il a évolué vers des IPE locaux, différenciés selon les sites industriels. Ceux-ci permettent aux managers locaux de prendre des décisions sur, et de contrôler, leur performance environnementale, spécifique et complexe ; ils permettent aussi d’appuyer une certification environnementale (ISO 14001).

108

On peut se demander si ce n’est pas par ce moyen de la certification, reposant sur l’amélioration d’une évaluation de performance environnementale des sites, que seraient réconciliées au mieux les deux logiques du contrôle de gestion environnementale, la communication générale et le contrôle local de performance. Le nombre de sites certifiés [15][15] La communication symbolique ne disparaît pas pour autant.... d’un groupe industriel parait être un indicateur, ou “ méta-indicateur ”, plus “ parlant ” qu’un indicateur ou indice général de performance dans tel ou tel milieu, exprimé en pourcentage de progrès et destiné à une communication environnementale globale.

109

Il semble également que les outils de contrôle de performance environnementale qui finissent par s’imposer, car répondant à ces deux logiques de communication générale et de contrôle local, sont ceux sur lesquels une agrégation pertinente est possible. C’est-à-dire ceux qui permettent d’avoir des informations utiles localement, mais qui permettent aussi de construire un indicateur ou indice communément attendu au niveau global. La consommation d’énergie remplit par exemple depuis longtemps ces conditions, mais on a vu également se formuler une attente sur l’émission de gaz carbonique. Au niveau global le carbone n’était pas, dans les années 80, un indicateur présent dans le contrôle de performance environnementale, notamment dans l’industrie de la chimie. Il l’est devenu à la fin des années 90, sous l’impact principalement pour le secteur de la chimie du programme Responsible Care évoluant suite aux accords de Kyoto, avec la mise en place au niveau local de bilans carbone, permettant ensuite une agrégation au niveau général avec un indicateur.

Conclusion

110

Le management environnemental émerge ainsi à travers des choix de représentation exercés au sein des entreprises, et en interaction avec l’extérieur. Le contrôle de gestion environnementale se construit à travers l’émergence de systèmes d’indices et d’indicateurs de performance environnementale. Même si certains aspects de cette émergence sont courants dans le domaine du contrôle de gestion, le contrôle de gestion environnementale paraît singulièrement concerné. Il semble émerger en effet sur un double paradoxe : le paradoxe de l’existence de deux logiques concurrentes et complémentaires, et le paradoxe d’un consensus obtenu à court terme grâce à une communication externe générale.

111

En effet, la conception des représentations de la performance environnementale conduit à une recherche d’équilibre entre deux logiques complémentaires, communication externe et contrôle interne de performance, à partir d’IPE à construire pour partie dans une optique de réduction de complexité, pour partie dans une optique locale de restitution de complexité.

112

Le contrôle de gestion environnementale existe, jusqu’à présent, entre communication et contrôle de performance, sur des éléments où les entreprises ont dû faire des choix de représentation, subjectifs, sans modèle comptable et en l’absence de règles admises par l’ensemble de la communauté concernée par ce contrôle de gestion.

113

D’autre part, le contrôle de gestion environnementale paraît produire de la cohésion, du consensus et donc de la légitimité, à partir d’éléments très réducteurs et subjectifs : des convergences des représentations sont obtenues, même en interne auprès du personnel, sur des informations très réductrices par rapport à la complexité du domaine, des informations avant tout conçues pour une large communication environnementale. La question se pose néanmoins de la durabilité de ce consensus. La légitimité de management environnemental des entreprises semble pouvoir être aussi construite progressivement à partir d’outils locaux différenciés produisant de la cohésion au niveau local à court terme puis la généralisant à un niveau global.

114

Le domaine du contrôle de gestion environnementale et des systèmes d’IPE nécessite, en tant que tel, d’approfondir l’effort de recherche, tant il n’est pas qu’une question technique mais certainement une question stratégique pour l’entreprise, à partir des choix de conception effectués sur ce contrôle. En particulier, suivre l’évolution des deux logiques de représentation du contrôle de performance environnementale paraît décisif pour comprendre le processus de légitimation de l’entreprise.


Bibliographie

  • AAntheaume N. (1996), Les enjeux comptables de l’environnement (quelle comptabilité de l’environnement pour les entreprises ?), Colloque de l’Association Française de Comptabilité de Nancy, pp. 1145-1159.
  • Antheaume N. (2001), Coûts externes et comptabilité environnementale : de la théorie à la pratique, Revue Française de Gestion, n°136, novembredécembre, Paris, pp. 118-127.
  • Barouch G. (1989), La décision en miettes, l’Harmattan, Paris, 237 pages.
  • Bessire D. (1999), Définir la performance, Comptabilité-Contrôle-Audit, tome 1, vol. 5, pp.127-150.
  • Boiral O. (1998), Vers une gestion préventive des questions environnementales, Gérer et comprendre, Annales des Mines, n°51, mars, pp. 27-37.
  • Boiral O., Jolly D. (1992), Stratégie, compétitivité et écologie, Revue Française de Gestion n°89, Juin-Juillet-Août, pp. 80-95.
  • Bouquin H. (1994), Les fondements du contrôle de gestion, Presses Universitaires de France, Paris, 127 pages.
  • Bourguignon A., Jenkins A. (2004), Changer d’outils de contrôle de gestion? De la cohérence instrumentale à la cohérence psychologique, Finance-Contrôle-Stratégie, 7, 3, septembre, pp.31-61
  • Capron M., Quairel F. (1998), Contrôle de gestion et pilotage des performances sociétales, Actes du XIXème congrès AFC, pp. 569-584.
  • Capron M., Quairel F. (2003), « Le reporting sociétal, limites et enjeux de la proposition de normalisation internationale Global Reporting Initiative » Actes du XXIVème congrès AFC, (CDRom).
  • Capron M., Quairel F. (2004), Mythes et réalités de l’entreprise responsable, La Découverte, Paris, 252 pages.
  • Chistophe B. (1992), La comptabilité environnementale et ses enjeux, Revue Française de Gestion, n°89, juin- juillet-août Paris, pp. 96-104.
  • Chistophe B. (1995), La comptabilité verte, De la politique environnementale à l’écobilan, De Boeck, Bruxelles, 186 pages.
  • Dimaggio P., Powell W. W. (1983), The iron-cage revisited : institutional isomorphism and collective rationality in organizational fields, American Sociological Review, XXXVIII, pp. 147-160.
  • Dupuy Y. (1994), Une lecture des recherches en comptabilité-contrôle, Annales du Management, XIIèmes Journées Nationales des I.A.E., Tome 1, Montpellier, pp. 17-33.
  • Freeman, R. E. (1984), Strategic management : a stakeholder approach, Marshfield, Pitman Publishing.
  • Global Reporting Initiative, Lignes directrices pour la production de rapports Développement Durable 2000 et 2002 ; www.globalreporting.org.
  • ISO (1996), Systèmes de management environnemental – Spécifications et lignes directrices pour son utilisa-tion, norme européenne – norme française NF EN ISO 14001, AFNOR, Paris.
  • Janicot L. (2004), L’émergence du système d’information de management environnemental : essai d’observation et d’analyse, Thèse de doctorat, I.A.E., Université Montpellier 2.
  • Le Moigne J.-L. (1990), La modélisation des systèmes complexes, Afcet Systèmes Dunod, Paris, 178 pages.
  • Le Moigne J.-L., Morin E. (1999), L’intelligence de la complexité, L’Harmattan, Paris, 332 pages.
  • Lorino P. (1991), Le contrôle de gestion stratégique, Dunod, Paris, 1991
  • Lorino P. (1995), Comptes et récits de la performance, Essai sur le pilotage de l’entreprise, Les Editions d’Organisation, Paris, 288 pages.
  • Oliver C. (1991), Strategic responses to institutional processes, The Academy of Management Review, Vol. 16, n°1, Briarcliff Manor, pp. 145-179.
  • Olsthoorn X., Tyteca D., Wehrmeyer W., Wagner M. (2000), Environmental Indicators for Business : a review of the literature and standardisation methods, MEPI (Measuring Environmental Performance of Industry) project, Manuscript for the Journal of Cleaner Production, nov., 27 pages.
  • Perrin F. (2003), La construction d’un système d’information environnemental, d’une logique de communication à une logique de valorisation, Thèse de doctorat, I.A.E., Université Grenoble 2.
  • Quairel F. (2004), Responsable mais pas comptable : analyse de la normalisation des rapports environnementaux et sociaux, Comptabilité-Contrôle-Audit, tome 10, vol. 1, pp. 7-36.
  • Reynaud E. (1996), Les déterminants du comportement de protection de l’environnement des entreprises, Thèse de doctorat, IAE, Université Aix-Marseille.
  • Theys J. (1993), L’environnement à la recherche d’une définition, Notes de méthode de l’IFEN, n°1, Orléans, juin, 57 pages.
  • Salburg I. (2000), Lent tools. The use of environmental performance indicators for better decision making, European Research Paper, n°1-90, ESCPEAP, april, 115 pages.
  • Shrivastava P. (1995), The role of corporations in achieving ecological sustainability, The Academy of Management Review, Briarcliff Manor, Vol. 20, Iss. 4, Oct, pp. 936-950.
  • Viardot E. (1994), Ecologie et entreprise, les leçons de l’expérience, l’Harmattan, Paris, 209 pages.
  • WBCSD (1998), How companies measure and report their eco-efficiency-a survey on Company Environmental Reports, World Business Council of Sustainable Development, June.
  • Wehrmeyer W., Tyteca D., Wagner M. (2001), How many and which indicators are necessary to compare the environmental performance of companie s ? A sectoral and statistic answer, MEPI (Measuring Environmental Performance of Industry) project, paper accepted for the 7th European round table on cleaner production, 2-4 may, Lund, Sweden, 9 pages.
  • Weick K. E. (1979), The social psychology of organizing, Mc Graw Hill Inc, (première édition, 1969), 294 pages.

Notes

[1]

GRI pour Global Reporting Initiative, tentative d’harmonisation des critères de conception du rapport de développement durable, démarche la plus diffusée, mais qui paraît peu contraignante : « GRI est plus un encadrement léger d’une politique comptable qu’un véritable dispositif de normalisation » (Capron, Quairel, 2003, p. 13). La troisième révision du référentiel GRI (G3) semble apporter des améliorations de ce point de vue.

[2]

Respectivement, Organisation de standardisation internationale (ISO), Environmental Management and Audit Scheme (EMAS), World Business Council of Sustainable Development (WBCSD, 1998) ).

[3]

Par exemple Norsk Hydro en 1987 organise un audit de ses installations suite à l’intervention dans une de ses usines en Norvège d’une association écologiste (Viardot, 1994).

[4]

Dans la chimie et en France on peut citer au niveau des contraintes coercitives le rôle de contrôle des agences de l’eau, et plus récemment la loi NRE de 2002 sur l’obligation de publications environnementales des sociétés cotées. Au niveau des contraintes normatives, la tendance à la recherche de la certification environnementale iso 14001 des sites de production, ou encore le programme global de respect de l’environnement au niveau mondial, « Responsible Care », dont la version française est signée depuis 1991, qui édicte notamment des guides de bonne pratique professionnelle avec un engagement qui « s’oblige à répondre aux attentes du public » et qui prévoit aussi « la mise en place par chaque société d’un système de mesure des progrès accomplis par rapport à un point de référence déterminé » (Viardot, 1994). Au niveau des contraintes mimétiques l’adoption des outils d’information et de contrôle tels que les rapports environnement ou les indices de performance dans un milieu.

[5]

Cette recherche de « cohérence instrumentale » à travers la conception des IPE, systèmes formels, ne signifie pas bien sûr que la « cohérence psychologique » (pour reprendre les termes de A. Bourguignon, 2004) est assurée, bien au contraire, comme le montre l’existence de divergences de représentation sur ces IPE, rapidement évoquée dans cet article au point 2.

[6]

Sans évoquer spécifiquement les systèmes de contrôle, la littérature en management environnemental décrit un processus « top-down » de conception du management environnemental en cohérence avec la vision environnementale de l’entreprise (Shrivastava, 1995).

[7]

Barouch (1989), considère que les milieux naturels se distinguent des objets courants de la gestion humaine par leur degré de complexité : nous sommes toujours en état d’information imparfaite à l’égard des objets naturels. Il ajoute que ces systèmes ont aussi un degré d’ouverture plus élevé : « ces systèmes mettent directement en relation des réalités biophysiques et humaines très éloignées dans l’espace (effets en chaîne) et dans le temps (effets à long terme) ».

[8]

La diffusion de la théorie des stakeholders (Freeman, 1984) a banalisé cette idée d’une liste d’acteurs différents, mais sans pour autant qu’il y ait un contenu précis. Dans le domaine de l’environnement, Boiral et Jolly, 1992, Viardot, 1994, Reynaud, 1996, détaillent ce contenu.

[9]

Union de l’Industrie Chimique, organisme professionnel français.

[10]

Pour une discussion des différentes conceptions de l’environnement Theys, 1993.

[11]

Même si nous adoptons le point de vue d’une multitude de sources de conformité aux attentes sociales (lois et règlements, normes, valeurs ambiantes, Oliver, 1991) la contrainte des textes réglementaires nous a paru première dans le souci des responsables environnement interrogés.

[12]

Le WBCSD World Business Council of Sustainable Development, une coalition de 120 multinationales, propose en 1998 un rapport sur l’éco-efficacité, dans lequel l’objectif est de produire plus avec moins de ressources et moins d’émissions dans une perspective de développement durable. Les indicateurs d’éco-efficacité sont des rapports entre valeur du bien ou service produit et un indicateur environnemental (consommation d’eau, d’énergie, de matières, émissions de gaz à effet de serre, etc…)

[13]

Notons néanmoins que la démarche GRI semble capable d’évoluer en fonction des critiques puisque la troisième révision (G3) des lignes directrices de ce référentiel a eu lieu en octobre 2006 suite à un processus de consultation des parties prenantes au niveau mondial. Les indicateurs de performance sont moins nombreux (de 97 en 2002 à 79 en 2006) accompagnés de protocoles contenant définition des termes utilisés, méthodologie et liste de sources. Les principes de reporting ont été retravaillés et semblent laisser moins de marge d’interprétation dans leur application. Il semblerait que la nouvelle version se veuille plus quantitative pour permettre plus de comparaison (sources: www.globalreporting.org, www.actu-environnement.com).

[14]

Les DRIRE sont les Directions Régionales de l’Industrie, la Recherche et l’Environnement, chargées notamment de l’inspection des sites industriels au niveau sécurité et environnement.

[15]

La communication symbolique ne disparaît pas pour autant. Comme le montrent différentes études la certification ISO 14001d’un site ne signifie pas que celui-ci n’a pas d’impact environnemental ou ne signifie pas qu’il a nécessairement une meilleure performance environnementale qu’un site non certifié. D’autre part être certifié iso 14001 n’a pas du tout le même sens, en termes d’impact environnemental, selon la réglementation du pays dans lequel il est implanté.

Résumé

Français

La nécessité de la représentation d’une performance environnementale, et d’un contrôle de gestion associé, renvoie à une succession de choix exercés par les dirigeants des entreprises, en interaction avec des acteurs externes dans un contexte de recherche de légitimité. Ces choix aboutissent à la construction d’indicateurs de performance environnementale (IPE) selon deux usages, un usage externe de communication environnementale générale, un usage interne de contrôle de performance environnementale locale, correspondant à deux logiques de représentation de la performance environnementale. Rechercher ces deux logiques à partir des mêmes indicateurs paraît problématique (d’après l’étude des perceptions sur ces outils dans deux groupes industriels français du secteur de la chimie).

Mots-clés

  • performance environnementale
  • indicateurs de performance environnementale
  • représentations
  • management environnemental
  • contrôle de gestion environnementale
  • communication environnementale
  • légitimité

English

The environmental performance indicators (EPI) systems, between communication and controlThe necessity of the representation of a companies environmental performance and of an associated environmental management control, leads corporate managers to make choices in interaction with external actors in a context of quest for legitimacy. These choices result in the use of environmental performance indicators (EPI) in two ways, an external use of global environmental communication, and an internal use of local environmental performance control : therefore, two systems of representation of the environmental performance. Looking for these two systems from the same indicators seems problematical (according to the study of the perceptions of theses tools in two French chemical groups).

Keywords

  • environmental performance
  • environmental performance indicators
  • representations
  • environmental management
  • envi-ronmental management control
  • environmental communication
  • legitimacy

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 - La problématique du contrôle de la performance environnementale, entre représentations formelles et interprétations
    1. 1.1 - Une performance environnementale en cohérence avec la politique environnementale ?
    2. 1.2 - Représentativité ou réduction de la complexité pour une pertinence de la performance environnementale
  3. 2 - Contrôler ou rendre compte de sa performance environnementale : deux logiques complémentaires ou opposées ?
    1. 2.1 - Une méthodologie pour comprendre l’émergence des systèmes d’IPE
    2. 2.2 - La conception centralisée des IPE: un dosage entre intégration et différenciation
    3. 2.3 - Une logique dominante dans les usages et les perceptions : communication externe ou contrôle de performance?
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Janicot Luc, « Les systèmes d'indicateurs de performance environnementale (IPE), entre communication et contrôle », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2007 (Tome 13), p. 47-67.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2007-1-page-47.htm
DOI : 10.3917/cca.131.0047


Article précédent Pages 47 - 67 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback