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Comptabilité - Contrôle - Audit

2007/2 (Tome 13)


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L’outil comptable n’est pas neutre, il est au contraire le produit d’un jeu complexe de forces de nature diverse et le fruit d’enjeux sociaux voire sociétaux. Un retour sur le passé peut s’avérer particulièrement utile pour décrypter les évolutions et proposer quelques clés d’interprétation. L’évolution des modes de gouvernance des sociétés anonymes sur la période 1850-1935 est à cet égard riche d’enseignements. L’évolution du capital – action et du « capital – obligation » fait apparaître à la fois des problèmes de relations d’agence et d’asymétrie informationnelle et des rapports de force entre des groupes sociaux. « En utilisant la théorie de l’agence, il est possible de montrer que l’asymétrie d’information que supportaient les obligataires avait amené le législateur à intervenir pour mieux protéger leurs intérêts ».

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Mais on peut observer en même temps l’existence de deux groupes sociaux profondément différents : « une population d’obligataires majoritairement formée d’une épargne modeste, expression de la petite et moyenne bourgeoisie et, d’autre part, un pouvoir entrepreneurial, bénéficiant souvent d’un relais parlementaire, qui représente la grande bourgeoisie ».

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Le cas des Expositions Universelles Parisiennes (1855-1900) est un autre exemple de l’intérêt du regard historique sur l’évolution de l’outil comptable. Entre 1850 et 1900, l’État et la Ville de Paris organisent cinq Expositions universelles. « L’ampleur des besoins financiers rend nécessaire au départ l’implication de l’État français dans le financement de ces événements ». La relation d’agence ainsi créée induit l’adoption des lois de finance publique précisant les obligations en matière comptable et les particularités du contrôle de ces opérations. Ils permettent aussi de caractériser le contrôle organisationnel mis en place afin de gérer ces événements. « En abordant les Expositions universelles comme des projets à gérer, la comptabilité publique encadre l’octroi des fonds et leur utilisation (légitimation des fonds investis) tout en structurant l’action (coordination de l’action, connaissance du marché, suivi des résultats). »

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Plus proche de nous, la « globalisation en marche » provoque un fort développement de l’externalisation lié à la désintégration des groupes industriels. « Ce mouvement favorise l’émergence de réseaux inter – organisationnels verticaux au sein desquels la coordination des acteurs occupe une place centrale ». La gestion de la relation fournisseurs est, dans ce contexte, exemplaire. L’auteur montre, à propos des fournisseurs industriels d’une entreprise aéronautique, qu’il existe des liens entre les dimensions des transactions et les modes de contrôle. Ces modes ne peuvent être dissociés des types de relation développés avec chaque fournisseur. Les stratégies relationnelles sont diverses et vont de la recherche de rentes relationnelles, à la minimisation des coûts de transaction en passant par l’approche fondée sur la construction d’un avantage compétitif durable. La spécificité des actifs, l’incertitude et la complexité des relations exercent une influence sur les choix des modes de contrôle opérés par l’entreprise focale.

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Dans un autre domaine, l’impact des technologies de l’information et de la communication modifie considérablement les relations que les entreprises entretiennent avec leur environnement. L’information en temps réel repose la problématique des tableaux de bord automatisés et renvoie à l’exécution de ces tableaux de bord par des applicatifs fonctionnant sans intervention humaine. Les auteurs montrent que cette automatisation peut renforcer la cohérence organisationnelle en améliorant la coordination des différentes unités indépendantes à la fois au travers d’un système complet et permanent mais aussi en tant que support du système d’incitation. S’agissant de l’adaptation des comportements dans le temps, les résultats montrent que les tableaux de bord automatisés semblent répondre aux impératifs de pilotage à court terme de la firme. Cependant, dans les deux cas, ce résultat semble obtenu par le maintien d’une certaine ambiguïté dans la diffusion et l’utilisation des données disponibles. Cette ambiguïté semble nécessaire pour permettre de résoudre le paradoxe de la stabilité dans le changement.

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Le rapport des dirigeants sur le contrôle interne, rendu obligatoire par la loi de sécurité financière fait, aussi, parti des outils introduits récemment et dont le contenu normatif reste flou. L’analyse lexicale proposée par les auteurs confirme l’orientation juridique des rapports autour de la notion de risque. « Une domination des vocabulaires juridiques, comptables et financiers par rapport à des corpus plus opérationnels comme le marketing, la production ou la logistique. Bien que la Loi de Sécurité Financière n’ait pas précisé ce qu’il faut entendre par contrôle interne, la conception financière du concept domine largement. » Par ailleurs, une tension reste perceptible « entre une dimension globale du contrôle interne orientée vers la maîtrise des risques et une dimension plus restrictive orientée vers la fiabilité des données comptables. »

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La réflexion sur le reporting sociétal vient d’ailleurs confirmer la tension évoquée ci-dessus. La logique « positive » du reporting financier postule que les entreprises délimitent leur communication financière aux informations de nature à accroître la valeur de la firme. Dans cette hypothèse, l’intégration du reporting sociétal au reporting financier suppose que cette information contribue à une meilleure appréciation de la valeur de l’entreprise.

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Ces deux formes de communication sont-elles mues par un objectif financier commun ? Les recherches sur le lien entre la diffusion d’information sociétale et la performance financière font apparaître des résultats controversés et parfois même opposés. Dès lors, la question de l’audit sociétal est posée. De la même manière que « l’audit financier est considéré comme étant le garant de la fiabilité des états financiers, la vérification du reporting sociétal est supposée renforcer la crédibilité des données et rassurer les investisseurs. »

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À tous bonne lecture

Pour citer cet article

Hoarau Christian, Teller Robert, « Éditorial. L'évolution du rôle des outils comptables visions d'hier et d'aujourd'hui », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2007 (Tome 13), p. 3-4.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2007-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.132.0003


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