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Comptabilité - Contrôle - Audit

2007/3 (Tome 13)


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Introduction

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Le cadre conceptuel des normes internationales (International Financial Reporting Standards, IFRS) indique que les états financiers ont pour but de fournir une information sur le niveau et l’évolution de la situation financière ainsi que sur la performance de l’entreprise. Ces informations doivent être utiles pour des utilisateurs potentiels qui ont à prendre des décisions économiques. Même si tous les utilisateurs sont visés, les besoins des investisseurs semblent privilégiés. Les chiffres comptables sont utiles à l’investisseur s’ils permettent d’anticiper les flux financiers futurs caractérisant la valeur de l’entreprise. La question générale qui sous-tend notre recherche consiste à examiner si la comptabilité est en mesure de répondre à cet objectif. Plus particulièrement, nous nous intéressons à l’impact de la comptabilisation du goodwill sur la pertinence des chiffres comptables.

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Le goodwill, appelé également survaleur ou écart d’acquisition, correspond à la différence entre le prix d’acquisition et la valeur comptable de l’entreprise non attribuable à des éléments identifiables de l’entreprise acquise. Il est constaté lors de la consolidation des comptes. À la suite de la multiplication des opérations de croissance externe et de fusions-acquisitions depuis la fin des années 1990, souvent surévaluées, le goodwill a pris un poids considérable dans les bilans des groupes. D’après une étude de Profit (2002), la moitié des groupes du CAC 40 a connu une augmentation généralisée du goodwill sur la période 1996-2001. Le ratio goodwill net sur actif net progresse de 8,4 % à 13,9 %. Selon le Commissariat général du plan, fin 2001, les écarts d’acquisition des groupes du CAC 40 représentaient les deux tiers de leurs fonds propres. Le goodwill pouvait excéder pour ces groupes 10 milliards d’euros. Fin 2002, le goodwill des sociétés du SBF 120 représente en moyenne 42 % de leurs capitaux propres (Husson, 2004). Cette tendance est souvent tirée par quelques groupes. Pham (2007) souligne ainsi des exemples de goodwill signifiants : « 16 milliards pour Pechiney après le rachat d’American Can, 6,8 milliards pour Hachette après la prise de contrôle de Diamandis, Grolier et Salvat, 9 milliards après le rapprochement entre Adia et Ecco … ». Parallèlement, les règles d’enregistrement comptable du goodwill ont connu de nombreuses évolutions, tant au niveau national qu’international. En France en particulier, depuis 2005 et conformément à l’IFRS 3, les groupes d’entreprises cotés ne doivent plus amortir systématiquement leur goodwill mais procéder à des tests annuels de dépréciation.

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L’objectif de cet article est double. Premièrement, nous analysons l’évolution des modes de comptabilisation du goodwill par les sociétés françaises cotées entre 2001 et 2005. Deuxièmement, nous étudions si l’application depuis le 1er janvier 2005 de l’IFRS 3 a permis d’améliorer le contenu informatif des chiffres comptables de ces sociétés.

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Nos résultats empiriques confirment le poids significatif du goodwill dans les comptes des groupes français cotés. De plus, il apparaît bien une rupture dans les pratiques de comptabilisation des pertes de valeur du goodwill suite à l’application de la norme IFRS 3. Mais nous montrons que sur l’année 2005, malgré les changements de pratiques comptables avérés, la dépréciation du goodwill, tout comme l’amortissement systématique, n’est pas porteur d’informations utiles au marché sur la valeur des groupes.

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Cet article est structuré de la manière suivante. La première partie précise la définition et la comptabilisation du goodwill. La deuxième partie présente les recherches ayant traitées la problématique du contenu informatif du goodwill. Ceci nous conduit dans une troisième partie à définir les objectifs de la recherche et à exposer la méthodologie mise en œuvre. La dernière partie présente et analyse les résultats obtenus.

1 - Le goodwill : définition et comptabilisation

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Selon le règlement CE N° 2236/2004 qui fournit une version française de la norme IFRS 3, le goodwill est défini comme « l’excédent du coût du regroupement d’entreprises sur la part d’intérêt de l’acquéreur dans la juste valeur nette des actifs, passifs et passifs éventuels identifiables » [1][1] Nous nous intéressons dans le cadre de cette recherche.... La différence de valorisation s’explique par la non prise ou la mal prise en compte dans la valeur comptable d’éléments participant à la valeur de l’entreprise. Ce manquement de la comptabilité provient essentiellement d’une approche au coût historique, d’une approche où le juridique prime sur l’économique, de la difficulté à prendre en compte les éléments incorporels et de la non intégration des éléments de la valeur susceptibles de se générer lors du regroupement des entreprises. Mais le goodwill peut également apparaître du fait d’une évaluation erronée du prix d’acquisition.

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Lors de sa constatation, le goodwill est enregistré comme un actif. Il correspond donc à la prévision d’avantages économiques futurs. Ceux-ci peuvent résulter d’une synergie entre les actifs identifiables acquis, ou encore d’actifs qui pris individuellement ne remplissent pas les conditions pour être comptabilisés dans les états financiers (IFRS 3, § 52). Comme le soulignent Johnson et Petrone (1998), le goodwill est également susceptible d’apparaître du fait d’éléments qui n’ont pas le caractère d’actifs : surestimation ou erreur de mesures de l’entreprise acquise. Cependant les différents composants du goodwill ne peuvent être identifiés clairement. Remarquons, par ailleurs, que le caractère d’actif du goodwill peut aussi être contesté car celui-ci n’est pas un élément séparable qui peut être vendu sans céder d’autres éléments du patrimoine ou l’entreprise elle-même et que le goodwill créé en interne n’est pas reconnu.

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À l’inventaire, jusqu’en 2004, selon la norme IAS 22, le goodwill devait être amorti sur une durée maximale de 20 ans. Les règles françaises invitaient également à un amortissement systématique mais le groupe concerné avait la liberté de fixer lui-même la durée d’amortissement. En sus de ces amortissements, le cadre français et les IAS acceptaient que les groupes enregistrent des amortissements exceptionnels afin de refléter complètement la perte de valeur du goodwill. À partir de 2005, l’IASB s’est aligné sur la position arrêtée par le FASB en 2001 (SFAS 142). Depuis, le goodwill n’est plus amorti mais est soumis à un test annuel de dépréciation (IFRS 3). L’enregistrement d’un amortissement suppose une dégradation systématique du goodwill, une durée de vie finie du goodwill et nie la possibilité d’une appréciation du goodwill. En ce sens, la constatation d’une dépréciation non systématique mais fondée sur la juste valeur et une appréciation des flux de trésorerie attendus permettrait de mieux refléter la réalité économique de l’entreprise. Selon la norme SFAS 142, la dépréciation permet d’améliorer la qualité de l’information comptable en permettant une meilleure valorisation comptable du goodwill, une élimination de l’arbitraire de l’amortissement systématique et une meilleure prise en compte des pertes de valeur ce qui permet une meilleure prévision des flux futurs des groupes.

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Cependant, les tests de dépréciation ne sont pas exempts de limites puisqu’ils conduisent immanquablement à des choix discrétionnaires susceptibles de nuire à la pertinence des chiffres comptables. Contrairement à l’amortissement, la dépréciation induit une plus grande subjectivité et marge de manœuvre dans l’appréciation de la perte de valeur. Cette critique s’inscrit dans le débat récurrent sur l’opposition supposée entre la fiabilité et la pertinence de l’information comptable. Par ailleurs, la méthodologie de la dépréciation présuppose la supériorité de la référence à la valeur actuelle (implicitement au marché) sur la référence aux textes et approches comptables. Disle et Noel (2007) indiquent cependant que la convergence de la vision du comptable et de la vision financière n’est pas automatiquement bénéfique. La multiplicité des approches apporte de la richesse à la lecture de la réalité des entreprises. Enfin, le montant de la dépréciation n’apparaît plus explicitement dans le compte résultat, comme c’était le cas auparavant pour les amortissements dans la réglementation française. Cette information est maintenant « noyée » dans les annexes sous une forme non normée.

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Dans la pratique, après avoir été « gonflés » par des acquisitions chères payées, les bilans ont, ces dernières années, souvent été « nettoyés » de ces survaleurs. Par exemple, AOL Time Warner a enregistré une dépréciation de 54 milliards de dollars et Vivendi Universal a constaté 15,7 milliards d’euros d’amortissement exceptionnel en 2001 [2][2] Selon, Dang Pham (2007). De même, sur la période 2002-2004, France Telecom a amorti son goodwill pour 12,8 milliards d’euros dont 7 milliards d’amortissements exceptionnels. Par contre, en 2005, année d’application de la norme IFRS 3, la dépréciation du goodwill de France Telecom ne représente plus que 11 millions d’euros.

2 - La revue de la littérature et les hypothèses de recherche

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Les études sur le goodwill sont principalement issues de recherches anglo-saxonnes. Aux États-Unis, la problématique du contenu informatif est plus développée. Mais surtout, les changements de mode de comptabilisation du goodwill ont été plus nombreux et antérieurs aux modifications des règles françaises.

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Un certain nombre de recherches, dont l’essentiel des études françaises, se sont plutôt intéressées à analyser la définition du goodwill, à étudier le poids du goodwill ou à examiner l’évolution des modes de comptabilisation du goodwill. Ainsi, Johnson et Petrone (1998) ou Schevin (2005) analysent dans quelle mesure le goodwill répond aux critères de définition et de comptabilisation d’un élément d’actif. Par ailleurs, Profit (2002), Roy (2006), Albouy (2002) ou Paranque (2004) examinent le poids grandissant du goodwill dans le patrimoine des groupes français. Concernant les changements de comptabilisation du goodwill, Martory et Verdier (2000) élaborent une synthèse de la théorie et de la pratique de comptabilisation du goodwill. À la suite, De Greling (2002) précise l’évolution des règles américaines. Roy (2006) explicite les divergences qui persistent sur la comptabilisation de la perte de valeur du goodwill selon les normes françaises et IFRS. Enfin, Pham (2007) définit les enjeux sous-jacents aux différents modes de comptabilisation possibles du goodwill.

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L’essentiel des autres recherches, élaborées par des chercheurs anglo-saxons [3][3] À notre connaissance, aucune étude française n’a été..., portent sur le contenu informatif de l’amortissement du goodwill, sur l’impact des nouvelles normes mettant en place la dépréciation du goodwill et enfin sur les difficultés et dérives de la mise en œuvre de la dépréciation du goodwill. Les recherches académiques soulignent que le mode de comptabilisation du goodwill, avant les normes IFRS 3 et SFAS 142, ne contribuait pas au contenu informatif des chiffres comptables. Ainsi, Brown, Tucker et Pfeiffer (1999) et Moehrle, Reynolds-Moehrle et Wallace (2001) montrent que le résultat avant amortissement du goodwill et le résultat net ont la même utilité informationnelle pour les investisseurs quant à la valeur des groupes. Ils témoignent également que les indicateurs de flux de trésorerie sont moins pertinents que les résultats pour mesurer la valeur des groupes. Ces derniers résultats soulignent alors tout l’intérêt de l’étude du mode de comptabilisation du goodwill, pourtant neutre sur les flux de trésorerie des groupes. Chatraphorn (2001) ou Jennings, Leclere et Thompson (2001) montrent que le résultat avant amortissement systématique du goodwill reflète significativement mieux les cours de bourse des groupes que le résultat après amortissement.

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Par contre, des études récentes attestent du fait que les tests de dépréciation induits par la norme IFRS 3 devraient fournir une information pertinente sur les éléments incorporels participant à la valeur des groupes. Selon Demark (2002),Wilson, Heitger et Gregory (2002) ou la norme SFAS 142, la dépréciation du goodwill devrait par nature apporter une meilleure information financière que l’amortissement systématique du goodwill. Les résultats de l’étude de Hirschey et Richardson (2002) montrent que l’annonce d’une dépréciation du goodwill conduit à une réaction négative du marché financier qui l’interprète donc comme une information utile sur des changements futurs et importants. En 2003, ces auteurs montrent que le marché peut anticiper cette perte de valeur et l’intègre en amont dans les cours mais en la sous-estimant dans un premier temps. Les résultats de Chen, Kohlbeck et Warfield (2004) témoignent que la mise en place de tests de dépréciation a significativement amélioré la capacité des capitaux propres (du résultat comptable) à véhiculer de l’information sur la valeur (la variation de la valeur) des groupes. Dans leur étude, Li, Shroff et Venkataraman (2004) trouvent que les investisseurs et les analystes révisent leurs anticipations à la baisse à l’annonce d’une dépréciation du goodwill et que l’ampleur de cette révision est une fonction croissante du montant de la dépréciation. Churyk (2005) obtiennent des résultats similaires. Cette étude indique un impact du changement du mode de comptabilisation du goodwill sur sa valorisation par le marché. Enfin, Davis (2005) suggère que la dépréciation du goodwill apporte une solution plus pertinente que l’amortissement du goodwill car ce dernier suppose automatiquement une perte de valeur du goodwill et qu’il peut induire une sous-estimation de la perte de valeur réelle du goodwill. L’étude montre ainsi que toutes les entreprises américaines de l’échantillon d’étude ne constatent pas une dépréciation de leur goodwill suite à l’application de la nouvelle norme SFAS 142. De plus, si elles choisissent de le faire, elles enregistrent alors des montants de dépréciation beaucoup plus élevés que les montants de leurs amortissements préalables.

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Les recherches académiques soulignent cependant que la mise en œuvre de la dépréciation du goodwill n’est pas exempte de difficultés et dérives susceptibles de grever son intérêt. Herz, Iannaconi, Maines, Palepu, Schipper, Schrand, Skinner et Vincent (2001) ainsi que Massoud et Raiborn (2003) et Schevin (2005) remettent en cause les avantages de la dépréciation en critiquant les hypothèses et en soulignant les difficultés et les marges de manœuvre sous-jacentes à sa mise en place : définition et ventilation des UGT, choix d’un indice de perte de valeur, estimation de la juste valeur, absence de distinction du goodwill acquis et du goodwill interne, non prise en compte des options réelles … Jordan et Clark (2004) et Sevin et Schroeder (2005) estiment alors que la dépréciation du goodwill illustre davantage le choix d’un nettoyage des comptes déconnecté des réalités des groupes (big bath).

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In fine, la plupart des auteurs du champ académique accorde un potentiel informatif plus important aux dépréciations qu’à l’amortissement systématique du goodwill, et ce malgré le caractère manifestement discrétionnaire des tests de dépréciation. Dans la continuité de ces travaux et parce que nous pensons également que le recours aux tests de dépréciation aboutit à une technique comptable plus pertinente que l’amortissement systématique pour enregistrer les pertes de valeur du goodwill, nous posons les hypothèses suivantes :

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– avant l’application de la norme IFRS 3 :

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H1a. le résultat net est moins pertinent que le résultat avant amortissement du goodwill.

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H1b. la dotation aux amortissements du goodwill n’a pas de contenu informatif

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– suite à l’application de la norme IFRS 3 :

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H2a. le résultat net est plus pertinent que le résultat avant dépréciation du goodwill

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H2b. la dépréciation du goodwill présente un contenu informatif

3 - La méthodologie de la recherche

3.1 - Les modèles d’association

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Les chiffres comptables doivent présenter diverses qualités : pertinence, fiabilité, comparabilité, significativité, intelligibilité … Dans le cadre de cette étude, nous nous intéressons à la pertinence du résultat net. Une donnée comptable est généralement considérée comme pertinente si elle permet de bien évaluer l’entreprise. Selon Francis et Schipper (1999) la pertinence des chiffres comptables peut être envisagée de deux façons. Premièrement, la pertinence d’une information est appréciée par sa capacité à modifier les anticipations des investisseurs sur le marché financier. Les méthodologies de recherche alors utilisées consistent à étudier si le marché réagit suite à la publication d’une information comptable. Ce type d’approche est donc qualifié d’études de réaction. Deuxièmement, les chiffres comptables peuvent également être considérés comme une source d’informations pertinentes s’ils permettent aux investisseurs de confirmer ou de réviser leurs évaluations des entreprises. Les documents comptables sont donc utiles même s’il existe généralement un décalage temporel entre la réalisation d’un événement et son enregistrement. Les méthodologies alors adoptées sont qualifiées d’études d’association. Celles-ci visent précisément à « déterminer si la valeur de l’entreprise qui ressort de l’analyse de ses états comptables est conforme à celle qu’on peut observer sur les marchés financiers » (Amadieu et Dumontier, 2001). Les études d’association se concrétisent par des analyses de régression. Dans cette recherche, nous adoptons cette méthodologie. Le modèle que nous utilisons étudie la relation entre la rentabilité boursière du titre et le résultat net des entreprises [4][4] Un autre type de modèle est également utilisé dans.... Afin de tester les hypothèses H1a et H2a, nous comparons le pouvoir explicatif des deux relations suivantes :

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avec Rit les rentabilités boursières de l’entreprise i générées durant l’année fiscale t

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RNit / Pit –1 le résultat net par action de l’entreprise i sur la période t, normé par le prix de l’action à la fin de la période t –1

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RAGWit / Pit –1 le résultat par action avant amortissement ou dépréciation du goodwill de l’entreprise i sur la période t, normé par le prix de l’action à la fin de la période t –1 ; et tel que RAGW = RN – amortissement du goodwill.

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Les coefficients des régressions sont attendus positifs car le résultat net et le résultat avant amortissement (ou dépréciation) du goodwill sont considérés tous deux comme une mesure de la valeur créée par le groupe sur une année. Si H1a est validée, le R2 (le coefficient de détermination) de la régression 2 est supérieur au R2 de la régression 1. La dotation aux amortissements du goodwill n’améliore pas le contenu informatif du résultat. Si H2a est validée, le R2 de la régression 1 est supérieur au R2 de la régression 2. La constatation d’une dépréciation du goodwill améliore le contenu informatif du résultat.

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Nous proposons ensuite de mettre en œuvre une analyse bivariée afin de tester la contribution de l’amortissement ou de la dépréciation du goodwill au contenu informatif du résultat. Pour ce faire, nous examinons la régression suivante :

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avec A/DGWit/Pit –1 l’amortissement ou la dépréciation (pour l’année 2005) du goodwill par action de l’entreprise i sur la période t, normé par le prix de l’action à la fin de la période t –1

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Si H1b est validée, ?2 est non significatif. L’amortissement du goodwill n’apporte pas d’information sur la valeur de l’entreprise. Si H2b est validée, ?2 est négatif et significatif. La dépréciation du goodwill enregistrée par les groupes fournit de l’information utile sur la valeur détruite par les groupes.

3.2 - L’échantillon

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L’échantillon de départ est composé des 266 groupes cotés, recensés dans la base de données comptables Diane, et qui ont été inclus dans l’indice SBF 250 durant au moins une année sur la période 2001-2005. Du fait de leurs spécificités comptables, les sociétés financières, d’assurance et les sociétés foncières ont été exclues de l’échantillon. Pour un grand nombre de groupes, les données comptables relatives au goodwill étaient manquantes ou mal renseignées [5][5] Nous qualifions de données mal renseignées les groupes... dans la base de données. Aussi, pour ces sociétés, avons-nous collecté ces informations dans les rapports annuels. L’année 2005 s’est avérée particulièrement problématique, car la plupart des informations comptables étaient non renseignées pour près de la moitié des groupes [6][6] Il semblerait que les producteurs de la base de données.... Les rentabilités annuelles ont été collectées dans la base Datastream. Pour filtrer les éventuelles données aberrantes, nous avons, à l’instar de la plupart des autres articles sur l’association entre les rentabilités boursières et les variables comptables, déterminé une règle de filtrage de ces données. Ainsi, avons nous exclu les groupes pour lesquels les rentabilités boursières ou la valeur absolue du résultat net par action divisé par le prix de l’action étaient situées au delà du 95e centile [7][7] Dechow (1994), par exemple, filtre ses données en se.... Le tableau 1 donne, année par année, des précisions sur les différentes étapes de la procédure d’obtention de l’échantillon.

Tableau 1 - Procédure d’obtention de l’échantillonTableau 1

4 - Les résultats

4.1 - Les statistiques descriptives

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L’analyse des statistiques descriptives va nous permettre d’apprécier l’évolution du poids du goodwill, de la performance des groupes et des pratiques comptables sur la période 2001-2005. Les statistiques sont présentées en distinguant les groupes à faible goodwill (le premier tiers de l’échantillon selon la variable « goodwill net sur capitaux propres ») et les groupes à fort goodwill (le dernier tiers de l’échantillon).

4.1.1 - Le poids du goodwill

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Le poids du goodwill est apprécié en mesurant les ratios goodwill net sur capitaux propres (graphique 1) et goodwill net sur actif net (graphique 2). Ces indicateurs permettent d’apprécier notamment le risque de surévaluation du patrimoine comptable des groupes.

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T1 : premier tiers de l’échantillon pour le poids du goodwill

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T3 : troisième tiers de l’échantillon pour le poids du goodwill

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ET : échantillon total

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En 2002, les deux ratios semblent atteindre un pallier aussi bien pour l’ensemble de l’échantillon (ET) que pour les groupes à fort goodwill (T3). Le ratio goodwill net sur capitaux propres demeure cependant très élevé sur l’ensemble de la période. Il fluctue entre 42 % et 55 % pour l’échantillon total et entre 91 % et 115 % pour le tiers de groupes affichant les goodwill les plus élevés. Ces groupes présentent donc un risque très important de surévaluation de leur patrimoine. Il apparaît également qu’en 2005, l’année où les normes IFRS sont devenues obligatoires, le poids du goodwill dans le bilan des groupes s’est renforcé. Ainsi, pour les groupes à fort goodwill, le ratio goodwill net sur capitaux propres augmente de 102 % à 113 % entre 2004 et 2005 et le ratio goodwill net sur actif net augmente de 25 % à 30 %. Ces dernières statistiques suggèrent que l’abandon de l’amortissement systématique au profit des tests de dépréciation a bien entraîné une moindre dévalorisation annuelle du goodwill.

4.1.2 - La performance des groupes

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Le tableau 2 présente l’évolution des différents indicateurs associés à la performance des groupes.

Tableau 2 - Évolution de la performance des sociétésTableau 2

RAGW : résultat avant amortissement du goodwill

T1 : premier tiers de l’échantillon pour le ratio goodwill net/capitaux propres

T3 : troisième tiers de l’échantillon pour le ratio goodwill net/capitaux propres

t-stat : t de student pour la comparaison des moyennes de deux échantillons indépendants (corrigé pour l’hétérogénéité de la variance le cas échéant).

z-stat : le test non paramétrique de Mann-Whitney porte sur l’hypothèse nulle d’homogénéité des distributions.

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Du fait du poids des dotations aux amortissements de goodwill jusqu’en 2004, puis des dotations aux dépréciations en 2005, les groupes à fort goodwill affichent naturellement une performance comptable, mesurée par le ratio résultat net /Actif net, significativement plus faible que les groupes à faible goodwill. Mais il apparaît également que les groupes à fort goodwill affichent aussi, sur la base du résultat avant amortissement du goodwill, une performance moins élevée que les groupes à faible goodwill. Les moins bons résultats nets des groupes à fort goodwill s’expliqueraient donc aussi par leur plus faible propension à créer de la valeur. Les résultats observés par Parenque (2004) confirment également ce « décalage constant entre les anticipations de création de valeur sous-tendant les écarts d’acquisition et la création effective de valeur ».

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Chaque année, les groupes à fort goodwill ont des rentabilités boursières inférieures aux rentabilités des groupes à faible goodwill. On peut cependant distinguer trois sous périodes. En 2001 et 2002, les rentabilités boursières sont négatives pour les deux sous-échantillons T1 et T3 et les écarts sont statistiquement significatifs. Cela s’explique par le dégonflement continu de la bulle spéculative apparue à la fin des années 90. Les groupes à fort goodwill ont sans doute été plus touchés par ce phénomène de bulle, dans le sens où les goodwills les plus conséquents ont été constatés suite à des acquisitions réalisées au prix fort. Les groupes concernés ont logiquement fait l’objet des corrections boursières les plus sérieuses. Sur les années 2003 et 2004, alors que les rentabilités redeviennent positives en moyenne et en médiane, les écarts entre les sous-échantillons T1 et T3 sont très peu significatifs. Il en est de même pour l’année 2005, période d’application généralisée de la norme IFRS 3 sur les dépréciations. Pour ce qui est des opportunités de croissance, appréciées avec le ratio market-to-book, on ne peut pas statistiquement différencier les groupes à fort goodwill des groupes à faibles goodwill. De même, l’étude de Profit (2002) suggère une absence de corrélation entre la présence d’un goodwill important et le cours de bourse. On constate enfin que les groupes à fort goodwill sont, sur l’ensemble de la période d’étude, significativement plus endettés que les groupes à faible goodwill. Les études de Profit (2002) et Parenque (2004) confirment également une accentuation du poids de la dette financière des groupes français côtés, parallèlement à une progression de leurs écarts d’acquisition, de 1995 à 2002. Au final, ces statistiques suggèrent que les groupes à fort goodwill présentent un risque financier plus important que les groupes à faible goodwill, alors même, qu’en moyenne, ils ne présentent pas plus d’opportunités de croissance et génèrent des rentabilités boursières soient plus faibles, soient égales aux rentabilités des groupes à faible goodwill.

Tableau 3 - Évolution des pratiques comptables d’amortissement et de dépréciation goodwillTableau 3

RAGW : résultat avant amortissement du goodwill

T1 : premier tiers de l’échantillon pour le ratio goodwill net/capitaux propres

T3 : troisième tiers de l’échantillon pour le ratio goodwill net/capitaux propres

t-stat : t de student pour la comparaison des moyennes de deux échantillons indépendants (corrigé pour l’hétérogénéité de la variance le cas échéant).

z-stat : le test non paramétrique de Mann-Whitney porte sur l’hypothèse nulle d’homogénéité des distributions.

4.1.3 - Les pratiques comptables

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Pour apprécier l’évolution des pratiques comptables en matière d’amortissement du goodwill jusqu’en 2004, puis de dépréciation en 2005, nous avons calculé les deux ratios suivants (reportés dans le tableau 3) [8][8] Pour l’année 2005, l’amortissement du goodwill a été... :

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Pour la période 2001-2004, le premier ratio permet d’estimer le taux d’amortissement pratiqué par les groupes, et donc d’en déduire la durée d’amortissement du goodwill. Pour l’année 2005, il mesure le pourcentage de dépréciation annuelle du goodwill.

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Sur la période 2001-2004, les groupes à faible goodwill amortissent leur goodwill en moyenne plus rapidement que les groupes à fort goodwill. Les écarts ne sont cependant statistiquement significatifs qu’en 2001 et 2002. Pour l’année 2005, le ratio dotation aux dépréciations sur goodwill brut est en moyenne plus faible pour les groupes à fort goodwill, mais l’écart entre les sous-échantillons T1 et T3 est très peu significatif. De plus, dans les deux sous-échantillons, au moins 50%des groupes n’ont pas enregistré de dépréciations du goodwill. Davis (2005) constate également qu’une grande partie des entreprises de son échantillon d’étude ont choisi de ne pas enregistrer de perte de valeur suite à la mise en œuvre de la SFAS 142. Ce dernier résultat suggère que l’amortissement systématique du goodwill était perçu par la plupart des groupes plus comme une contrainte comptable que comme une mesure pertinente de la variation annuelle de la valeur du goodwill. L’application de la norme IFRS 3 a permis aux groupes français de mieux exercer leur discrétion pour fixer le niveau de dévalorisation annuelle du goodwill et la plupart ont considéré qu’il ne perdait pas systématiquement de la valeur. Or, l’obligation faite aux groupes d’amortir systématiquement leur goodwill avait un impact réel sur leurs comptes consolidés lorsque ces groupes affichaient un goodwill très élevé. En effet, en pourcentage du chiffre d’affaires, les dotations aux amortissements sont significativement plus fortes pour les groupes à fort goodwill sur l’ensemble de la période 2001-2004.

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L’année 2005 semble marquer une rupture dans la mesure où le ratio dotations aux dépréciations sur chiffre d’affaires est plus faible que les ratios dotations aux amortissements sur chiffre d’affaires calculés de 2001 à 2004. Il apparaît de plus que les dotations aux dépréciations représentent une part du chiffre d’affaires plus importante pour les groupes à fort goodwill. L’écart entre les deux sous échantillons T 1 et T 3 n’est cependant significatif pour la moyenne qu’au seuil conventionnel de 10 %. L’écart entre les médianes n’est, bien sûr, pas significatif puisque, pour les deux sous-échantillons, au moins 50 % des groupes n’ont pas enregistré de dépréciations. Enfin, pour les deux sous-échantillons T1 et T3, on constate que la moyenne des dépréciations est très supérieure à la médiane ainsi qu’un écart type important. Cela semble indiquer que certains groupes ont procédé en 2005 à des dépréciations conséquentes conformément à l’hypothèse de « big bath » soutenue par Jordan et Clark (2004) ou Sevin et Schroeder (2005).

4.1.4 - Les spécificités des groupes qui déprécient en 2005

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Seulement 65 groupes, soit 40 % de notre échantillon, ont publié une dépréciation du goodwill en 2005. Dans cette section, nous nous intéressons plus particulièrement à ces groupes. Nous comparons dans le tableau 4 les dépréciations qu’ils ont enregistrées en 2005 aux amortissements qu’ils avaient enregistrés jusqu’en 2004. Le tableau 5 va lui nous permettre d’apprécier si leur performance comptable et financière se distingue de celle des autres groupes.

Tableau 4 - Comparaison des dépréciations 2005 et des amortissements 2001-2004Tableau 4

GWbrut : goodwill brut, Amt : dot. aux amortissements du goodwill, CA : chiffre d’affaires

t-stat : t de student pour la comparaison des moyennes pour échantillons appariés

50

En 2005, les dépréciations enregistrées par 65 des groupes de notre échantillon représentent en moyenne un peu moins de 1 % de leur chiffre d’affaires, ce qui est significativement inférieur aux amortissements du goodwill pratiqués par ces mêmes groupes sur la période 2001-2004. De même, en pourcentage du goodwill brut, à 3,15 % contre 5,64 %, les dépréciations enregistrées en 2005 sont significativement moins élevées que les amortissements enregistrés de 2001 à 2004. Ces résultats attestent une nouvelle fois que l’amortissement systématique, tel qu’il était pratiqué en France jusqu’en 2004, était perçu par les groupes comme une technique comptable inadéquate pour refléter la variation de la valeur de leur goodwill. La norme IFRS 3 a responsabilisé les groupes en matière de dépréciation du goodwill. Ceux-ci sont libres de calculer la juste perte de valeur de leur goodwill. In fine, une majorité d’entre eux n’a pas enregistré de perte de valeur. Lorsqu’une dépréciation a été constatée, elle ne correspond plus à simple pourcentage du goodwill brut, contrairement à ce qu’induisait la technique de l’amortissement systématique. Ce constat entre en contradiction avec l’étude de Davis (2005), qui montre que les entreprises qui ont choisi de déprécier ont enregistré des dotations beaucoup plus élevées que les dotations aux amortissements constatées préalablement. L’auteur considère cependant que le recours à cette pratique confirme l’intérêt de la mise en œuvre de la dépréciation du goodwill car auparavant l’amortissement pouvait induire une sous-estimation de la perte de valeur réelle du goodwill [9][9] Objectons cependant que préalablement à la mise en....

51

Le tableau 5 nous enseigne que les groupes ayant enregistré une dépréciation en 2005 ne se distinguent pas des autres groupes, que ce soit au niveau du poids du goodwill dans leurs bilans ou au niveau de leurs performances comptables et financières. Seul leur résultat net est significativement inférieur au seuil conventionnel de 5 %, ce qui est normal vu que la dépréciation constitue une charge supplémentaire à assumer pour les groupes qui en ont fait le choix. Ces statistiques laissent supposer qu’en 2005 les décisions de déprécier le goodwill n’ont pas été influencées par la performance comptable et financière de l’ensemble du groupe, et suggèrent donc que les dépréciations ont été déterminées pour refléter la « juste » perte de valeur d’un ou de goodwills relevant d’UGT clairement identifiées, conformément à l’esprit de la norme IFRS 3.

Tableau 5 - Comparaison en 2005 des groupes dépréciant leur goodwill et des groupes n’ayant pas dépréciéTableau 5

RAGW : résultat avant amortissement du goodwill

t-stat : t de student pour la comparaison des moyennes de deux échantillons indépendants (corrigé pour l’hétérogénéité de la variance le cas échéant).

z-stat : le test non paramétrique de Mann-Whitney porte sur l’hypothèse nulle d’homogénéité des distributions.

4.2 - Les études d’association

52

Les résultats des régressions 1 et 2 sont reportés dans le tableau 6 pour respectivement : l’ensemble de l’échantillon sur la période 2001-2004 (Panel A), les groupes à forts goodwills sur la période 2001-2004 (Panel B) et les groupes ayant enregistré une dépréciation du goodwill en 2005 (Panel C). Les groupes à forts goodwills sont ceux dont le ratio goodwill net sur capitaux propres est supérieur à la médiane. Pour les panels A et B, nous avons également réalisé les régressions en regroupant les données sur la période 2001-2004, ce qui aboutit à un échantillon de 634 observations (entreprise année) pour le panel A et de 316 observations pour le panel B.

53

Les résultats des régressions montrent que le résultat net et le résultat avant amortissement du goodwill sont tous deux porteurs d’informations sur la valeur des groupes sur la période 2001-2004. Ces résultats sont conformes à ceux des études passées ayant traité du contenu informatif du résultat comptable en France (Dumontier et Labelle, 1998 ; Martinez, 1999 ; Janin, 2002). À l’exception de l’année 2003, pour le panel A et le Panel B, les R2 sont proches ou largement supérieurs à 10 % pour les deux régressions. De plus, les coefficients des deux régressions sont positifs et significatifs au seuil minimal de 5 % pour ces deux panels. Cependant, l’association entre les rentabilités boursières et le résultat avant amortissement du goodwill apparaît plus forte que l’association entre les rentabilités boursières et le résultat net. Le R2 de la deuxième régression est supérieur au R2 de la première régression trois années sur quatre dans le panel A. Pour les groupes à forts goodwills (Panel B), groupes pour lesquels l’impact d’un amortissement du goodwill sur le résultat publié est censé être le plus conséquent, les R2 des régressions sont soient égaux (à 0,5 % près) soient, comme pour le panel A, les R2 de la régression 2 sont supérieurs aux R2 de la régression 1. Sur l’année 2005 (Panel C), année d’adoption généralisée, car obligatoire, de la norme IFRS 3, il semblerait, au vu des R2 (0,343 contre 0,291), que les groupes ayant procédé à une dépréciation de leur goodwill affichent des résultats nets dont le contenu informatif, bien que supérieur, est peu différent de celui du résultat avant amortissement du goodwill.

Tableau 6 - Régressions des modèles d’association univariésTableau 6

* groupes pour lesquels goodwill net/capitaux propres est supérieur à la médiane de l’année.

RAGW : résultat avant amortissement du goodwill

AmtGW : dotation aux amortissements du goodwill

Dépr.GW : dotation aux dépréciations du goodwill

Les coefficients des régressions en gras indiquent une probabilité critique bilatérale inférieure à 0,05.

La statistique Z de Vuong suit une loi normale. Les probabilités critiques correspondent à un test unilatéral.

54

Pour affiner statistiquement nos comparaisons de R2, nous avons réalisé le test directionnel de Vuong (1989) tel qu’il a été mis en œuvre pour la première fois par Dechow en 1994 [10][10] La méthodologie du test est présentée par Dechow (1994)... dans le cadre des études d’association. Une statistique Z positive (négative) et significative indique que le résultat avant amortissement du goodwill possède un contenu informatif plus grand (plus petit) que le résultat net. Pour les années 2002, 2003 et 2004 les écarts de R2 ne sont pas du tout significatifs. En 2001, l’écart est significatif au seuil critique de 13,6 % pour le panel A et au seuil de 11,5 % pour l’échantillon des sociétés à forts goodwills (panel B). Lorsque les années 2001 à 2004 sont regroupées, l’écart entre les R2 est significatif au seuil de 9,2 % pour le panel A, de 6,3 % pour le panel B. Or, la statistique de Vuong est très sensible à la taille de l’échantillon [11][11] Jennings et al. (2001) relèvent aussi que la significativité.... Ceci peut donc expliquer en partie la faible significativité de la statistique Z pour les régressions annuelles et sa plus grand significativité quand les données sont regroupées. Sur cette période 2001-2004, nous ne pouvons donc pas conclure définitivement sur la supériorité informative du résultat avant amortissement du goodwill. Il apparaît cependant, qu’au mieux, l’amortissement systématique du goodwill n’apporte pas d’informations supplémentaires sur la valeur des groupes (période 2002-2004), qu’au pire cette technique comptable est une source de bruit nuisant au contenu informatif du résultat (année 2001). En 2005 (panel C), la différence entre les R2 des deux régressions n’est pas significative à un seuil critique communément admis. Notre hypothèse selon laquelle les dotations aux dépréciations de goodwill pratiquées en 2005, contrairement aux dotations aux amortissements pratiquées de 2001 à 2004, sont porteuses d’informations pertinentes sur la valeur des groupes n’est donc pas validée.

55

Les résultats de la régression 3 vont nous permettre d’étayer notre analyse des contenus informatifs respectifs des dotations aux amortissements du goodwill de 2001 à 2004 et des dotations aux dépréciations en 2005. Ils sont reportés pour les panels A, B et C dans le tableau 7.

56

Pour le panel A, le coefficient b2 est négatif trois années sur quatre mais il n’est significatif qu’en 2002. Pour le panel B qui correspond aux groupes à forts goodwills, ce coefficient n’est jamais significatif. Enfin, lorsque les données des années 2001 à 2004 sont regroupées, le coefficient b2, pour les deux panels, n’est pas significatif. En appui des régressions 1 et 2, ces résultats confirment que l’amortissement systématique du goodwill (A/DGW) ne fournissait pas d’informations pertinentes pour l’évaluation des groupes sur la période 2001-2004. Cette analyse est conforme aux conclusions de Jennings, Leclere et Thompson (2001) dans leur étude portant sur des groupes américains. Pour l’année 2005 (Panel C), le coefficient b2 est bien négatif, conformément au signe attendu, et très significatif, suggérant que cette année là, les dépréciations enregistrées par les groupes ont fourni de l’information utile sur la valeur détruite par les groupes. Nous avons cependant réalisé un test de Fisher portant sur l’hypothèse nulle ?1 = ?2. Or la valeur très faible de la statistique F obtenue ne nous permet pas de rejeter cette hypothèse. Autrement dit, le modèle bivarié (régression 3), avec RAGW et A/DGW comme variables explicatives, est égal au modèle univarié (régression 1) pour lequel le résultat net (RN) est la seule variable explicative. L’analyse conjointe des deux composantes du résultat net (RAGW et A/DGW) n’est donc pas plus riche en informations sur la valeur des entreprises que la simple étude du résultat net. L’hypothèse selon laquelle les dépréciations de goodwill enregistrées en 2005 sont porteuses d’informations utiles pour les investisseurs n’est donc pas validée [12][12] Une explication alternative à nos résultats réside....

57

Au final, sous l’hypothèse que les rentabilités boursières soient un bon estimateur de la valeur créée par un groupe sur un exercice, les résultats des trois régressions suggèrent que le fait d’amortir systématiquement le goodwill nuisait à la pertinence des comptes consolidés pour traduire l’évolution de la valeur des groupes. Depuis le 1er janvier 2005, la norme IFRS 3 contraint les groupes à vérifier, avant toute comptabilisation d’une éventuelle perte de valeur du goodwill, la juste valeur de leur goodwill par le biais des tests de dépréciation. Des dotations aux dépréciations sont alors enregistrées uniquement si le comptable l’estime nécessaire au respect du principe d’image fidèle. Cependant au vu de nos résultats statistiques, il semblerait que la norme IFRS 3, en dépit des changements de pratiques qu’elle a générés, n’ait pas permis d’améliorer la pertinence de l’information comptable pour la valorisation du goodwill en 2005.

Tableau 7 - Régressions des modèles d’association bivariésTableau 7

* groupes pour lesquels goodwill net/capitaux propres est supérieur à la médiane de l’année.

RAGW : résultat avant amortissement du goodwill

AmtGW : dotation aux amortissements du goodwill

Dépr.GW : dotation aux dépréciations du goodwill

Les coefficients en gras indiquent une probabilité critique bilatérale inférieure à 0,05.

F : statistique du test de Fisher portant sur l’hypothèse nulle selon laquelle les coefficients ?1 et ?2 sont égaux.

Conclusion

58

Le goodwill représentait encore en 2005 une part significative des capitaux propres des groupes. Son traitement comptable fait l’objet depuis vingt ans de nombreuses controverses. Alors qu’en France, le goodwill avait toujours fait l’objet d’un amortissement systématique, depuis le 1er janvier 2005, la norme IFRS 3 a obligé les groupes cotés à abandonner cette pratique au profit des tests de dépréciation. Dans cette étude, nous avons examiné l’effet de ce changement de méthode comptable sur la pertinence du résultat pour l’évaluation des groupes.

59

Le contenu informatif du résultat consolidé est apprécié au moyen d’études d’association sur la base d’un échantillon de groupes issus du SBF 250. Nos résultats empiriques montrent que sur la période 2001-2004, l’amortissement systématique du goodwill n’est pas porteur d’informations sur la valeur des groupes en compléments du contenu informatif du simple résultat avant amortissement. Ces résultats confirment qu’il était nécessaire d’abandonner l’amortissement systématique du goodwill compte tenu de la pauvreté informationnelle de cette pratique comptable. Nos résultats sur l’année 2005 ne plaident pas pour autant pour un renforcement du pouvoir discrétionnaire des dirigeants en ce qui concerne le traitement comptable du goodwill. En effet, les dotations aux dépréciations du goodwill publiées cette année là n’ont pas contribué à améliorer significativement le contenu informatif du résultat publié par les groupes. La norme IFRS 3, bien qu’elle permette aux dirigeants d’exercer leur jugement pour évaluer le goodwill, n’a pas amélioré la pertinence des résultats publiés par les groupes.

60

L’application de la norme IFRS 3 a cependant bel et bien changé les pratiques comptables des groupes. Seule une minorité d’entre eux ont déprécié leur goodwill en 2005 et, le cas échéant, ces dépréciations sont inférieures aux amortissements pratiqués ultérieurement. Au final, si cette norme n’a pas permis de renforcer le contenu informatif du traitement comptable du goodwill, les changements de pratiques sont avérés. De ce fait, il conviendrait de s’interroger dans les recherches futures sur les motivations des dirigeants en la matière.


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Notes

[1]

Nous nous intéressons dans le cadre de cette recherche qu’aux écarts d’acquisition positifs.

[2]

Selon, Dang Pham (2007)

[3]

À notre connaissance, aucune étude française n’a été réalisée jusqu’en 2006 sur le contenu informatif du goodwill.

[4]

Un autre type de modèle est également utilisé dans la littérature. Il est fondé sur le prix et examine la relation entre le cours de Bourse, la valeur comptable des fonds propres et le résultat des entreprises. Pour notre part, nous préférons nous référer à un modèle basé sur les rentabilités afin de minimiser les effets d’échelle et l’hétéroscédasticité des résidus (Christie, 1987 ; Easton et Sommers, 2003)

[5]

Nous qualifions de données mal renseignées les groupes pour lesquels la valeur brute du goodwill est donnée dans la base Diane comme égale à sa valeur nette pour les années 2001 à 2004, dans la mesure où sur cette période les groupes avaient pour obligation de procéder à l’amortissement systématique de leur goodwill.

[6]

Il semblerait que les producteurs de la base de données Diane aient été quelque peu décontenancés par les formats de publication adoptés par les groupes suite à l’adoption obligatoire des normes IFRS en 2005. Les documents de synthèse sont en effet beaucoup moins détaillés qu’auparavant. Ce montant de la dépréciation du goodwill n’apparaît plus obligatoirement. Le compte de résultat est très souvent présenté par destination et non par nature. Seule une lecture approfondie et avisée des notes relatives aux comptes consolidés permet de reconstituer une information comptable aussi détaillée qu’avant l’application obligatoire des normes IFRS.

[7]

Dechow (1994), par exemple, filtre ses données en se basant sur le 99e centile.

[8]

Pour l’année 2005, l’amortissement du goodwill a été remplacé par sa dépréciation pour les deux ratios.

[9]

Objectons cependant que préalablement à la mise en œuvre de la dépréciation du goodwill, les entreprises pouvaient enregistrer au travers d’un amortissement exceptionnel une perte de valeur plus grande que celle prévue par le tableau d’amortissement initial.

[10]

La méthodologie du test est présentée par Dechow (1994) en annexe de son article.

[11]

Jennings et al. (2001) relèvent aussi que la significativité de leurs résultats est très sensible à la taille de leur échantillon. Les premiers résultats de leur étude publiée dans un cahier de recherche en 1996 et basée sur 89 à 149 observations selon les années ne sont pas significatifs, alors que les résultats de leur article de recherche publié en 2001 et établis à partir de 355 à 550 observations selon les années sont significatifs.

[12]

Une explication alternative à nos résultats réside dans le choix d’un benchmark inadéquat pour apprécier le contenu informatif des chiffres comptables. En effet, comme l’ont notamment souligné Warfield and Wild (1992), il existe un décalage temporel entre l’enregistrement comptable d’un événement et sa prise en compte par le marché financier. Il y aurait en quelques sortes un mauvaise concordance des temps boursier et comptable (a lack of timeliness). Dans la mesure où les cours de Bourse reflètent les anticipations des investisseurs et où la comptabilité relève plutôt d’un constat a posteriori des événements, il serait intéressant d’analyser, dans de prochains travaux, le pouvoir explicatif de nos modèles d’association (R2) en utilisant des rentabilité boursières antérieures aux résultats comptables.

Résumé

Français

Cette étude a pour objectif d’analyser l’impact de la comptabilisation du goodwill sur l’utilité du résultat pour mesurer la valeur des groupes français cotés sur la période 2001-2005. Cette recherche présente aujourd’hui un intérêt particulier puisque depuis le 1er janvier 2005, la nouvelle norme IFRS 3 oblige les groupes à procéder à des tests annuels de dépréciation du goodwill à la place d’un amortissement systématique. Contrairement à notre principale hypothèse, nos résultats montrent que la dépréciation du goodwill tout comme l’amortissement systématique ne contribue pas à améliorer la pertinence des chiffres comptables pour évaluer les groupes d’entreprise.

Mots-clés

  • goodwill
  • contenu informatif du résultat
  • amortissement
  • dépréciation
  • IFRS 3

English

This study aims at investigating the effect of goodwill accounting on the usefullness of earnings data as an indicator of share value for a large sample of french listed companies over the 2001-05 period. This issue is of special interest because, since the first January 2005, the IASB issued the IFRS N? 3 which modifies the method of accounting for goodwill from systematic amortization of goodwill to an approach that requires annual testing for impairment. Our results suggest that the goodwill impairment is not a best appropriate accounting treatment than amortization for conveying information about firm value.

Keywords

  • goodwill
  • earnings value relevance
  • amortization
  • depreciation
  • IFRS 3

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 - Le goodwill : définition et comptabilisation
  3. 2 - La revue de la littérature et les hypothèses de recherche
  4. 3 - La méthodologie de la recherche
    1. 3.1 - Les modèles d’association
    2. 3.2 - L’échantillon
  5. 4 - Les résultats
    1. 4.1 - Les statistiques descriptives
      1. 4.1.1 - Le poids du goodwill
      2. 4.1.2 - La performance des groupes
      3. 4.1.3 - Les pratiques comptables
      4. 4.1.4 - Les spécificités des groupes qui déprécient en 2005
    2. 4.2 - Les études d’association
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Disle Charlotte, Janin Rémi, « La norme IFRS 3 a-t-elle amélioré le contenu informatif du goodwill ? Étude des amortissements et des dépréciations du goodwill des groupes du SBF 250 sur la période 2001-2005 », Comptabilité - Contrôle - Audit, 3/2007 (Tome 13), p. 247-267.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2007-3-page-247.htm
DOI : 10.3917/cca.133.0247


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