Accueil Revues Revue Numéro Article

Comptabilité - Contrôle - Audit

2008/2 (Tome 14)


ALERTES EMAIL - REVUE Comptabilité - Contrôle - Audit

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 189 - 191 Article suivant

Nous avons reçu

Audit financier et commissariat aux comptes. MIKOL Alain – 7e édition – 2008 – 313 pages. Téléchargeable sur le site www.numilog.com au prix de 12 euros

1

L’auteur présente les méthodes de travail des auditeurs et la déontologie qu’ils sont tenus de respecter. Après une introduction présentant les métiers de l’audit et les normalisateurs, la 1re partie expose comment mener la mission de certification et quelles sont les normes applicables ; la seconde partie présente les autres normes et les autres missions (examen limité, vérifications spécifiques, interventions défi nies...) ; la 3e partie présente les spécificités du commissaire aux comptes français (déontologie, organisation de la profession, exercice du commissariat, responsabilités).

Revue des livres

Les capitales du capital. Histoire des places financières internationales 1780-2005, Youssef Cassis, 2e édition Honoré Champion, Paris, 2008, 453 pages, 14 €, ISBN 978-2-7453-1704-9

2

Youssef Cassis, professeur d’histoire économique et sociale à l’université de Genève et à la London School of Economics, est l’auteur de nombreuses publications sur l’histoire bancaire et financière. Dans Les capitales du capital, il s’intéresse à l’essor et au déclin des principales places financières internationales depuis la Révolution industrielle, à partir de 1780, jusqu’à nos jours. Pour apprécier la dynamique d’une place financière, il prend en compte plusieurs critères : le montant des fonds qu’elles drainent et exportent, la taille des institutions financières qu’elles abritent, le rôle des banques centrales de chaque pays, les services offerts sur une place : assurances, professionnels du droit et... de la comptabilité. Cela lui permet de dégager une hiérarchie de laquelle émerge un cœur, successivement la City et Wall Street, des rivaux : Paris, Berlin, Tokyo, et des places secondaires : Francfort, Genève, Zurich, Singapour... Ce classement et son évolution est mené en parallèle à une analyse historique globale. « L’essor ou le déclin d’une place financière internationale ne peut se comprendre, nous dit l’auteur, indépendamment de l’environnement économique et social des pays où elle opère, du poids du secteur financier dans cette économie, de la préférence que lui accordent les autorités politiques par rapport à d’autres activités, en particulier industrielles, et de l’influence politique que les élites financières sont en mesure d’exercer » (p. 18).

3

Pour Youssef Cassis, les événements politiques, diplomatiques et militaires sont également déterminants dans le rôle que joue une capitale dans l’histoire du capital. Cela le conduit à adopter un découpage du 19e siècle proche de celui proposé par le grand historien britannique Eric Hobsbawm. Cela donne les trois premiers chapitres du livre qui débutent en 1780 et se terminent en 1914. La période suivante, qui englobe : les deux guerres mondiales, la période des Trente Glorieuses et court jusqu’à nos jours, fait l’objet également de trois chapitres.

4

L’ère des banquiers privés, 1780-1840, constitue le premier chapitre. Sur cette période, Amsterdam, qui avait dominé précédemment le financement du commerce international et les émissions d’emprunts étrangers, cède la place à Londres qui s’impose par l’énorme croissance de son commerce extérieur. « La guerre navale que se livrent les deux pays de 1780 à 1784 évince complètement les navires hollandais de la Baltique. Mais ce sont surtout les guerres de la Révolution et de l’Empire qui vont entraîner un renversement complet des rôles » (p. 36). La prééminence de Londres se lit à travers celle de ses merchant banks telles Barings et plus encore Rothschild. Dès 1812, l’installation de James de Rothschild à Paris va contribuer au rayonnement international du nom. Mais c’est aussi le signe annonciateur du rôle financier ascendant que joue la France à partir de la Restauration grâce, d’une part, à la solidité du franc dans le système multilatéral des paiements internationaux et, d’autre part, à la formation d’une haute banque parisienne. Les autres places comme Francfort, Bruxelles et Genève n’occupant alors qu’un rôle secondaire.

5

La « concentration du capital » est le titre du deuxième chapitre qui couvre la période 1840-1875. La hiérarchie des capitales financières va rester sensiblement la même quoique la rivalité entre Londres et Paris va s’affirmer davantage à la faveur de l’aventure des chemins de fer dans laquelle la France est plus directement impliquée pour financer les réseaux européens. On peut y voir une des conséquences de la révolution bancaire qui se fait alors. Au cours de celle-ci, le système bancaire anglais se spécialise dans la constitution de banques de dépôts par actions avec un système national d’agences et des banques d’outre-mer. Si les banques de dépôt apparaissent également en France, c’est par la constitution de banques d’affaires que la France se singularise, tandis qu’en Allemagne, c’est le modèle de la banque universelle qui voit jour. Outre-Atlantique, la révolution des télécommunications, à partir des années 1840, va permettre à New-York de s’imposer comme capitale financière.

6

1875-1914, voir se constituer un « univers mondialisé » (chapitre trois). Le terme de mondialisation se justifie par l’importance des capitaux exportés, par la liberté de circulation de ceux-ci (rendue possible par la rapidité dans la transmission des informations) et par l’élargissement des places financières internationales. Londres et Paris demeurent les deux premières places internationales, elles sont en même temps les deux principales puissances coloniales. L’augmentation des capitaux à placer fait naître des investment trusts, véritables spécialistes des investissements dans des actifs devenus très diversifiés notamment avec le développement des sociétés anonymes. Youssef Cassis souligne à cet égard que « les experts-comptables forment probablement le groupe le plus représentatif de cette ère nouvelle » (p. 140). Les banques en viennent à évaluer systématiquement les risques encourus : « le Crédit Lyonnais, par exemple, est l’une des premières à se doter d’un service des études financières, mis sur pied dès 1871 » (p. 199). L’avènement de Berlin aux premiers rangs des places financières internationales apparaît comme la conséquence naturelle du poids économique de l’Allemagne et du rôle joué par la Prusse dans son unification. Quant à New-York, c’est l’étoile montante de la période notamment avec le rôle que les investment banks vont jouer, la plus célèbre étant JP Morgan, dans le mouvement de fusions d’entreprises qui caractérise l’industrie américaine au tournant du 20e siècle.

7

Le chapitre quatre porte sur la période 1914-1945, celle des guerres et de la Dépression. Si l’ascendant de New-York se fait alors clairement sentir dans le domaine boursier, c’est « l’exportation de capitaux grâce, et c’est nouveau, à l’enthousiasme du public américain pour les valeurs étrangères » qui la hisse au sommet de la hiérarchie internationale des places financières (p. 219). Mais dans les années 1920, la City n’apparaît pas encore comme une place en déclin, le retour de la livre à l’étalon-or en est un symbole (p. 226-235). La situation de Paris, sortie de la guerre lourdement endettée, est plus contestée du fait de la perte de ses avoirs suite à des ventes d’actifs et à la défaillance de ses créanciers (dont la Russie). La stabilisation du franc par Poincaré en 1926 entraînant la confiance des détenteurs de capitaux apportera un regain de vitalité avant la crise de tétanie des années 1930. Pour prix de la défaite, Berlin connaît un effacement durable durant l’entre-deux-guerres alors qu’Amsterdam et la place financière suisse bénéficient de leur neutralité pendant la Grande Guerre. Notamment Genève et Zurich, aidées par une législation adaptée en matière de secret bancaire, développent une niche avec la gestion de patrimoine.

8

Pour qualifier les années 1945-1980, Youssef Cassis intitule son chapitre cinq : « Croissance et contrôles ». En effet, les Trente Glorieuses sont marquées par l’expansion économique, avec une intervention de l’État. « Les transferts de capitaux les plus importants ne sont pas confiés au secteur privé, mais sont pris en charge par les gouvernements, des organismes étatiques et, dans une moindre mesure, des agences multilatérales comme le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale » (p. 280). Après la deuxième guerre mondiale, New-York est au sommet des capitales financières mais la City résiste car les institutions, les mécanismes, les compétences sont toujours en place et son réseau bancaire international demeure unique au monde. L’émergence des euromarchés, à partir des années 1960, va contribuer à renforcer le rôle de Londres alors qu’au même moment, diverses mesures sont prises aux États-Unis pour freiner l’exportation de capitaux américains. L’Europe continentale, à l’exception de la Suisse, continue à ne tenir qu’un rôle secondaire. On voit poindre, dans les années 1970, l’aube de la mondialisation. C’est le recyclage des pétrodollars principalement par les banques américaines comme la Citibank et l’ouverture vers l’Asie avec l’avènement de Tokyo comme deuxième place financière mondiale.

9

Le chapitre six, « Globalisation et innovations financières », porte sur la période 1980-2005. Sans négliger la fi n de la guerre froide, l’avènement de la société postindustrielle, et les progrès des technologies de l’information, Youssef Cassis distingue trois caractéristiques de la nouvelle ère : la mondialisation, la déréglementation et les innovations financières dérivées de l’Econophysics. Pourtant, si le poids de la finance s’est considérablement accru au cours des vingt-cinq dernières années, l’ordre international des places ne s’est pas modifié, « avec trois places globales – New-York, Londres et Tokyo – au sommet, suivies par cinq autres places internationales, trois en Europe – Francfort, Paris, Zurich – et deux en Asie – Hongkong et Singapour » (p. 362).

10

En conclusion, l’auteur s’interroge sur le risque que courent ces places. Les progrès des communications peuvent-ils les rendre obsolètes ? Il lui semble que les arguments justifiant leur survie – économies externes, effet d’émulation, importance des contacts personnel et des réseaux de relations l’emportent (p. 391).

11

Présenter six fois le classement des places financières pourrait s’avérer un exercice fastidieux. Youssef Cassis parvient à éviter l’écueil en combinant, d’une part, les informations techniques qui motivent ses choix avec, d’autre part, les événements majeurs de l’Histoire. Sans rien céder sur la rigueur du raisonnement, il le sert dans un style qui porte le lecteur. La difficulté n’est pas mince en histoire économique où pour atteindre le chef-d’œuvre la plume d’un Braudel est soutenue par l’iconographie. À défaut de celle-ci, on aurait souhaité davantage de tableaux statistiques, ceux-ci se faisant très rares.

12

Le vrai reproche que l’on pourrait adresser à l’auteur porte dans les efforts qu’il demande à son lecteur pour dégager les conditions de l’essor et du déclin des places financières internationales. On aurait souhaité voir apparaître avec plus de netteté, tout au long de l’essai, l’importance de la stabilité des institutions politiques, de la solidité de la monnaie, de la fiscalité, de la qualification de la main-d’œuvre, etc., pour justifier des changements de la hiérarchie. Est-ce demander à l’histoire d’expliquer au-delà de ce qui lui est possible ?

13

On trouvera dans ce livre matière à réflexion et à recherche complémentaire, plus focalisée sur la comptabilité. On sera aidé en cela par la bibliographie très érudite que nous offre Youssef Cassis.

Titres recensés

  1. Nous avons reçu
    1. Audit financier et commissariat aux comptes. MIKOL Alain – 7e édition – 2008 – 313 pages. Téléchargeable sur le site www.numilog.com au prix de 12 euros
  2. Revue des livres
    1. Les capitales du capital. Histoire des places financières internationales 1780-2005, Youssef Cassis, 2e édition Honoré Champion, Paris, 2008, 453 pages, 14 €, ISBN 978-2-7453-1704-9

Pour citer cet article

Zimnovitch Henri, « La revue des livres », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2008 (Tome 14), p. 189-191.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2008-2-page-189.htm
DOI : 10.3917/cca.142.0189


Article précédent Pages 189 - 191 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback