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Comptabilité - Contrôle - Audit

2009/1 (Tome 15)


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La communauté française des chercheurs en comptabilité, contrôle et audit est prise aujourd’hui dans des mouvements qui la dépassent, parmi lesquels on peut citer : la recherche qui se mondialise, les écoles de management qui s’affirment comme des acteurs de premier plan et des mouvements sociaux qui se développent pour contester la refonte de l’évaluation de la recherche.

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De tels événements ont nécessairement un impact sur le fonctionnement d’une revue scientifique et ceux qui l’animent doivent donc, à intervalles réguliers, se poser à nouveau la question de son rôle et de son utilité. Cela peut permettre, en outre, de préciser les attentes des rédacteurs à l’égard des auteurs et des réviseurs. Il n’est bien sûr pas question de scoops et encore moins de reniements ; un simple propos d’étape, destiné à clarifier la politique éditoriale de CCA.

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Le principe général qui guide notre action est le suivant : nous sommes au service de l’ensemble de la communauté scientifique des chercheurs en CCA, au sens le plus large du terme et jusqu’aux confins des domaines de la comptabilité (financière ou managériale), du contrôle (au sens organisationnel, systémique ou informel du terme), et de l’audit (légal ou contractuel).

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Ce principe peut se décliner en cinq axes principaux :

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• Contribuer à la visibilité internationale de la recherche francophone : au moment où ce numéro de la revue paraîtra, la procédure visant à publier en anglais et par voie électronique les articles de CCA aura vraisemblablement bien avancé. Les mêmes bases de données que celles qui publient CCA (Business complete et ProQuest) devraient être mobilisées. Les frais de traduction resteront à la charge des auteurs, mais une aide est envisagée pour les jeunes chercheurs. Cette solution concilie l’affirmation de notre spécificité francophone d’une part et l’accessibilité de nos recherches à des collègues non francophones d’autre part… en multipliant par x (x > 10) notre lectorat potentiel.

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• Contribuer à la reconnaissance des sciences de gestion. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour constater que cette reconnaissance, de la part de la communauté des sciences humaines et sociales, est très loin d’être acquise et les illustrations ne manquent pas. Mentionnons en une parmi d’autres : dans une conférence tenue en novembre 2006, un enseignant-chercheur en psychologie [1][1] Vial, M. (2006). Le fantasme du tout évaluer, ou assumer... décrivait ainsi ce qu’il appelait « le programme des sciences de la gestion » (p. 3) : « mettre à plat – contrôler la conformité – corriger ». Il s’agit à l’évidence d’une vision particulièrement réductrice de la recherche en sciences de gestion, dont ce collègue n’est assurément pas le seul responsable [2][2] N’oublions pas de battre notre coulpe à ce sujet.. Elle mérite donc que nous nous attachions à la remettre en cause. On frémit d’ailleurs en imaginant ce que ce même collègue pense de la recherche en comptabilité ! En fait cette reconnaissance est à rechercher dans deux directions : auprès des praticiens pour valider la pertinence des questions que nous nous posons, et auprès des collègues des autres disciplines des sciences humaines et sociales pour valider la portée et la scientificité des réponses que nous apportons. Impossible de progresser si on lâche un des deux bouts de cette chaîne.

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Dans le domaine des propositions théoriques, nous souhaitons encourager l’audace des auteurs qui nous soumettent des articles. Tout en les invitant à ne jamais perdre de vue la nécessaire rigueur des dispositifs et l’indispensable clarté du propos, nous sommes tentés de dire aux auteurs : « Proposez vos propres explications théoriques, prenez des risques et résistez aux pressions court-termistes de vos directeurs d’institutions ou de laboratoire ! ». Facile à dire penseront beaucoup, mais ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons réaliser de réelles avancées et acquérir une légitimité scientifique.

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• Contribuer à une évaluation équitable des performances des enseignants-chercheurs. Nous savons bien que nous ne faisons pas que produire un discours scientifique ; nous contribuons aussi au processus de sélection des producteurs de la science. Dans ce processus, le rôle des réviseurs est essentiel ; ils constituent véritablement une ressource rare et doivent accomplir une tâche à la fois lourde et délicate : ils ne doivent pas seulement juger mais aussi, dans la mesure du possible, convaincre et surtout argumenter. Convaincre les auteurs d’une part, et convaincre les rédacteurs d’autre part. Ajoutons à cela que leur travail est particulièrement ingrat, puisque leur performance n’est que très peu mise en lumière : on imagine mal qu’une revue décerne le prix de la meilleure révision !

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Cet objectif d’équité peut d’ailleurs entrer en contradiction avec l’objectif énoncé dans le point précédent : on ne peut être véritablement équitable que sur des domaines qui sont connus voire rebattus. Dès que l’on entre dans les terres inconnues, des nouveaux territoires de la connaissance, le souci d’équité doit être mâtiné d’une dose de goût du risque. Nous sommes prêts à assumer cette situation paradoxale et donc à accueillir des contributions originales.

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• Intégrer et différencier, pour progresser ensemble. Différencier, cela implique que nous acceptons une pluralité d’approches méthodologiques ; il ne s’agit pas d’œcuménisme complaisant, mais d’humilité : pour l’instant aucun courant n’a montré de façon décisive sa supériorité sur les autres dans l’élaboration de théories reconnues et reprises par des chercheurs d’autres disciplines. Nous continuons donc notre politique d’ouverture, afin de renforcer l’effort de triangulation des résultats de la recherche. Pour autant nous invitons, autant que faire se peut, chaque auteur à accepter de se poser les questions que lui poseraient les tenants de méthodologies différentes.

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• Privilégier les dimensions managériale et sociétale des problèmes, plutôt que leur dimension technique. Les articles de CCA ne traitent pas les problèmes quotidiens des comptables, des contrôleurs ou des auditeurs, mais les problèmes comptables, de contrôle et d’audit tels qu’ils arrivent aux managers quand la technique est muette et qu’il faut trancher. Dit autrement et pour reprendre une expression chère à Herbert Simon, nous traitons des problèmes non structurés concernant la comptabilité, le contrôle et l’audit. Parmi les problèmes non structurés, il y a ceux qui sont appelés à être « structurés » rapidement (traitement comptable de telle ou telle innovation financière, évaluation des performances dans une nouvelle activité, incidence d’une nouvelle réglementation sur les pratiques comptables ou d’audit, etc.), mais il y a aussi ceux qui sont condamnés à rester des dilemmes récurrents pour les managers (évaluer à une valeur de convention ou à la valeur de marché, contrôler en favorisant, parmi les salariés, la compétition ou l’esprit d’équipe, etc.). Nous acceptons bien sûr ces deux catégories d’articles, notamment s’ils présentent un contenu empirique, mais privilégions plutôt la seconde car elle contient les problématiques fondamentales du management.

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Tout ce qui précède n’est pas forcément consensuel. Ce n’est d’ailleurs pas notre objectif. Nous souhaitons simplement ouvrir un débat.

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Bonne lecture à tous

Notes

[1]

Vial, M. (2006). Le fantasme du tout évaluer, ou assumer le travail du négatif. Conférence à la 1re journée nationale d’études des instituts de formation des cadres de santé des Bouches du Rhône. Contribution à la recherche des soins pour une dynamique d’efficience. Qualité des soins et économies de productions. Marseille : 6 & 7 novembre.

[2]

N’oublions pas de battre notre coulpe à ce sujet.

Pour citer cet article

Nikitin Marc,   Pezet Anne,   Piot Charles,  Teller Robert, « Éditorial. À quoi sert CCA ? », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2009 (Tome 15), p. 3-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2009-1-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.151.0003


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