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Comptabilité - Contrôle - Audit

2009/2 (Tome 15)


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Une situation problématique

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S’il est un travail ingrat, c’est bien celui de réviseur. Il est lourd, parfois fastidieux, et l’on peut pudiquement qualifier la rémunération de ‘symbolique’. Comble de malchance, ceux qui font le mieux ce travail sont plus souvent sollicités que les autres et se voient « rémunérés » par ... encore plus de travail.

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En plus d’être ingrat, ce travail est délicat. Même si la sagesse populaire nous affirme que la critique est facile et l’art difficile, on sent bien que la critique constructive, argumentée et sans complaisance est forcément difficile. Difficile mais néanmoins à la portée du plus grand nombre des enseignants chercheurs en CCA : il y a en effet plus d’excellentes critiques que d’excellents articles et tous ceux qui sont auteurs sont a priori capables d’être réviseurs. De plus, nous n’avons pas vraiment le choix : chaque communauté scientifique valide elle-même les énoncés qu’elle produit et ne dispose que de deux façons pour le faire :

  • a posteriori, en se fondant sur les citations qui ont été faites des énoncés déjà publiés

  • a priori, en confiant à certains de ses membres le soin d’avaliser les énoncés avant leur publication.

Chacune des deux méthodes a ses avantages et ses inconvénients ; il n’est cependant pas imaginable, dans un avenir prévisible, d’abandonner la seconde ; le travail de réviseur est donc ingrat et délicat, mais indispensable au bon fonctionnement de notre communauté scientifique.

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Parfois surchargés par le travail imposé par leurs institutions respectives, certains de nos collègues peuvent se laisser aller à des comportements cavaliers et simplement se poser la question :

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« Comment me débarrasser de ce travail alors que l’on me sollicite mais que je ne veux (ou peux) pas m’y consacrer ? ». Dans ce cas, la moins mauvaise solution consiste simplement à dire clairement « je ne veux pas le faire ». Aujourd’hui, grâce à l’utilisation de Bepress, il suffit d’un clic pour le dire. Il y a bien évidemment plusieurs mauvaises solutions : la première consiste à ne pas répondre, la seconde à se débarrasser de la révision en quelques lignes. Selon son propre profil psychologique, le réviseur épris de rapidité affirmera que l’article est bon, qu’il est mauvais, ou qu’il est moyen, en se contentant d’énoncer son jugement de façon laconique.

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On constate avec Bepress une régression sensible dans l’usage des mauvaises solutions, et une recrudescence corrélative de la bonne solution (décliner, tout simplement et en un clic). Cela ne règle pas nos problèmes pour autant car la ressource ‘bon réviseur’ est toujours trop rare, si on la rapporte au nombre d’articles soumis. Jusqu’ici, nous avons pu fonctionner grâce à la bonne volonté et à la compétence désintéressée de beaucoup. Il devient de plus en plus difficile de poursuivre dans cette voie, en raison de l’augmentation du nombre d’articles qui nous sont soumis d’une part, et en raison d’une exigence croissante de qualité d’autre part. Cette exigence de qualité est elle-même liée à la concurrence accrue entre revues.

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Après avoir rénové les procédures de sélection des articles (raccourcissement des délais, zéro papier, élargissement de l’équipe de rédacteurs), il est maintenant indispensable que nous professionnalisions la révision des articles.

Que faire ?

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Les réponses que nous souhaitons apporter ont, pour certaines, déjà été mises en œuvre ; d’autres sont en gestation. Elles peuvent être regroupées en trois pôles :

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a) Accroissement du rôle des rédacteurs

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Quand nous recevons un article, un rédacteur effectue quelques vérifications (longueur de l’article, lisibilité, champ de la recherche) aboutissant à une première sélection. Nous n’envoyons donc aux réviseurs que les papiers dont la forme est acceptable, qui appartiennent clairement au champ de CCA, qui ne comportent pas de défaut méthodologique majeur et apparent et qui présentent de manière évidente un certain degré d’achèvement. Ces derniers temps, nous avons dû demander des resoumissions immédiates de papiers qui ne respectaient pas la longueur maximale (70 000 signes – que penser d’un article soumis avec 130 000 signes ?) et/ou qui ne respectaient la forme de présentation des références bibliographiques (le style requis figure dans chaque numéro ainsi que sur le site internet de la revue : www.afc-cca.com). Par ailleurs, nous avons rejeté immédiatement un papier de 10 pages et 19 000 signes ainsi qu’un papier comportant des tests statistiques fondés sur un échantillon de 10 entreprises.

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Le rôle du rédacteur se situe donc en amont du travail des réviseurs, mais également en aval : la décision finale lui revient, après qu’il se soit fait une opinion sur la base de la lecture de l’article et surtout des arguments avancés par les deux réviseurs. On comprend facilement que le jugement final sur un article ne peut véritablement se former que par référence à la politique éditoriale d’une part, et par rapport à des regards croisés d’autre part. Ce jugement est donc bien du ressort des rédacteurs. C’est en particulier la raison pour laquelle nous avons arrêté de recourir à l’arbitrage d’un troisième réviseur quand les avis des deux premiers étaient dissonants.

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b) Formation des réviseurs

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Si nous devions présenter nos attentes à l’égard des réviseurs de façon synthétique, nous dirions : « plus qu’un jugement, les rédacteurs et les auteurs attendent des arguments ». Bien évidemment, les réviseurs doivent se prononcer et ont le choix entre trois possibilités : le rejet, l’acceptation sous réserve de modifications mineures, ou bien la demande de modifications substantielles. Mais ce qui nous importe, c’est la justification argumentée de cette conclusion. Ce sont ces arguments qui nous permettent de confronter les points de vue et de rendre l’arbitrage final acceptable par tous.

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Nous sommes conscients de demander beaucoup aux réviseurs : d’une part ils doivent prendre position, d’autre part ils risquent de se voir démentis par le rédacteur. Cela est néanmoins indispensable à l’efficacité du processus de sélection des meilleurs articles. C’est aussi une façon de renforcer l’importance d’une argumentation construite et détaillée. Remarquons enfin que cette pratique est la plus répandue dans les revues d’audience internationale.

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Nous sommes conscients que ces explications, à supposer même qu’elles soient lues par de nombreux réviseurs, ne suffiront pas à mobiliser le plus grand nombre. Nous nous proposons donc d’organiser une journée destinée à harmoniser quelques points de vue et discuter des bonnes pratiques, avec tous les réviseurs qui voudront (pourront) venir. Ce serait aussi l’occasion de discuter du point qui suit.

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c) « Rémunération » des réviseurs.

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Il n’est bien sûr pas question d’argent. Même si nous le souhaitions, nous ne le pourrions pas car l’AFC ne dispose pas d’un budget tel que cette rémunération soit à la hauteur du travail fourni. Et puis, faut-il s’inspirer de l’exemple de la revue Journal of Business Finance and Accounting qui verse à ses réviseurs une rémunération de… 100 dollars par article traité ? Nous n’en sommes pas persuadés. Rappelons également que la rémunération en argent des réviseurs s’accompagnerait inévitablement de frais de soumission pour les auteurs potentiels. Pas plus qu’une autre, cette solution n’est à exclure a priori, mais tant que nous pouvons conserver une solution simple, nous préférons bien sûr nous y tenir.

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D’une manière plus générale, il convient de réfléchir aux raisons qui pourraient motiver un réviseur, en l’absence de reconnaissance formelle de ce travail dans les processus d’évaluation actuellement en place dans nos institutions respectives. Il reste néanmoins que cette tâche de révision relèvera encore longtemps et en grande partie du bénévolat. Pour cela, plusieurs arguments sérieux nous semblent pouvoir être avancés :

  • Un argument utilitariste, d’abord : la révision d’un papier constitue un formidable processus d’apprentissage et d’amélioration pour le réviseur. A force de voir les limites des autres articles, il est impossible que le réviseur n’améliore pas sa propre production. En outre, même si le réviseur est censé être un spécialiste de son champ, il n’empêche que la révision d’articles permet de se tenir au courant de la recherche dans certains domaines et même de la littérature nouvelle dans le champ.

  • Un argument altruiste, ensuite : la révision participe d’un apport à la communauté scientifique qui ne peut vivre sans cela. De la même manière que les participants aux congrès de l’AFC doivent accepter de discuter des papiers pour pouvoir être eux-mêmes discutés, il faut que les membres de notre communauté acceptent de réviser des papiers pour pouvoir être eux-mêmes évalués dans des conditions correctes (en termes de délais et de qualité de travail) lorsqu’ils soumettent des papiers à CCA.

Malgré la solidité des arguments qui précèdent, nous envisageons également le renforcement de mesures incitatives visant à une reconnaissance plus formelle du travail et de la compétence des réviseurs. La publication, à la fin de ce numéro, de la liste de ceux qui ont contribué au fonctionnement de CCA ne suffit bien évidemment pas. En pratique, nous examinons donc la possibilité que le Comité éditorial de la revue soit composé des réviseurs dont la compétence aura été reconnue d’une part, et qui se seront engagés à accomplir un certain nombre de révisions par an d’autre part. Cela impliquerait une modification substantielle des contours du Comité Editorial, tant dans son effectif que dans les institutions représentées. Néanmoins, cette façon de choisir les membres du Comité éditorial confèrerait une vraie valeur à l’appartenance à ce Comité : cette dernière serait en effet la contrepartie directe d’un engagement de travail d’une part, et d’une contribution reconnue au rayonnement de la revue d’autre part.

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Bonne lecture à tous

Plan de l'article

  1. Une situation problématique
  2. Que faire ?

Pour citer cet article

Nikitin Marc, Stolowy Hervé, Pezet Anne, Piot Charles, « Éditorial. Préserver et accroître une ressource rare : les réviseurs », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2009 (Tome 15), p. 3-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2009-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.152.0003


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