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Comptabilité - Contrôle - Audit

2010/1 (Tome 16)


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Les auteurs se posent nombre de questions sur les processus d’évaluation en vigueur au sein des revues. Mais ces interrogations légitimes reçoivent trop souvent les réponses les plus erronées qui circulent au gré des conversations de congrès dénonçant l’opacité des revues. C’est pourquoi nous avons souhaité expliciter, dans cet éditorial, le fonctionnement de notre revue, en toute transparence.

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L’augmentation du nombre de soumissions à notre revue Comptabilité – Contrôle – Audit, dont les rédacteurs ne peuvent que se féliciter, s’accompagne d’un phénomène jusqu’alors quasiment inconnu : le rejet immédiat. Cette pratique, courante dans un grand nombre de revues parmi les meilleures (où elle est appelée Desk reject), consiste, pour les rédacteurs, à rejeter des projets d’articles sur la base de leur propre lecture, avant même de les avoir envoyés à des évaluateurs.

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La hausse des rejets immédiats s’accompagne d’une pratique également nouvelle pour les rédacteurs : les demandes de resoumission immédiate. Il s’agit ici de demander à l’auteur, dès la soumission, de modifier le projet d’article avant qu’il puisse être envoyé aux évaluateurs.

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Ces deux phénomènes nous semblent préoccupants car ils traduisent les lacunes de certaines soumissions. Pour tenter d’améliorer le rendement et la qualité du processus de sélection des articles, nous commencerons par décrire ces nouveaux phénomènes. Ensuite, nous proposerons aux auteurs des pistes d’amélioration afin de les éviter.

Les causes du rejet immédiat

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Nous présentons ci-dessous les causes de rejet immédiat par fréquence décroissante.

Les soumissions hors champ

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La notion de champ est toujours délicate. Tout d’abord, CCA est par sa nature même une revue ayant un champ très large puisqu’elle englobe la comptabilité, le contrôle et l’audit. Cependant, tout champ a ses limites. Comment savoir si un article est dans le champ ou hors champ ? Nous essayons d’avoir une approche pragmatique qui repose sur une idée très simple : l’article concerne-t-il une problématique d’information (comptable, financière voire extrafinancière), de contrôle (de gestion, interne), ou d’audit ? Si la réponse est négative, l’article est généralement considéré hors champ.

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Concrètement, nous avons considéré hors champ des articles relevant plus de la finance d’entreprise (distribution de dividendes, division d’actions), des ressources humaines (problèmes de rémunération) ou dont l’approche relève avant tout d’une étude micro-économique (travaux portant sur l’innovation, les investissements en R&D, ou en lien avec l’environnement de l’entreprise). Nous avons également considéré hors champ un article traitant d’un outil statistique. Ce dernier article illustre parfaitement notre dilemme : l’outil proposé était appliqué à l’audit. Est-ce que cet élément suffisait à faire rentrer l’article dans le champ de CCA ? Nous avons répondu par la négative parce que l’audit n’apparaissait que dans le décor, sans constituer véritablement l’objet de la recherche.

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Pour finir sur ce thème, il faut préciser que nous mesurons combien les articles sont « hors champ » au moment de trouver des évaluateurs qualifiés. En effet, pour tous les cas de rejets immédiats fondés sur ce critère, nous avons constaté, au moment de notre réflexion sur la décision à prendre que, même si nous voulions mettre l’article « dans le circuit », nous n’arrivions pas à trouver des évaluateurs compétents.

Les soumissions courtes

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Les instructions données aux auteurs (http://services.bepress.com/cca/recommandations.html) indiquent qu’un article « ne doit pas dépasser 70 000 signes (espaces, notes et bibliographie compris) s’il s’agit d’un compte rendu de recherche, 55 000 signes s’il s’agit d’une synthèse bibliographique et 40 000 signes s’il s’agit d’une note de réflexion ».

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Que faut-il alors penser d’un « compte rendu de recherche » de 18 500 signes tenant en 10 pages ? Dans ce cas, nous pouvons considérer que, même si la longueur n’est pas parfaitement synonyme de qualité, un article très court traduit simplement le fait que la recherche n’est pas aboutie mais se trouve à un stade encore préliminaire. Pour preuve, dans l’article en question, les hypothèses faisaient l’objet d’une à deux lignes de texte, sans aucune justification.

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Un autre article de recherche plutôt court (34 000 signes, 14 pages) a été rejeté. Mais il faut préciser qu’il était également hors champ.

Les soumissions comportant des vices de forme

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L’un des premiers reproches que nous adressent les évaluateurs (qui constituent une ressource rare ! cf. notre précédent éditorial) porte sur la forme de certains articles parce que nous leur avons transmis des textes écrits dans un français approximatif et/ou dont le style rend la lecture de l’article très pénible.

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Un auteur, dont l’article a fait l’objet d’un rejet immédiat, notamment du fait de sa forme qui était véritablement défaillante, nous a adressé un courriel de plainte mentionnant le fait que « les problèmes de rédaction auraient pu être révisés ».

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Mis à part le style même de cette phrase de plainte, lui aussi perfectible, nous aimerions insister sur le fait que la forme doit être impeccable dès la première soumission. Il ne faut surtout pas penser, comme cet auteur (et d’autres), que les problèmes de forme pourront être résolus au deuxième tour. Une mauvaise forme a plusieurs conséquences :

  • elle empêche les évaluateurs de se concentrer sur le fond ;

  • elle véhicule une image d’absence de professionnalisme des auteurs ;

  • elle donne le sentiment aux évaluateurs et aux rédacteurs qu’ils doivent « prendre en charge » l’incapacité des auteurs à s’exprimer correctement, alors que le travail d’évaluation et de gestion de la revue est déjà en soi une tâche conséquente effectuée bénévolement !

Ainsi, un évaluateur lisant un article dont la première ligne du résumé évoque « l’étendu » de la divulgation d’informations aura probablement du mal à se départir de la première impression qui est… très mauvaise, d’autant plus que l’évaluateur découvre que la faute d’orthographe du résumé est loin d’être la seule.

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Par ailleurs, certains articles soumis donnent le sentiment que l’auteur n’a jamais eu entre les mains un article de CCA :

  • références présentées en fin d’article de manière non conforme au style requis par la revue (et pour lequel un fichier EndNote existe désormais sur le site de l’AFC (http://www.afc-cca.com/fichiers/Presentation_des_references_974) ;

  • citations de références non conformes au style de la revue (par exemple, citation de l’initiale des prénoms des auteurs) ;

  • notes de bas de page au lieu de notes de fin d’article.

La taille de l’échantillon

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Il nous est arrivé de recevoir des articles mettant en œuvre une méthodologie statistique fondée sur des échantillons de taille très réduite. Par exemple, un article fondait des statistiques sur un échantillon de 10 banques. Même s’il existe des tests statistiques adaptés à des petits échantillons, nous avons estimé qu’il existait tout de même une limite à cette taille et que, en l’espèce, la taille était trop restreinte pour garantir des résultats fiables. De manière générale, nous devons veiller à ce que la méthodologie proposée soit pertinente au regard du terrain empirique mobilisé.

Caractère peu innovant de la recherche

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L’apport d’une recherche par rapport à la littérature existante est un élément important dans le succès du processus de soumission/publication. Certains articles rejetés reposaient sur des questions de recherche non pertinentes ou relevant de la réplication pure et simple, sans valeur ajoutée.

Simultanéité des causes

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Il est rare que le rejet immédiat soit fondé sur une seule cause et notre expérience montre que, dans presque tous les cas, plusieurs problèmes étaient constatés, certains articles cumulant quasiment la totalité des causes mentionnées ci-dessus…

Les demandes de resoumission immédiate

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Quatre causes principales expliquent les demandes de resoumission immédiate.

L’absence du respect de l’anonymat des auteurs

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Malgré des instructions données qui nous semblent claires et correspondent à une pratique scientifique admise depuis longtemps, des auteurs soumettent leur article en laissant leur nom, soit sous le titre, soit sous forme d’adresse courriel en bas de page. Même s’il est évident que nous ne voyons aucune intention maligne dans cet oubli, nous devons nous lancer dans une correspondance avec l’auteur pour demander la resoumission d’une version anonyme.

Longueur de l’article

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Nous avons évoqué précédemment des articles trop courts justifiant le rejet immédiat. Nous sommes également confrontés au phénomène inverse : des articles trop longs. Comment ne pas réagir à un article de 129 884 signes (par ailleurs tenant sur 29 pages, en Times New Roman corps 10 !) ?

Non-conformité des références

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Même si la non-conformité des références nous conduit rarement à justifier, à elle seule, une demande de resoumission immédiate, nous constatons qu’elle est souvent présente avec l’une des autres causes.

Forme de l’article

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La forme de certains articles est déficiente mais pas au point de rejeter l’article immédiatement. Dans ce cas, nous sommes amenés à demander aux auteurs de revoir leur article pour en améliorer la forme et en particulier, le plus souvent, la rédaction.

Des suggestions pour éviter les rejets immédiats ou les demandes de resoumission immédiate

Améliorer la forme

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Comme le lecteur aura pu le constater, la forme se trouve souvent au cœur des décisions évoquées dans cet éditorial. Nous suggérons de corriger la forme de l’article avant la soumission, quitte à le faire relire par un professionnel de la correction linguistique ou par une francophone de naissance.

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Nous estimons qu’il n’y a aucune honte à faire relire un papier. En tant que Français, nous utilisons bien les services de correcteurs linguistiques lorsque nous soumettons des papiers en anglais.

Mettre les références aux normes de la revue

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Il est important (et pas difficile) de mettre les références aux normes de la revue. Par ailleurs, pour les auteurs qui n’utilisent pas un logiciel de gestion des références bibliographiques (du type EndNote), nous suggérons de pointer les références dans les deux sens : des citations vers la liste des références et de la liste vers les citations.

Autres conseils et suggestions

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Nous voudrions conclure cet éditorial en rappelant l’importance de l’introduction de l’article dont la construction n’est pas très éloignée de celle de l’introduction d’une thèse. Elle doit, le plus souvent, commencer par mettre en lumière une question de recherche, puis se poursuivre en présentant ensuite les moyens mis en œuvre pour y répondre.

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La question de recherche doit être une vraie question, avec un point d’interrogation à la fin ! En outre, il est nécessaire que les auteurs justifient l’intérêt d’une telle question (intérêt théorique pour les sciences de gestion, pratique pour les managers, méthodologique pour les sciences sociales, épistémologique pour l’ensemble des sciences, etc.).

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Les auteurs doivent ensuite veiller à présenter clairement les moyens mis en œuvre pour répondre à la question de recherche. Il s’agit d’abord de présenter, même succinctement, la méthodologie : on dira par exemple qui on a jugé pertinent d’interroger, quelles autres sources étaient disponibles (bases de données, archives, divers documents de seconde main, etc.) et comment on a traité les questionnaires et les lectures.

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Il est également préférable de présenter, dès l’introduction, la thèse défendue par les auteurs, et les principaux résultats obtenus. Dernière chose : il peut être utile de justifier le plan adopté.

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Nous faisons le pari que la mise en œuvre de ces recommandations permettra aux évaluateurs et aux rédacteurs de juger beaucoup plus facilement de la pertinence et de la rigueur du travail scientifique des auteurs. La qualité des articles, et donc de la revue, ne pourra qu’en bénéficier.

Plan de l'article

  1. Les causes du rejet immédiat
    1. Les soumissions hors champ
    2. Les soumissions courtes
    3. Les soumissions comportant des vices de forme
    4. La taille de l’échantillon
    5. Caractère peu innovant de la recherche
    6. Simultanéité des causes
  2. Les demandes de resoumission immédiate
    1. L’absence du respect de l’anonymat des auteurs
    2. Longueur de l’article
    3. Non-conformité des références
    4. Forme de l’article
  3. Des suggestions pour éviter les rejets immédiats ou les demandes de resoumission immédiate
    1. Améliorer la forme
    2. Mettre les références aux normes de la revue
    3. Autres conseils et suggestions

Pour citer cet article

Nikitin Marc, Stolowy Hervé, Pezet Anne, Piot Charles, « Éditorial », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2010 (Tome 16), p. 3-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2010-1-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.161.0003


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