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Comptabilité - Contrôle - Audit

2011/2 (Tome 17)


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Lors de deux précédents éditoriaux (CCA 2010, numéro 1, avril et CCA 2010, numéro 3, décembre), nous avons abordé les rejets immédiats et les demandes de resoumission immédiate, puis les rejets au premier tour. Dans la lignée de ces éditoriaux, nous souhaiterions poursuivre nos réflexions sur le fonctionnement de la revue en nous situant encore plus loin dans le processus de soumission d’un article pour aborder les causes de rejet des articles au deuxième tour.

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Alors que nous aurions imaginé que ce phénomène serait marginal, dans la mesure où une décision de révision/resoumission au premier tour devrait augurer d’une évolution favorable de l’article, les statistiques figurant dans le tableau ci-après démontrent qu’au contraire, les rejets au deuxième tour sont significatifs et même en augmentation : ils représentent, en 2010, environ 26 % des décisions prises au deuxième tour (voir Tableau 1).

Tableau 1 - Statistiques des décisionsTableau 1
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L’équipe des quatre rédacteurs a examiné la totalité des articles rejetés au deuxième tour, après un second examen par les deux évaluateurs, sur une période relativement large, c’est-à-dire depuis la mise en place du système Bepress (juillet 2008) jusqu’à la date de rédaction de cet éditorial (mai 2011). Il s’agit d’un échantillon de 10 cas.

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Comme pour les rejets au premier tour, nous allons tenter de passer en revue les principales causes que nous avons pu identifier. Ensuite, nous proposerons aux auteurs des pistes d’amélioration.

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Contrairement à ce que nous avions constaté pour les rejets au premier tour, les causes de rejet au deuxième tour varient peu selon la méthodologie employée ou le champ (comptabilité/contrôle/audit).

Synthèse générale

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Le tableau 2 de la page 5 présente les principales causes de rejet au deuxième tour, sur la base des 10 cas analysés.

Tableau 2 - Analyse des causes de rejetTableau 2

Analyse des causes

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Nous allons maintenant analyser les principales causes en citant, le cas échéant et de manière anonyme, des extraits en italique des rapports des évaluateurs.

Méthodologie

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La première cause de rejet apparaissant dans le tableau est d’ordre méthodologique. Dans la plupart des cas, les auteurs n’ont pas convaincu les évaluateurs sur la pertinence des choix méthodologiques et/ou la transparence du protocole adopté. Par exemple, la méthodologie peut ne pas être assez claire :

« La méthodologie employée reste trop peu lisible pour permettre une évaluation de l’article. Le papier manque trop de rigueur pour pouvoir être accepté ».

(article 7)

Soulignons ici, une nouvelle fois, que toutes les approches sont touchées par ce problème, que celles-ci soient quantitatives ou qualitatives.

Réponses insuffisantes

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La déception des évaluateurs face aux réponses apportées par les auteurs à leurs commentaires constitue la seconde cause de rejet. La citation suivante illustre ce point :

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« En dépit des perfectionnements apportés au modèle et des autres changements dans sa rédaction il n’est guère possible, une fois de plus, de publier cet article, au fond pourtant intéressant, sans prise en compte des remarques antérieurement formulées et sans un remaniement complet de son écriture ».

(article 2)
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Des évaluateurs se plaignent également, et parfois de manière forte, de la faible évolution du papier :

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« J’ai trouvé peu de différences entre la nouvelle version de cet article et celle que j’avais vue en avril dernier ».

(article 5)
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« Ce papier n’a pas suffisamment progressé et n’a aucunement pris en compte les remarques formulées lors de la première évaluation. Je pourrais reprendre mot pour mot ma première évaluation ».

(article 8)

Manque de contribution

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Le manque d’apport, également appelé « contribution », de l’article, constitue une cause fréquente de rejet au deuxième tour. Parfois, c’est l’amélioration même de l’article qui fait ressortir cette lacune.

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« L[e manque d]’apport véritable de la recherche par rapport aux recherches antérieures (ce deuxième point est apparu à la deuxième lecture, après clarification de la revue de littérature) ».

(article 9)

Problème de forme

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Alors que les problèmes de forme avaient été mentionnés comme une cause importante de rejet immédiat, de demande de resoumission immédiate ou de rejet au premier tour, nous les retrouvons dans la moitié des cas analysés.

Multiplicité des causes

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Comme pour les rejets au premier tour, plusieurs causes peuvent coexister, ainsi que le montrent le tableau 2 et les citations suivantes :

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« Bien que l’auteur ait effectué d’importantes modifications, de nombreux problèmes persistent tant sur le fond que sur la forme. Ceci me conduit donc à rejeter définitivement ce travail. Pour argumenter ma décision, mes commentaires porteront sur :

  • Les motivations du papier

  • Le corpus théorique et les hypothèses

  • La méthodologie

  • Le style et les problèmes de forme ».

(article 1)
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« Pour cette nouvelle version, l’auteur a effectué d’importantes modifications qui améliorent considérablement la qualité du travail proposé. L’exposé est en effet beaucoup plus clair concernant notamment les hypothèses, les modèles mis en œuvre et les résultats empiriques. Cependant, des problèmes persistent tant sur le fond que sur la forme ».

(article 3)

Les limites de la transparence ?

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L’amélioration de l’article, dans le sens d’une plus grande clarté, peut se retourner contre l’auteur, comme le montre la citation suivante :

« En comparaison avec la première version, la méthodologie est beaucoup mieux expliquée, mais cette explication confirme les doutes que j’avais sur la validité des conclusions ».

(article 4)

Bien entendu, il ne faut pas en conclure que l’opacité est alors la meilleure stratégie. La transparence et l’honnêteté, même si elles mènent au rejet de l’article, permettent de bénéficier de commentaires de meilleure qualité et donc d’améliorer l’article sur le fond, afin de pouvoir le soumettre à une autre revue.

Décision finale de rejet

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Les avis des évaluateurs ne sont pas toujours convergents. Il est fréquent qu’au deuxième tour, un évaluateur propose (maintienne) le rejet tandis que l’autre évaluateur, probablement plus sensible à l’amélioration de l’article, recommande une révision et resoumission avec modifications majeures, voire une acceptation avec demande de modifications mineures.

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Face à cette contradiction, le rédacteur en charge de l’article doit trancher. La citation ci-dessous, provenant d’une lettre éditoriale, illustre bien l’état d’esprit des rédacteurs face à ce dilemme.

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« Mais il ressort néanmoins de ces rapports que votre seconde version a trop peu de chances de devenir publiable dans un délai raisonnable ».

(Lettre éditoriale, article 10)
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En effet, ce qui prime, c’est la perspective d’une amélioration de l’article telle qu’il puisse satisfaire les deux évaluateurs au troisième tour. Dans beaucoup de cas, il reste trop de remarques négatives sur l’article pour avoir cet espoir, d’où la décision de rejet.

Des suggestions pour éviter les rejets au deuxième tour

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Nous ne souhaitons pas reprendre intégralement les suggestions formulées dans les éditoriaux d’avril et décembre 2010 et qui, pour certaines, restent valables. Nous allons évoquer maintenant des suggestions portant sur des causes de rejet apparaissant après une évaluation approfondie au deuxième tour.

Soigner le mémo de réponse

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Le « mémo de réponse » constitue un outil fondamental du dialogue qui s’instaure, de manière anonyme, entre l’auteur et les évaluateurs. Ce mémo peut être, selon nous, présenté de deux manières :

  • tableau en deux colonnes : à gauche les commentaires des évaluateurs, repris dans leur forme originelle, à droite les réponses de l’auteur ;

  • texte linéaire : avec chaque commentaire, repris dans sa forme originelle et suivi, dans un type de caractère différent, par la réponse correspondante.

Aucune modalité n’a notre préférence. Le plus important est de vérifier que le mémo répond à chaque point soulevé par les évaluateurs, quitte à diviser les paragraphes de commentaires en sous-paragraphes. Il peut en effet être tentant de répondre « globalement » à un paragraphe de commentaires contenant, en réalité, plusieurs idées.

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Quelle que soit la forme du mémo, la reprise des commentaires (textes originaux) nous paraît importante car elle facilite le suivi éditorial : en d’autres termes, elle évite d’avoir à ressortir les rapports d’évaluation et la lettre éditoriale du premier tour.

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Dans ce mémo, l’auteur ne doit pas hésiter à répondre de manière approfondie et argumentée. En particulier en cas de désaccord avec les remarques des évaluateurs (ce désaccord peut être de fond ou provenir, selon l’auteur, d’une mauvaise compréhension de la part de l’évaluateur), il faut expliquer le désaccord et les raisons pour lesquelles l’auteur n’a pas suivi la recommandation de l’évaluateur. Bien entendu, la courtoisie est toujours de mise dans ce dialogue.

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Le mémo de réponse doit être unique car nous estimons que chaque évaluateur doit voir comment l’article a évolué à la suite des remarques formulées par l’autre évaluateur, et le cas échéant par le rédacteur en charge du papier.

Bien considérer les remarques des évaluateurs et du rédacteur

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Bien sûr, la publication d’un article est un processus scientifique et l’auteur garde son libre arbitre. Mais que penser des auteurs dont le mémo laisse transparaître qu’ils estiment que « les évaluateurs n’ont rien compris » ? Lorsque les deux évaluateurs et le rédacteur expriment une critique convergente, ne faut-il pas faire preuve d’une certaine humilité en pensant que ces trois personnes ont peut-être raison ? Et s’ils ont tous tort, n’est-ce pas la faute de l’article qui a mal exprimé certaines idées ?

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En d’autres termes, même si nous sommes loin de croire à l’infaillibilité des évaluateurs, nous faisons toujours l’effort de choisir des personnes connaissant bien les thèmes abordés par les articles et nous pensons que les auteurs ne doivent pas hésiter, au moins dans un premier temps, à se remettre en cause, quitte, dans un second temps, à réagir et à discuter avec les évaluateurs, via le mémo de réponse.

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Enfin, il ne faut pas se concentrer sur les remarques de forme en négligeant celles de fond, en pensant qu’une amélioration de la forme « endormira » les évaluateurs.

Interpréter les commentaires

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En tant que rédacteurs, nous sommes également auteurs et savons parfaitement qu’il est difficile psychologiquement de recevoir deux rapports et une lettre critiquant, parfois sévèrement, notre article. Aussi, quelques conseils pratiques peuvent être de mise.

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Tout d’abord, comme le montre le tableau 1 ci-avant, les rejets au premier tour constituent plus de la moitié des décisions. Aussi, une décision de révision/resoumission est une décision favorable à l’auteur et il faut absolument voir la bouteille à moitié pleine.

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Ensuite, il faut prendre du recul par rapport aux commentaires. Une manière consiste à faire lire à un collègue [1][1] Bien entendu, ce travail devrait être fait, dans un... les rapports et la lettre éditoriale et à analyser ces documents avec le collègue en question. Il est important de « sentir » le ton des rapports et de la lettre éditoriale. Quel est l’état d’esprit des évaluateurs ? S’agit-il d’une révision « facile » ou, au contraire, très risquée ? Dans certains cas difficiles à trancher au premier tour, la lettre éditoriale pourra donner un indice sur le caractère « risqué » de la révision, en mentionnant, par exemple, explicitement que la présente décision de révision/resoumission ne préjuge en rien d’une issue favorable du processus.

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Enfin, il est fondamental de faire un tri entre les commentaires : quels sont ceux qui sont « faciles » à traiter et quels sont ceux qui, au contraire, demandent un travail important, voire impossible ?

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Ce travail d’analyse permet à l’auteur de relativiser les commentaires reçus et de se concentrer sur les remarques majeures.

Soigner la forme

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Nous ne cesserons de le répéter : une mauvaise forme nuit à la compréhension du fond. Combien d’évaluateurs nous ont écrit ou dit qu’ils n’arrivaient pas à se concentrer sur le fond de l’article lorsque la forme (notamment le style) était de mauvaise qualité ?

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Il faut impérativement faire un effort dans ce domaine, que le français soit la langue natale de l’auteur ou pas.

Un exemple de dialogue et des difficultés liés à la révision d’un article

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Pour finir, nous reproduisons ci-dessous un dialogue ayant eu lieu, suite à une décision de révision/resoumission au premier tour (les deux évaluateurs faisaient la même recommandation au rédacteur en charge de l’article).

E-mail de l’auteur au rédacteur : Merci pour ces retours. Nous allons intégrer les remarques de forme et la majorité des remarques de fond du second rapporteur et une partie marginale concernant le premier. Une réponse écrite sur tous les points sera adressée aux rapporteurs en même temps que la prochaine soumission de l’article.

E-mail en réponse du rédacteur : Merci pour votre réponse. Votre e-mail m’inquiète car il ne faudrait surtout pas privilégier la forme sur le fond. Les remarques de fond des deux évaluateurs sont importantes et, en ne les prenant pas en compte, vous courrez le risque de subir un rejet de votre article au deuxième tour.

E-mail en réponse de l’auteur : Nous ne pouvons pas prendre en compte des remarques de fond qui proviennent d’une incompréhension de la démarche et du sujet. C’est pour cela qu’une réponse écrite sera donnée. Au demeurant, l’avis du 1er rapporteur est divergent et partiellement celui du second par rapport à d’autres avis donnés lors de soumissions de l’article à des conférences internationales.

Au moment de la rédaction de cet éditorial, le processus d’évaluation de cet article est en cours. Mais cet échange illustre les difficultés de prise en compte des remarques des évaluateurs. En effet, l’auteur part du principe que les deux évaluateurs n’ont pas compris la démarche et le sujet. Ensuite, il/elle indique que les remarques divergent de commentaires faits dans « des conférences internationales », ce qui sous-entend peut-être que les commentaires reçus dans ces conférences internationales sont plus importants. Mais ce sont les deux évaluateurs de CCA qui vont juger l’article en deuxième lecture, et pas les participants de ces conférences.

Conclusion : quelques réflexions sur la « docilité » des auteurs

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Certains lecteurs de cet éditorial pourraient penser que nous recommandons une certaine « docilité » des auteurs vis-à-vis des évaluateurs. La réalité est moins simple : comme le mauvais et le bon cholestérol, il y a la « docilité » que l’on déconseille et celle que l’on souhaite [2][2] Rappelons que docile vient du verbe latin docere (instruire)..... Nous n’attendons aucun esprit de soumission (ni de rébellion) de la part des auteurs. Au contraire, nous souhaitons un dialogue constructif et argumenté. Nous pouvons donc parfaitement entendre des points de vue dissonants sans nous en offusquer. L’essentiel est pour nous que s’instaure un échange scientifique, fructueux (et courtois !) entre l’auteur et les évaluateurs.

Notes

[1]

Bien entendu, ce travail devrait être fait, dans un premier temps, entre coauteurs, lorsqu’il y a plusieurs auteurs.

[2]

Rappelons que docile vient du verbe latin docere (instruire). Le premier sens de « docile » a donc été « celui qui est disposé à s’instruire ».

Plan de l'article

  1. Synthèse générale
  2. Analyse des causes
    1. Méthodologie
    2. Réponses insuffisantes
    3. Manque de contribution
    4. Problème de forme
  3. Multiplicité des causes
  4. Les limites de la transparence ?
  5. Décision finale de rejet
  6. Des suggestions pour éviter les rejets au deuxième tour
    1. Soigner le mémo de réponse
    2. Bien considérer les remarques des évaluateurs et du rédacteur
    3. Interpréter les commentaires
    4. Soigner la forme
  7. Un exemple de dialogue et des difficultés liés à la révision d’un article
  8. Conclusion : quelques réflexions sur la « docilité » des auteurs

Pour citer cet article

  Nikitin Marc,   Stolowy Hervé,   Pezet Anne,  Piot Charles, « Éditorial. Les causes de rejet des articles au deuxième tour », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2011 (Tome 17), p. 3-9.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2011-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.172.0003


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