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Comptabilité - Contrôle - Audit

2011/3 (Tome 17)


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Il n’existe bien sûr pas de réponse totalement satisfaisante à une telle question : ni en compréhension [1]  Sous forme d’une définition de quelques lignes, censée... [1] , ni en extension [2]  Sous forme d’une liste exhaustive des articles possédant... [2] . Mais paradoxalement nous ne pouvons pas ne pas nous la poser : nous sommes en effet amenés à trancher à propos des articles qui nous sont soumis et il est naturel que nous tentions d’expliciter ce que nous avons en tête en prenant les décisions. Nous avons déjà entrepris cette tâche dans de précédents éditoriaux, en abordant en détail les causes de rejet. Il nous a cependant paru utile d’envisager le problème dans l’autre sens.

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Étant dans l’incapacité de présenter une liste des bons articles (chacun a la sienne), nous ne pouvons pas plus tenter un recensement exhaustif des attributs desdits bons articles. Nous nous bornons donc, plus modestement, à présenter quatre points qui nous semblent cruciaux.

1 - Un bon article est écrit clairement

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Rien de nouveau sous le soleil depuis que Nicolas Boileau énonçait, en 1674, les règles de l’art poétique [3]  L’art poétique est un poème didactique de 1 100 al... [3]  :

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Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,Et les mots pour le dire arrivent aisément.
(Chant I)
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[…]Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,Polissez-le sans cesse, et le repolissez,Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
(Chant I)
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Pour nous, le propos abscons n’est pas gage de profondeur, et il nous inspire même plus de méfiance que de respect. Écrire clairement est une forme d’hommage que l’auteur rend au lecteur, l’expression de son indispensable considération.

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Il convient en effet de ne pas nous en tenir, pour le lectorat potentiel auquel nous nous adressons, au cercle forcément restreint de notre petite communauté scientifique. Si la validation des articles est du seul ressort de cette communauté, cette dernière ne représente en revanche qu’une faible part de ceux à qui nous nous adressons, à savoir les professionnels du chiffre. Nous sommes d’ailleurs très heureux de pouvoir illustrer, dans ce numéro, notre volonté de susciter des débats avec des hommes de l’art.

2 - Un bon article pose une question originale et pertinente…

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Insister sur la nécessité de poser une question n’est pas trivial, si l’on se réfère au nombre important d’articles soumis et ne comportant pas de question, ou ne répondant pas à la question posée, ou annonçant la (ou les) question(s) de recherche tardivement ou trop discrètement. Un début d’article tel que « Nous allons nous intéresser à la question de… » soulève quelques inquiétudes chez les rédacteurs, car il est souvent annonciateur d’une absence de question précise. Nous attendons donc des auteurs qu’ils posent une question (et qu’ils y répondent), et non qu’ils traitent d’une question. Par exemple, un article traitant de la question des ERP en général aurait beaucoup moins d’intérêt que la question (agrémentée d’éléments de réponse) : « Les ERP changent-ils le contrôle de gestion ? » (Meyssonnier & Pourtier, 2006). « Traiter d’une question » est une formulation beaucoup trop vague et laisse la porte ouverte à des discours dont on est bien en peine d’évaluer la scientificité et donc la pertinence.

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L’originalité d’une question doit être établie à l’aide d’un travail de recherche documentaire, approfondi et parfois ingrat. Il est bien sûr très difficile de prouver l’absence de traitement antérieur d’une question, mais il est rédhibitoire de se voir objecter, par un réviseur, que la question a déjà été traitée dans des termes très proches par tel ou tel chercheur.

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Par ailleurs, l’originalité n’est pas une fin en elle-même : une question peut n’avoir jamais été posée pour la simple raison qu’elle n’a pas un grand intérêt. Il convient donc de justifier l’intérêt de la question posée ; un grand nombre d’articles soumis pêchent sur ce point essentiel. L’intérêt de la question posée (et de la réponse apportée) peut comporter plusieurs aspects : managérial, théorique, méthodologique, pédagogique, épistémologique, etc. Cet intérêt peut concerner différentes communautés scientifiques, depuis la petite communauté des chercheurs francophones en comptabilité, pour les questions les plus proches des techniques, jusqu’à l’ensemble de la communauté scientifique internationale, pour les questions épistémologiques.

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La pertinence des thèmes abordés est très difficile à juger. Elle s’apprécie le plus souvent à l’aune des préoccupations du moment, et est donc largement tributaire du contexte et de l’horizon d’attente de notre petite communauté. Pour un thème donné, la pertinence des questions posées peut en revanche être appréciée en raison de leur proximité avec les préoccupations des managers plus que de celles des techniciens. Nous indiquions déjà, dans l’éditorial du numéro de juin 2009 (p. 4) que nous souhaitions « Privilégier les dimensions managériale et sociétale des problèmes, plutôt que leur dimension technique. »

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Il convient enfin de faire apparaître ce qui pose problème, c’est-à-dire la problématique. Cette dernière peut parfois être confondue avec la question de recherche [4]  Mais dans ce cas il est surprenant que l’on ait deux... [4] . Elle peut aussi s’en distinguer : Quand V. Malleret (2009) pose la question : « Peut-on gérer le couple coût-valeur ? » elle présente ensuite la problématique sous la forme d’une double difficulté : « il n’existe pas de consensus sur la définition de la valeur pour le client » d’une part, et nous peinons (pour le moins) à dépasser l’imperfection des méthodes tentant une telle démarche de gestion du couple coût-valeur d’autre part. Certaines définitions [5]  Cf. tous les sites traitant des différentes acceptions... [5] insistent également sur le fait que la problématique peut être présentée sous la forme d’un paradoxe. On peut enfin considérer que question de recherche et problématique expriment la même réalité (une ou plusieurs difficultés conceptuelles ou opérationnelles) de deux façons différentes.

3 - … mettant en place, pour y répondre, un dispositif adapté et scientifiquement acceptable…

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Ce que nous appelons dispositif est l’articulation d’un ensemble d’éléments incluant les théories existantes, les résultats des recherches antérieures et le dispositif ad hoc mis en place par le chercheur (étude empirique). La présentation des théories existantes doit être en effet imbriquée avec les autres éléments du dispositif.

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Il paraît tout à fait légitime de présenter en premier lieu ce que d’autres ont dit avant nous (ce que l’on appelle abusivement « littérature ») avant de présenter l’étude empirique destinée à répondre, au moins partiellement, à la question de recherche. Néanmoins, la rituelle revue de littérature gagne considérablement en qualité si elle est systématiquement reliée aux préoccupations qui se feront jour dans la partie empirique. On observe trop souvent, dans les commentaires des réviseurs, des remarques sur la trop grande distance entre la « littérature » examinée et la question traitée. Cette déconnexion entre la littérature examinée et la question traitée a pour effet d’alourdir inutilement le propos, et de « perdre » le lecteur, chose à laquelle le rédacteur est particulièrement sensible. Il n’est pas surprenant que, dans ce contexte, la revue de littérature des articles empiriques en comptabilité financière ait tendance à disparaître, en tant que section indépendante, pour être intégrée dans le développement des hypothèses.

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Quant à la définition de ce qui est « scientifiquement acceptable » nous pouvons renvoyer le lecteur au titre de l’éditorial de CCA de septembre 1996 : « Des affirmations justifiées et logiquement corrélées. »

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C’est finalement de la cohérence de l’ensemble du dispositif dont dépendra en grande partie la qualité de l’article. Cette cohérence s’exprime en grande partie dans le plan adopté pour traiter la question de recherche et l’on peut observer que les bons articles utilisant des méthodologies « qualitatives » [6]  Les articles quantitatifs en comptabilité financière... [6] ont des plans qu’on retient facilement. Condition nécessaire mais non suffisante, bien sûr.

4 - … et aboutissant à des résultats, sous forme d’une contribution théorique et/ou d’énoncés enseignables

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Il existe bien sûr une grande diversité de types de résultats possibles pour un travail de recherche, et nous sommes bien sûr attentifs et ouverts à toute forme d’innovation en la matière. Mais nous avons en tête la célèbre formule : « Des chercheurs on en trouve ; mais des trouveurs, on en cherche ! » Un bon article doit donc faire avancer la science. Les deux principales voies (elles peuvent parfois se confondre) sont la production d’une contribution théorique et la production de nouveaux énoncés enseignables.

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Pour ce qui est de la contribution théorique [7]  Cf. sur ce sujet l’éditorial du Comptabilité – Contrôle... [7] , nous préférons bien sûr la contestation d’une théorie à la nième validation de la théorie de l’agence. L’originalité et la prise de risques sont des constituants essentiels d’un bon article. Nous pourrions aussi considérer que l’explication (nouvelle, originale) d’un phénomène constitue une contribution théorique, sans qu’il soit nécessairement besoin de faire référence à une théorie déjà connue et reconnue. Une théorie n’est-elle pas autre chose qu’une explication qui a connu le succès ?

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Pour ce qui est des énoncés enseignables, nous pensons bien sûr autant aux publics de formation initiale que de formation continue. La récente proposition d’une typologie des rôles de la fonction contrôle de gestion (Lambert et Sponem 2009) peut constituer un bon exemple (parmi de nombreux autres) de ce qui précède : la présentation d’un tel article peut très facilement et avantageusement permettre d’animer une discussion devant un public de Master 2 professionnel (ou équivalent).

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Nous avons tenté brièvement de répondre de façon normative à la question « Quels sont les attributs qu’un bon article doit comporter ? » Nous aurions pu l’aborder de façon positive en répondant à la question : « Quels sont les articles qui sont considérés comme bons par des jurys ? Par les enseignants ? Par les autres chercheurs ? Par des managers ? » Pour répondre à ces questions nous avons une liste d’articles élus « Meilleur article de l’année », nous pouvons également obtenir facilement une estimation du nombre de fois où chaque article est cité [8]  Il ne s’agit pas d’un moyen infaillible, loin s’en... [8] . Pour les enseignants et les managers, il conviendrait en revanche de mener des enquêtes ad hoc. Voila des pistes pour de futures recherches pouvant donner lieu, pourquoi pas… à de bons articles.


Bibliographie

  • Lambert, C., Sponem, S. (2009). La fonction contrôle de gestion : Proposition d’une typologie. Comptabilité – Contrôle – Audit 15 (2) : 113-144.
  • Malleret, V. (2009). Peut-on gérer le couple coût-valeur ?. Comptabilité – Contrôle – Audit 15 (1) : 7-34.
  • Meyssonnier, F., Pourtier, F., (2006). Les ERP changent-ils le contrôle de gestion ?. Comptabilité – Contrôle – Audit 12 (1) : 45-64.

Notes

[1]

Sous forme d’une définition de quelques lignes, censée englober toutes les propriétés distinctives des bons articles.

[2]

Sous forme d’une liste exhaustive des articles possédant la caractéristique d’être des bons articles.

[3]

L’art poétique est un poème didactique de 1 100 alexandrins.

[4]

Mais dans ce cas il est surprenant que l’on ait deux termes distincts pour parler de la même chose.

[5]

Cf. tous les sites traitant des différentes acceptions de ce terme.

[6]

Les articles quantitatifs en comptabilité financière ont souvent une structure type.

[7]

Cf. sur ce sujet l’éditorial du Comptabilité – Contrôle – Audit 15 (1) : 7-34. Comptabilité – Contrôle – Audit 15 (1) : 7-34. numéro de septembre 2010 (tome 16, vol. 2)

[8]

Il ne s’agit pas d’un moyen infaillible, loin s’en faut, puisque certains articles sont cités pour montrer ce qu’il ne faut pas faire. D’autres articles très cités peuvent l’être parce qu’ils colportent des légendes qui plaisent, etc.

Plan de l'article

  1. Un bon article est écrit clairement
  2. Un bon article pose une question originale et pertinente…
  3. … mettant en place, pour y répondre, un dispositif adapté et scientifiquement acceptable…
  4. … et aboutissant à des résultats, sous forme d’une contribution théorique et/ou d’énoncés enseignables

Pour citer cet article

Nikitin Marc,   Stolowy Hervé,   Pezet Anne,  Piot Charles, « Éditorial. Qu'est-ce qu'un « bon article » ? », Comptabilité - Contrôle - Audit, 3/2011 (Tome 17), p. 3-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2011-3-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.173.0003


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