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Comptabilité - Contrôle - Audit

2012/1 (Tome 18)


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Introduction

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Informer ou ne pas informer ? Problématique au cœur de tourmentes managériales, cette question se reflète tant dans les relations entre dirigeants et actionnaires, qu’entre direction et salariés. Les racines de ce dilemme managérial récurrent (Nikitin 2006) se trouvent au temps de la révolution industrielle caractérisée par l’extension du salariat. Il peut être perçu en filigrane des lectures des romans du XIXe siècle. Ainsi, Émile Zola l’illustre en évoquant l’annonce, le lendemain de l’inventaire dans « Au bonheur des dames », du chiffre d’affaires réalisé au cours de l’exercice écoulé. Cette information représente un enjeu de taille pour les salariés, une partie de leur rémunération étant indexée sur cet indicateur.

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Informer les salariés se généralise à la faveur des avancées législatives. Le type d’information diffusée se précise et peut être divisé en deux catégories : les informations liées à l’emploi (salaires, force de travail, formation) et les informations financières. Elles peuvent être complétées dans les formes les plus avancées de diffusion par des informations prévisionnelles et prospectives (carnet de commandes, développement, licenciement, etc.) (Marsh et Rosewell 1976). Les recherches mobilisant les approches HRM (Human Ressource Management) cherchent précisément à démontrer qu’une diffusion large d’information favorise l’engagement des salariés (Beer et al. 1985), tandis que les recherches critiques en comptabilité s’intéressent au statut de l’information diffusée et voient dans cette pratique un renforcement des valeurs de l’entreprise et des propositions de la direction (Ogden et Bougen 1985).

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Bien que de nombreuses recherches datent la question de la diffusion de l’information, notamment financière, aux salariés au début des années 1970 voire des années 1960 (Jackson-Cox et al. 1984), force est de constater que ce phénomène est plus ancien, la presse managériale anglo-saxonne s’en faisant l’écho dès 1919. Lewis et al. (1984) ont pu démontrer la présence de cycles d’apparition et de disparition de la thématique dans la presse spécialisée dans la gestion des entreprises. Ils ont relié ces cycles aux contextes socio-économiques de chaque période. Toutefois, ce travail sur les revues anglo-saxonnes n’avait pas encore été réalisé sur le cas français.

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Aussi, à partir de la presse professionnelle comptable, notre étude poursuit trois objectifs. Il s’agit, dans un premier temps, de dater la prise en compte, dans les débats, de ce phénomène par la profession comptable, puis de montrer que le débat sur la DIS est le produit de contextes socio-économiques spécifiques et de l’évolution du rôle que les comptables entendent jouer dans la société. Enfin, notre recherche illustrera la définition d’une problématique proposée par Nikitin (2006). Les managers sont perpétuellement confrontés aux mêmes problèmes de gestion pour lesquels il n’existe pas de solution permanente et universelle. Suivant cette lecture, diffuser de l’information aux salariés est un dilemme récurrent du manager dont les solutions diffèrent en fonction des époques et des situations.

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Cette recherche s’appuie sur l’analyse de 124 articles traitant de la DIS parus dans 19 revues professionnelles comptables de 1880 à 2008. La littérature étudiée s’adresse à l’ensemble de la profession comptable, certaines revues sont plutôt dédiées aux comptables libéraux, à l’instar de la Revue Française de Comptabilité, tandis que d’autres s’adressent au comptable d’entreprise, comme France Comptable. La diversité des revues professionnelles traduit elle-même la diversité des statuts au sein de cette profession qui ne s’organisera sous sa forme actuelle qu’en 1942.

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À partir des articles parus dans les revues professionnelles comptables, nous établirons les cycles d’apparition de la thématique. In fine, les facteurs juridiques et socio-économiques de chaque époque et le rôle joué par les comptables dans la société expliciteront les évolutions du débat sur la DIS. Une première partie invitera à comprendre la diffusion d’information aux salariés comme un dilemme managérial récurrent dont le débat, dans les revues comptables, est influencé par le rôle que cette profession entend jouer dans la société. La seconde partie décrira les sources historiques mobilisées. Enfin, la troisième partie cherchera à lier la DIS aux thématiques connexes qui lui sont associées et à l’évolution du rôle de la profession comptable dans la société.

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La période antérieure à la Deuxième Guerre mondiale s’illustre par une certaine hostilité et une indifférence de la profession à la DIS qui est systématiquement adjointe à la participation aux bénéfices dans les débats des années 1920. De 1945 à la fin des années 1970, les revues comptables vont publier de nombreux articles sur la thématique. La profession comptable est alors associée à des travaux traitant de l’accroissement de la productivité (de 1945 à 1968), de la mise en place de la participation, de la diffusion du bilan social (de 1975 à 1980). Cette période se caractérise par un contexte social de réforme de l’entreprise, et économique, de recherche de l’accroissement de la productivité française. A contrario des années précédentes, à compter de la décennie 1980, les articles prennent une orientation juridique et s’adressent aux seuls experts-comptables du comité d’entreprise. Outre la périodisation du débat, notre recherche permet de démontrer sa porosité aux contextes socio-économiques. L’évolution des débats sur la DIS permet d’illustrer l’évolution du rôle que souhaite jouer la profession comptable dans la société. Enfin, nous illustrons le concept de « dilemme managérial récurrent » et démontrons que la problématique de la DIS s’est inlassablement posée aux managers et que les réponses ne sont pas immuables.

1 - D’un dilemme managérial à un débat récurrent

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À partir du milieu des années 1980, la panoplie des outils du contrôle de gestion s’est sensiblement renouvelée, au point que l’on a pu parler de « nouveau » contrôle de gestion. Une fois les effets de mode et de surprise passés, des chercheurs ont tenté de comprendre ce renouvellement et une réflexion s’est engagée sur la nature des innovations managériales et sur leur cycle de vie [1][1] Sur ce thème, on pourra se reporter au numéro spécial....

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Poursuivant cette réflexion, Nikitin (2006) avait constaté la répétition de problématiques, souvent formulables comme des dilemmes. Au cours du temps, ce sont les mêmes questions qui se reposent inlassablement aux managers. En revanche, la réponse qu’ils doivent fournir dans chaque situation est forcément singulière et à inventer, comme le résultat d’un dialogue entre un environnement et une situation particulière d’une part, et le questionnement récurrent d’autre part [2][2] Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de mouvement....

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Dans le cas de la DIS, les pratiques observées nous interdisent de croire à une évolution constante vers une plus grande bienveillance des dirigeants d’entreprise à son égard. Nous soutenons au contraire, dans l’esprit des travaux de Nikitin (2006), que la diffusion d’information aux salariés relève d’une tension entre deux pôles opposés : l’ignorance muette des besoins d’information des salariés d’un côté et la mise en œuvre proactive de la DIS de l’autre. Entre ces deux extrêmes, chaque situation aboutit à un nouvel arbitrage.

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Si cette proposition de définition d’une problématique en sciences de gestion a été conçue pour expliquer les pratiques, elle nous semble tout aussi adaptable aux débats managériaux sur ces pratiques. En effet, les réponses aux dilemmes managériaux sont spécifiques à chaque situation unique, en prolongeant cette réflexion sur les débats, nous sommes amenés à montrer que les termes des débats sur les pratiques managériales sont guidés par l’environnement socio-économique et par le jeu des acteurs.

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En décrivant l’évolution des débats sur la DIS à l’aune des revues professionnelles comptables, notre recherche s’attache à montrer que l’évolution des débats est liée tant à une évolution des environnements socio-économiques qu’à une évolution de la place que les comptables entendent jouer dans la société et dans l’économie française.

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Avant que la profession soit régulée en 1942 par la création de l’Ordre, les comptables ont mis en œuvre des stratégies d’accaparement du marché de la comptabilité (Ramirez 2001). La constitution de la Société Académique de Comptabilité, comme celle de la Compagnie des Experts-Comptables de Paris, a joué précisément ce rôle (Bocqueraz 2001). Par la diffusion d’outils de gestion, la profession comptable cherche à accroître sa légitimité. Au début du XXe siècle, la promotion par les comptables français d’un prix de revient calculé selon le principe de la partie double suit une logique de légitimation de leur profession en mal de reconnaissance (Berland et al. 2002).

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Après la seconde naissance de l’Ordre, si les professionnels disposent d’une reconnaissance juridique grâce à l’ordonnance du 19 septembre 1945, ils demeurent en quête de légitimité. Ainsi, entendent-ils s’imposer dans les débats économiques et sociétaux, comme sur la réforme fiscale de 1951 (Touchelay 2006).

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L’histoire de la profession comptable en France est le fruit d’un besoin de reconnaissance sociétale qui débute dès la fin du XIXe siècle et se poursuit bien après la création de l’Ordre. Cette quête de reconnaissance a été recherchée en fonction des époques par la promotion des techniques puis par la volonté de contribuer aux débats économiques et sociaux. Retracer l’évolution des débats sur la DIS à travers les revues comptables doit permettre de comprendre l’évolution du rôle qu’entend jouer la profession comptable dans la société.

2 - Sources et méthodes

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Pour comprendre cette évolution du débat sur la DIS au sein de la profession comptable, nous avons tenté d’identifier cette thématique dans les revues professionnelles comptables. Ce matériau de recherche a été utilisé par des études françaises notamment par Bensadon pour comprendre l’histoire de la consolidation (2005) et à l’étranger (Lewis et al. 1984) sur l’histoire de la DIS. La presse de manière générale a été décrite par Glaser et Strauss (1967, p. 276) comme de « nouvelles sources de données qualitatives » dont les chercheurs « font couramment un usage particulier et empirique lorsqu’ils étudient le contenu des romans et des journaux en tant que révélateurs d’une époque, d’une classe ou de l’évolution des préférences du pays ». Précisément, notre recherche, en s’intéressant à la diffusion d’information aux salariés à travers le prisme des revues comptables professionnelles, ambitionne de comprendre l’évolution des mentalités sur la DIS sans présager de l’évolution des pratiques.

2.1 - Le choix des revues retenues

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Notre étude a cherché à rassembler les revues professionnelles françaises s’adressant aux professionnels comptables exerçant en entreprise (directeur administratif et financier, par exemple) ou de façon indépendante (expert-comptable, comptable agréé). En effet, le débat sur la DIS intéresse tant les comptables libéraux, en qualité de conseiller, que les comptables en entreprise pouvant faire face à des demandes des salariés ou cherchant à mettre en place la DIS. Ainsi, parmi les 19 revues étudiées, 4 s’adressent spécifiquement aux comptables libéraux, 3 aux comptables en entreprise et 12 ont un public mixte.

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Par ailleurs, nous avons fait le choix d’exclure les revues comptables et financières dont l’objectif principal est d’informer la profession des commissaires aux comptes, les professions bancaires, boursières et d’analyse financière, et les revues centrées uniquement sur la technique administrative telle la Revue du Bureau.

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Deux revues, Le journal du comptable et Le réveil comptable, ont été dépouillées, mais le trop faible nombre de numéros archivés a conduit à les exclure.

2.2 - Présentation des revues analysées

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Dix-neuf revues ont été retenues pour cette étude : le Bulletin du Conseil national de la comptabilité (BCNC), le Bulletin comptable et financier Francis Lefebvre (BFL), le Bulletin de la société comptable de France (BSCF), Économie et comptabilité (EC), Experta (EXP), France comptable (FC), La comptabilité et les affaires (CA), La France comptable (LFC), La tribune comptable (LTC), Le chef de comptabilité (LCC), Les affaires (AFF), L’expert-comptable diplômé (ECD), L’orga, le commerce et la comptabilité (OCC), Mon bureau (BUR), la Revue fiduciaire comptable (RFID), la Revue française de comptabilité (RFC). Enfin, la Revue de comptabilité puis de comptabilité et de jurisprudence et L’instruction commerciale ont été regroupées dans la revue Le commerce (COM).

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Si certaines revues peuvent être liées aux associations professionnelles (Bulletin de la société comptable de France, France Comptable), d’autres s’adressent à l’ensemble de la profession. Elles sont, parfois, l’émanation d’établissements d’enseignement (Le commerce, pour les établissements Pigier), de papetiers spécialisés (Experta), ou de groupes de presse (La Revue Fiduciaire Comptable). Le tableau 1 résume les principales caractéristiques des revues dépouillées.

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Le choix des revues nous a permis d’assurer une pluralité des sources à travers les différentes époques. 4 222 numéros de revues furent dépouillés, répartis entre 1880 et 2008. Les années 1930 sont marquées par une période de prospérité pour la presse comptable, 728 numéros sont alors dépouillés, au contraire de 1880 à 1910, le panorama comptable se limite essentiellement à la revue « Le commerce » et au « Bulletin de la société de comptabilité », 626 numéros sont dépouillés sur cette période de 30 années.

Tableau 1 - Présentation des revues dépouillées[3][3] Cote Bibliothèque Nationale de France (BNF) : 8-V9026...[4][4] Cote BNF : JO-72877, les douze premiers numéros sont...[5][5] Cote BNF : JO-72423, les treize premiers numéros sont...[6][6] Cote BNF : Microfilm M-18920.[7][7] Cote BNF : 8-JO-7107, les quatorze premiers numéros...[8][8] Le numéro 15 (daté de janvier 1947) est le premier...[9][9] Le dernier numéro conservé est daté de juillet 196...[10][10] Cote BNF : JO-76916.[11][11] Cote BNF : JO-21529.[12][12] Le premier numéro dépouillé est daté de janvier 1934,...[13][13] Cote BNF : JO-64809.[14][14] Cote BNF : 4-V-16043.[15][15] Cote BNF : Microfilm M-18920 de 1950 à 1960 puis 4...[16][16] Cote BNF : JO-65178.Tableau 1

2.3 - Recensement et codage des articles

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Aucune base de données et aucun index ne permettant de recenser les articles parus dans les revues sélectionnées, nous avons procédé à un dépouillement manuel des sommaires, des notices bibliographiques et des annonces de conférence des revues précitées, s’appuyant sur une large sélection de mots clés [17][17] Mots clés retenus : information des salariés, productivité,... assurant l’exhaustivité du dépouillement. Chaque article a été également évalué en fonction de deux critères : un premier lié à la taille (3 pour un article de taille supérieure à la moyenne de la revue, 2 pour équivalent à la moyenne, 1 pour inférieur), un second lié au degré d’importance de la DIS dans l’article (3 : la DIS est le thème principal, 2 : un thème majeur, 1 : un thème mineur de l’article). Le croisement de ces deux systèmes de notation a permis d’attribuer une lettre de significativité de A à D pour chaque article et d’exclure certains articles de notre échantillon. Ainsi, la lettre « A » a été attribuée pour un long article (de taille supérieure à la moyenne) et dont la DIS est le thème principal. Le tableau 2 présente les différentes combinaisons de taille et de degré d’importance de la thématique.

Tableau 2 - Évaluation des articlesTableau 2
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Les sous-thématiques furent identifiées a posteriori. Ainsi une première lecture des articles retenus a permis de lister les sous-thématiques les plus fréquemment associées à la DIS. Un article peut répondre à plusieurs items (jusqu’à 4, sans pour autant prévoir de limite, en moyenne un article a été classé dans 2 sous-thématiques différentes).

Figure 1 - Référencement des articlesFigure 1
Tableau 3 - Liste des sous-thématiques identifiéesTableau 3
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Les sous-thématiques abordent deux disciplines : la gestion et le domaine juridique (notamment du droit social). Même si les deux disciplines sont souvent perméables l’une à l’autre (Médus 1997, Amann et Lethielleux 2005), elles sont la traduction de l’orientation des articles sélectionnés. Ainsi certains articles correspondent à un changement de doctrine et de jurisprudence (notamment sur la mission de l’expert-comptable du comité d’entreprise), tandis que d’autres ont des visées plus managériales et entendent conseiller le dirigeant sur les bonnes pratiques de gestion de l’entreprise. Nous avons donc recherché à classer chaque article suivant une orientation gestionnaire ou juridique. Cette classification s’appuie sur le contenu de l’article (suivi de la jurisprudence, conseil pour accroître la productivité), sur la qualité de l’auteur (trois auteurs principaux ont été relevés : les experts-comptables, les juristes et les conseillers en organisation) et la rubrique dans laquelle l’article apparaît.

2.4 - Périodisation

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124 articles ont été répertoriés. Le premier article est daté de 1920, le dernier de 2006 (le dépouillement prend fin en 2008).

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Les revues des années 1920 témoignent d’un timide intérêt pour la DIS. Neuf articles sont alors publiés entre 1920 et 1929, durant les années 1930, un seul article est référencé (sur les 729 numéros de revues dépouillés, il s’agit, pourtant, de la période la plus riche en publications comptables). L’émergence de la thématique est observable après-guerre, elle semble s’estomper dans les années 2000.

Figure 2 - Nombre d’articles publiés par périodeFigure 2
Figure 3 - Articles publiés cumulésFigure 3
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Ces premiers résultats nous ont permis de définir trois périodes. Les neuf premiers articles sont publiés entre 1920 et 1929, Ils traitent tous de la participation aux bénéfices.

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À partir de 1945, une nouvelle période débute avec la parution de nouveaux articles sur la DIS. Le rythme de publication restera constant jusqu’à nos jours. Toutefois, une scission s’opère sur l’orientation des articles. Alors que jusqu’en 1979, les articles ont majoritairement une orientation gestionnaire, ils adoptent à partir de 1980, une posture juridique qui demeurera jusqu’en 2008 (fin de notre dépouillement).

Tableau 4 - Orientation des articles de 1975 à 1985Tableau 4
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Ces trois périodes peuvent être reliées aux sous-thématiques associées.

Tableau 5 - Liste des 5 sous-thématiques les plus associées aux articles publiésTableau 5
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Il ressort que certaines sous-thématiques sont absentes. Seules 10 sous-thématiques sur les 21 identifiées sont présentées dans le tableau 5. Deux raisons peuvent expliquer cette absence. Un premier groupe de sous-thématiques a donné lieu à très peu d’articles dans la presse comptable (SPG, recommandation de l’ordre sur la mission de l’expert du CE), un second groupe fait partie des thématiques récurrentes des revues comptables mais peu associées à la DIS (outil de management, par exemple).

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Enfin, l’orientation juridique ou gestionnaire des articles semble dépendante de la période considérée. Cependant, la significativité est indépendante de la période (la significativité est mesurée par une lettre allant de A à D agrégeant un critère de taille et d’importance de la thématique dans l’article – voir 2.3.).

Tableau 6 - Orientation des articles selon la significativitéTableau 6
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Cette première analyse permet donc d’identifier trois périodes. Pour chacune d’entre elles, nous analyserons, dans une troisième partie, le contenu des articles à l’aune des contextes socio-économiques et du rôle qu’entend jouer la profession comptable dans la société.

3 - Aux origines de la diffusion de l’information aux salariés

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L’objectif de cette section est de parvenir à une chronologie de l’apparition de la thématique et de retracer les origines du phénomène étudié. Avant 1920, même si les pratiques de diffusion d’information ont pu être identifiées dans les entreprises (Amann et Saboly 2001, Fombonne 2001), elles ne sont pas reprises par les revues comptables.

3.1 - L’hostilité puis la disparition d’avant-guerre

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Deux périodes se distinguent durant l’entre-deux-guerres. Les revues passent de l’hostilité à la disparition de la DIS. Dans les années 1920, neuf articles sont publiés dans quatre revues différentes. Dans chacun des neuf cas, la DIS est en filigrane d’un article traitant principalement de la participation des salariés aux bénéfices. Il s’agit de la seule sous-thématique identifiée durant cette période. La recherche de la meilleure formule de rémunération était alors un thème récurrent. Les auteurs, souvent conseillers en organisation, étudient le modèle optimum entre paiement à l’heure, à la pièce, sous-entreprise (qui correspond au centre de responsabilité ou business unit dans le vocabulaire actuel du contrôle de gestion), association ouvrière de production (sous-traitance de la production à une coopération ouvrière), et participation aux bénéfices (Villibous 1924P [18][18] Les références aux articles des revues professionnelles...). Dans sa forme moderne, l’introduction de la participation aux bénéfices est identifiable avec l’extension du salariat, et les exemples d’accords sont assez nombreux. Il est difficile de connaître le nombre d’établissements ayant mis en place un système de participation. Pour certains auteurs cela concernerait 160 entreprises françaises (Duval 1923P), « mais il y en aurait bien davantage », pour d’autres 250 tout au plus dans l’ensemble de l’Europe (Villibous 1924P). Les estimations semblent varier au gré des positions des auteurs.

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L’actualité juridique et politique explique l’intérêt pour la question : la participation aux bénéfices devient obligatoire pour certains statuts de sociétés (les sociétés coopératives ouvrières en 1909) et dans certains domaines d’activité (les chemins de fer en 1921 et les mines en 1919). Le législateur créera une société anonyme à participation ouvrière où coexistent des actions de capital et des actions de travail (1917). Aux élections législatives de 1919, les partis politiques de tous les courants ont inscrit la participation aux salariés dans leurs programmes (Lambert 1920P). Toutefois, les avis des auteurs comptables sont partagés sur la pertinence de ce mode de rémunération. Villibous (1924P) cite le cas d’une usine ayant mis en place une participation aux bénéfices payée sous forme d’actions et « peu de temps après la distribution en question, on releva que le tenancier du débit de boissons faisant face à l’usine, possédait 75 % des actions délivrées au personnel », Villibous se qualifie lui-même comme « un adversaire acharné ». Mais quelle que soit la position de l’auteur, tous s’inquiètent du risque lié au contrôle de l’exactitude par le salarié du bénéfice réalisé par l’entreprise. Les auteurs conseillent alors de toujours insérer une clause à l’accord « pour faire savoir aux salariés participant aux bénéfices qu’ils ne peuvent en rien prétendre à une immixtion directe, ni à un contrôle quelconque dans l’entreprise » (Delombre 1921P). Les craintes des employeurs s’articulent autour de trois axes.

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Tout d’abord, la volonté de garder le secret des affaires : « on conçoit très bien qu’un patron tienne à garder pour lui seul les noms de ses fournisseurs, clients ou correspondants, les secrets de ses opérations, et à ne pas s’exposer au risque de voir un employé révoqué puiser des éléments de concurrence dans la communication des livres » (Toulemon 1926P).

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Dans un second registre, ils insistent sur l’ignorance des salariés et leur incompréhension des états financiers. Ainsi, en 1921, la retranscription d’un débat (« une causerie ») organisé par la Compagnie des experts-comptables de Paris, réunissant hommes politiques, dirigeants, professionnels du chiffre et un ouvrier donne lieu à un échange vif sur le thème du calcul des amortissements. La méfiance du représentant ouvrier est grande à l’égard des données comptables. Certains scandales financiers de la fin du XIXe siècle en sont en partie la cause (Lemarchand et Praquin 2005). Le représentant des salariés souhaite que l’accord définisse nettement « l’amortissement, l’imputation de chaque genre de dépenses, les institutions de prévoyance ; les résultats pourront alors être soumis en toute rigueur à l’examen de l’expert-comptable qui verra si les chiffres sont sincères ». Cette réflexion semble créer un certain émoi et Delombre [19][19] Paul Delombre fut ministre du Commerce, de l’Industrie,... de répondre : « Prenez donc la précaution, pour qu’il n’y ait pas de malentendu, de bien déclarer qu’il n’y a aucun droit de regard ou d’immixtion dans les entreprises où fonctionne la participation. Dans cette condition, elle peut fonctionner ; dans le cas contraire, je prends n’importe quelle affaire, je vous défie, Monsieur l’ouvrier tout puissant, de dire l’année prochaine ce que sera l’amortissement » (Delombre 1921P).

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Enfin, les auteurs craignent la volonté des salariés de s’immiscer dans la gestion de l’entreprise. Rumpf (1926P) qui, par ailleurs, propose ses services de conseil en organisation, est l’auteur d’une série d’articles pour la revue Experta intitulée « le travail dans la joie ». Un des articles sur la question de la rémunération déconseille vivement la participation au rendement qui revient à attribuer « un droit de contrôle plus ou moins direct sur la gestion de l’entreprise, qui limite la liberté et par suite la responsabilité de la direction, ce qui est contraire au point de vue patronal. On ne saurait trop attirer l’attention du danger que présente pour le patron cette clause si anodine de la participation aux bénéfices généralisée à tout le personnel ou à un seul collaborateur ».

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La fin de la décennie marque la fin de tout intérêt pour la DIS dans les revues comptables. Il faut attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la création des comités d’entreprise, pour que la thématique réapparaisse. Seul un article en 1933 présente (Bardet 1933P) l’expérience d’un directeur d’usine ayant décidé d’informer les salariés des répercussions sur l’emploi de la crise de 1929. Il est peu aisé d’envisager les origines de cette disparition de la thématique aussi soudaine que son apparition. Il est toutefois remarquable que dans le contexte anglo-saxon étudié par Lewis et al. (1984), sur une étude utilisant le même type de matériau, les résultats sont en partie similaires aux nôtres en montrant un intérêt pour la DIS de la presse entre 1919 et 1923 puis son absence entre 1923 et 1938. Les auteurs expliquent l’attention portée par l’émergence de nouvelles technologies et l’accroissement des opérations de fusion. Quant à l’ignorance de la thématique, elle est la conséquence de réactions antisyndicales. Le lien avec la conjoncture économique est en revanche plus incertain.

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Les thèmes associés à la DIS dans les contextes français et anglo-saxons diffèrent et conséquemment, les causes du point de rupture observé à la fin des années 1920 ne peuvent être communes. Comme nous avons pu le montrer la DIS est présente dans les revues françaises à la suite des débats sur la participation des salariés, cette caractéristique ne semble pas observable dans le contexte anglosaxon. Ainsi l’adossement du débat, à une mesure permettant la distribution du résultat aux salariés peut expliquer sa disparition lors d’une période caractérisée par un faible niveau des bénéfices. La crise de 1930 en France a pour effet une baisse profonde des profits industriels et de la production industrielle (Caron 1995, Gazier 2010). L’apparition et la disparition du débat dans la presse comptable peuvent également être interprétées à l’aune de l’histoire syndicale. De 1918 à 1920, les adhésions à la CGT vont plus que doubler (passant de 665 000 en 1918 à 2 180 000 en janvier 1920). Les scissions internes auront raison de ce mouvement. Dès 1921 s’entame une période de baisse considérable de l’audience de la CGT. Il faudra attendre alors le Front Populaire pour observer « une ruée syndicale » (Andolfatto et Labbé 2006). L’influence du monde syndical sur le monde politique a pu créer un climat politique favorable à l’émergence du débat sur la participation aux bénéfices.

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En revanche, il est plus complexe d’expliquer que dans le contexte du Front populaire en maijuin 1936, la thématique de la diffusion d’information aux salariés ne soit pas introduite dans les revues comptables. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène.

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D’une part, il ne semble pas que la question de la DIS et plus généralement de la démocratie industrielle soit au centre des revendications syndicales de l’époque. Pour Prost (2002), les causes du mouvement doivent être recherchées dans l’expression d’une culture politique particulière (antifasciste, notamment), et dans les conséquences de la crise économique qui ne plonge pas « les ouvriers dans la misère, mais dans une surexploitation systématique », conséquence du taylorisme.

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D’autre part, l’opposition de la revue comptable Experta à l’égard du Front Populaire révèle peutêtre une opinion généralisée au sein des professionnels comptables. Les critiques de la revue Experta, notamment dans les éditoriaux, concernent, principalement, les conséquences des politiques fiscales et sociales sur la compétitivité des entreprises françaises (Labardin 2004). « Le monde des affaires réclame depuis longtemps des allégements d’impôts et les lois sociales qui viennent de créer de nouvelles charges pour les entreprises rendent une telle mesure plus urgente que jamais » (Éditorial d’octobre 1936, Experta). Les revues comptables ont peut-être pour ces raisons délaissé cette thématique.

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Les professionnels comptables sont également à cette même époque à la recherche d’une légitimité dans le monde des affaires. Cette quête les amène à se présenter comme des experts techniques de la comptabilité. Pour preuve, ils s’emparent des discussions sur les prix de revient (Berland et al. 2002). Les revues professionnelles traduisent cette recherche de la perfection technique, Ramirez (2001) montre ainsi le contraste existant entre la grandiloquence des articles des maîtres de la pensée comptable, notamment dans Experta, et les problèmes quotidiens de leurs clients des comptables. La quête de légitimité investit le champ de la technique comptable qui doit leur permettre d’accéder à un rôle sociétal important.

3.2 - La promotion de la diffusion de l’information financière 1945 à 1980

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À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la profession comptable se reconstruit. Les revues comptables retrouvent rapidement leur rythme d’avant-guerre. Elles proposent alors une étude de la réglementation du comité d’entreprise. Neuf articles visent explicitement à informer les experts-comptables de l’ordonnance de février 1945 relative au comité d’entreprise. Avec neutralité, ils rendent compte des débats juridiques sur cette nouvelle réglementation. Le texte législatif laisse place à une certaine confusion sur le champ d’application de l’assistance du CE, il semble le restreindre aux seules sociétés anonymes tandis qu’un avis du Conseil d’État l’étend à l’ensemble des sociétés. Les critiques concernent donc principalement la forme et la rédaction du texte plutôt que le fond de la nouvelle mesure. À la fin des années 1940, les hésitations législatives semblent dépassées et les professionnels de la comptabilité commencent à s’intéresser à la problématique de la diffusion d’information. Les articles l’associent alors à la thématique de l’augmentation de la productivité. Puis, au milieu des années 1970, les revues recherchent des outils de diagnostics spécifiques pour les salariés et leurs représentants. Cette analyse montre les répercussions sur l’évolution du débat d’une pratique managériale du contexte socio-économique (accroissement de la productivité, thématique de la réforme de l’entreprise) qui est renforcé dans les revues comptables par le besoin de légitimation de la profession comptable.

3.2.1 - L’appropriation du débat par les revues comptables

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Au début des années 1950, la France est à la recherche de relais d’accroissement de sa productivité, les initiatives gouvernementales, internationales et privées se multiplient. Le CNOF (comité national d’organisation française) doit participer à cette recherche, les experts-comptables sont invités à son congrès annuel et les revues professionnelles comptables en rendent compte. Cette préoccupation de l’accroissement de la productivité est présente dans 13 articles. Elle apparaît en 1948 et disparaît en 1966.

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Les préceptes américains de l’accroissement de la productivité sont repris par les professionnels du chiffre, la formule « l’information est la clé de la productivité » est retranscrite dans le Bulletin de la société des comptables de France (Garcia 1953P). Les articles présentent avec enthousiasme la « coopération nécessaire » permettant de « créer l’état d’esprit productiviste » qui doit marquer « une étape fondamentale dans la vie sociale française » (Anonyme 1951P). Le CNOF semble chercher à sensibiliser à ce discours la profession comptable. Si cette réponse est effective dans la presse spécialisée, il reste que « la participation comptable au congrès ne fut pas ce qu’on pouvait espérer, étant donné le rôle que [la] profession est appelée à jouer dans le rétablissement des communications dans les rapports sociaux ». La profession est consciente de sa fonction dans la propagation de la « réforme de l’entreprise » [20][20] L’expression est de François Bloch-Lainé dont l’ouvrage.... Ces congrès ouvrent alors la voie à des articles plus ambitieux traitant de l’information comptable des travailleurs (Angleys 1964P) et permettent aux experts-comptables de s’approprier ce débat. Au cours du congrès de l’Ordre des experts-comptables de 1961, des ateliers sont consacrés à l’association capital-travail et à la coopération ouvrière. Le rapporteur général, Albert Grévoul propose la création d’une « nouvelle technique s’intitulant la science économico-sociale ou bien l’économie sociale de la répartition des produits de l’entreprise en s’inspirant plus spécialement des principes régissant l’entreprise coopérative, forme humaine de l’association capital-travail ». Dans le même temps au début des années 1960, la presse comptable se fait l’écho de la participation et de l’intéressement qui repose naturellement la question de la diffusion de l’information financière aux salariés. La sous-thématique réapparaît ainsi dans les revues comptables à partir de 1960, le rythme de parution d’articles associant la DIS à la participation aux bénéfices s’accélère avant 1967 pour disparaître à compter de 1969. Le débat sur la DIS transparaît dans la plupart des articles publiés sur le thème principal de la participation des salariés. L’ordonnance du 17 août 1967 relative à la participation des salariés aux fruits de l’expansion semble alors l’aboutissement des efforts de la France en matière de productivité et de progrès économique [21][21] Préambule de l’ordonnance du 17 août 1967 : « Les efforts.... La profession comptable se saisit de la question en organisant trois journées d’études [22][22] Du 9 au 11 janvier 1969 à l’Hôtel Trianon-Palace. et en publiant dans la RFC un supplément de 12 pages [23][23] Supplément à la Revue française de comptabilité au.... Ainsi, André Chounavelle, président de l’IFEC, souligne « l’importance de la participation en tant qu’état d’esprit et la nécessité de l’information du personnel » (Garcin et al. 1969P).

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Avec la loi sur la participation des salariés en 1967, la fin de la décennie semble tourner la page du thème de la productivité dans la littérature comptable.

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L’information des actionnaires et du public mobilise le débat au début des années 1970, les auteurs associent alors systématiquement les salariés au tiers. Les articles des années 1970 ne cherchent plus à légitimer la DIS mais à normaliser les outils d’aide aux diagnostics financiers et sociaux à destination des salariés et de leurs représentants.

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En 1968, l’Ordre des experts-comptables et le Conseil national de la comptabilité créent un groupe de travail spécifique au sein du CEFE [24][24] Comité d’étude et de financement des entreprises. chargé de traiter du concept de la valeur ajoutée. En 1972, les conclusions du groupe sont publiées sous la forme d’une brochure (Delsol 1972P), dans le bulletin du CNC. La publicité annonçant la parution de cette brochure met en avant le concours de la valeur ajoutée « pour la recherche d’une politique de progrès économique et social ». Ce soudain engouement pour la valeur ajoutée est également observé au Royaume-Uni. Le comité britannique des normes comptables (Accounting Standards Steering Committee) recommande en 1975 la publication d’un état de la valeur ajoutée montrant comment les bénéfices des efforts de l’entreprise sont partagés entre les employés, les apporteurs de capitaux, l’État et l’autofinancement (Burchell et al. 1985).

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Comme au Royaume-Uni, l’affectation de la valeur ajoutée doit permettre de mieux informer les parties prenantes. Mais, elle reçoit également le rôle d’outil « du dépassement du capitalisme classique vers un système économique de participation, […] la valeur ajoutée est appelée à devenir la notion de base de notre nouveau système économique » (Delsol 1968P). Le Plan comptable de 1982 normalisera ensuite la notion et en proposera une utilisation facultative.

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Ce premier pas dans la création d’outils permet d’imaginer des instruments plus ambitieux. De façon concomitante, les revues comptables (principalement la Revue française de comptabilité) publient six articles entre 1978 et 1980 traitant de l’amélioration de l’information diffusée aux salariés par la création d’outils de diagnostic. Les expériences concernent alors le bilan social, la comptabilité sociale et les comptes de surplus. La légitimité et les origines de la réflexion diffèrent pour chacun des outils. Le bilan social a une légitimité législative. L’Ordre des experts-comptables consacrera une conférence à l’occasion de la création du bilan social et un supplément de 21 pages dans la Revue française de comptabilité. La profession comptable comprend l’incomplétude des outils traditionnels : « il peut apparaître nécessaire d’imaginer et de mettre au point des techniques et des procédures d’analyse visant à en mesurer les performances et les retombées sociales » (Vitrolles 1978P). Les expériences de comptabilité sociale, le terme est assez générique et inclut fréquemment les audits sociaux et le bilan social, sont importées des États-Unis. De son côté, « l’expert-comptable peut jouer un rôle dans le développement des techniques appropriées » (Rey 1978P). Quant à la méthode des comptes de surplus, la profession y voit le moyen de « suivre l’ évolution de la productivité réalisée au sein de l’entreprise, et de décrire les modalités de répartition des fruits de cette productivité entre les divers partenaires sociaux » (Ouedrhiri-Azzouzi 1980P).

3.2.2 - Origine du débat sur la diffusion d’information aux salariés entre 1945 et 1979

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Il semble apparaître au début dès années 1950, un terrain propice à la diffusion d’information, notamment financière, aux salariés. L’évolution du rôle qu’entendent jouer les comptables dans la société française et leur besoin de légitimation, d’une part, et les évolutions économiques et sociales, d’autre part, peuvent expliquer le soudain intérêt des professionnels comptables pour la DIS.

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L’organisation de l’Ordre des experts-comptables aspire à le faire devenir un interlocuteur privilégié des instances patronales, gouvernementales et économiques. La profession s’est organisée en France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Jusqu’alors, la Société des comptables de France (reconnue d’utilité publique) ne fédérait pas l’ensemble des experts-comptables dont le titre pouvait être obtenu par le brevet créé par le Gouvernement français, et d’autres comptables non diplômés se l’attribuaient (Scheid 2009). La renaissance de l’Ordre des experts-comptables et des comptables agréés dote les professionnels d’une structure juridique efficace, mais qui doit faire oublier son douloureux passé (Degos 2002) et trouver une véritable légitimité dans l’organisation économique française (Touchelay 2006). Les experts-comptables cherchent donc à consolider leur statut en participant aux débats économiques des Trente Glorieuses. La création des comités d’entreprise leur a donné un rôle d’expertise et d’assistance au CE. La participation au débat sur la DIS leur permet de dépasser les questions comptables et de montrer leur intérêt pour les problèmes macro-économiques. La collaboration entre le CNOF et la profession comptable a donné lieu à une série d’articles dans les revues comptables. Il s’agit dès le début des années 1950 de promouvoir les mesures visant à l’accroissement de la productivité dans les entreprises françaises. Les experts-comptables sont associés également à la mission de productivité d’avril-mai 1951 (Bensadon 2009) et les revues comptables relatent les gains de productivité réalisables par les entreprises françaises.

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Ils s’emparent de ce débat qui dépasse le champ traditionnel dévolu jusqu’alors aux professionnels de la comptabilité. Cette appropriation leur permet d’intervenir à la fois dans la sphère de la politique économique de la France et dans les choix de la société d’après-guerre. Ils mettent en avant un nouvel ordre économique, une réconciliation du travail et du capital et le dépassement de la comptabilité vers une nouvelle science intégrant l’économique et le social. Cette stratégie leur permet de montrer le rôle qu’ils entendent jouer dans l’économie en restructuration.

57

D’un rôle de promoteur de la DIS, les professionnels vont peu à peu devenir acteur du débat en proposant de dépasser les outils traditionnels.

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Les propositions concernant la définition du concept de valeur ajoutée seront ainsi soutenues par une initiative commune de l’Ordre et du CNC. Dès les années 1970, on assiste à l’apparition d’une nouvelle génération d’experts-comptables du CE intégrant l’analyse financière dans son contexte économique et stratégique (Capron 2001). Cette situation est alors propice à la naissance de nouveaux outils intégrant une dimension globale de la performance de l’entreprise (comptabilité sociale, audits sociaux, surplus de productivité global).

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Par ailleurs, la remise en cause du mode de gestion des entreprises trouve une filiation avec l’apparition du concept de démocratie industrielle (Bloch-Lainé 1963). Ce discours trouve une attention favorable auprès du Conseil des Jeunes de Patrons (CJP), et laisse indifférent le CNPF (Touchelay 2003). Le thème de la réforme de l’entreprise est repris à l’occasion d’un rapport commandé par le Gouvernement français, qui établit que les mutations de la société française créent une obligation de changement pour éviter que l’entreprise soit en décalage par rapport au mouvement général des idées et des faits (Sudreau 1975). Le rapport posera les jalons des futures lois Auroux. Cette remise en cause de la gestion de l’entreprise se traduit par des contestations de salariés, comme dans l’entreprise LIP en 1973, qui marquent un tournant du conflit sur le partage de la valeur ajoutée vers les oppositions liées aux licenciements et au chômage (Capron 2001).

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La transformation de l’économie française vers un accroissement de sa productivité vient enfin justifier la diffusion d’information. En effet, l’accroissement de la productivité est la thématique la plus associée à la DIS dans les revues comptables durant la période 1945 à 1979. Il s’agit, pour la presse comptable, de se faire l’écho de la mise en place pratique des modes de gestion de l’entreprise émergeant à l’immédiat après-guerre. À la fin des années 1940, la faiblesse de la productivité française comparativement à son niveau américain inquiète à un niveau international. Les États-Unis craignent alors un basculement du pays dans le communisme (Boulat 2002). Pour les experts de l’Economic Cooperation Administration (ECA) en charge de l’administration du plan Marshall, la coopération des ouvriers et des patrons passe nécessairement par un accroissement de la productivité (Boulat 2010). Dans ce but, la DIS est amenée à jouer un rôle prépondérant.

61

Expliquer le soudain intérêt pour la DIS revient donc à s’intéresser tant à l’évolution de la société et de l’économie française, qu’aux rôles qu’entendent jouer les comptables. La DIS leur permet de se forger une légitimité dans le débat économique. Ils se positionnent ainsi comme ses ardents promoteurs.

3.3 - À partir de 1980, un débat juridique à destination des seuls experts-comptables

62

La revue de la littérature professionnelle comptable ne laisse pas apparaître à partir des années 1980 de diminution dans la récurrence de la thématique de la DIS. Ainsi, entre 1980 et 2008, 51 articles sont publiés, le rythme de publication dans les années 1990 est parmi le plus élevé (23 articles en 10 ans, 25 dans les années 1960) dans le même temps notre échantillon de périodiques est plus restreint. Plus nombreux, les articles sont, en revanche, beaucoup plus courts et s’intéressent principalement à des questions juridiques. Il s’agit alors d’un suivi de la jurisprudence, de la réglementation, et des recommandations de l’Ordre. Ce choix est un accord avec la ligne éditoriale de la Revue fiduciaire comptable. Pour la Revue française de comptabilité, si les résultats sont identiques, à savoir prédominance des articles à visée juridique, il s’agit d’un changement réel d’angle d’étude de la thématique. Les articles sont à visée juridique dans 25 % des cas entre 1955 et 1979 (à visée gestionnaire dans 75 % des cas), mais, les proportions s’inversent entre 1980 et 2008 (20 % des articles sont gestionnaires, 80 % juridiques). La période immédiate après l’adoption des lois Auroux en 1982 ne donne pas lieu à une augmentation des articles sur la thématique de la DIS. Cette loi semble échapper au champ de compétence du professionnel du chiffre. Les revues sont, en fait, dans une période d’attente vis-à-vis de ces lois et les jurisprudences vont rompre leur silence et les amener à s’emparer du sujet. La question de la DIS devient une question de spécialiste, et l’expert-comptable du comité d’entreprise un thème central. Il est fréquemment associé au droit de communication. La question de la diffusion de la comptabilité analytique et des documents prévisionnels va ainsi occuper le débat jurisprudentiel. En effet, une interprétation restrictive des textes ne permettait pas à l’expert-comptable du comité d’entreprise l’accès à ces documents. La Cour de cassation en 1987 prend position sur le sujet en étendant de façon très large le droit d’accès de l’expert-comptable.

63

Les résultats de notre étude montrent qu’à partir des années 1980, le débat se concentre sur les aspects juridiques et fait fi de la problématique managériale de la diffusion d’information aux salariés. La réponse à la question de la DIS n’est plus gestionnaire, mais au contraire, il semble que ce domaine devienne organisé par le droit et la justice. Les années 1980 marquent le début de la juridicisation [25][25] Le terme « juridicisation » se définit comme « un phénomène... de la DIS dans la presse comptable. La cible des articles change en s’adressant prioritairement aux experts-comptables du comité d’entreprise plutôt qu’à la cible observée de 1945 à 1979, à savoir, l’ensemble de la profession en sa qualité de conseiller de l’entreprise. Si le thème ne disparaît pas, il s’agit alors d’une utilisation de la thématique non plus sous le prisme du management mais comme une obligation légale.

64

Cette nouvelle place laissée au débat sur la DIS dans les revues professionnelles peut de nouveau s’expliquer par l’évolution du rôle du comptable et par l’évolution de la société.

65

D’une part, les comptables ont largement acquis, au début des années 1980, leur légitimité. Ils se positionnent alors comme des experts sur une question qui devient plus juridique que comptable. Leur rôle n’est plus d’être un allié des pouvoirs publics dans le cadre des changements économiques de la France, ils se présentent comme des conseillers de l’entreprise et arborent une neutralité d’expert du chiffre et du droit. Dans le même temps, l’expertise du comité d’entreprise est devenue un marché contrôlé par quelques cabinets centrés uniquement sur ce domaine d’activité, cette mission est de moins en moins assurée par les cabinets classiques et devient l’apanage de spécialistes.

66

D’autre part, avec la fin des Trente Glorieuses, la remise en cause du compromis fordien, la crise du syndicalisme (Laroche 2009), la diffusion collective d’information aux salariés semble avoir perdu son souffle conquérant. La communication s’individualise et devient la mission des directions des ressources humaines qui pour Igalens (1999) se développe dès 1975. Le phénomène s’observe de façon identique au Royaume-Uni sur la question de la valeur ajoutée qui disparaît des préoccupations politiques, économiques et managériales au tournant des années 1980 (Burchell et al. 1985).

Conclusion

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Cette recherche vise à montrer l’évolution du débat sur la diffusion de l’information aux salariés dans les revues comptables. Nous montrons, que si la période avant 1945 témoigne d’une certaine indifférence voire d’une hostilité à l’égard de la DIS, la période d’après-guerre en fait une bonne pratique de gestion associée aux efforts pour l’accroissement de la productivité et au courant de réforme de l’entreprise. À partir des années 1980, le débat quitte le champ de la gestion et s’installe dans le domaine juridique. Nous assistons à une juridicisation du débat sur la diffusion d’information aux salariés.

68

Cette étude rappelle l’influence de l’environnement économique et social sur les débats comptables et le traitement de la DIS par les revues sélectionnées est également dépendant des objectifs poursuivis par les professionnels comptables. Leur quête de légitimité après la Deuxième Guerre mondiale les a incités à s’emparer de ce débat comme une porte d’entrée vers les discussions de politique économique. À compter des années 1980, ces professionnels se positionnent comme des experts du chiffre et du droit de l’entreprise. Le débat devient plus technique et prend une posture juridique.

69

Notre étude illustre, également, la proposition de définition de problématique de Nikitin (2006). Les gestionnaires sont constamment confrontés aux mêmes dilemmes dont les réponses varient en fonction des contextes. Ces dilemmes forment l’ensemble des problématiques des sciences de gestion. Cette définition peut être appliquée au débat sur la DIS. Ce débat est apparu dans les revues comptables dès les années 1920. En revanche, les réponses ont différé suivants les époques : l’hostilité des années 1920 est en contraste avec la bonne pratique de gestion de l’après-guerre, puis à sa juridicisation à partir des années 1980. Comme le démontre la question de l’information des salariés, les sciences de gestion ne permettent pas d’« établir des lois universelles et permanentes », puisque les managers sont inlassablement confrontés aux mêmes dilemmes (Nikitin 2006, 95).

70

Sur un sujet assez peu exploré dans le contexte français, ce travail ouvre certaines pistes de prolongation. Un travail sur la pratique des entreprises, utilisant des documents d’archives d’entreprises (procèsverbaux de comités d’entreprise, journaux internes, discours et lettres aux salariés, etc.) permettrait ainsi de compléter l’état des connaissances de l’histoire de la diffusion d’information aux salariés.

71

Remerciements

Nous remercions les réviseurs pour leurs remarques stimulantes et leurs critiques constructives, ainsi que le corédacteur en chef, Hervé Stolowy, pour ses conseils.


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Notes

[1]

Sur ce thème, on pourra se reporter au numéro spécial que CCA a consacré aux innovations managériales en 2003, et en particulier à l’éditorial (Bouquin & Nikitin 2003).

[2]

Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de mouvement inexorable de l’histoire qui irait du travail à la chaîne vers l’enrichissement des tâches : le travail à la chaîne est réinventé aujourd’hui dans les centres de chèques postaux ou les caisses de supermarchés, alors que l’enrichissement des tâches a été réinventé régulièrement (Baccarat en 1866, Bat’a en 1947, Volvo en 1970).

[3]

Cote Bibliothèque Nationale de France (BNF) : 8-V9026 jusqu’en 1885 puis JO-72177. Les 28 numéros publiés pendant la Deuxième Guerre mondiale n’ont pas été conservés.

[4]

Cote BNF : JO-72877, les douze premiers numéros sont manquants.

[5]

Cote BNF : JO-72423, les treize premiers numéros sont manquants.

[6]

Cote BNF : Microfilm M-18920.

[7]

Cote BNF : 8-JO-7107, les quatorze premiers numéros sont manquants.

[8]

Le numéro 15 (daté de janvier 1947) est le premier numéro archivé à la BNF. La revue était à ces débuts un bimensuel.

[9]

Le dernier numéro conservé est daté de juillet 1968.

[10]

Cote BNF : JO-76916.

[11]

Cote BNF : JO-21529.

[12]

Le premier numéro dépouillé est daté de janvier 1934, il porte le numéro 100.

[13]

Cote BNF : JO-64809.

[14]

Cote BNF : 4-V-16043.

[15]

Cote BNF : Microfilm M-18920 de 1950 à 1960 puis 4-V-6719.

[16]

Cote BNF : JO-65178.

[17]

Mots clés retenus : information des salariés, productivité, participation aux bénéfices, secret professionnel, publicité financière, bilan social, surplus de productivité global, comptabilité sociale, comité d’entreprise, dialogue social, organisation du travail.

[18]

Les références aux articles des revues professionnelles comptables ont été dissociées dans le texte des autres références en faisant suivre la date de publication de l’article de la lettre P (sources primaires).

[19]

Paul Delombre fut ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes du 1er novembre 1898 au 18 février 1899 dans le gouvernement Charles Dupuy. Il intervient en qualité de président de la société pour l’étude pratique de la participation du personnel aux bénéfices.

[20]

L’expression est de François Bloch-Lainé dont l’ouvrage « Pour une réforme de l’entreprise », fortement critiqué à sa sortie par exemple par François Dany qui écrira en réponse un ouvrage intitulé « À propos du livre sur la réforme de l’entreprise, M. Bloch-Lainé ne sait pas ce qu’est la gestion responsable d’une affaire », elle est utilisée à plusieurs reprises dans notre échantillon d’articles.

[21]

Préambule de l’ordonnance du 17 août 1967 : « Les efforts entrepris à la libération de la France voici plus de vingt ans maintenant ont permis une amélioration considérable de la condition des travailleurs […] Mais il apparaît désormais qu’une étape nouvelle doit être franchie […] Une telle réforme sociale doit concourir à la marche et aux progrès de l’économie ».

[22]

Du 9 au 11 janvier 1969 à l’Hôtel Trianon-Palace.

[23]

Supplément à la Revue française de comptabilité au numéro 90 de février 1969.

[24]

Comité d’étude et de financement des entreprises.

[25]

Le terme « juridicisation » se définit comme « un phénomène désignant un recours accru à l’institution judiciaire [sous forme de lois, de règlements…] pour régler les con?its », il ne doit pas être confondu avec la « judiciarisation » qui désigne le « déplacement dans l’enceinte judiciaire d’un con?it et sa transformation en litige » (Pélisse 2009).

Résumé

Français

Si la diffusion d’information aux salariés (DIS) par les directions d’entreprises acquiert une légitimité législative par la création des comités d’entreprise après la Deuxième Guerre mondiale, la DIS est devenue un enjeu managérial lors de l’extension du salariat et de la révolution industrielle.
Cette étude ambitionne, par le dépouillement des revues professionnelles comptables, de mettre en exergue la récurrence de la thématique, de l’associer aux thématiques connexes soulevées par le contexte socio-économique de chacune des époques et d’illustrer l’évolution du rôle que la profession comptable entend jouer dans la société.
Les 124 articles identifiés dans 19 revues comptables permettent de distinguer trois périodes : l’indifférence et l’hostilité de la profession comptable à l’égard de ce débat (1880 à 1945), puis la promotion de la DIS (1945 à 1980), et enfin la juridicisation du débat (à partir des années 1980).

Mots-clés

  • diffusion d’information aux salariés
  • revues professionnelles comptables
  • comité d’entreprise

English

The disclosure of information to workers : The point of view of the professional accounting journals since 1880 – Analyse of a recurrent debateThe disclosure of information to workers (DIS) has obtained legal legitimacy with the creation of the Work Council after the Second World War ; but in practice, it has become a managerial issue since the industrial revolution and the widespread of an industrial working class.
This study is based on 124 articles published in 19 French professional accounting journals ; the aim is to identify the recurrence of DIS and to link it with both the social and economic context of each period and the role of the accountant.
It appears that after a period of hostility and absence of debate in the journals (1880 to 1945), the articles promote the disclosure of information to workers (1945 to 1980), but since 1980, the debate has focused more on the legal aspect.

Keywords

  • disclosure of information to workers
  • professional accounting journal
  • work council

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 - D’un dilemme managérial à un débat récurrent
  3. 2 - Sources et méthodes
    1. 2.1 - Le choix des revues retenues
    2. 2.2 - Présentation des revues analysées
    3. 2.3 - Recensement et codage des articles
    4. 2.4 - Périodisation
  4. 3 - Aux origines de la diffusion de l’information aux salariés
    1. 3.1 - L’hostilité puis la disparition d’avant-guerre
    2. 3.2 - La promotion de la diffusion de l’information financière 1945 à 1980
      1. 3.2.1 - L’appropriation du débat par les revues comptables
      2. 3.2.2 - Origine du débat sur la diffusion d’information aux salariés entre 1945 et 1979
    3. 3.3 - À partir de 1980, un débat juridique à destination des seuls experts-comptables
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Floquet Mathieu, « La diffusion d'information aux salariés vue par les revues professionnelles comptables depuis 1880 : Analyse d'un débat récurrent », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2012 (Tome 18), p. 67-91.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2012-1-page-67.htm
DOI : 10.3917/cca.181.0067


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