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Comptabilité - Contrôle - Audit

2012/2 (Tome 18)


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Parmi les causes fréquentes de rejet des articles dans Comptabilité – Contrôle – Audit figure l’insuffisance de contribution, c’est-à-dire d’apports substantiels de l’article à la connaissance. Comment réduire ce risque afin de voir ses chances d’être publié augmenter ?

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Cet éditorial cherche à répondre à cette question. Toutefois, la modestie s’impose sur un tel sujet et même les rédacteurs que nous sommes ne sauraient avoir de réponse définitive à une telle question. Nos propos sont avant tout une invitation aux chercheurs peu expérimentés à se poser des questions utiles à leur apprentissage de l’écriture afin d’accroître leur chance de publication. Les chercheurs plus expérimentés et les évaluateurs verront dans cet éditorial une invitation au partage d’expérience sur un sujet difficile à maîtriser. En effet, beaucoup d’articles peinent à passer le test de la question : « et alors ? ». La plupart des évaluateurs et des rédacteurs se posent en effet la question ultime de savoir ce que l’on peut retenir d’un article qui a été proposé à une revue. Cet article vaut-il la peine d’être publié, que nous apprend-il ? Un article peut avoir de grandes qualités d’écriture et de maîtrise méthodologique et ne pas passer le test de la nouveauté méritant qu’il soit publié.

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Nous verrons d’abord ce qu’est une contribution ou un apport. Puis dans un second temps, nous exposerons quelques astuces pour créer de la nouveauté, pour se démarquer, et enfin, nous verrons comment mettre en valeur sa contribution dans son texte.

L’apport

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La contribution d’un article de recherche peut s’entendre comme l’apport que l’article fournit aux connaissances déjà acquises sur un sujet donné. En aucun cas, cet apport se doit d’être impérativement révolutionnaire. Bien sûr, CCA sera ravi d’accueillir des contributions d’envergures mais nous savons tous qu’elles sont rares et difficiles. La plupart des contributions portent sur des points précis d’un corpus théorique et contribuent à faire avancer de manière incrémentale la science comptable. C’est parce qu’une contribution enrichit les écrits qui l’ont précédée, parce qu’elle est bien argumentée, claire, précise qu’elle nous intéresse.

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Plutôt qu’une révolution, la contribution peut être une simple évolution du statut de la connaissance. Il s’agit alors d’une confirmation, d’une infirmation, d’une nouvelle proposition.

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La confirmation est une contribution visant à montrer que des propositions anciennes, déjà formulées par ailleurs se révèlent encore validées. Malheureusement, beaucoup d’articles sont des propositions de réplications d’études antérieures, sans grande originalité. Si la réplication est légitime en sciences, la publication nécessite toutefois que cette réplication se fasse avec des modifications du modèle initial qui présentent des originalités permettant d’élargir le champ d’application de la théorie testée. Il faut que ces modifications portent sur des caractéristiques dont la nature peut être théoriquement intrigante. Répliquer une étude faite aux États-Unis, en France ou en Tunisie est intéressant si l’auteur arrive à montrer que le contexte institutionnel jette a priori un doute sur la validité de la théorie dans ce contexte. Sinon, l’article n’est pas intéressant. La confirmation, pour gagner en légitimité, doit donc permettre de mesurer un écart théorique par rapport à ce qui précédait. Ce sera souvent le cas des études utilisant des données empiriques nouvelles, choisies pour des raisons théoriques justifiées, appliquées à un cadre théorique classique. La justification contextuelle constitue alors un élément, un « argument de vente », essentiel.

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L’infirmation d’une théorie est plus originale et constitue une contribution digne d’intérêt. L’auteur doit toutefois veiller à rester modeste et nuancer son propos afin de ne pas infirmer dans un article la théorie de l’agence ou la théorie néoinstitutionnelle. Un article ne peut pas remettre en cause à lui seul un ensemble théorique. Cette remise en cause globale ne pourra être qu’un travail collectif, montrant de façon ordonnée, que de nombreux aspects de la théorie en question ne fonctionnent pas. Aussi, l’infirmation doit-elle porter sur des aspects délimités de la théorie concernée, sur des hypothèses périphériques clairement circonscrites. L’infirmation doit fournir les raisons de ces résultats. En effet, si montrer que cela ne marche pas avec les données qu’un auteur a utilisées est intéressant, encore faut-il expliquer pourquoi. Et c’est dans la réponse à cette question que se trouve la contribution de l’article. Pour faire bref, et reprendre les dires de nombreux épistémologues, l’absence de résultats peut constituer un résultat en soi !

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Enfin, un article contributif peut être un article qui propose un énoncé nouveau. Il s’agira alors d’une hypothèse qui n’avait jamais été testée, d’une proposition clairement énoncée, d’un ensemble de relations inédites... L’imagination et la créativité de l’auteur sont alors sollicitées. Mais cette imagination doit être disciplinée pour gagner en crédibilité. L’auteur est invité à se poser des questions du type : est-ce que ma proposition n’est pas trop alambiquée et se réfère au monde réel ? Est-ce que ma proposition est logiquement construite et articulée par rapport aux écrits antérieurs ? L’auteur doit alors veiller à montrer que sa nouveauté fait sens. Il n’est pas possible d’ignorer ce que les autres ont écrit, et il faut donc se positionner par rapport à eux. Il nous paraît également souhaitable d’appliquer un « principe de réalité » à sa nouveauté pour savoir si elle peut exister en dehors de l’article. Un bon test est de se demander comment cela pourrait être enseigné (ou raconté à sa grand-mère !). L’auteur capable de résumer son apport en quelques idées simples, facilement exprimées, gagne en crédibilité.

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Pour juger de la contribution d’un article, l’auteur peut enfin se demander où est son « délivrable ». Nous tirons ce terme de la fréquentation, non de consultants, mais des chercheurs en « sciences dures » de nos universités. Le délivrable peut être :

  • un tableau de résultat statistique ;

  • un ensemble de propositions (P1, P2...) ;

  • un schéma de relations de causalité ;

  • un graphique ;

  • des événements mis en ordre pour en faire une histoire ;

  • [...]

Bref, il s’agit de l’espace physique où se retrouve le contenu de la contribution de l’auteur. Le délivrable indique aux lecteurs, et donc aux évaluateurs, l’endroit où se trouve la valeur ajoutée de l’article. Il n’est pas rare en effet de se trouver devant des textes faits d’une somme d’éléments, d’affirmations sans ordre, pour lesquels le lecteur se demande quelle est la conclusion de l’auteur, où il veut en venir, qu’est-ce qui relève de l’important et de l’accessoire.

Générer des contributions, quelques principes

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Le premier réflexe doit être d’identifier la littérature pertinente sur votre sujet. Par un jeu d’élimination progressive, il doit être possible de se rapprocher d’une dizaine d’auteurs. Nos disciplines sont ainsi faites que l’on parle souvent à un tout petit monde, même lorsqu’on considère des champs larges mais pour lesquels, encore une fois, un auteur aura soin de n’entreprendre qu’un tout petit sous-ensemble. Ainsi par exemple, si en contrôle, nous nous intéressons au cadre théorique de Simons, il est encore possible de sérier les auteurs avec qui nous allons entrer en discussion en ne considérant que ceux qui s’intéressent aux relations entre les leviers de contrôle. Ils ne sont dès lors plus si nombreux. Ayant identifié ces auteurs, il devient plus facile de reprendre l’intégralité de leurs contributions et de construire la sienne en regard des leurs, en l’articulant aux leurs. Cela permettra d’avoir des alliés auxquels nos recherches contribueront, et pourront ainsi être reprises plus tard et cités.

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Une autre bonne façon de « générer » des contributions est de s’inventer des « ennemis » de recherche. Ces ennemis (qui dans la vraie vie peuvent être des amis ou des personnes que vous n’avez jamais rencontrées, voire des morts !) sont les interlocuteurs que l’auteur s’invente pendant sa recherche ou son processus d’écriture afin de construire son argumentaire, débattre et cliver son propos. Ainsi, Alfred Chandler a-t-il servi à des générations d’historiens de la comptabilité de contradicteur distant. À partir d’une intuition d’archives, ils ont essayé de montrer que Chandler n’avait pas vu certains éléments. En jouant cette fois-ci la carte de l’opposition, il est fort à parier qu’il ressortira une bonne idée.

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La première idée de contribution est rarement la bonne. La contribution définitive s’obtient à l’issue d’un travail de réflexion qui s’inscrit dans le temps. Générer une ou des contributions se réalise alors par un travail systématique de comparaison et de justification. Dès que vous pensez avoir la bonne idée, il faut la comparer aux idées des autres pour se demander comment elle s’en distingue. Faire ce travail nécessite de relire (pour la dixième fois !) vos auteurs préférés. Mais cette lecture est totalement nouvelle car vous êtes devenus sensibles à des détails et des formulations qui vous avaient échappé lors des premières lectures. Des passages que vous ne compreniez pas prennent tout à coup un sens nouveau. Vous ne les compreniez pas car ils étaient très loin de vos propres centres d’intérêt ou observations, et ces éléments mineurs chez l’autre auteur deviennent d’un coup centraux dans votre article.

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Ce n’est pas tout d’avoir une contribution, encore faut-il la mettre en valeur et la positionner par rapport aux autres contributeurs.

Une contribution est mise en valeur par votre style d’écriture

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La contribution doit rester modeste tout en étant affirmée. Pour cela, on évitera systématiquement le recours à des formulations ou des expressions trop normatives comme « il faut que », « il est évident que », « le décideur doit ». On privilégiera des formulations actives comme « nos résultats montrent que », « dans le cadre des hypothèses que nous avons fixées, il semble que ». Ces dernières expressions permettent de souligner la contribution tout en la remettant dans le contexte de l’article, en lien avec les éléments empiriques qui la soutiennent. Le style scientifique est prudent, factuel et sur la réserve. En revanche, on doit savoir « qui » est à l’origine de la contribution et ce qui relève de vos affirmations doit être clairement identifié et distinct de ce qu’ont écrit les autres. « Notre recherche montre » doit ainsi venir en contrepoint de « contrairement à xxx (1990) » et « cela rejoint les conclusions de yyyy (2002) ».

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La contribution doit être nuancée, notamment en affichant clairement ses limites. D’une part, cela évitera aux réviseurs de le faire et d’autre part, cela renforce vos conclusions. Toutes les recherches ont des limites. Les avoir identifiées et ainsi relativiser la portée de conclusions est un gage du sérieux de vos propres contributions. C’est un indice montrant que vous vous êtes posé de nombreuses questions et n’êtes pas dupe de la portée de vos propres affirmations.

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Un bon article comporte une contribution. Une contribution sur un ensemble de propositions clairement identifiées, bien justifiées, voilà ce qui doit être attendu des rédacteurs et des évaluateurs. Tant mieux si par chance, ils en rencontrent une plus ambitieuse un jour dans un texte.

Plan de l'article

  1. L’apport
  2. Générer des contributions, quelques principes
  3. Une contribution est mise en valeur par votre style d’écriture

Pour citer cet article

  Berland Nicolas,   Stolowy Hervé,  Piot Charles, « Éditorial. Qu'est-ce qu'une « bonne » contribution ? », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2012 (Tome 18), p. 3-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2012-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/cca.182.0003


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