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Comptabilité - Contrôle - Audit

2013/1 (Tome 19)


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Comptabilité, contrôle et société : Mélanges en l’honneur du Professeur Alain Burlaud, Foucher, LMD Collection, 2011, 413 p., 35 €, ISBN 978-2-216-12292-9

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Décrit unanimement comme un humaniste par ses collègues et amis, le professeur Alain Burlaud est pour beaucoup l’un des principaux artisans de l’évolution des études supérieures comptables durant les trois dernières décennies. Il fait ici l’objet d’un hommage décliné en trente et une contributions, regroupées selon les différentes facettes de ses champs d’intervention.

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Dans le préambule, quatre articles reviennent sur les relations entre chiffres et société, de la création de la représentation chiffrée, au xixe siècle, à sa place dans notre monde actuel. Ainsi, Yannick Lemarchand et Marc Nikitin analysent-ils la manière dont Marx et Engels ont forgé leur perception du fonctionnement de l’entreprise en étudiant la correspondance entre les deux hommes. Philippe Lorino associe quant à lui le chiffre à une « nouvelle institution » et propose de mettre en place un processus social de chiffrage, qui tiendrait compte de l’influence grandissante des médias sociaux et Web (2.0). Selon Marie-Astrid Le Theule, le parler du chiffre comme langage légitime désavantage ceux qui ne le connaissent pas et sont obligés de l’apprendre. Elle propose donc, tout comme Desrosières (2008), « d’imaginer et d’organiser des espaces publics où leurs significations et leurs impacts politiques pourraient être débattus ». Pour Martial Chadefaux et Jean-Guy Degos, les conventions comptables et les cadres conceptuels s’avèrent dépassés par rapport au monde dans lequel nous vivons. Ils proposent donc notamment d’inventer une nouvelle comptabilité, qui prendrait en compte les inévitables turbulences propres à tout système, et incitent les chercheurs à développer de nouveaux instruments et à les faire appliquer par les futurs professionnels de l’expertise comptable.

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La première partie est l’occasion d’aborder, par le biais de huit articles, les normes internationales, leur histoire, leur évolution et leurs perspectives d’avenir. La mondialisation financière a engendré la mondialisation de la comptabilité, et en corollaire l’émergence de normes (IFRS et US GAAP pour les États-Unis). Ce qui n’a empêché ni les scandales comptables, ni la crise financière de 2008. Créé en 1989, le cadre conceptuel de l’IASB, qui s’est fortement inspiré de son cousin américain, est en cours de révision depuis 2004. Pour Christian Hoarau, Robert Teller et Elisabeth Walliser, les choix qui ont été opérés pendant cette première phase de révision prêtent à contestation. Ils sont en effet « sous-tendus par deux présupposés idéologiques partagés avec le FASB : la primauté du marché considéré comme efficient et le risque de manipulation des comptes par les préparateurs ». Bernard Colasse ajoute que le choix du modèle de gouvernance néoaméricain pour établir le cadre conceptuel de 1989 n’était pas forcément le plus pertinent, ce modèle ayant fortement été remis en cause par la crise de 2008. On comprend alors mieux pourquoi les IFRS, qui s’en inspirent, ne font pas l’unanimité. C’est pourquoi il paraît probable que la normalisation comptable internationale soit amenée à évoluer, en tenant compte des trois grandes zones géographiques que sont « une Amérique dominée par les États-Unis, une Asie sino-centrique et une Europe germano-centrique ». Pourtant, d’après Louis Klee, Isabelle Chambost et Patrick Boisselier, « la faiblesse des institutions européennes en matière de régulation comptable se situe aux frontières de son champ d’intervention ». Du côté du continent africain, qui possède son propre système comptable (SYSCOA) depuis 1998, le risque d’être influencé par les IFRS existe, selon Geneviève Causse, Daniel Gouadain et Roger Mifetou. « Face aux dangers du mimétisme, le pragmatisme invite à la prudence », estiment-ils. Au final, David Alexander, Pascale Delvaille et Jean-Yves Eglem soulignent les dangers de ces multiples concepts qui paraissent semblables mais diffèrent en fait dans les détails. Ils proposent donc deux solutions pour sortir de l’ornière : mettre l’accent sur les besoins des utilisateurs et accepter l’idée qu’il existe autant d’images pertinentes de l’information comptable que d’utilisateurs de ladite information, en en tirant les conséquences qui s’imposent. D’ailleurs, quelle est l’utilité du bilan en IFRS pour les analystes ? C’est la question que se pose Arnaud Thauvron. Selon lui, l’utilisation de ces informations par l’analyste financier est limitée, en raison de l’hétérogénéité du modèle comptable de bilan et de l’opacité du résultat global. Hervé Stolowy et Jacques Richard s’intéressent quant à eux à la Banque Mondiale et à son bilan comptable environnemental. Directement inspiré de la pensée économique néoclassique, il n’est, selon eux, pas adapté au monde des entreprises et n’est pas adapté dans une perspective de développement durable, en raison de la priorité qu’il accorde au capital global. Finalement, Gilbert Gélard, ancien membre du Board de l’IASB, se demande si les attentes en matière de comptabilité ne sont pas trop élevées et invite ses lecteurs à pourchasser les idées reçues.

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En deuxième partie, dix articles s’intéressent à la place prépondérante du contrôle de gestion dans la société. Stéphanie Chatelain-Ponroy et Samuel Sponem s’attaquent au « mythe rationnel » qu’est devenu le contrôle de gestion dans les grandes entreprises, un contrôle porteur d’un système de valeurs légitimant, renforçant, soutenant le pouvoir de certains acteurs. Pour Françoise Giraud et André Petit, la solution passe par des objectifs individualisés, qui ne pourront être fixés que par des déclinaisons locales de la performance de l’organisation. Jean-Guy Degos et Didier Leclère s’intéressent à la gestion de la performance et la voient comme un moyen « de créer, s’il n’existe pas vraiment, ou de conforter, s’il est déficient, le lien indispensable entre la gouvernance et le contrôle de gestion ». Pour ces deux auteurs, il ne saurait y avoir de gouvernance réussie sans une remontée fiable d’information, qui permettrait aux représentants des actionnaires d’assurer le contrôle stratégique dans les meilleures conditions. Selon Jean-Louis Malo et Claude Simon, il faut remplacer les règles déontologiques du contrôle de gestion, dont l’inefficacité est grandissante, par l’éthique, et contrôler cette éthique. D’autant plus que ce contrôle de gestion a un coût, mais qu’est-ce qu’un coût ? Le calcul d’un coût complet fiable, comme le rappelle Michel Gervais, « est un compromis entre deux logiques pas toujours bien comprises » : un système d’information sophistiqué, pour rendre toutes les charges directes, ou des clés de répartition, pour ventiler les charges de façon plus ou moins approximative. Larry Bensimhon, Laurent Cappelletti et Aldo Levy proposent d’envisager le coût sous un nouvel angle : « un “bon” coût, c’est celui qui va créer de la valeur socio-économique à court, moyen ou long terme. Un “mauvais” coût, c’est une dépense qui ne crée pas de valeur parce qu’elle ne répond pas, ou plus, à un besoin ». Toutefois, il est difficile d’évaluer précisément un coût, puisqu’il est composé à la fois de coûts visibles, mis en lumière par la comptabilité, et de coûts invisibles, révélés par le dialogue de manière extra-comptable. Il conviendrait alors, selon les auteurs, de réunir les parties prenantes concernées pour instaurer entre elles un dialogue constructif sur la partie cachée du coût. Pour Alain Champaux et Jean-Louis Malo, avec la rationalisation des choix budgétaires (RCB), puis la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et la révision générale des politiques publiques (RGPP), on assiste à une désacralisation des services publics et à une obsolescence de leurs valeurs. D’après Romain Laufer et Jean-Michel Saussois, l’évaluation de l’action publique est soumise à deux enjeux contradictoires. Pour être efficace, il lui faudrait en effet pouvoir se conformer à un modèle qui lierait de façon précise les actions publiques au résultat attendu. Or ce modèle n’existe pas. Pourtant, la légitimation de l’action des décideurs passe nécessairement par cette évaluation. Jean-Pierre Claveranne, Michel Marchesnay et Roland Pérez s’intéressent quant à eux au Nouveau Management Public dans les hôpitaux et critiquent une « accumulation de procédures systématiques » qui oblige ces établissements à faire chaque jour le grand écart entre la théorie et la réalité du terrain. Du coup, Patrick Gibert se demande à quoi sert l’argent public et souhaite que l’analyse des coûts des grandes politiques publiques se développe.

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Enfin, dans une troisième et dernière partie, c’est l’enseignement de la partie comptable qui est mis en avant dans neuf articles, ainsi que la profession en elle-même. Pour Maria Niculescu, il faudrait changer le mode d’organisation de l’entreprise, qui ne devrait plus être fondé sur la linéarité mais sur des modèles systémiques tenant compte des inévitables interférences propres à tout système vivant. Cela concerne tout autant la profession comptable libérale, qui, selon Philippe Barré et Isabelle Porcel, devrait connaître dans la prochaine décennie « un raz-de-marée d’une ampleur sans précédent ». Ces mutations fondamentales doivent absolument être anticipées par les enseignants s’ils veulent préparer correctement leurs élèves à leur avenir professionnel. Avant d’en venir aux évolutions à apporter à la formation, intéressons-nous à son passé avec Jean-Pierre Helfer, qui estime que l’enseignement comptable a su relever tous les défis qu’il a rencontrés pendant ces quarante dernières années, ce qui incite à l’optimisme pour la suite. Hélène Michelin et Alain Mikol se focalisent sur le diplôme d’expert-comptable et ses différents régimes depuis 1948, et en concluent que le système français a toujours été bien adapté aux besoins. Quant à Marc Filser, il égrène les évolutions qui attendent probablement la formation et qui doivent tenir compte de trois facteurs majeurs : la professionnalisation introduite à l’Université, la nécessaire complémentarité entre la formation et la recherche et la forte concurrence. Pour Yves Dupuy, la recherche en gestion, de par ses exigences, pourrait être sujette à des risques de dérive et conduire les auteurs à une forme d’isolement intellectuel. Mais comment cela se passe-t-il ailleurs dans le monde ? Léon Laulusa et Zhicheng Chen s’intéressent au modèle chinois et à la manière dont y sont gérées les entreprises. Ils en concluent que nous pourrions bien nous inspirer de certains de leurs concepts, tels que la supériorité de la vertu des hommes sur celle des procédures par exemple. Micheline Friédérich et Georges Langlois ont quant à eux mis en exergue l’exemple américain de manière ludique : ils ont rédigé leur article sur la comptabilité des coûts en respectant à la lettre la forme d’un chapitre d’un manuel d’outre-Atlantique. Au-delà de ces deux exemples, c’est en fait à une mondialisation de la pédagogie que doivent faire face les enseignants. Dominique Ledouble souligne ainsi que l’harmonisation des cursus en Europe ne saurait tarder. À l’instar d’Alain Burlaud, on voit donc que nombre de ses collègues et amis se sont consacrés à l’étude du système de formation.

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À l’image de celui à qui il est dédié, ce livre est un ouvrage qui aborde de manière pédagogique tous les enjeux inhérents à l’univers comptable. Au final, cette compilation d’articles inspirés par Alain Burlaud donne un ouvrage au déroulé limpide et logique. Par son aspect vulgarisateur, il saura séduire aussi bien les néophytes de l’expertise comptable que les professionnels chevronnés et rappellera à tous les chercheurs en la matière à quel point Alain Burlaud a contribué à faire évoluer leur domaine d’études.

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Laurence Morgana,

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CNAM, Paris, France

Valorisation des entreprises en temps de crise, Jean-Noël Vieille, Economica, 2012, 174 p., 27, ISBN 978-2-7178-6496-0

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Les crises financières, ou autres crises, sont toujours l’occasion de remettre en cause, sinon les paradigmes, au moins les grands principes qui parfois constituent une théorie. Le livre de Jean-Noël Vieille « Valorisation des entreprises en temps de crise » pourrait s’inscrire dans cette mouvance de reconfiguration de certains principes.

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Il s’attache à la question de la valorisation financière dans le contexte de la crise que les économies des pays anciennement développés connaissent depuis 2008. Aussi est-il construit autour de trois thématiques : la crise dite financière en premier lieu, l’analyse des flux en deuxième lieu et les différentes techniques de valorisation des entreprises en troisième lieu. Puis il reprend ces techniques appliquées à un cas d’une entreprise cotée en bourse, la société Bourbon. Lorsqu’on entame le chapitre préliminaire « Marchés financiers et crise : remise en cause de l’efficience », on s’enthousiasme à l’idée de démarrer un livre de déconstruction de la finance de marché et/ou d’entreprise. Dès les premières lignes, l’auteur évoque André Orléan avec l’autoréférentialité qui rappelle le concours de beauté de J.M. Keynes et le lecteur se complaît à imaginer que le livre restera celui de la déconstruction de la finance par un financier. Ensuite, sont présentées deux techniques de mesure de la valeur intrinsèque d’une entreprise : l’actualisation des flux futurs, qui n’est autre qu’un calcul du potentiel du capital à générer des profits futurs, est d’autant plus délicate à appliquer aujourd’hui que les flux doivent être évalués à l’infini ; et l’évaluation dite « valeur à la casse », c’est-à-dire l’évaluation patrimoniale des actifs qui relève alors de la valorisation d’un capital mort.

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Il est difficile d’envisager l’avenir en période de crise ; de facto, les méthodes traditionnelles sont de moindre utilité puisqu’assises sur l’anticipation à l’infini même si les marchés sont à même, si l’on en croit les théories, de refléter la valeur des entreprises cotées. Mais le monde est confronté à une profonde incertitude, voire une situation de chaos face à une incertitude totale, voire face à une situation de chaos inédite, la volatilité est donc classiquement forte et le comportement des investisseurs (ou des spéculateurs !), aidés du trading haute fréquence, concourt à alimenter cette volatilité et rend alors les variations de cours trop erratiques pour être utilisées dans la valorisation des entreprises.

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In fine, l’auteur conclut en s’opposant à la théorie orthodoxe qui stipule qu’il n’y a qu’un prix en considérant qu’en pratique il existe deux logiques d’évaluation : l’une entrepreneuriale, mesurant la rentabilité économique, avec une vision à long terme ; l’autre financière, mesurant naturellement la rentabilité financière, avec une vision court-termiste donc spéculative. Alors le lecteur est satisfait, il démarre un ouvrage ébranlant la dogmatique finance…

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La première partie du livre fait état des tableaux de financement et de flux. Un premier chapitre retrace la trajectoire du tableau de financement qui replonge le lecteur dans quarante années d’évolution, ce qui plaît sans doute aux « Anciens » puisque l’auteur repart du fameux tableau emplois/ressources connus de ceux qui ont étudié la gestion financière du temps de Georges Depallens pour amener le lecteur aux normes IFRS.

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« La dynamique des flux permet de rattacher la finance à l’histoire de l’ère industrielle… [car] la sélection naturelle des entreprises les plus aptes s’est traduite financièrement par le réinvestissement à peu près intégral d’un résultat économique », nous précise, dans le deuxième chapitre, J.N. Vieille en rappelant d’abord Keynes qui a substitué la primauté de l’investissement à celle de l’épargne et en réinscrivant ensuite l’analyse financière dans les analyses sectorielles. Et l’auteur de critiquer l’EBE/excédent brut d’exploitation, trop souvent lié à des opérations purement comptables, donc ne mesurant pas véritablement l’autofinancement de l’entreprise (la liquidité des opérations n’est toujours pas avérée) ; et de proposer l’ETE/Excédent de Trésorerie d’Exploitation (différence entre EBE et variation du besoin en fonds de roulement) ; l’ETE n’est autre qu’un EBE liquide.

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Mais une analyse financière ne peut se limiter à une analyse des flux, elle doit être complétée de ratios que l’auteur expose en recontextualisant l’entreprise dans l’environnement risqué (avec les notions de risque économique, lié à la conjoncture essentiellement, et de risque financier, lié à la structure de l’endettement). Nul besoin d’insister sur l’accroissement de ce risque financier en période de crise ! L’effet de levier a lieu d’être pour mesurer l’influence de l’endettement sur la rentabilité des fonds propres. En période de conjoncture favorable, ladite rentabilité augmente ; mais quid à l’inverse ? Que se passe-t-il pour les entreprises fortement endettées lors de période critique de credit crunch ? L’effet de levier se transforme en effet de « massue » nous répond J.N. Vieille.

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La deuxième partie, « Valorisation des entreprises dans un contexte de crise boursière », reprend les différentes techniques abordées dans la partie précédente et les complète d’exemples.

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Dans les opérations de restructuration capitalistique, l’évaluation est évidemment centrale ; à quel prix la transaction va-t-elle se faire ? Toute évaluation doit être établie dans une séquence logique d’analyse stratégique puis financière au préalable. C’est ce que le chapitre « Evaluation et démarche stratégique » aborde. Mais, dans l’absolu s’il n’existe pas de prix objectif, en période de crise, les analyses du risque sont plus délicates encore. Dans toute évaluation, il faut un diagnostic stratégique pour resituer l’entreprise dans son secteur et vis-à-vis de ses concurrents ; aussi pouvons-nous souligner le message important de l’auteur en la matière, « l’analyse financière a une place quelque peu particulière dans la démarche stratégique. C’est à la fois une cause, un moyen d’action et une résultante ». C’est une cause des orientations stratégique car la recherche du profit serait le point de départ de toute réflexion stratégique ; c’est un moyen d’action car « la stratégie se développe à partir d’un arbitrage des ressources entre différents emplois » ; et c’est une résultante car grâce à l’analyse stratégique, « on peut plus aisément diagnostiquer la réussite ou l’échec d’une orientation stratégique ». L’auteur présente ensuite le modèle de Porter et affirme que « le free cash-flow est le solde intermédiaire le plus simple et le mieux à même de répondre de façon directe à la question : qui dispose de l’avantage concurrentiel le plus évident dans un secteur donné ? », même s’il convient de la difficulté d’appliquer cette approche activité par activité ou produit par produit ; il n’est en effet pas toujours facile de dire à quel produit est dédié tel ou tel immeuble par exemple.

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Prime de risque et calcul du coût du capital sont abordés dans le chapitre « Formation du prix et évaluation des risques ». L’auteur relève que, quels que soient les flux financiers retenus (dividende, résultat, cash-flows générés…), pour calculer un RoI/Return on Investment, toutes les formules de valorisation ressortent telles que V = Somme [Ft/(1+i)t] avec t variant de 0 à l’infini et Ft étant le flux à recevoir en t. Ensuite, il conseille, très logiquement, aux analystes d’évaluer une entreprise selon plusieurs méthodes pour confronter les résultats. Lesdites méthodes sont alors reprises dans le chapitre suivant, à la suite d’un travail collectif entrepris par une commission dite « Evaluation de la Sfaf » que J.N. Vieille avait dirigée entre 2004 et 2007.

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Après avoir présenté les notions de flux de dividendes via les modèles d’Irwing-Fisher, de Gordon-Shapiro puis de Bates et leurs avancées respectives, l’auteur s’attarde ensuite sur la méthode DCF – Discounted Cash-flow ou Free cash-flow qui mesure l’enrichissement des actionnaires à travers les flux de trésorerie dégagés par l’entreprise, en valorisant l’actif économique comme étant la somme actualisées des cash-flows disponibles que l’entreprise prévoit de dégager dans le futur. Même si l’approche n’est pas nouvelle, la création de valeur pour l’actionnaire est présentement abordée car elle a de ceci en plus de la méthode précédente qu’elle travaille « non plus sur les seuls flux de free cash-flow actualisés, mais en analysant la rentabilité des capitaux investis par rapport à leurs coûts ». Ensuite, la méthode des comparables est également présentée car reposant sur des multiples d’évaluations observés lors de transactions boursières ou de gré à gré.

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Au final le lecteur est en droit de se demander quel est l’apport de ce livre, a-t-il fourni des éléments de réponses quant à la crise financière aux formes confuses et aux limites temporelles indéfinissables ? Le chapitre préliminaire remettant en cause l’efficience des marchés augurait d’un questionnement incontestable mais resté sans réponse lorsque les deux premières parties de l’ouvrage de J.N. Vieille sont terminées.

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Alors le lecteur doit continuer, attitude normale au demeurant, à lire jusqu’au bout pour trouver du « neuf ».

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La troisième partie est consacrée au cas pratique de l’entreprise Bourbon, société de service pétrolier cotée en bourse. L’auteur décline alors les approches abordées dans les chapitres précédents, approches tant financières que stratégiques. Ses résultats démontrent une disparité quant aux résultats obtenus ; la valorisation la plus basse est celle de la méthode de l’EVA, la plus haute est celle des Discounted cash-flows. Mais l’auteur propose une autre méthode d’évaluation, c’est là l’apport essentiel de l’ouvrage qui aurait dû être davantage mis en avant : la méthode du PER sur dix ans. Basée sur un multiple calculé en glissement sur les dix dernières années, la méthode fait ressortir un prix de 31,50 € l’action. Au total, la moyenne arithmétique des valeurs issues des différentes méthodes ressort à 29 €. Le 24 décembre 2012, l’entreprise cotait 21,12 € et le consensus des analystes prévoit un cours de 27 € à un horizon de trois mois. J.N. Vieille conclut son cas en précisant que 2012 pouvait encore être délicate mais que le cap de 30 € pouvait être atteint dans 18 mois. Le livre a été achevé en août 2012, rendez-vous donc à fin 2013.

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Ce livre s’inscrit dans une abondante littérature sur la valorisation des entreprises. On aurait aimé trouver des éléments remettant réellement en cause les idées ou paradigmes qui sont ceux de la finance depuis quarante ans maintenant, ou à tout le moins, une réponse nette sur la valorisation d’une entreprise en période de crise. On aurait aimé trouver des éléments relatifs à une évaluation moins financière puisque le titre même de l’ouvrage ne qualifie pas la valorisation. Pourquoi alors ne lire qu’une approche financière ?

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Enfin, qu’en est-il de la technique de l’actualisation et d’un taux sans risque quand les références dites sans risque n’existent plus depuis la perte du triple A de la France ou des États-Unis ? Et dans la litanie, au demeurant intéressante, des théoriciens en matière de valorisation des entreprises, il est un oublié en la personne de B. Graham, élève de W. Buffet.

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Nonobstant, le livre de J.N. Vieille a ceci d’original qu’il revisite l’analyse financière en la remettant dans les contextes économiques, financiers et stratégiques des entreprises.

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Catherine Karyotis

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professeur à Reims Management School

Entrer dans une pensée ou Des possibles de l’esprit, François Jullien Gallimard, Paris, Mars 2012, 189 pages, 18, ISBN : 978-2-07-013719-0

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Depuis plus de trente ans, François Jullien, sinologue et philosophe, interroge le questionnement philosophique occidental, ses présupposés et ses impensés. À cette fin, en contre-point de la philosophie grecque (de laquelle dérivent toutes les conceptions occidentales du monde, de l’action, du temps, etc.), il mobilise la pensée chinoise, pensée « d’à coté » qui permet ainsi « de mieux percevoir [notre] propre localité » (p. 27).

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Replacer l’ouvrage recensé ici dans le cadre de l’œuvre de son auteur dépasse à l’évidence les limites de cette recension. Disons simplement que chaque ouvrage approfondit un ou des aspects particuliers de la pensée chinoise – par exemple, la notion d’efficacité, le rapport au temps, le statut de l’acteur dans le traité de l’efficacité (1996) ou le concept de changement et (à nouveau) le temps dans Les Transformations Silencieuses (2009). Tous ces aspects sont interreliés – par exemple, l’action la plus efficace accompagne en silence et dans la durée la « propension des choses » (Jullien, 1992) et comme son initiateur, elle passe le plus souvent inaperçue. En écho partiel avec les ouvrages précédents, chaque livraison s’appuie sur une analyse minutieuse de textes chinois et convoque en miroir les textes grecs ou européens qui développent sur les mêmes thèmes des perspectives radicalement différentes.

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Également en écho avec les ouvrages précédents, cette nouvelle livraison offre une nouvelle manière d’entrer dans la pensée chinoise, avec, si l’on ose une formulation aussi gestionnaire, une économie de moyens exceptionnelle. Une grande part de la démonstration repose sur la première phrase du Yi King, connu aussi sous le nom de Classique du Changement. Jullien croit à la phrase comme « modalité propre de la pensée » et la première phrase, dit-il, « opère comme un lever de rideau » : « […] elle engage la suite de la pensée d’une façon dont on ne pourra plus se déprendre » (p. 39).

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Cette première phrase est constituée de quatre « sinogrammes » qui se font suite côte à côte, sans élément grammatical ou syntaxique permettant de construire un rapport de coordination ou de subordination entre eux. Jullien propose de la traduire a minima :

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« Capacité initiatrice : commencement essor profit rectitude » (p. 45), en remarquant qu’« une telle phrase ne construit pas […], elle se contente à la fois de détacher et d’enchaîner. Chaque terme suivant relaie le précédent et le déploie, il en procède, le renouvelle et le porte plus loin » (p. 46, italiques originales). La phrase est sans sujet, bien que la langue chinoise l’autorise, et décrit le déploiement d’un processus portant effet dans un équilibre, qui ne lésant personne, assure son « immanente capacité » (p. 50).

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Pour prendre la mesure des impensés de cette entrée en matière, celle-ci est ensuite mise en miroir avec les commencements des pensées hébraïques et hellènes. Le « commencement » de la Bible, contemporaine du Yi King, est un événement, qui fait irruption et introduit une « rupture » alors que le Yi King parle plutôt d’une « amorce » (p. 67). Le premier introduit une « pensée du Temps » tandis que le second introduit « une pensée des processus » (p. 68), en écho avec les langues qui conjuguent chez les peuples de la Bible (hébreu et langues indo-européennes) alors que la langue chinoise ne conjugue pas. Le commencement biblique, « perçu comme une intervention […] fait surgir un Sujet (de la création) » (p. 68, italiques originales). Dieu est extérieur au monde qu’il crée en y projetant son vouloir. Comparativement, la « capacité initiatrice » du Yi King n’est pas dissociée du monde ; la « voie » n’a besoin ni de Sujet ni de vouloir. Quand la Bible pense en termes d’opposition (par exemple, les ténèbres versus la lumière), de progrès et d’orientation (finalité), la Chine pense continuum, procès et régulation. L’homme qui émerge du récit biblique comme régnant sur le reste de la Création n’est pas spécifiquement nommé dans le Yi King : certes il fait partie des « dix mile êtres » mais « n’émerge pas en sujet portant en lui la vocation du monde » (p. 74). Alors que la Bible pose le Sens, porté par la Parole et tendu vers un au-delà, le Yi King célèbre la « Co-hérence », qui fait tenir ensemble, sans projet ni Parole, un monde qui repose sur le tracé et le « cours des choses » (p. 78).

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Chez les Grecs, Hésiode est le premier à rendre compte de la genèse du monde et des dieux, en remontant du présent vers l’origine, avec toutes les incertitudes de l’enquête. Le récit mêle « quête d’un fondement éternel » et « déroulement temporel » de l’avènement du monde – dressant deux plans « divergents » (l’Être et le devenir) (p. 83) dans l’articulation desquels la philosophie se déploiera et qui creuseront l’écart entre celle-ci et la Bible. Ces deux plans ne permettent pas de penser le commencement « processif » chinois : il n’est ni « principe extérieur au devenir », « en soi-essentiel […] à fonction de modèle et d’archétype », mais il n’est pas non plus « un début événementiel » comme dans la Bible (p. 84). Alors que le récit hébraïque parle de création, par la volonté d’un Sujet extérieur au monde, le récit grec décrit la génération, par le jeu intérieur des forces conflictuelles qui font le monde, lesquelles permettent de développer une histoire, une narration – deux possibilités que la régulation chinoise n’ouvre pas : « une […] pensée de la cohérence ne laisse pas saillir d’événement, porteur de sens, autour duquel le récit viendrait se nouer » (p. 97).

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Après un débat sur les relations historico-culturelles entre ces récits (mythologique et théologique) du commencement, Jullien revient au Yi King et à un commentaire du xviie siècle, pour souligner l’indissociabilité du « matérialisant » et du « spiritualisant » et l’impuissance des figures mythologique et théologique à rendre compte « du cours des choses dans son actualisation continue » (p. 124). Si l’on trouve en Chine quelques « restes mythologiques érodés » (p. 128), ils n’y ont guère rencontré d’usage et « la pensée chinoise ne s’affranchira pas […] du cadre de la polarité génératrice et de la régulation » (p. 132-133) comme le montre le grand classique de Laozi connu sous le nom de Tao Te King. C’est la partie la moins convaincante de l’ouvrage, peut-être parce qu’elle passe plus vite sur des domaines dans lequel le lecteur non-spécialiste manque cruellement de connaissances.

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La dernière partie de l’ouvrage revient sur les questions de langue et de traduction. À partir d’une définition de l’outil comme « tout ce qui sert à construire dans la pensée » (p. 135, italiques originales), François Jullien souligne la diversité des outils de la langue grecque, permettant d’y instaurer des rapports complexes « de détermination ou d’explication, de finalité ou de consécution, de temporalisation ou de spatialisation, d’hypothèse ou de déduction, etc. » (p. 135-136). Comparativement la langue chinoise ne donne pas à construire une phrase, mais « vise à la mise en “formule” » (p. 137, guillemets originaux). La formule, ou « “forme” en réduction », est définitive ; elle « condense une solution de façon typée […] et, une fois adoptée, elle n’a plus qu’à être mémorisée et réutilisée – la formule sert et est antispéculative » (p. 137, accentuations originales). La première phrase du Yi King est une formule, alors que penser, chez les Grecs, c’est « trancher successivement dans une série organisée d’alternatives s’impliquant les unes à partir des autres, optant pour une solution et refusant l’autre » (p. 143). La pensée chinoise « ne problématise pas, ne se hisse pas sur un plan du raisonnement, résorbe l’interrogation au lieu de la déployer » (p. 146). Jullien donne ensuite des exemples de traductions européennes qui, « projetant » sur le texte chinois nos manières occidentales de concevoir le monde, dans le souci d’adapter et de rendre familier, en déforment totalement le propos. Traduire, propose Jullien, ne devrait pas « enjamber la difficulté, […] la masquer, mais au contraire la déplier » (p. 161), Traduire c’est « aménager et déployer un seuil, entre dehors et dedans, qui permette effectivement de (faire) entrer » (p. 161, italiques originales). En conclusion, Jullien revient sur les procès auquel les propos interculturels donnent généralement lieu, en particulier en France. D’une part, l’hybridation culturelle portée par la mondialisation n’a-t-elle pas (eu) raison de ces « écarts » et « y [a]-t-il encore à “entrer” [dans la pensée chinoise] » (p. 164, guillemets originaux) ? Au concept paresseux de « tradition » (qui occulte non seulement les discontinuités, mais aussi l’hétérogénéité interne à chaque culture), Jullien préfère la notion de « fonds d’entente », qui passe par la langue, par la manière dont elle construit la pensée et par un « indiscuté partagé » (p. 167) à partir duquel, seulement, on peut débattre. De la même façon, il faut se demander quelle continuité suppose la discontinuité. Le péril des traductions qui occultent le propos originel, c’est d’en enfouir la cohérence et que « sous une couche occidentalisée (mondialisante) se reconstitue une couche identitaire, autochtone, qui durcit d’autant plus qu’elle ne se laisse pas pénétrer par l’autre, mais s’en isole » (p. 173). D’autre part, « décrire des possibles de la pensée, ce n’est pas étiqueter des traits culturels qu’on tiendrait pour spécifiques, […] à fonction identifiante et par suite isolante », c’est considérer « le culturel en termes […] de fécondité » (p. 175-176, italiques originales) et les cultures comme des ressources dont les écarts portent à la réflexion. Sortir d’une pensée pour entrer dans une autre « nous affranchit en nous désolidarisant des adhérences subies » (p. 186). En outre, « traiter des possibles de l’esprit à la fois déploie une diversité et produit une parité » : elle met « les cultures à égalité entre elles sans plus ethnocentriquement les hiérarchiser » (p. 176-177). La réflexion interculturelle contribue également à faire muter notre concept de « vérité ». Est vrai « ce qui est source d’intelligibilité et donne à découvrir et opérer. Son négatif n’est plus le faux, mais l’inabordé, l’indécouvert ou l’impensé » (p. 178). Le vrai ne peut ainsi plus se concevoir exclusif.

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Dans Le Monde des Livres le 29 avril dernier, Roger-Pol Droit présentait l’ouvrage comme « le sésame de [l’]œuvre [de François Jullien] ». Je serai moins définitive. La mise en miroir des commencements chinois, hébreu et grec est lumineuse, mais ne jetant la lumière que sur un aspect très ponctuel de la pensée chinoise, elle éclairera sans doute moins le profane que le traité de l’efficacité qui en met en relation différents aspects, ou l’ouvrage d’André Chieng (2006) qui illustre la pensée de Jullien par de nombreux exemples extraits de sa longue expérience des relations d’affaires sino-occidentales. Dans la mesure où le commencement chinois s’inscrit dans un processus, l’ouvrage fait écho aux Transformations Silencieuses qui mobilisait déjà la langue pour montrer l’écart entre les conceptions occidentales et européennes du changement. Le lecteur déjà averti trouvera néanmoins dans l’ouvrage de quoi nouvellement éclairer différents aspects de la pensée chinoise (le rapport au temps, le statut du sujet, la conception non-volontariste de l’action, la prééminence du processus autorégulé sur la finalité, etc.). Le livre intéressera également tous les amateurs de mythologie et/ou de théologie. Les derniers chapitres sur la langue, la traduction et les vertus des analyses culturelles développent des arguments qui étaient plus dispersés et ponctuels dans les ouvrages précédents – contribuant ainsi à une réflexion générale sur ces concepts et analyses.

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En quoi le propos est-il utile et intéressant pour un chercheur en gestion ? D’abord, l’ouvrage contribue, certes partiellement mais de manière novatrice, à une théorie générale de la langue, de la traduction et de l’interculturel. Ensuite, si la mise en miroir des pensées chinoise et occidentale a déjà été mobilisée pour analyser « du dehors » nos instruments et méthodes de gestion (Ancelin-Bourguignon, 2012), l’ouvrage recensé permet plus spécifiquement de mettre en lumière la manière dont la vie des organisations est tissée de commencements présentés comme des ruptures, qui permettent d’en héroïser les « intervenants » et d’écrire des mythes organisationnels. Ce que nous rappelle François Jullien, en écho à certains théoriciens des organisations hélas rarement entendus, c’est qu’on ne peut pas faire table rase du passé, que le futur se déploie toujours à partir du présent et les excès finissent tôt ou tard par susciter un retour de balancier propre à rétablir l’équilibre. L’auteur nous invite aussi à penser l’altérité comme une fécondité et la vérité dans la multiplicité. En ces temps de crise économique et sociale, remiser le « ou » de la pensée grecque au profit du « et » de la pensée chinoise ne peut que redonner de l’agilité et de la créativité à notre capacité à accompagner un processus dont nous mesurons tous les jours la « propension des choses », autrement dit, qui nous confronte à notre relative impuissance. Enfin François Jullien nous offre de quoi mettre à distance notre « connivence par familiarité » (p. 186), laquelle, dit-il, ne tient pas lieu de connaissance, et donc à remettre en permanence nos certitudes, fussent-elles provisoires, à l’épreuve.

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Annick Ancelin-Bourguignon,

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ESSEC Business School (Paris et Singapour)


Références

  • Ancelin-Bourguignon, A. (2012), « Gérer autrement : les leçons de la pensée chinoise », États généraux du Management 2012, FNEGE, Strasbourg.
  • Chieng, A. (2006), La pratique de la Chine en compagnie de François Jullien, Paris, Grasset.
  • Jullien, F. (1992), La propension des choses, Paris, Seuil.
  • Jullien, F. (1996), traité de l’efficacité, Paris, Grasset & Fasquelle.
  • Jullien, F. (2009), Les transformations silencieuses, Paris, Grasset.

Titres recensés

  1. Comptabilité, contrôle et société : Mélanges en l’honneur du Professeur Alain Burlaud, Foucher, LMD Collection, 2011, 413 p., 35 €, ISBN 978-2-216-12292-9
  2. Valorisation des entreprises en temps de crise, Jean-Noël Vieille, Economica, 2012, 174 p., 27, ISBN 978-2-7178-6496-0
  3. Entrer dans une pensée ou Des possibles de l’esprit, François Jullien Gallimard, Paris, Mars 2012, 189 pages, 18, ISBN : 978-2-07-013719-0

Pour citer cet article

 Zimnovitch Henri, « La Revue des livres », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2013 (Tome 19), p. 143-150.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2013-1-page-143.htm
DOI : 10.3917/cca.191.0143


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