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Comptabilité - Contrôle - Audit

2014/1 (Tome 20)


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Certains trouveront sans doute le sujet « bassement matériel », voire anecdotique, mais la question de la taille ou de la longueur des articles a récemment été soulevée par un membre du Comité éditorial (que nous remercions au passage). Cela nous a bien évidemment conduits à nous interroger, et nous profitons de cet éditorial pour relater les fruits de cette réflexion.

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De cette problématique de longueur des articles découlent en fait plusieurs questions plus spécifiques. Faut-il limiter la taille des articles ? Si oui, quelle serait la taille « normale » ou « acceptable » de nos comptes rendus scientifiques ? Si oui toujours, comment, sous quelle forme, exprimer au mieux cette contrainte de taille ? Dans le même esprit, et pour rester fidèle à certains débats qui entourent notre discipline scientifique, faut-il exprimer cela par des principes (flexibles) ou par des règles (strictes) ?

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Après avoir précisé les fondements de ce questionnement, nous alimentons notre réflexion à partir d’une enquête sur les politiques adoptées par d’autres revues scientifiques avec lesquelles la comparaison nous semble pertinente. Nous terminons cet éditorial par quelques recommandations qui seront, nous l’espérons, utiles à chacun dans l’idée de garder en mémoire ce qui est fondamental.

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Sur le fond, faut-il limiter la taille des articles ?

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La question concerne à la fois les auteurs, les lecteurs et les éditeurs. Dans notre modèle économique de production-diffusion d’information scientifique, la taille d’un article de recherche relève, selon nous, d’un compromis assez délicat entre trois exigences. Premièrement, une exigence de rigueur scientifique, qui fait que les auteurs sont souvent poussés à fournir de nombreux détails pour expliquer, et justifier, leur protocole de recherche, ainsi que la validité et/ou la robustesse de leurs constats empiriques. Le processus de révision participe également, naturellement, à l’enrichissement des manuscrits au fil des rondes d’évaluation. En bref, la taille des manuscrits a tendance à augmenter au fil des tours.

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La seconde exigence est le pendant naturel de la première, et joue donc en sens inverse. Il s’agit de rendre compte d’un travail de recherche de la manière la plus intelligible possible. Cela impose aux auteurs un effort de concision pour véhiculer dans leur texte uniquement les informations fondamentales au questionnement (certains parlent de « focus »). En somme, éviter d’en dire trop pour ne pas noyer le lecteur… et donc préserver son attention.

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Enfin, la troisième exigence relève d’une contrainte économique de production de la revue. En la matière, les coûts de composition sont significatifs, et notre tirage – chacun le sait – ne nous permet pas d’absorber facilement une hausse de ces coûts de production. En d’autres termes, nous ne sommes pas « riches » et nous sommes contraints par nos finances sur le volume paginé de notre production.

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Pour en conclure sur ces considérations de fond, la réponse serait alors plutôt « oui », il faut limiter la taille des articles… sans toutefois remettre en question la rigueur scientifique. À la question d’une taille « normale » ou « acceptable » des articles, la réponse de principe est alors la suivante : la taille « acceptable » d’un article est la taille qui permet de démontrer la rigueur scientifique de la recherche, tout en restant intelligible, et dans des limites raisonnables pour l’édition. Tout un programme !

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Que font nos « pairs » ?

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Pour mieux nous représenter les politiques éditoriales actuellement en vigueur, nous avons recensé les éléments déclaratifs relatifs à la longueur des manuscrits dans les recommandations aux auteurs que l’on trouve chez nos « pairs ». Nous avons ciblé deux groupes de revues à partir du classement FNEGE des revues en sciences de gestion : (1) celles propres au champ CCA (acronyme ACC utilisé par la FNEGE), (2) l’ensemble des revues francophones en sciences de gestion.

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Du premier recensement [1][1] Par souci de concision, nous ne publions pas les tableaux..., celui des revues du champ CCA, ressortent quelques enseignements.

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• Globalement, sur les 37 revues du champ CCA examinées, 15 incluent une limitation en termes de taille des articles soumis, et deux autres expriment un souci de concision.

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• La présence d’une contrainte de taille semble assez liée à la maison d’édition (publisher) de la revue. Les revues de l’American Accounting Association, et celles du groupe Emerald, posent systématiquement une contrainte de taille. On ne trouve pas de limites du côté d’Elseiver ou de Wiley-Blackwell (à une exception près). Les politiques au sein de Taylor & Francis ou de Sage semblent toutefois moins homogènes.

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• Quand une limite est présente, elle n’est pas formulée comme une règle stricte ou absolue, mais laisse toujours une certaine souplesse.

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• Enfin, les limites sont généralement exprimées en nombre de mots. La norme est alors de 7 000 ou 8 000 mots, ce qui marque assez clairement une préférence pour des articles courts et concis. À noter toutefois que la limite s’étend à 11 000 ou 12 000 mots pour deux revues davantage orientées sur des approches critiques ou qualitatives.

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Du second recensement, celui des revues francophones en sciences de gestion, ressort une « carte » des politiques éditoriales foncièrement différente.

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• La presque totalité des 33 revues examinées (26, soit 79 %) mentionne une limite sur la taille des articles dans leurs recommandations aux auteurs.

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• Sans préjuger d’une éventuelle souplesse de la part des rédacteurs, les limites sont la plupart du temps formulées selon un style strict ou directif (p. ex. le texte ne devra pas dépasser…).

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• Les politiques sont très disparates en termes de critère utilisé et de limite proprement dite. Un nombre de pages est annoncé pour neuf des 26 revues : la fourchette qu’il en ressort s’établit entre 15 et 40 pages… sans qu’il soit véritablement possible d’y dresser une comparaison tant les spécifications éditoriales (interlignes, marges) sont différentes ! Huit autres revues ont ainsi pris le parti de s’appuyer sur un nombre de pages en précisant un équivalent en nombre de signes (ou de mots dans quelques cas) ; la fourchette est alors de 30 000 à 70 000 signes, espaces compris. Six autres revues n’annoncent qu’un nombre de signes, avec une fourchette équivalente. Enfin, une minorité de revues (trois seulement) s’appuient sur un nombre de mots (7 000 ou 8 000).

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En résumé, les politiques éditoriales francophones apparaissent assez différentes de celles des revues anglophones. On cherche davantage à limiter la taille des manuscrits dans les revues francophones (faut-il y voir un trait culturel ?) ; et pour cela, le critère du nombre de signes est clairement le plus utilisé (faut-il y voir une recherche de précision ?). On constate néanmoins une certaine convergence avec les revues anglo-saxonnes sur le nombre de mots (7 ou 8 000) et, peut-être, un peu plus de revues francophones avec une limite plus élevée, dans la zone des 60 000 à 70 000 signes.

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Faut-il faire évoluer notre position en la matière ?

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La politique éditoriale actuelle de CCA consiste, pour un article de recherche, en une limite de 70 000 caractères espaces compris. À la lumière des constats précédents, nous nous situons donc sur la « borne haute » des politiques observées. Toutefois, nous devons dorénavant, et dans le cadre d’une transition vers le bilinguisme, concilier des pratiques d’origine francophone avec des standards internationaux. Quelles conséquences sur notre politique éditoriale ? Voici quelques éléments de réponse.

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Tout d’abord, il nous apparaît important de maintenir une consigne de taille des manuscrits afin de sensibiliser les contributeurs à la concision du message scientifique et à nos contraintes économiques. Ensuite, la manière de formuler cette contrainte et de la mettre en œuvre peut bien entendu évoluer. Au plan formel, nous voyons deux aménagements nécessaires dans un souci de lisibilité internationale. Le premier sera d’exprimer la limite non plus en nombre de signes, mais en nombre de mots, dans la mesure où cela constitue la pratique dominante des revues internationales de notre champ. La limite de 70 000 signes est ainsi convertie en 11 000 mots [2][2] Sur la base d’un test effectué sur plusieurs articles.... Le second sera d’introduire au contributeur un message qui réaffirme le principe de flexibilité et de jugement. En effet, la contrainte de taille n’est pas une norme absolue, et nous l’appliquons avec discernement selon la nature des manuscrits qui nous sont envoyés. En particulier, nous avons pleinement conscience que les comptes rendus de recherche qualitative à positionnement interprétatif sont en général plus « consommateurs » de texte que les articles de mainstream hypothético-déductifs. D’ailleurs, cette différence et cette adaptabilité ressort de ce que nous avons pu lire dans les politiques éditoriales des revues du champ comptabilité-contrôle.

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In fine, la contrainte de taille des articles de recherche soumis à CCA sera désormais formulée de la manière suivante :

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Les propositions d’articles, éditées au format Word à interligne 1.5, devront être aussi concises que le permet la méthode de recherche utilisée, et ne pas dépasser 11 000 mots au total (résumé, notes, annexes et bibliographie compris). Cette limite s’apprécie avec une certaine flexibilité s’agissant de comptes rendus de recherche qualitative ou de revues de littérature.

Quelques recommandations et bonnes pratiques

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Nombreux sont les projets d’articles soumis à CCA qui pourraient facilement gagner en concision… et donc en lisibilité. Voici quelques recommandations éditoriales en la matière, qui permettront nous l’espérons de répondre à certaines interrogations ou de guider certains auteurs dans la rédaction de leur manuscrit. Ce ne sont, là encore, que des principes généraux, dont l’application en contexte n’a rien de systématique.

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• Ne pas s’étendre aux éléments de connaissances communes. Les développements théoriques doivent être circonscrits et en lien direct avec la question de recherche. Nul besoin de réexpliquer les principes de la théorie de l’agence ou autres théories fondatrices ; une simple et brève référence aux auteurs clés suffit.

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• Pour un exposé plus synthétique du design de la recherche, il peut être judicieux d’annexer certains aspects méthodologiques (p. ex. une procédure d’échantillonnage ou de collecte de données), et de n’y faire qu’une brève référence au fil du texte.

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• Ne pas abuser des tests de robustesse et autres tests additionnels. Le « catalogue » de tests de robustesse peut parfois avoir l’effet inverse à celui escompté : au lieu de rassurer le lecteur sur la fiabilité des résultats, il peut introduire doute ou scepticisme sur l’honnêteté scientifique.

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• Ne pas hésiter à communiquer certaines informations complémentaires sous la forme de fichiers additionnels qui peuvent être utiles aux réviseurs pour évaluer la qualité du travail accompli (compléments de verbatim, résultats statistiques complémentaires, etc.). En particulier, il est important pour nous rédacteurs, et pour les évaluateurs, de fournir en fichier annexe (anonyme) l’intégralité des instruments de recherche utilisés (questionnaire, guide d’entretien, protocole expérimental). Ces documents complémentaires ne seront, en général, pas publiés en cas d’acceptation du manuscrit.

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Nous souhaitons clore cet éditorial par un grand « coup de chapeau » à notre collègue et ami Hervé Stolowy, dont le mandat de corédacteur en chef s’est terminé fin 2013. Hervé a œuvré sans relâche pour CCA ; il a mené de front de nombreux dossiers jusqu’au bout de son mandat (intégration dans le Journal of Citation Report, prise en main de la plateforme Editorial Manager, accords avec Cairn, passage au bilinguisme, etc.). Nul doute que la revue ne serait pas là où elle est actuellement sans l’investissement d’Hervé. Bravo et merci !

Notes

[1]

Par souci de concision, nous ne publions pas les tableaux détaillés de ces recensements, qui couvrent respectivement 37 et 33 revues. Pour nos lecteurs qui souhaiteraient en savoir plus, nous mettons ces tableaux à leur disposition sur le site de l’AFC, rubrique « Revue CCA ».

[2]

Sur la base d’un test effectué sur plusieurs articles publiés dans notre revue, le rapport médian « nombre de signes / nombre de mots » ressort à 6,6, avec une certaine stabilité (fourchette entre 6,6 et 7,0).

Plan de l'article

  1. Quelques recommandations et bonnes pratiques

Pour citer cet article

Rédacteur  Berland Nicolas, Rédacteur Piot Charles, « De la longueur des articles... », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2014 (Tome 20), p. 7-11.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2014-1-page-7.htm
DOI : 10.3917/cca.201.0007


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