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Comptabilité - Contrôle - Audit

2014/2 (Tome 20)


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Nous continuons dans les éditoriaux de CCA à délivrer quelques conseils aux auteurs. Notre but étant d’éviter les rejets et de publier des papiers de qualité, il nous paraît essentiel de tout mettre en œuvre pour éliminer les erreurs les plus communes. Une étape essentielle du processus de soumission est la réception et la compréhension des rapports des réviseurs, la réécriture de l’article et la réponse aux observations formulées par les réviseurs et par l’éditeur en charge.

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Vous venez de recevoir le retour des réviseurs et de l’éditeur sur votre article. Si votre article passe le premier tour c’est un bon début – les manuscrits font en général trois tours d’évaluation externe, parfois plus (un article a fait 4 tours en 2013…) – mais c’est aussi sans doute avec des demandes de révisions majeures. Il est en effet très rare, et donc exceptionnel qu’un article n’ait que des révisions mineures au premier tour et a fortiori qu’il soit accepté en l’état. Les demandes des réviseurs et de l’éditeur sont souvent conséquentes ce qui ne préjuge pas de la qualité de l’article et de son intérêt. Donc, pas de panique. Si votre article a été rejeté, les lignes qui suivent vous concernent également. En effet, les révisions sont là pour vous aider à faire progresser votre réflexion. Tenez en compte avant de soumettre à une autre revue. Ne resoumettez pas à CCA, à moins que le manuscrit en question n’ait fait l’objet d’une décision de « rejet-resoumission », ou sauf à en parler avec les éditeurs avant de renvoyer votre article pour expliquer votre démarche et voir leur réaction. Nous venons en effet d’exclure pour deux ans des auteurs ayant resoumis, à deux ans d’intervalle, le même papier, profitant espéraient-ils sans doute de l’absence de mémoire dû au contexte de changement d’éditeur. Les rapports des réviseurs doivent être pris en compte même pour soumettre à une autre revue car bien souvent, les mêmes évaluateurs seront sollicités et en général, ils prennent très mal de voir que les recommandations qu’ils sont pris la peine d’écrire lors d’un premier rapport n’ont pas été prises en compte.

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Préparez-vous à une déception. Il y a de forte chance que les réviseurs et le rédacteur n’aient pas su saisir tout le génie qui vous habite… Plus sérieusement, il est toujours douloureux de lire des critiques sur son travail (même quand, au final, c’est pour proposer d’envoyer l’article vers un second tour de révision). Tous les auteurs ont mis du travail et de l’engagement dans leur papier, la critique est d’autant plus lourdement ressentie. Toutefois, le regard extérieur permet d’apporter des éclaircissements indispensables. Nous n’avons pas connu beaucoup d’expériences sur nos propres articles où, même des remarques qui nous paraissaient infondées, ne soient pas venues, au final, améliorer l’article. Beaucoup de réviseurs (pas tous certes) adoptent un point de vue constructif par rapport aux articles proposés et se mettent en situation de proposer des pistes de réécriture valorisant l’article. Eux aussi ont mis de l’énergie à réviser l’article et seront donc soucieux de voir leurs remarques prises au sérieux. Si certaines remarques vous paraissent agressives, prenez du recul et demandez-vous où veut en venir le réviseur. Dites-vous qu’il est comme tout le monde et que surchargé de travail, il n’a juste peut-être pas pris le temps de peaufiner son rapport en adoucissant ses phrases, soucieux de répondre vite. Et puis chacun a son style. En conséquence, cela fait plein de bonnes raisons de prendre en compte toutes les remarques qui vous sont faites. Si certaines de ces remarques ne sont pas prises en compte dans votre révision, c’est tout à fait envisageable et c’est votre choix, mais il faudra alors justifier votre point de vue de façon très argumentée dans le mémo de réponse.

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Vous recevez donc vos rapports et vous venez de digérer la déception de constater que vous avez des révisions majeures à effectuer et donc un travail de plusieurs semaines. Ne traînez pas trop à reprendre votre article, trop d’auteurs ne vont pas assez vite car absorbés par d’autres tâches, faisant qu’au final nous ne revoyons pas certains articles, ce qui est dommage. Si vous ne pensez pas pouvoir faire les révisions dans la période demandée, pas de panique, prévenez juste l’éditeur qui suit votre article. En règle générale, nous demandons à ce que les papiers soient resoumis dans les six d’une décision éditoriale. Nous sommes compréhensifs sur cette contrainte, en particulier lorsque les révisions demandées sont lourdes (elles auront nécessité, par exemple, une collecte de données complémentaire).

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Quand vous êtes prêt à reprendre votre article, commencez par analyser de façon méthodique les demandes des réviseurs. Pour cela, découper les différentes demandes en séquences basiques (point de remarque par point de remarque). Ce serait en effet une erreur de vouloir traiter globalement les demandes sous prétexte qu’au final l’article sera entièrement à réécrire. Le travail de réécriture doit se faire sous contrainte de traçabilité des modifications. De la même manière, il ne faut pas produire un article nouveau, développant des choses non demandées par les réviseurs. Vous devez vous en tenir à leurs demandes. Si celles-ci vous obligent à des ajouts qui semblent dépasser les demandes des réviseurs vous devrez expliquer pourquoi dans votre lettre de réponse. Indiquez dans votre article l’endroit où se trouve chaque critique (parfois c’est une partie entière), cela vous aidera à bien suivre les parties à retravailler et à vérifier in fine si vous avez bien pris en compte toutes les remarques.

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Tentons maintenant de sérier les principales demandes des réviseurs et la façon de les traiter en allant des plus simples au plus compliquées. Il s’agit ici de tenter de replacer les demandes dans des catégories conceptuelles qui vous aideront à mieux les traiter.

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Les réviseurs demandent presque toujours de revoir les fautes d’orthographe ou le style. Inutile d’insister sur le caractère obligatoire de ces demandes…

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Les réviseurs demandent très souvent d’ajouter des références qui leur semblent manquantes. C’est pour eux un moyen de compléter l’article et d’entrer dans votre logique. Faites leur plaisir, ajouter ces références sans même discuter. Cela ne vous coûtera que quelques mots. Vous pouvez juste les citer parce qu’elles complètent votre bibliographie. Ce qui est véritablement en jeu est la pertinence avec laquelle ces références seront citées, ce qui témoignera de votre maîtrise du champ. Vous pouvez également expliquer que c’est une autre perspective que vous ne retenez pas, malgré son intérêt pour telles ou telles raisons que vous justifierez.

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Les réviseurs demandent également beaucoup de justifications (sur le cadre théorique, les auteurs cités, et la méthodologie la plupart du temps). Ce sont des remarques importantes car l’écriture scientifique est avant tout un travail de justification montrant que vos choix sont raisonnés et valides. Vous devez absolument répondre en argumentant précisément. Cela peut demander des lectures additionnelles. Ces remarques amènent alors des compléments qui donnent en général une plus grande cohérence au papier.

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De même, les réviseurs peuvent vous demander de revoir la structure du papier. Ils demanderont de changer l’ordre des arguments au sein d’une partie ou de développer telles ou telles parties. Faites leur confiance. En tant que lecteurs externes attentifs, ils ont peut-être eu des difficultés à saisir l’enchaînement de votre logique, ont fini par la capter (sinon, ils auraient rejeté l’article) et vous demandent en somme un travail pédagogique.

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Les réviseurs peuvent demander plus de données ou des traitements complémentaires. Normalement, ce travail additionnel aura été jugé « faisable » par l’éditeur ; sinon cela aurait conduit à un rejet de l’article. Nous sommes ici sur une révision lourde, voire très lourde, et qui peut devenir rédhibitoire. À vous de juger si le travail est faisable ou alors d’argumenter (à réserver aux cas extrêmes) pour justifier que vous ne pouvez matériellement pas aller plus loin (par exemple retourner dans l’entreprise pour compléter une étude de cas). Cela peut nécessiter alors de changer l’orientation de l’article, en en réduisant la portée. Dans tous les cas, cette incapacité devra faire l’objet d’une remarque en conclusion montrant que c’est une limite du papier et rendant grâce ainsi aux commentaires des réviseurs.

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Enfin, bon nombre de critiques portent sur la faiblesse des contributions. Celles-ci doivent apparaître dans la partie empirique à la suite d’une véritable discussion des résultats. Les contributions, qu’elles soient académiques ou managériales, doivent également être discutées pour montrer leur dimension confirmatoire ou novatrice… Elles doivent évidemment, de manière claire et synthétique, apparaître dans le résumé. Elles sont aussi, de plus en plus, soulignées dans l’introduction pour expliquer sans attendre au lecteur les intérêts de la recherche. Trop d’articles, y compris les nôtres, se contentent de conclusions trop fades. Qu’apporte l’article au final, pourquoi mérite-t-il d’être lu et publié ? C’est la partie la plus sensible de la révision car elle touche au cœur de ce qui fait l’originalité de l’article, et une réécriture nécessite un vrai travail de réflexion car cela veut dire que la première version n’a pas totalement convaincu. Cela impose de repenser la portée de la recherche. Cela passe ensuite par une complète réécriture, visant à mieux se faire comprendre mais au-delà, aussi, à peut-être prendre conscience de la faiblesse contributive de l’article. Le défi ainsi posé aux auteurs est une opportunité de rentrer en dialogue scientifique avec les réviseurs afin de valoriser sa contribution.

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Enfin, il arrive que les demandes des réviseurs soient contradictoires. Parfois, l’éditeur aura tranché dans un sens ou un autre dans sa lettre éditoriale. Parfois, il n’aura pas perçu l’incohérence des deux demandes. Vous pouvez vous retourner vers lui pour qu’ils vous aident. Mais vous pouvez aussi argumenter dans votre lettre de réponse que vous avez été obligé de faire des choix et que vous avez privilégié une remarque plutôt qu’une autre. L’important est de justifier votre choix, en des termes suffisamment diplomatiques pour ne pas vexer le réviseur. Il appartient aussi à l’éditeur de trancher et de porter un jugement final sur votre travail pour dépasser les opinions irréductibles des réviseurs. Cela ne revient pas à déjuger l’un des réviseurs pour autant, mais à arbitrer.

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Vous êtes arrivés à la fin de votre révision. Un nouveau manuscrit est prêt mais en mode correction… Vous devez encore produire, obligatoirement, un document de plusieurs pages expliquant comment vous avez répondu à chacune des remarques des réviseurs. Vous argumentez en plus de ce qui a été fait dans l’article, citez les passages réécrits, en renvoyant aux paragraphes concernés (pas forcément aux numéros de pages car celles-ci vont changer lors de la repagination consécutive à la soumission). Quoi qu’il en soit, le « mémo de révision » (on peut lui trouver d’autres noms !) qui répondra aux attentes « académiques » devra porter trois qualités essentielles. Premièrement, il recense la manière dont vous avez traité chacun des points soulevés par les réviseurs, et par l’éditeur le cas échéant. Dit autrement, il ne fait pas l’impasse – volontairement ou non – sur une ou plusieurs remarques formulées lors du tour d’évaluation. Deuxièmement, il facilite le travail de relecture des réviseurs, ainsi que le suivi du papier par l’éditeur. Pour ce faire, il est important que le mémo reprenne le texte originel des réviseurs, par exemple en caractères italiques. Vos réponses pourront alors être insérées au cas par cas en caractères normaux. Afin de donner encore plus de structure à l’ensemble, certains auteurs codent ou numérotent les commentaires des réviseurs (par exemple pour ceux du réviseur 1 : R1_1, R1_2, etc.) ainsi que leur réponse afférente. L’avantage est qu’il devient plus facile de faire référence à un point particulier qui serait soulevé de nouveau au fil du mémo… par exemple par le second réviseur. Troisièmement, le mémo permet un partage des connaissances utile au processus d’évaluation scientifique. En effet, outre le fait de constituer un outil de synthèse pour l’éditeur, il permet à chaque réviseur de prendre connaissance des observations formulées par son « pair », et éventuellement d’adapter sa démarche au fil des tours d’évaluation. Il est donc utile et important, de notre point de vue, que le mémo ne forme qu’un seul et même document, communiqué de manière identique à chacun des réviseurs.

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Bonne chance dans vos futurs travaux de révision !

Pour citer cet article

Berland Nicolas, Piot Charles, « Lire l'évaluation et répondre aux réviseurs », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2014 (Tome 20), p. 5-8.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2014-2-page-5.htm
DOI : 10.3917/cca.202.0005


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