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Comptabilité - Contrôle - Audit

2015/2 (Tome 21)


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Retirer un article précédemment publié, un peu comme on retirerait un produit du marché. L’acte nous interpelle, forcément, car on peut y voir la manifestation ultime de l’échec du processus d’évaluation scientifique. Un peu comme l’échec d’un audit, qui n’aurait pas mis au jour une ou plusieurs anomalies significatives des états financiers !

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Cet éditorial invite à la réflexion sur le retrait des articles par les revues académiques. Le phénomène n’est pas nouveau, loin de là, dans certains champs des sciences « dures » – en particulier les sciences biomédicales –, mais il gagne ces dernières années les sciences sociales. Qu’en est-il de la gestion et en particulier des sciences comptables ? Quelles sont les causes et les conséquences des retraits d’articles ? Comment « gérer » au mieux ce phénomène, qui à l’évidence pose un certain discrédit sur l’activité de publication scientifique ?

Définition, modalités et ampleur du phénomène

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Le retrait intervient dans des situations extrêmes où les imperfections d’un article sont telles que l’essentiel de sa contribution s’en trouve remis en cause. Selon les termes de Van Noorden (2011), le retrait est une « official declaration that a paper is so flawed that it must be withdrawn from the literature ». C’est donc un processus par lequel la science s’autocorrige de ses erreurs, en quelque sorte.

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Concrètement, l’acte de retrait se caractérise par une note de retrait (notice of retraction) publiée par la revue, et les pages de l’article original sont alors frappées d’une trame de fond indiquant que le document a été retiré. Eden (2013) livre en exemple une dizaine de notes de retrait publiées dans le champ Business-Management [1][1] Article dans les colonnes du blog éthique de l’Academy.... Les notes sont brèves (cinq à dix lignes pour la plupart) et factuelles. Elles précisent, en général, qui est à l’origine du retrait (auteur(s), rédacteur, et/ou éditeur), les motifs du retrait, et l’implication des différents coauteurs dans ces motifs. Le fait de rendre public cette dernière information peut paraître surprenant en vertu du principe de solidarité des auteurs qui cosignent un article. On peut l’estimer nécessaire dans un tel contexte pour que les responsabilités soient clairement identifiées, et que les éventuels coauteurs « innocents » dans l’affaire n’en supportent pas pleinement les conséquences. On notera toutefois que cette question de l’« individualité » des retraits reste sensible, et pas véritablement tranchée dans les lignes directrices du Committee of Publication Ethics (COPE 2009) :

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If retraction is due to the actions of some, but not all, authors of a publication, the notice of retraction should mention this. However, most editors consider that authorship entails some degree of joint responsibility for the integrity of the reported research so it is not appropriate for authors to dissociate themselves from a retracted publication even if they were not directly culpable of any misconduct.

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La note de retrait marque ainsi la fin d’un processus relativement long car il aura mobilisé une enquête approfondie (souvent diligentée par l’institution de l’auteur fautif) et des discussions préalables entre auteurs, rédacteurs, et éditeurs (publisher, ou autres détenteurs du copyright de la revue). L’intérêt général, celui de la communauté académique, est bien entendu qu’un retrait soit rendu public le plus promptement possible, de manière à corriger la littérature et limiter les effets dans le temps d’une publication erronée (COPE 2009). Afin de prendre un peu les devants, les rédacteurs peuvent dans certains cas envoyer un signal à la communauté lorsque des doutes surviennent et qu’une enquête est déclenchée sur un article particulier ; la littérature parle alors d’une « expression of concern » (Jasny 2011, cité par Eden 2013). Quel est le délai de retrait d’un point de vue empirique ? À partir d’une large base – plus de 1 700 retraits d’articles identifiés dans le Web of Science (période 1980-2012) –, Chen et al. (2013, p. 242) constatent des moyennes/médianes de 30/24 mois entre la publication et le retrait. On pourrait presque en conclure que la durée du processus de retrait est à peu près équivalente à celle du processus d’évaluation scientifique d’une soumission acceptée pour publication !

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Quelle est l’ampleur du phénomène ? Plutôt rare, avec des taux de retrait avancés de 0,02 %, autrement dit deux articles sur 10 000 publiés (Van Noorden 2011, cité par Eden 2013). Mais des disparités assez marquées d’un champ scientifique à l’autre. C’est dans les sciences du vivant, et dans le domaine biomédical en particulier, que l’on trouve le plus de retraits. Morrison (2011) investigue 17 revues de ce domaine (incluant Nature et Science) et constate des taux de retrait compris entre un et quatre pour mille pour une bonne moitié d’entre elles. Le phénomène reste beaucoup plus limité en sciences sociales. Karabag et Bergreen (2012) relèvent, en interrogeant plusieurs sources, 31 retraits dans des revues de business et management, et seulement six dans des revues d’économie.

Qu’est-ce qui peut justifier le retrait d’un article ?

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Les lignes directrices du COPE (2009) fournissent un cadre d’analyse des motifs possibles de retrait. Quatre cas de figure y sont évoqués : (1) les résultats publiés ne sont pas fiables, (2) la contribution intellectuelle n’est pas originale ; les résultats sont redondants avec d’autres publications (auto-plagiat), (3) l’article relève du plagiat, (4) la recherche en question ne respecte pas les normes éthiques applicables.

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Les problèmes de plagiat et d’auto-plagiat (cas 2 et 3) sont courants, et peuvent se ranger au chapitre de défaut d’originalité de la contribution. Le respect des normes éthiques (cas 4) se pose pour les travaux soumis à l’accord préalable d’un comité d’éthique de la recherche (p. ex. ceux portant sur des êtres humains), ou dans des cas de non-divulgation de conflits d’intérêts notoires (p. ex. recherches financées par des organismes privés). Les problèmes de fiabilité des résultats (cas 1) sont souvent au centre des débats, et découlent d’irrégularités de fond directement imputables aux chercheurs. Cela peut aller de la simple erreur ou omission honnête (erreur de calcul, de reporting des résultats, problème expérimental ou de traitement des données, etc.) à des comportements malhonnêtes pouvant être qualifiés de fraudes scientifiques (fabrication ou falsification de données par exemple) (COPE 2009). Mais cela peut aussi inclure des accusations de non-réplicabilité potentielle des résultats [2][2] Le principe de réplicabilité est au cœur du processus... (Atwater et al. 2014) car la méthode n’est pas suffisamment explicitée, ou carrément opaque.

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La frontière entre la simple erreur et la fraude est a fortiori très poreuse car elle dépend de la caractérisation de l’élément intentionnel, lequel n’est jamais évident quand il s’agit par exemple d’auto-plagiat ou autres redondances. Dans la recherche de causes plus structurelles, les comportements frauduleux peuvent s’expliquer par le système académique d’évaluation et de promotion des chercheurs. En l’occurrence, une forte espérance de gain liée à la publication dans une revue de haut rang, ainsi qu’un risque de sanction (relativement) faible, placerait le rapport coût-bénéfice clairement à l’avantage des fraudeurs (Eden 2010). En tant que chercheurs et/ou praticiens de l’audit, nous ne pouvons rester insensibles aux enseignements du triangle de la fraude pour l’analyse de ce phénomène. Un bémol tout de même, à tout le moins une certaine « rationalité », ce sont les revues à facteur d’impact élevé qui opèrent le plus de retraits ; Science et Nature se situant autour de deux ou trois pour mille (Morrison 2011 ; Atwater et al. 2014).

Conséquences d’un retrait d’article

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Si la probabilité d’être pris est a priori limitée, au vu des taux de retrait très faibles, la sanction (scientifique et sociale) est en général sans appel. Plus généralement, les conséquences d’un retrait d’article peuvent être nombreuses, que ce soit pour le ou les individus concernés ou pour la collectivité.

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Au plan individuel, on notera d’abord la perte de réputation et d’attractivité scientifique. Encore peu d’études sur ces aspects ; un travail bibliométrique à grande échelle (Lu et al. 2013) conclut toutefois à une baisse du nombre de citations des publications antérieures de 6.9 % pour un auteur concerné par un retrait… à moins qu’il ne soit lui-même à l’origine du retrait. Toujours au plan individuel, la réputation scientifique étant rapidement sujette à contagion (comme tout capital réputationnel d’ailleurs), il ne faut pas négliger les effets secondaires d’un retrait. Dit autrement, lorsqu’une revue retire l’article d’un auteur, les publications de ce même auteur dans d’autres revues sont souvent mises sous examen, et à leur tour retirées. L’exemple le plus célèbre de la littérature en Management est celui du retrait de deux articles d’U. Lichtenthaler en juin 2012 par la revue Research Policy, qui a été suivi du retrait de cinq autres publications impliquant le même auteur dans cinq autres revues entre octobre et novembre 2012 (Karabag et Bergreen 2012, p. 176). Dans notre champ, les éditeurs du Journal of Accounting Research ne manquent pas de faire part de leur préoccupation suite au retrait d’articles associés à l’affaire Hunton [3][3] La note d’information du JAR, qui peut s’assimiler... (cas que nous évoquons par la suite). Enfin, dans les cas avérés de fraude scientifique, les conséquences individuelles iront souvent jusqu’au congédiement ou à la démission du chercheur incriminé. Le site collaboratif Retraction Watch (http://retractionwatch.com/) permet un accès rapide à cette actualité depuis 2010.

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Les conséquences d’un retrait sont également à considérer envers la collectivité, même si, bien entendu, les effets sont dans ce cas très difficiles à appréhender. Que penser des travaux de chercheurs qui s’appuieraient fortement sur un article retiré ? Comment les coauteurs non impliqués dans une fraude scientifique parviennent-ils à sortir leur épingle du jeu ? Quelles sont les conséquences des retraits sur la crédibilité d’une discipline, et notamment sur l’obtention de financements par les chercheurs de cette discipline ? Les revues souffrent-elles en retirant des articles (facteur d’impact par exemple), ou au contraire améliorent-elles leur image scientifique ? Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses interrogations qui surviennent.

Identification des retraits en sciences comptables

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La structure des causes de retrait est-elle différente d’un champ scientifique à l’autre ? Nous savons peu de choses à ce propos. Eden (2013) estime que la fraude domine largement dans les revues biomédicales, alors que les autres revues seraient plutôt concernées par des problèmes de plagiat ou de redondances. Nous avons cherché à en savoir plus concernant les sciences comptables.

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Nous nous sommes tout d’abord heurtés à un problème d’identification des articles retirés, qui concerne en fait la plupart des champs de sciences sociales. En effet, si la base PubMed – une référence en sciences du vivant – permet une identification formelle et systématique des articles retirés via le Publication type, les autres bases bibliographiques n’offrent pas cette option, à l’exception du Web of Science où les notes de retrait sont localisables parmi les Correction (Chen et al. 2013, p. 236). Pour les autres bases, il faut donc procéder en interrogeant par mots-clés. Nous avons alors adopté la démarche de Karabag et Bergreen (2012, p. 174) et interrogé les principales bases de données en ligne à la recherche de publications retirées en sciences de gestion, et en sciences comptables en particulier. Le tableau 1 récapitule les résultats obtenus d’un point de vue strictement quantitatif.

Tableau 1 - Recherche des retraits en Business ou Management dans les bases bibliographiques(1),(2)Tableau 1

(1) Sur un total de 648 résultats toutes disciplines confondues.

(2) Sur un total de 3 226 résultats toutes disciplines confondues.

Sigles : BAR : British Accounting Review ; JBFA : Journal of Business Finance & Accounting.

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Quelques constats suite à cette tentative :

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1. La rareté du phénomène. Le nombre de retraits identifiés en Business ou Management est en effet dérisoire dans la masse des retraits d’articles scientifiques.

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2. La pratique ne semble pas « exploser » en Business-Management, si l’on compare nos résultats aux 31 cas identifiés trois ans auparavant par Karabag et Bergreen (2012).

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3. Les retraits par des revues de sciences comptables sont rarissimes, avec seulement deux cas identifiés. Les principaux domaines concernés par des retraits se révèlent être le management, l’innovation, la gestion de production et de la chaîne logistique.

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Pourquoi si peu de retraits dans nos disciplines ? La question est ouverte à toutes les spéculations. Karabag et Bergreen avancent que la plupart des revues en économie et gestion n’ont pas encore mis en place de politique explicite en la matière – contrairement aux revues de sciences dures –, et qu’il est donc nécessaire de développer davantage la prévention dans nos domaines. On pourrait aussi argumenter que nous sommes plus honnêtes, scientifiquement parlant, que nos homologues physiciens ou biologistes ! Et pourquoi pas avancer que nos processus de révision sont plus longs, plus approfondis, ou encore qu’il est moins facile de remettre en cause les conclusions des recherches en sciences « inexactes » que celles des recherches en sciences « exactes ». Restons modestes et prudents, car ce que nous voyons n’est peut-être que la partie visible de l’iceberg ! Il n’y a pas lieu de penser, par exemple, que nos disciplines sont moins exposées aux problèmes de plagiat ou d’auto-plagiat que les sciences dures.

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Pour creuser le cas des sciences comptables, nous avons alors consulté le site collaboratif Retraction Watch (RW). Le site permet une interrogation par divers filtres de l’actualité des retraits. Il n’a toutefois été lancé qu’en 2010, et comptabilise non pas des retraits en soi, mais des articles mis en ligne sur des cas de retraits. Au moment de la rédaction de cet éditorial (28 avril 2015), RW recense cinq articles relatifs à des retraits par des revues comptables (sur 22 en Business-Management, et un total de 185 indexés à des revues académiques) ; RW recense également cinq articles sur le sujet « accounting » (sur un total de 32 indexés à des sujets en Business-Management). Cette consultation permet de compléter l’inventaire des retraits en sciences comptables, à la lumière de cas récents (2013-2015) centrés autour de l’« affaire Hunton ». Après compilation avec les recherches précédentes, le tableau 2 présente donc un inventaire des retraits d’articles identifiés et attribués à des revues comptables.

Tableau 2 - Inventaire des articles retirés par des revues en sciences comptables(*)Tableau 2

RW = Retraction Watch

(*) Références reprises d’après Karabag et Bergreen (2012, tableau 1).

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Bien évidemment, on se gardera de tirer des statistiques… sur sept observations ! Outre les problèmes de plagiat, bien connus, on observera simplement que la fraude scientifique existe aussi dans notre champ, comme en témoignent les résultats d’enquêtes approfondies sur les travaux de J. Hunton [4][4] Le site Retraction Watch recense davantage d’informations.... On constatera aussi que dans ce cas de fraude scientifique pour « fabrication de données », les notes de retrait incriminent personnellement l’auteur susnommé et exonèrent explicitement les coauteurs.

Des solutions pour « gérer » le risque de retrait

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D’abord bien comprendre les responsabilités de chacun, car le système est relativement complexe et le rôle des différents acteurs – en particulier le fonctionnement de la triade auteurs-rédacteurs-éditeurs – n’est pas toujours bien entendu. Un certain nombre de ressemblances peuvent cependant être observées avec le monde de l’audit, qui ne nous est pas étranger !

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Les auteurs sont responsables des erreurs, intentionnelles ou non, que contiendrait leur article ; un peu comme les préparateurs des comptes le sont de la qualité des états financiers. Les rédacteurs (editors) sont mandatés par l’éditeur propriétaire de la revue (publisher) pour assurer l’intégrité scientifique du contenu. Les rédacteurs n’ont pas à se livrer à une recherche active de comportements scientifiques frauduleux (Atwater et al. 2014). Un peu comme les auditeurs face à la fraude financière, ils doivent toutefois faire preuve de vigilance et en apprécier le risque et les conséquences. Cela comprend la mise en place d’un processus de révision rigoureux, fondé par exemple sur la sélection de réviseurs compétents sur le thème du manuscrit et indépendants des auteurs. In fine, de même que la décision d’accepter un article pour publication revient aux rédacteurs, celle de retirer une publication, et d’apprécier les fondements scientifiques de ce retrait, doit également leur revenir (COPE 2009). Les notes de retrait que nous avons identifiées en sciences comptables ne précisent pas toujours la partie ayant demandé le retrait, ou celle qui a pris la décision de retrait. Cela est plus clair pour les retraits intervenus récemment dans Contemporary Accounting Research sur le cas Hunton : la demande de retrait émane des coauteurs (non impliqués), et la décision est annoncée comme le résultat d’un accord entre les demandeurs, la rédaction-en-chef, le détenteur du copyright (l’Association Canadienne des Professeurs de Comptabilité), et le publisher.

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Nous terminerons cet éditorial en soulignant les éléments qui nous semblent importants pour « gérer » ce risque de retrait qui, rappelons-le, n’est pas (encore !) une pratique véritablement installée dans notre champ, mais dont il faut avoir conscience pour préserver l’intégrité de nos publications scientifiques. Un certain nombre de comportements, procédures ou actions paraissent en effet pertinents dans une optique de prévention, autrement dit ex ante publication. Tous les acteurs sont concernés : rédacteurs, réviseurs, et auteurs.

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Pour la revue et les rédacteurs, un préalable est de s’appuyer sur des normes éthiques claires et explicites… et de les faire appliquer. Les auteurs qui soumettent à CCA doivent, par exemple, explicitement confirmer l’originalité de leur manuscrit et l’absence de double soumission. La Commission déontologie mise en place par l’AFC est là pour traiter les cas litigieux. Ces derniers sont en général détectés lors de la phase de revue préalable (desk review) des nouvelles soumissions par les rédacteurs. À ce stade, la Commission déontologie n’est pas inactive, avec trois cas de comportements contraires à l’éthique au cours des 12 derniers mois : (1) la soumission d’un manuscrit antérieurement rejeté, (2) la soumission d’un texte accepté par ailleurs, et en attente de publication dans une revue en ligne, et (3) un cas de plagiat. Ces trois cas ont été identifiés grâce à l’outil de détection du plagiat (Urkund) que nous utilisons systématiquement. Les trois soumissions ont évidemment fait l’objet d’un rejet immédiat ; certains auteurs ont également été interdits de soumission à CCA pendant un temps donné.

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Toujours pour la revue et les rédacteurs, outre la détection des comportements contraires à l’éthique, la question de l’accès aux données empiriques se pose. Le Journal of Accounting Research a, par exemple, renforcé ses exigences en la matière suite à l’affaire Hunton [5][5] La note de la rédaction du JAR (décembre 2014) sur.... Il est notamment demandé d’accompagner les nouvelles soumissions d’une note descriptive détaillée sur l’origine et le traitement des données ; ou d’indiquer le nom d’une personne contact de l’entité d’où viendraient des données qualifiées de confidentielles. Il est également demandé, avant acceptation finale, de fournir les programmes ou les étapes détaillées de constitution des bases de données. Pour faciliter la réplication, il est enfin prévu que ces documents complémentaires sur les données soient mis en ligne post-publication. À noter toutefois qu’il n’est pas exigé des auteurs la fourniture des bases de données finales proprement dites ; leur partage étant simplement recommandé. Ce changement de politique du JAR sur la fourniture et l’accès aux données n’est applicable que depuis début 2015 ; il conviendra d’en apprécier les effets dans quelque temps. De prime abord, on peut déjà penser que la charge de travail s’en trouvera accrue au niveau du traitement des soumissions et, surtout, du processus de révision.

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Pour les réviseurs, le message de cet éditorial est de les sensibiliser à leur rôle de « lanceur d’alerte ». Ne pas hésiter à communiquer avec la rédaction en cas de doute, par exemple sur la qualité des données ou l’intégrité des traitements. En ce qui nous concerne, nous demandons aux auteurs de fournir avec leur soumission l’instrument utilisé pour la collecte des données (questionnaire, guide d’entretien, protocole expérimental) ; mais il est vrai que nous ne demandons pas (pour l’instant) la fourniture systématique des données elles-mêmes. Cette politique permet de ne pas trop alourdir le traitement des soumissions et le processus de révision. Mais en cas de doutes soulevés par les réviseurs, nous n’hésiterons pas à demander la fourniture du matériau empirique auprès des auteurs.

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Pour les auteurs, cette réflexion amène à une recommandation simple à mettre en œuvre : fournir aux rédacteurs, au moment de la soumission, une information claire et précise sur la nature de la contribution. La lettre d’accompagnement joue un rôle très important pour cela, et en particulier dans deux cas de figure : (1) la soumission fait suite à une décision de rejet-resoumission, et (2) la soumission comporte certaines parties communes (par exemple l’utilisation, en tout ou partie, d’une même base de données) avec d’autres travaux en circulation impliquant l’auteur ou l’un des coauteurs.

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Enfin se pose, outre la prévention, le problème de la détection des publications qui seraient à retirer. À ce niveau, une piste serait d’encourager les études de réplication qui, nous l’avons évoqué lors d’un précédent Éditorial sur les méta analyses (CCA 2014-3), sont peu répandues en sciences comptables. La question est alors, pour les auteurs de ces réplications, de pouvoir valoriser le travail accompli d’une certaine manière, sachant que la réplication pure et simple remet en cause la production de contributions originales… et donc publiables !


Références

  • Atwater, L. E., Mumford, M. D., Schriesheim, C. A., Yammarino, F. J. (2014). Editorial – Retraction of leadership articles : Causes and prevention. The Leadership Quarterly 25 : 1174-1180.
  • Chen, C., Hu, Z., Mllbank, J., Schultz, T. (2013). A visual analytic study of retracted articles in scientific literature. Journal of the American Society for Information Science and Technology 64 (2) : 234-253.
  • Committee on publication ethics (COPE) (2009). Retractions guidelines. Accessible à : http://publicationethics.org/files/retraction%20guidelines.pdf.
  • Eden, L. (2010). Editorial – Letter from the Editor-in-Chief : Scientists behaving badly. Journal of International Business Studies 41 (4) : 561-566.
  • Eden, L. (2013). Retraction : Mistake or misconduct ? The Ethicist : Research, Ethics in the Academy of Management. Accessible à : http://ethicist.aom.org/2013/10/retraction-mistake-or-misconduct/.
  • Jasny, B. R. (2011). The Science retraction experience. Science. http://publicationethics.org/files/u661/Jasny_Science%20presentation_final.pdf.
  • Karabag, S. F., Berggren, C. (2012). Retraction, dishonesty and plagiarism : Analysis of a crucial issue for academic publishing and the inadequate responses from leading journals in economics and management disciplines. Journal of Applied Economics and Business Research 2 (3) : 172-183.
  • Lu, S. F., Jin, G. Z., Uzzi, B., Jones, B. F. (2013). The Retraction Penalty : Evidence from the Web of Science. Simon School Working Paper No. FR 13-30. Available at SSRN : http://ssrn.com/abstract=2361984.
  • Morrison, R. P. (2011). Editorial : Retracted science and the retraction index. Infection and Immunity 79 (10) : 3855-3859.
  • Van Noorden, R. 2011. The trouble with retractions. Nature 478 : 26-28.

Notes

[1]

Article dans les colonnes du blog éthique de l’Academy of Management, consultable par ce lien : http://ethicist.aom.org/2013/10/retraction-mistake-or-misconduct/.

[2]

Le principe de réplicabilité est au cœur du processus scientifique. Les résultats doivent être potentiellement réplicables par d’autres chercheurs. Le terme « potentiel » a son importance, en particulier en sciences sociales, puisqu’il peut être difficile de répliquer une étude à contexte ou conditions expérimentales rigoureusement identiques (Atwater et al. 2014).

[3]

La note d’information du JAR, qui peut s’assimiler à une expression of concern, est consultable par ce lien : http://www.chicagobooth.edu//~/media/9DE545DD1C264C4A98AB5080956BBD64.pdf.

[4]

Le site Retraction Watch recense davantage d’informations ainsi que divers liens pour ceux qui voudraient en savoir plus sur cette affaire.

[5]

La note de la rédaction du JAR (décembre 2014) sur la révision de la politique d’accès aux données (data policy) est consultable par ce lien : http://research.chicagobooth.edu/~/media/976F96A37AB843709782F80FB2B58DCC.pdf.

Plan de l'article

  1. Définition, modalités et ampleur du phénomène
  2. Qu’est-ce qui peut justifier le retrait d’un article ?
  3. Conséquences d’un retrait d’article
  4. Identification des retraits en sciences comptables
  5. Des solutions pour « gérer » le risque de retrait

Pour citer cet article

Les rédacteurs Berland Nicolas, Piot Charles, Capkun Vedran, « Le retrait d’articles en sciences comptables », Comptabilité - Contrôle - Audit, 2/2015 (Tome 21), p. 5-12.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2015-2-page-5.htm
DOI : 10.3917/cca.212.0005


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