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Comptabilité - Contrôle - Audit

2015/3 (Tome 21)


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Contrôle de gestion sur mesure. Industrie – grande distribution – banque – secteur public – culture, Simon Alcouffe, Marie Boitier, Anne Rivière, Fabienne Villesèque-Dubus, préface Yves Dupuy Dunod, Management sup, Paris, 2013, 258 pages, ISBN 978-2-10-058780-3

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Saluons l’effort des auteurs, Simon Alcouffe, Marie Boitier, Anne Rivière et Fabienne Villesèque-Dubus, pour leur tentative réussie d’aborder les systèmes de contrôle de gestion sous un angle différent de celui traditionnellement retenu dans les manuels de la discipline à savoir celui des outils et des méthodes de contrôle de gestion. Comme le souligne le Professeur Yves Dupuy dans sa préface, l’ouvrage nous propose une approche novatrice en considérant les systèmes de contrôle de gestion dans quelques grands secteurs d’activité : l’industrie, la grande distribution, la banque, le secteur public et les organisations artistiques et culturelles. Les auteurs, chercheurs reconnus et confirmés puisant dans leurs récents travaux de recherche, invitent ainsi le lecteur à dépasser les déterminants classiques de la théorie de la contingence (stratégie, technologie, structure organisationnelle, culture, …) influençant la forme du contrôle de gestion. Ils proposent ainsi de s’inscrire dans une approche compréhensive des systèmes de contrôle de gestion en accordant une importance aux singularités des configurations organisationnelles. Destiné autant sinon plus aux praticiens et aux étudiants qu’aux enseignants et chercheurs, « le contrôle de gestion sur mesure » rénove ainsi la didactique des manuels de contrôle de gestion en s’appuyant sur des avancées importantes de la recherche en contrôle de gestion comme les travaux de Ferreira et Otley (2009) ou ceux de Malmi et Brown (2008). La ligne directrice de l’ouvrage est de donner du sens aux systèmes de contrôle de gestion en considérant la complexité les entourant tant sur les dimensions stratégique, humaine que culturelle. Cette approche sectorielle permet de confirmer que les instruments du contrôle de gestion ne sont pas universels c’est-à-dire qu’ils ne sont pas des solutions de portée générale destinées à s’appliquer partout quelles que soient les conditions particulières. Les pratiques de contrôle mises à jour au fil des chapitres révèlent le particularisme des systèmes de contrôle de gestion qui s’adaptent à des conditions et circonstances particulières. Ce particularisme n’en fait pas pour autant disparaître la rationalité économique et financière sous-jacente à la discipline et l’existence de comportements mimétiques d’un secteur à l’autre.

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Pour mettre en évidence ce contrôle de gestion sur mesure, l’ouvrage est organisé en cinq chapitres. Chaque chapitre est consacré à un grand secteur d’activité et se propose de comprendre les systèmes et outils de pilotage utilisés et leur cohérence. Comme le soulignent les auteurs, le système de contrôle de gestion est appréhendé dans une perspective étendue visant à analyser le système de management de la performance et l’ensemble des « packages de système de contrôle de gestion ». Le lecteur pourra apprécier, au fil des pages, la succession réfléchie des chapitres le conduisant à progresser dans le degré de particularisme des systèmes de management de la performance. De façon assez logique, le premier chapitre est consacré au secteur de l’industrie, qui a vu naître le contrôle de gestion mais qui est aussi associé à sa perte de pertinence à la fin des années 1990. En parcourant ce chapitre, le lecteur y découvrira le contrôle budgétaire ainsi que ce qui a été proposé pour dépasser les limites de celui-ci au travers de la présentation des approches par les activités et les processus (ABC/ABM). Le deuxième chapitre concerne le secteur du commerce et plus particulièrement celui de la grande distribution. L’intensification de la concurrence a conduit à une profonde remise en cause des marges dans ce secteur. Le lecteur découvrira alors les outils de pilotage plus ou moins sophistiqués dont les entreprises de la grande distribution se sont dotées. Ces outils portent sur la politique commerciale (présentation du résultat analytique par magasin, contrôle des frais d’exploitation, …) ainsi que sur la politique en matière logistique (optimisation du couple coûts-valeur et mise en place du category management). Le troisième chapitre nous fait pénétrer dans le secteur bancaire. Le lecteur y apprendra les conditions particulières dans lesquelles le contrôle de gestion s’est développé et pourra y constater les adaptations des outils de pilotage opérationnel, conséquences d’une activité ayant des inputs similaires aux outputs et de la nécessité de gérer le risque pour assurer le développement commercial. Le quatrième chapitre porte sur le secteur public en présentant l’émergence du New Public Management et en étudiant le développement du contrôle au sein de l’hôpital et dans le secteur des universités. Le contexte de l’hôpital permet de constater l’évolution des instruments de pilotage en passant d’une logique de maîtrise des coûts (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information et Groupes Homogènes de Malades) à une logique plus intégrée tenant compte de différentes dimensions du contrôle (contrôle des variables économiques, contrôle de la performance des activités médicales, contrôle du respect des valeurs fondamentales, un contrôle des risques). Le secteur de l’Université fait également l’objet d’un développement. Le lecteur découvrira un contrôle de gestion à l’état embryonnaire mais laissant entrevoir un terrain fertile de développement d’outils de pilotage multiples et variés pour représenter une performance par nature multidimensionnelle. Le dernier chapitre conduira le lecteur dans le cadre des organisations artistiques et culturelles. Après y avoir découvert les spécificités de ces organisations et notamment un subventionnement important et diversifié, le lecteur verra l’adaptation de la comptabilité de gestion et de la gestion budgétaire pour répondre au particularisme de telles organisations.

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Au terme de ce voyage dans les différents secteurs d’activité proposés pour présenter les différentes formes de contrôle de gestion, le lecteur ne pourra qu’adhérer au choix des auteurs d’une vision élargie des systèmes de contrôle. Le fait d’étendre le champ aux systèmes de management de la performance permet d’appréhender pleinement les spécificités du contrôle dans chaque secteur et de caractériser parfaitement l’idée d’un « contrôle de gestion sur mesure ». De ce manuel, on peut juste regretter que les comparaisons entre les différents secteurs, réalisées dans la conclusion, n’aient pas été plus approfondies, comme l’avait fait notre regrettée collègue, Dominique Bessire, en comparant notamment le contrôle de gestion dans la grande distribution à celui de la banque. Cela sera peut-être le cas dans une future édition.

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Christophe GODOWSKI

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Université Toulouse 1 Capitole

Le contrôle de gestion, Nicolas Berland, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », n° 3977, Paris, 2014, 127 pages, ISBN 978-2-13-061773-0

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Les Que Sais-Je ? édités par les Presses Universitaires de France, occupent une place singulière dans l’édition française. Malgré leur format réduit, ils s’inscrivent dans une tradition encyclopédique qui conjugue érudition, rigueur académique, pédagogie et sens critique. Le contrôle de gestion publié par Nicolas Berland ne déroge pas à la tradition en nous offrant un ouvrage bien documenté qui, tout en se voulant clarificateur, révèle la complexité et les incertitudes qui caractérisent aujourd’hui le contrôle de gestion en mettant en lumière les grands enjeux et questionnements de la discipline.

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Dès l’introduction, l’auteur établit le constat selon lequel le contrôle de gestion vit aujourd’hui une crise de bureaucratisation et de légitimité. Le risque d’une bureaucratisation du contrôle de gestion est souligné notamment par les questionnements actuels sur la gestion budgétaire où une logique de fonctionnement tendrait à prendre le pas sur les logiques de missions. Mais, c’est sans doute la question de la légitimité du contrôle de gestion qui est posée avec le plus d’acuité. Sous l’effet notamment de la financiarisation de l’économie et de la montée en puissance de « concurrents » au sein de l’organisation (audit, qualité, gestion des risques, …), le sens des missions du contrôle de gestion est aujourd’hui questionné et ses frontières sont de plus en plus poreuses. Loin de l’image positive du partenaire d’affaires (business partner) et de la mission originelle d’aide à la décision des managers et des dirigeants, le risque est grand d’un appauvrissement des fonctions du contrôleur de gestion. L’omniprésence du reporting, aurait tendance à réduire l’activité des contrôleurs de gestion à des tâches répétitives davantage centrées sur la compilation de données que sur l’analyse. Nicolas Berland plaide alors pour une refondation articulée autour des pratiques sociales et organisationnelles du contrôle. Le ton est donné : s’il nous invite à revisiter le contrôle de gestion, c’est moins sur ses instruments et ses techniques que doit porter notre réflexion que sur ses fondements organisationnels, sociaux et institutionnels. Le contrôle de gestion est alors défini comme « un ensemble de pratiques créatrices d’ordre et de sens reposant sur l’exploitation de données chiffrées financières et non financières, visant à orienter les comportements des acteurs ».

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Le premier chapitre révèle la complexité des relations entre le contrôle, le management et la stratégie. Si le contrôle de gestion est appréhendé comme une composante du contrôle organisationnel qui permet de manager, en reprenant les travaux de Burchell et al. (1980), il est présenté tout à la fois comme une machine à décider (answer machine), une machine à apprendre (learning machine), mais également une machine à arguments (ammunition machine) et une machine à rationaliser (rationalization machine). En effet, si une première vision du management, subordonne le contrôle de gestion à la stratégie qu’il permet alors de rationaliser puis de décliner, une deuxième vision, moins normative, portée notamment par Mintzberg, tend à décrire un modèle de management fait de stratégies émergentes autant que de stratégies délibérées. Le contrôle de gestion, peut tout autant permettre au manager de jouer son rôle de pilote, en constituant un instrument d’aide à la décision, de conduite des actions et d’évaluation des performances, que favoriser l’apprentissage et transformer le manager en entrepreneur. Mais plus encore, dans des situations marquées par l’incertitude relative aux objectifs et/ou aux processus de transformations, le contrôle de gestion peut être instrumentalisé comme un moyen de légitimation et de rationalisation. Nicolas Berland introduit d’abord une interrogation sur l’absence de liens entre contrôle et stratégie dont il attribue l’explication à des insuffisances de compréhension ou de culture en contrôle, d’une part, mais aussi, d’autre part, à l’institutionnalisation du contrôle de gestion, considéré alors comme une boîte noire dont plus personne ne s’interroge sur les finalités et qui continue sa vie coupée des considérations stratégiques. Le contrôle de gestion est alors envisagé à la fois comme subordonné à la stratégie – le contrôle suit la stratégie – mais aussi comme une aide à la formulation de la stratégie, à travers notamment les mécanismes d’apprentissage qu’il engendre. Le modèle des leviers de contrôle de Simons est ensuite mobilisé. Ces questions sur les relations entre stratégie et contrôle mériteraient d’être approfondies. Cela permettrait d’apporter plus d’éclairages et de précisions sur le concept de contrôle stratégique. C’est sans doute vers des approches fondées sur les stratégies en tant que pratiques (strategies as practices) qu’il conviendrait de s’orienter en étudiant les relations dynamiques entre processus stratégiques (strategizing) et les processus de contrôle (controlling). Cette orientation vers les approches as practice est d’ailleurs préconisée par l’auteur plus loin dans l’ouvrage lorsqu’il s’agit de s’interroger sur les interactions entre acteurs et outils du contrôle de gestion.

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Le chapitre 2, porte sur les acteurs du contrôle de gestion : les contrôleurs de gestion, les managers, les contrôlés. Ce chapitre est éclairant par les questionnements qu’il introduit notamment sur les profils et le métier du contrôleur de gestion à l’heure de la crise de légitimité. On retrouve alors les aspirations des contrôleurs de gestion à une fonction de business partner et leur frustration face à la difficulté d’y parvenir. Le chapitre souligne aussi la dimension comportementale et psycho-sociale du contrôle de gestion à travers notamment l’influence des styles de management, mais aussi celle des effets du contrôle sur les contrôlés, les jeux d’acteurs, résistances et phénomènes de rejet. Les passages sur les risques psychosociaux dans des contextes de nouveau management public et de reportings omniprésents, nous révèlent un « côté obscur de la force » du contrôle de gestion à travers ses effets négatifs sur la personnalité et les relations sociales au sein de l’organisation ; phénomènes qu’avait déjà observés Chris Argyris dans les années 1950, dans ses conclusions relatives aux problèmes humains rencontrés dans la gestion budgétaire.

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Le chapitre 3 fait de la performance l’objet central du contrôle de gestion. La complexité du concept et de ses critères d’évaluation est mise en avant. Les risques et dérives du culte de la performance, tout particulièrement dans un contexte de nouveau management public, sont alors signalés. La mobilisation des cités et des économies de la grandeur de Boltanski et Thévenot est stimulante en ce qu’elle ouvre sur des perspectives intéressantes. Par l’identification à un principe supérieur commun et la valorisation d’un état de grandeur propres à chaque cité, c’est bien d’une représentation de l’excellence et de la performance dont il est question. Cela nous rappelle que la performance apparaît comme un construit social contingent et ne saurait se réduire à des critères normatifs et universels. Suit alors une réflexion critique sur les performances financière et non financière qui insiste notamment sur le caractère conventionnel des indicateurs de performance. Là encore, la dimension sociale et non uniquement technique du contrôle de gestion, ici à propos de la production de chiffres, est mise en exergue. Suit alors un chapitre 4 portant sur les outils de contrôle de gestion. L’auteur nous précise d’emblée que la finalité de ce chapitre n’est pas une présentation pédagogique des principaux outils de contrôle de gestion. Bien plutôt, il s’agit d’apporter une réflexion sur le mode d’existence des outils de contrôle de gestion et d’ancrer celle-ci dans un contexte organisationnel, social et institutionnel. Au-delà, d’une présentation du périmètre et des composantes d’un contrôle mix, inspiré notamment par les travaux d’Anthony, Simons et Bouquin, le chapitre met l’accent sur les contrôles organisationnels et sociaux. Il s’agit en effet de souligner le rôle de mécanismes de contrôle plus ou moins formels qui s’inscrivent dans des logiques de gestion des ressources humaines, tels que la communication interne et les incentives. Si les contrôles claniques ou professionnels ne sont pas abordés explicitement comme l’on pourrait s’y attendre, on peut relever une réflexion très intéressante sur ce que l’auteur qualifie de « contrôle rhétorique ». L’auteur souligne alors le rôle de la rhétorique et du pouvoir des mots dans leur capacité à influencer les comportements, à produire de l’ordre et à créer du sens. C’est là un point important qui aurait mérité d’être davantage développé dans l’ouvrage. Notamment, dans un chapitre qui porte sur les outils. Le lecteur attentif pourra alors percevoir toute la dimension sociale et institutionnelle du contrôle de gestion. Celui-ci mobilise tout à la fois des outils ou artefacts ainsi que des discours et de la rhétorique. Cela nous invite à repenser le contrôle de gestion en étudiant les relations complexes qui s’établissent entre, précisément, les outils (les choses), les discours, la rhétorique, voire les mythes qui parcourent le contrôle de gestion (les mots) et les acteurs dans l’organisation (les humains). C’est peut-être dans l’étude des interrelations entre ces trois ensembles que résident les clés de compréhension des phénomènes d’institutionnalisation, notamment si l’on cherche à comprendre comment se sont institutionnalisées les logiques de la nouvelle gestion publique ou celles de la financiarisation de l’économie.

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Le cinquième et dernier chapitre ouvre sur les nouvelles frontières du contrôle de gestion. Nicolas Berland nous décrit alors un contrôle de gestion en mouvement qui s’ouvre sur de nouveaux champs. Il souligne d’abord le rôle omniprésent des classements ou du ranking dans la société mais souligne aussi les risques et dérives que cela peut engendrer (la société du ranking). Il en fait de même à propos du New Public Management dont il s’interroge sur les principaux défis. L’élargissement des frontières du contrôle de gestion s’étend également aux pratiques de contrôle et d’audit interne, ainsi qu’à la question de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) dont sont soulignés les enjeux en termes de contrôle.

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L’ouvrage s’achève sur la question de la refondation du contrôle de gestion. Nicolas Berland propose alors plusieurs pistes qui pourraient permettre de redonner son sens au contrôle de gestion. Il est suggéré notamment de le renommer afin de le démarquer des pratiques bureaucratisées (gouvernance, pilotage, conseil interne ?). De même, pourrait-on, selon l’auteur, redéfinir la fonction de contrôleur de gestion (business analyst, contrôleur financier ?). Mais se pose la question de la diversité des métiers et des processus. L’auteur conclut sur une interrogation sur l’utilité de l’aide au pilotage incarnée par le contrôle de gestion pour les managers. Ces derniers mieux formés qu’autrefois aux techniques leur permettant d’interpréter les chiffres, auront-ils longtemps besoin d’une aide au pilotage ?

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Le Que Sais-Je ? proposé par Nicolas Berland nous présente le contrôle de gestion sous un angle sans doute ignoré du grand public, voire des étudiants et des professionnels du contrôle de gestion. Pour reprendre l’expression d’Hopwood et Miller, le contrôle de gestion y est envisagé en tant que pratique sociale et institutionnelle. On pourra lui reprocher de négliger la présentation des différents dispositifs, outils et méthodes du contrôle de gestion. Peu importe, il existe pour cela de très nombreux ouvrages, à commencer par ceux dédiés à la préparation des unités d’enseignement des préparations au DCG ou au DSCG. L’auteur a d’ailleurs contribué largement à cette littérature, dans plusieurs de ses opus. Le mérite essentiel de l’ouvrage est ailleurs. Il s’agit bien de repositionner un contrôle de gestion en mouvement dans son contexte et les mutations de son environnement. Comme l’indiquent plusieurs auteurs, le contrôle de gestion, comme d’une manière générale, les pratiques comptables, sont à la fois le reflet et le médium de la société dans laquelle ils évoluent. C’est bien ce que tend à montrer cet ouvrage. Gageons que les étudiants et praticiens du contrôle de gestion sauront y puiser des éléments de réflexion et de recul sur une discipline qui est présentée, bien trop souvent, comme un assemblage de techniques.

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Gérald NARO

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Montpellier Management – Université de Montpellier

Le contrôle de gestion aujourd’hui – Débats, controverses et perspectives, Coordonné par M. Bollecker et G. Naro, Vuibert, Paris, 2014, ISBN 978-2-311-40096-0

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Fruit d’un travail collectif coordonné par Marc Bollecker et Gérald Naro, cet ouvrage part du constat que le déploiement du contrôle de gestion dans les organisations s’accompagne de nombreuses critiques et s’interroge en conséquence sur les défis auxquels il doit faire face. L’ouvrage est structuré en deux parties.

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La première partie aborde la question des débats et controverses actuels du contrôle de gestion et comporte huit chapitres. Dans le premier chapitre, Marc Bollecker et Gerald Naro soulignent qu’au-delà de ses fonctions instrumentales, le contrôle de gestion s’inscrit dans des finalités sociales et politiques. Les auteurs mobilisent les approches critiques en contrôle de gestion, mais soulignent également que les acteurs ne sont pas sans ressources face au déploiement de la société du contrôle. Les deux auteurs appellent, en conséquence, à développer des recherches soulignant les relations entre discours, instruments et jeux d’acteurs. Le second chapitre, écrit par Denis Travaillé et Yves Dupuy, indique combien les instruments de gestion (ici, le système de tableau de bord) participent à la (re)construction structurelle et stratégique des organisations indiquant d’un côté ce que l’organisation doit devenir et de l’autre les multiples activités réalisées. L’enjeu est important : la cohésion de l’organisation (Norreklit, 2000). Lionel Honoré s’interroge, dans le troisième chapitre, s’interroge sur l’impact des systèmes de contrôle des performances sur les comportements humains, en particulier sur la déviance. S’appuyant sur des recherches menées au CHU de Nantes, Lionel Honoré souligne que, face aux aléas, l’enjeu est de permettre la déviance : le risque est, au contraire, celui d’un pilotage fondé sur le respect de normes quelle que soit la situation. Dans le quatrième chapitre, Pascal Fabre avance que le déploiement des systèmes de contrôle de gestion dans les organisations publiques souligne la dimension politique du contrôle et constitue une base d’expérience riche dont peuvent profiter l’ensemble des organisations. Annick Ancelin-Bourguignon souligne les dimensions culturelles du contrôle de gestion dans le cinquième chapitre : selon l’analyse proposée, offrir des instruments pour atteindre des objectifs et influencer les comportements relève largement de conceptions occidentales du monde, du temps et de l’action. À cet égard, Hugues Boisvert et Marie-Andrée Caron nous proposent dans le sixième chapitre une perspective nord-américaine du contrôle de gestion, fondée sur la cohérence entre le système technique de l’organisation et le système social. Les mécanismes de contrôle de gestion, dans cette perspective, visent à assurer la cohérence entre les objectifs du système technique et les dimensions du système social. Le chapitre suivant est consacré aux impasses du contrôle de gestion. Selon Ariel Eggrickx, le contrôle de gestion ne doit pas seulement permettre d’agir, il doit également permettre aux managers de penser, ce qui rejoint le concept de pilotage proposé par Lorino (1995). Les dispositifs de contrôle doivent être à la fois contraignants mais également habilitants pour que les managers puissent imaginer et mettre en œuvre des actions adaptées à un moment et dans un contexte donnés. Cette première partie se termine, dans le chapitre 8, par le discours des praticiens du contrôle de gestion dans une étude menée par Marc Bollecker et Gerald Naro : si le contrôle de gestion apparaît bien ancré dans les organisations, les contrôleurs de gestion semblent soucieux de la valeur créée par leur fonction et craignent de devenir de simples fournisseurs de données.

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La seconde partie de l’ouvrage s’interroge sur les nouvelles perspectives du contrôle de gestion et comporte sept chapitres. Dans le chapitre 9, Gregory Wegmann s’interroge sur les enjeux liés au développement de la comptabilité de gestion fondée sur les activités et, malgré la diversité des pratiques, souligne la nécessité de cohérence avec les objectifs stratégiques. Nicolas Antheaume s’intéresse à l’émergence du contrôle de gestion environnemental et indique que si les outils classiques peuvent être mobilisés afin de prendre en compte des objectifs environnementaux, de nouvelles frontières doivent être franchies relevant d’approches de type analyse et coût sur le cycle de vie des produits. Laurent Cappelletti prolonge cette analyse, dans le chapitre 11, en indiquant qu’une performance durable s’appuie essentiellement sur des éléments immatériels (capital humain, développement social et environnemental…), ce qui suppose de développer de nouvelles méthodes. Le chapitre propose un certain nombre de méthodologies et d’indicateurs. Les trois chapitres suivants s’intéressent au contrôle de gestion dans les services. Dans le douzième chapitre, François Melonnière estime qu’afin d’assurer l’alignement de l’organisation sur les objectifs stratégiques, il convient de prendre en compte les opérations. Cette perspective conduit, dans le secteur des services, à prendre en compte six domaines d’action du contrôle de gestion. De surcroît, les tableaux de bord de type « balances scorecard » apparaissent pertinents pour réaliser cet alignement des opérations sur la stratégie. Lors du chapitre 13, Christine Marial propose de s’intéresser spécifiquement au contrôle de gestion bancaire. Malgré une implantation récente dans les organisations, les outils de contrôle de gestion ont été rapidement déployés, au rythme de l’évolution des systèmes d’information. Malgré une forte dimension financière du contrôle, les contrôleurs assurent une fonction d’animation du dialogue entre la direction et les managers. Ceci est particulièrement prégnant dans les banques du secteur mutualiste et coopératif où le contrôle de gestion participe largement au développement d’une gouvernance cognitive. Le chapitre 13, écrit par Thierry Nobre, aborde un autre secteur à forts enjeux : l’hôpital. L’amélioration de sa performance constitue en effet un enjeu majeur afin d’assurer ses missions tout en maîtrisant les ressources. Si l’introduction du contrôle de gestion à l’hôpital doit beaucoup à l’action des tutelles, les établissements de santé introduisent des méthodologies de contrôle. Cependant, l’amélioration de la performance des hôpitaux suppose une démarche intégrée comprenant une démarche ingénierique mais aussi un pilotage du changement, comme le démontrent les réalisations actuelles de l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance). Le dernier chapitre (15) aborde la question du contrôle de gestion dans la PME pour savoir s’il existe vraiment. En effet, comme le soulignent les deux auteurs, Thierry Nobre et Cyndy Zawadzki, le contrôle de gestion dans les PME est dilué dans le contrôle organisationnel. De surcroît, le contrôle de gestion serait peu adapté à la dimension entrepreneuriale de ces entreprises et, en conséquence, il faudrait atteindre un certain seuil pour que les procédures et outils se développent. Les auteurs proposent alors des analyses intéressantes pour faciliter l’introduction du contrôle de gestion dans ces entreprises.

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En conclusion de cet ouvrage, Mark Bollecker et Gerald Naro rappellent que le contrôle de gestion se construit à partir de quatre modèles et suppose une analyse approfondie des caractéristiques de l’organisation. En conséquence, la conception des systèmes de contrôle suppose une coopération entre chercheurs et praticiens afin d’élaborer des productions scientifiques susceptibles d’identifier les enjeux, les objectifs, les moyens et les conditions de développement du contrôle de gestion dans les organisations. À cet égard, l’ouvrage coordonné par Marc Bollecker et Gerald Naro apporte un ensemble de contributions intéressantes.

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Frédéric GAUTIER

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IAE de Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Titres recensés

  1. Contrôle de gestion sur mesure. Industrie – grande distribution – banque – secteur public – culture, Simon Alcouffe, Marie Boitier, Anne Rivière, Fabienne Villesèque-Dubus, préface Yves Dupuy Dunod, Management sup, Paris, 2013, 258 pages, ISBN 978-2-10-058780-3
  2. Le contrôle de gestion, Nicolas Berland, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », n° 3977, Paris, 2014, 127 pages, ISBN 978-2-13-061773-0
  3. Le contrôle de gestion aujourd’hui – Débats, controverses et perspectives, Coordonné par M. Bollecker et G. Naro, Vuibert, Paris, 2014, ISBN 978-2-311-40096-0

Pour citer cet article

« La revue des livres », Comptabilité - Contrôle - Audit, 3/2015 (Tome 21), p. 177-183.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2015-3-page-177.htm
DOI : 10.3917/cca.213.0177


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