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Comptabilité - Contrôle - Audit

2016/1 (Tome 22)


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Dictionnaire de comptabilité – Compter/conter l’entreprise, Bernard Colasse, La Découverte Grands Repères, 2015, 220 pages, ISBN 978-2-7071-8679-9

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« Voyage au pays des mots de la comptabilité ». Tel aurait pu être le sous-titre de ce dictionnaire de comptabilité écrit par Bernard Colasse dont l’objectif est « de tenter de rendre la comptabilité des entreprises aussi intelligible que possible notamment pour les profanes » (p. 8). Dans ce dictionnaire, chaque mot est caractérisé par un sous-titre qui donne sens à la définition qui suit. À partir de ce tour de la comptabilité en quelque 200 mots, chacun pourra choisir son propre chemin de connaissance en naviguant d’un mot à l’autre, en « piochant » les définitions qui l’intéressent, en faisant des allers et retours, au gré de ses centres d’intérêt et de ses préoccupations du moment. En somme, nul besoin de suivre cette histoire de A à Z. Chacun pourra contempler le paysage comptable comme il l’entend.

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A priori, quand nous parlons de dictionnaire, nous nous attendons à lire des définitions relativement fermées, donnant la signification et le périmètre de chaque mot que la communauté (les praticiens, les chercheurs, etc.) lui attribue traditionnellement. De ce point de vue, l’auteur évite le « jargonnage techniciste » qui peut caractériser notre discipline en développant un langage simple et clair tout en insérant ces mots dans un panorama historique du savoir compter. À titre d’exemple, le terme de « partie double » (p. 157) est expliqué à partir de références historiques agrémentées de quelques exemples chiffrés.

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Mon parcours a débuté avec les mots « classiques » du comptable. « Comptabilité » bien sûr (p. 57) présentée comme un terme polysémique « dont la signification a évolué au cours du temps ». Je suis également allé voir nos « duettistes débit-crédit » présentés au travers de leurs origines étymologiques (p. 74). J’ai ainsi pu déambuler dans cette liste de notions en fonction de mes propres centres d’intérêt. J’ai par exemple fait un détour pour les besoins d’une recherche en cours vers le mot « Théorie comptable » (p. 199). Non loin du compte de résultat, j’ai pris un chemin détourné ; celui de « Boulanger » traitant des réglettes de bois (p. 40).

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Pour rendre ces notions intelligibles, Bernard Colasse n’hésite pas à mettre des images sur les mots, à l’instar d’un illustrateur. Par exemple, le « Bilan » est expliqué à l’aide de la métaphore de la photographie (p. 39). À l’inverse, l’auteur est également amené à critiquer l’usage de certaines métaphores par exemple celle de « Thermomètre » (p. 201) au sujet de la mesure du résultat : « Le profit (le résultat) réalisé par l’entreprise n’existe pas dans la nature ou la réalité, il ne préexiste pas à sa mesure, comme la température préexiste à la sienne. La comptabilité ne mesure donc pas le profit comme un thermomètre mesure la température d’un moteur ou du corps humain. Elle participe à son élaboration, elle est performative (Colasse 2012, p. 78-79) : elle fabrique le résultat en même temps qu’elle le « dit » » (p. 201).

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Cependant, limiter la présentation de ce dictionnaire à un outil alignant des notions cloisonnées serait une erreur. On y trouve principalement des définitions ouvertes, créatrices de débat, loin d’enfermer le mot dans une signification donnée. Par exemple, le mot « Gratuit » (p. 109) donne à voir le débat sur la frontière de l’entreprise. La notion de « juste valeur » est appréhendée au travers d’un questionnement : « Juste valeur – vous avez dit « juste » ? » (p. 133). Preuve de cette recherche de débat, beaucoup de sous-titres figurent sous forme interrogative. Pour ne citer que quelques exemples et sans chercher l’exhaustivité, les interrogations suivantes pourraient constituer à elles seules des sujets de dissertation : « choux et carottes – Les comptables additionnent-ils des choux et des carottes ? » (p. 50) ; « Comptable - Qui c’est, le comptable ? » (p. 61) ; « Objectivité – La comptabilité est-elle objective ? » (p. 152) ; « Politique comptable – les comptables font-ils de la politique ? » (p. 166). Bref, un véritable guide des problématiques qui traversent notre discipline.

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Par ces billets ouverts, Bernard Colasse donne une saveur particulière aux mots en entretenant le plaisir de la découverte et en préservant celui de la réflexion. Bien évidemment, c’est le choix des termes et leurs définitions qui donnent à voir cette vision de la comptabilité. Une vision incluante aux pratiques multiples et diversifiées (où l’on évoque le mot « comptabilitéS » au pluriel). C’est également un prisme particulier que de situer la comptabilité dans son contexte historique, culturel (la comptabilité imprégnée des logiques anglo-saxonnes), sociologique, politique et économique (voir notamment le comptable comme « Lanceur d’alerte » en p. 135 avec l’actualité du Luxembourg leaks). Une comptabilité appréhendée comme un modèle au sens d’une représentation, d’une image et non « la vérité comptable » (p. 208). Une vision où les pratiques comptables que nous étudions sont chargées de présupposés théoriques dont il nous faut tenir compte. Une comptabilité forcément traversée par des contradictions, tantôt emprunte d’une recherche d’efficience (p. 80) et quelques pas plus loin, d’éthique (p. 86), oscillant entre les vertus de la performance (p. 161) et la prégnance de la prévision (p. 168).

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Alors comme à l’occasion de toute promenade onirique, Bernard Colasse nous emmène vers quelques étrangetés (Zidane par exemple concluant la liste ; l’éditeur voulait-il absolument un Z ?). Un regard où le choix de certains mots peut paraître excessivement critique (mais peut-on l’être trop ?) à l’égard d’une discipline dont l’auteur définit la « fausse facture » mais malheureusement pas la « facture ». Pourquoi définir l’indépendance mais oublier la compétence ? Sinon, à vouloir montrer la difficile indépendance du comptable. Un ouvrage où l’auteur évoque les facteurs d’une crise de la comptabilité. Au-delà de cette (désormais traditionnelle) critique d’une comptabilité dépressive, nous aimerions également voir cette pratique comme porteuse de « croissance » et de développement économique. Bien sûr, il ne faut pas nier que les mots de la comptabilité caractérisent également les maux de notre société, mais elle n’en est que ce que les comptables, et au-delà les acteurs économiques, veulent en donner à voir.

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Alors de mon chemin, je suis sorti empli d’images, de clins d’œil multiples. Je me suis laissé volontairement conter la comptabilité à partir de définitions réflexives faisant de cette discipline un plaisir intellectuel, loin de l’ennui que son évocation peut susciter. Pour ma part, j’ai achevé ce voyage au centre de la comptabilité mais j’y retournerai volontiers…

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Aurélien RAGAIGNE

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CEREGE, Université de Poitiers

Aiming for global accounting standards – the International Accounting Standards Board 2001-2011, Kees Camfferman et Stephen A. Zeff, Oxford University Press, Oxford, 2015, 662 pages, Préface de Hans Hoogervorst, Chairman IASB 2015, ISBN : 978-0-1996-4631-9

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Camfferman et Zeff avaient publié en 2007 chez le même éditeur, une histoire de la naissance de l’IASC, en 1973, à l’année 2000 : « Financial reporting and global capital markets : a history of the International Accounting Standards Committee, 1973-2000 ». Le livre ici présenté est donc la suite de l’histoire de l’IASC devenu IASB en 2001.

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Les deux livres détaillent tous les événements qui ont formé l’histoire de la normalisation comptable internationale sur 37 ans. Cette normalisation a conservé pendant toute cette période ses trois caractéristiques de base : c’est une normalisation construite par une organisation privée (non contrôlée par des États ou une organisation internationale, avec des financements privés), ses normes n’ont donc pas une force légale ou obligatoire (leur application, essentiellement aux sociétés cotées, résulte de décision volontaire d’un grand nombre d’organismes) et elles ne concernent que les organisations lucratives et privées et non les organisations publiques pour lesquelles l’IFAC (International Federation of Accountants) a créé dès 1977 l’IPSAS Board (International Public Sector Accounting Standards Board) qui reste totalement séparé de l’IASB.

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Cette histoire est l’œuvre de deux professeurs d’université. L’un, Stephen Zeff, est depuis longtemps à RICE University à Houston au Texas (USA) ; l’autre, Kees Camfferman, à VREIJE University (université libre) à Amsterdam aux Pays-Bas. Ils avaient déjà collaboré pour écrire un livre sur l’histoire de la profession et de la standardisation comptables aux Pays-Bas [1][1] Avec Van der Wal : “company financial reporting : a.... S. Zeff est un auteur américain très connu, notamment pour ses livres et articles sur les professions et les standardisations comptables surtout aux USA mais aussi dans d’autres pays surtout anglophones (et d’autres comme le Mexique) ; il est certainement la référence pour connaître tous les faits qui ont forgé la normalisation comptable surtout américaine depuis les origines [2][2] Un des livres de S. Zeff probablement les plus connus,....

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Le deuxième livre ici présenté est encore plus précis et plus détaillé que le premier. D’un volume à peu près identique, il couvre une période de 10 ans (2001-2011) trois fois plus courte que celle couverte par le premier livre. Comme les auteurs le mentionnent, ces deux livres résultent d’une demande faite en 2002 pour le premier livre et renouvelée en 2007 pour le second livre, par Sir David Tweedie qui fut le président de l’IASB de 2001 à 2011, c’est-à-dire pendant toute la période couverte par le second livre. D. Tweedie avait commencé sa vie professionnelle comme assistant (Lecturer) pendant cinq ans à l’University d’Édimbourg ; il avait poursuivi en étant directeur technique à l’Institut des Chartered Accountants of Scotland, puis auditeur chez KPMG pour devenir Chairman de l’organisation de normalisation comptable de Grande-Bretagne (UK Accounting Standards Board) pendant 10 ans, de 1990 à 2000. Il devint chairman de l’IASB le 1er janvier 2001. L’histoire de D. Tweedie est donc associée à la recherche en comptabilité financière et son nom au succès de l’IASB pendant la première décade de son existence (2001-2011).

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Si le deuxième livre est aussi détaillé, c’est que les deux auteurs ont eu accès à tous les documents, internes et externes, de l’IASB et de bien d’autres organisations. C’est ainsi qu’ils ont pu rencontrer et faire parler tous les acteurs majeurs de la standardisation comptable financière de cette période (l’annexe 4 donne la liste de ces 150 personnes). Ils ont pu ainsi écrire une histoire approfondie, minutieuse, instructive, un vrai travail de recherche historique et technique qui se révèle passionnant à lire.

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Le deuxième livre comprend 17 chapitres, 5 annexes et un index de 18 pages. Les chapitres abordent chacun un thème (exemples : chapitre 3 : « Setting up the IASB » ; chapitre 4 : « The first wave of jurisdictional adoptions of IFRSs »). Mais, en fait, les chapitres épousent une présentation chronologique, qui est d’ailleurs plus facile à suivre (tout comme dans le premier livre. Le dernier chapitre (chapitre 17 : « Epilogue ») est en réalité un résumé des 16 précédents chapitres.

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Si l’on peut tenter de synthétiser cette période de 10 ans de l’histoire de l’IASB, quelques traits majeurs peuvent se dégager.

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Le premier trait est l’approfondissement technique des standards comptables financiers (devenus « financial reporting standards » dès 2001 à la naissance de l’IASB pour les nouveaux standards, les anciens de l’IASC restant des « financial accounting standards »). L’œuvre de publication technique de l’IASB est considérable pendant cette période et le site Internet de l’IASB le montre amplement (bien que depuis 2010, l’accès à toutes les publications ait été rendu payant). Peu d’autres organismes de normalisation comptable financière ont autant publié ; seul le FASB aux USA peut rivaliser. Il y a d’ailleurs eu une réelle compétition technique entre le FASB et l’IASB dont les 2 organismes se sont rendu compte en essayant de s’entendre sur le contenu des standards ; ils ont convenu en 2006 un accord pour un programme détaillé de convergence qui n’a malheureusement pas abouti à l’issue de la période étudiée. Le livre rapporte bien toutes les difficultés de convergence (voir chapitres 5, 12 et 16) pour les grandes questions comptables de cette période : les instruments financiers, la fair value (juste valeur), les regroupements d’entreprise, les impôts sur les bénéfices, etc.. L’IASB a par ailleurs pris parfois des positions originales techniquement comme la dépréciation à l’aide de tests sur la valeur de récupération, les informations par segments, les contrats d’assurance, etc. ; elles lui ont valu des critiques quelquefois acerbes de la part des milieux professionnels, notamment européens (et de la France en particulier), que le livre rapporte en détail. Les critiques ont considéré souvent que ce n’était pas à l’IASB de promouvoir la recherche de telles solutions. Le remplacement de D. Tweedie (arrivé en fin de mandat à fin 2010) par Hans Hoogervorst peut être considéré comme une tentative de modérer les innovations du Board de l’IASB.

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Le second trait caractéristique est l’extension territoriale considérable de l’application des IFRSs (chapitres 4, 10 et 15). Avec des adoptions nationales d’ampleur et de portée variées (une des plus complexes rapportées est celle du Japon, voir § 10.4 et 15.5), elle est indéniable. Le livre relate (chapitres 6 et 9) les relations entre l’Europe et l’IASB ; elles sont aussi très complexes avec des périodes d’entente alternant avec périodes de contestation. D’ailleurs, l’IASB a essayé de s’adapter à des situations économiques différentes (bien que sa politique ait été constante de réduire les options dans ses standards), en publiant des IFRSs for SMEs (IFRS pour petites et moyennes entreprises) et des IFRIC statements (interprétations des standards par le comité International Financial Reporting Interpretation Committee).

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Le troisième trait caractéristique est l’importance de problèmes d’organisation interne. C’est une lutte constante entre l’influence technique et l’influence politique. L’IASB comme l’IASC, est bâti sur l’indépendance des 14 membres du Board. Ce sont tous de grands techniciens, ayant fréquenté longuement entreprises et surtout grands cabinets d’audit, choisis pour cinq ans par leurs pairs sur la base de leurs compétences techniques (en comptabilité et en finance d’entreprise et/ou de marché) et libres de leurs programmes, de leurs idées et de leurs décisions. Ils sont devenus permanents, bien payés avec l’IASB qui les a de plus dotés d’un personnel technique salarié pour documenter, rédiger, préparer tous les papiers publiés : papier de discussion, proposition de standards, etc.. Cette organisation de l’indépendance a été critiquée d’un point de vue politique : elle n’est pas démocratique car elle ne résulte pas d’élection. Le livre rapporte bien cette contestation (de la part de pays de l’Union Européenne, notamment de la France) et les accommodements qui lui ont été progressivement apportés (chapitres 3, 11 et 14), notamment avec la constitution du Monitoring Board. Cette interférence entre technique et politique continue à peser sur toutes les organismes de l’IASB (chapitre 14 : « Preparing the IASB for the second decade »).

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Le livre de Camfferman et Zeff est réellement passionnant pour qui connaît quelque peu les problèmes comptables d’aujourd’hui. Il faut bien sûr être averti des débats récents et actuels. Mais le livre est incontournable pour une connaissance réelle de la comptabilité. Il le restera selon toute probabilité pendant longtemps.

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Jean-Claude SCHEID

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Conservatoire National des Arts et Métiers

Notes

[1]

Avec Van der Wal : “company financial reporting : a historical and comparative study of the Dutch regulatory process”, Elsevier, Amsterdam, 1992.

[2]

Un des livres de S. Zeff probablement les plus connus, est : “Forging accounting principles in five countries”, Urbana Champaign, Stipes Publishing, 1992 ; il donne notamment l’histoire précise de la naissance des principes comptables généralement admis.

Titres recensés

  1. Dictionnaire de comptabilité – Compter/conter l’entreprise, Bernard Colasse, La Découverte Grands Repères, 2015, 220 pages, ISBN 978-2-7071-8679-9
  2. Aiming for global accounting standards – the International Accounting Standards Board 2001-2011, Kees Camfferman et Stephen A. Zeff, Oxford University Press, Oxford, 2015, 662 pages, Préface de Hans Hoogervorst, Chairman IASB 2015, ISBN : 978-0-1996-4631-9

Pour citer cet article

« La revue des livres », Comptabilité - Contrôle - Audit, 1/2016 (Tome 22), p. 151-155.

URL : http://www.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2016-1-page-151.htm
DOI : 10.3917/cca.221.0151


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