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entretien avec Panos KammenosAuteursPanos Kammenos du même auteur
Propos recueilli par
Christophe Chiclet du même auteur
Dans le palais néo-classique du Zappeion, les autorités grecques avaient mis les petits plats dans les grands. Quinze délégations des pays membres de l’UE recevaient les dix nouveaux adhérents : Chypre, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la République tchèque, Malte, la Slovénie, la Hongrie, la Slovaquie (dans l’ordre protocolaire donné par les Grecs). Mais il y avait aussi la Roumanie et la Bulgarie, pays qui devrait adhérer en 2007. La Turquie était aussi présente puisque son cas doit être débattu à Bruxelles d’ici fin 2004 pour savoir si elle peut rejoindre le deuxième groupe. Mais sa délégation est arrivée en retard, montrant ainsi qu’elle « boudait », tant à propos de sa non-participation au premier groupe, que par rapport aux relations trilatérales (Grèce-Turquie-Chypre). Par ailleurs, étaient présents en tant qu’invités pouvant rejoindre un jour l’UE : l’Albanie, la Bosnie, la Croatie, la Macédoine, la Serbie-Monténégro, la Norvège, l’Islande, le président de la Convention sur l’avenir de l’Europe (Valéry Giscard d’Estaing) et le secrétaire de l’ONU, Kofi Annan. En revanche, le président russe, Vladimir Poutine, n’avait pas fait le déplacement, bien qu’invité.
2 Tout le centre d’Athènes était fermé aux voitures et au public, protégé par 11000 policiers surarmés. Les quelques milliers de manifestants altermondialistes qui souhaitaient spécialement jeter des tomates et des yaourts sur l’Anglais Tony Blair et l’Espagnol José Maria Aznar ont été largement « lacrymogés », sans pouvoir s’approcher de leurs cibles.
3 3000 journalistes avaient été conviés à cette grande fête de l’Europe de « l’Atlantique à l’Oural ».
4 Dès le premier jour, le Premier ministre grec, Kostas Simitis, s’est entretenu avec Romano Prodi, président de la Commission européenne, Valéry Giscard d’Estaing, vieux philhellène et président de la Convention sur l’avenir de l’Europe, et Javier Solana, haut représentant de l’UE pour la PESC. En effet, il fallait tenter de ressouder les 15 et les 10 face au schisme intervenu lors de la guerre anglo-américaine en Irak.
5 Par ailleurs, les Grecs ont fait pression sur leurs partenaires pour que l’UE soutienne efficacement l’adhésion de Chypre. Les Turcs l’ont bien compris en arrivant en retard aux cérémonies. Abdullah Gul, ministre des Affaires étrangères d’Ankara, déclarait à la presse le 16 avril : « Nous n’avons pas réussi à empêcher l’adhésion des Chypriotes grecs à l’UE.A partir de là, nous avons deux choix. Soit, nous continuerons à adopter la même position pour exprimer notre opposition tout en maintenant nos réserves, soit nous déclarerons que nous coupons nos relations de quarante ans et retirons notre candidature à l’UE ». Puis d’ajouter : « Nous ne comptons pas agir selon le deuxième choix ».
6 En effet, dans la question irakienne, la Turquie a tourné le dos aux Etats-Unis car ces derniers lui ont refusé un protectorat sur les régions pétrolières de Kirkouk et de Mossoul. Il lui fallait donc se rapprocher de l’Europe. Pour ce faire, le premier pas était obligatoirement une ouverture sur le dossier chypriote.
7 Simitis l’a bien compris en visitant Chypre dès le 18 avril, le lendemain de la clôture du sommet, et en recevant, avec l’aide de l’ONU, les représentants de l’opposition chypriote turque. Deux jours plus tard, les autorités chypriotes turques, en réalité Ankara, ouvraient la ligne verte qui sépare l’île d’Aphrodite depuis 1974, ayant compris le message de Kostas Simitis qui depuis Nicosie déclarait : « La ligne verte divise Chypre en deux, mais sépare aussi Ankara de Bruxelles ». Trois points de passage ont été ouverts et en un mois près de 300000 Chypriotes grecs et turcs ont franchi ce mur de Berlin méditerranéen. Ankara montrait ainsi sa bonne volonté vis-à-vis de l’UE. Cette dernière a aussitôt débloqué une centaine de millions d’euros d’aide à la République turque de Chypre-Nord.
8 Même si elle n’était pas à l’ordre du jour, la question irakienne, avec les thèmes de la reconstruction et du rôle de l’ONU, était dans les rencontres « off » entre délégations. Français, Grecs et Allemands, dans les couloirs du Zappeion, ont tenté de recoller les morceaux avec les Britanniques, les Espagnols, les Italiens, les Danois et les Polonais.
9 De façon symbolique, lors de la photo de famille sur les marches du palais, le président Chirac a tenu à ce que Kofi Annan soit sur la photo.
10 La veille, Washington avait proposé aux Polonais et aux Danois d’avoir une part du gâteau dans la reconstruction. D’Athènes, le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, déclarait : « Nos amis américains savent pertinemment qu’ils ont tort de s’imaginer qu’ils ont du mérite et du bénéfice à affaiblir l’Union européenne ».
11 Finalement les 15 et les 10 ont publié un texte commun affirmant que l’élargissement serait bénéfique au renforcement des relations transatlantiques. A voir !
12 La déclaration officielle du 16 avril stipulait : « Notre œuvre est sans précédent. La présente Union illustre notre détermination partagée à mettre fin à des siècles de conflits et à surmonter les divisions passées qui ont marqué notre continent. Elle illustre notre volonté d’œuvrer pour un avenir nouveau fondé sur la coopération, le respect de la diversité et la compréhension mutuelle… Nous continuerons à préconiser et à défendre les droits fondamentaux de l’homme, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union européenne, y compris la lutte contre toutes les formes de discrimination fondées sur le sexe, la race, l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle ».
13 Après cette langue de bois, le Premier ministre Kostas Simitis a fait publier un communiqué un peu moins sibyllin : « Je pense que c’est le moment idéal pour faire une pause afin que nous méditions sur la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, ainsi que sur notre marche future, à quelle Europe les nouveaux pays adhèrent et quelle Europe nous aspirons à construire ».
14 A ce propos le Premier ministre grec a clairement défini le problème qui se pose actuellement à l’UE. En clair, celle-ci ne sera-t-elle qu’un vaste marché de libre-échange libéral ou pourra-t-elle enfin mettre en place une politique étrangère commune ?
15 En tout cas, ce n’est pas dans les couloirs du Zappeion qu’on a pu avoir une réponse. Rendez-vous le 21 juin 2003 au sommet de Salonique !
Entretien avec Panos Kammenos
16 - Confluences Méditerranée : Que pensez-vous du sommet des 16 et 17 avril 2003 ?
17 Panos Kammenos : Le sommet informel des chefs d’Etats et de gouvernements, tenu à Athènes, a marqué le tournant d’une nouvelle page dans l’histoire de l’Europe. En effet et à compter d’aujourd’hui, la voix de l’Europe se fera entendre depuis Chypre et la Méditerranée jusqu’aux Etats baltes et scandinaves.
18 Indubitablement, il s’agit d’un jour historique tant pour l’Europe que pour Chypre et le monde hellénique. Cet élargissement est l’illustration historique de la plus grande Union pacifique formée entre pays démocratiques depuis 1945.
19 - Il y a près de vingt ans, c’était le tour de la Grèce d’entrer dans la maison commune. Que pensez-vous de ce « méga » élargissement ?
20 La situation actuelle des dix pays candidats a ravivé d’anciens souvenirs grecs quand, il y a 22 ans, le rêve européen devenait une réalité pour la Grèce suite à la clairvoyance de Konstantinos Karamanlis.
21 Actuellement, la signature de ce nouvel acte d’adhésion intervient à un moment très critique pour l’Europe. L’Union européenne, fragilisée quelque peu par les derniers événements internationaux, la guerre en Irak, devra désormais répondre efficacement aux défis et exigences de cette nouvelle ère, qui vient de s’ouvrir. Elle devra œuvrer avec détermination afin de poursuivre l’approfondissement des politiques européennes. Elle devra orienter tous ses efforts vers la concrétisation tant d’une politique extérieure commune que d’une politique de sécurité et de défense commune.
22 - La Grèce n’a-t-elle pas peur d’un élargissement qui pourrait diminuer ses aides communautaires ?
23 Cet élargissement offrira un nouveau visage à l’Europe, plus diversifié et plus culturel. Cependant, les nouvelles tâches de l’Union européenne seront assez difficiles. D’une part, elle devra s’assurer que les nouveaux Etats adhérents suivent et respectent les rythmes européens et d’autre part, elle devra éviter la naissance de nouvelles inégalités et de nouveaux « déficits » européens. L’élargissement ne devra, en aucune façon, compromettre l’élan et les énergies, mais aussi les synergies européens.
24 En somme, la nouvelle Europe à 25 devra être une Europe pour tous, une Europe de prospérité et de sécurité, une Europe des citoyens et pour les citoyens, une Europe ayant des buts communs et une vision unique.
25 Afin de réaliser cette vision commune, les gouvernements européens devront réaliser que l’heure des grandes décisions est enfin arrivée. Une Europe élargie exige une plus grande coordination, une plus grande solidarité et une plus grande « complicité » entre ses membres.
26 Désormais, nous sommes tous tenus d’être à la hauteur de cette nouvelle mission historique afin d’offrir à l’Europe le rayonnement international qu’elle mérite réellement.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Panos Kammenos « Le sommet d'Athènes », Confluences Méditerranée 3/2003 (N°46), p. 127-131.
URL : www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2003-3-page-127.htm.
DOI : 10.3917/come.046.0127.




