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S'inscrire Alertes e-mail - Confluences Méditerranée Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezIsraël et le terrorisme
Terrorisme, terrorismesAuteurBernard Ravenel du même auteur
Historien, membre du comité de rédaction de ConfluencesJanvier 2003 à Tel Aviv. J’assiste comme observateur, au nom de l’AFPS et de la FIDH, au procès de Marwan Barghouti[1] [1] Cf. Confluences Méditerranée N°43 (Automne 2002) p. 33 :...
suite. A la sortie du tribunal, je suis, avec d’autres observateurs, interpellé violemment par des parents de victimes d’attentats. Avec le député français Jean-Claude Lefort venu lui aussi en soutien au député palestinien, je décide d’aller au devant de certains d’entre eux qui parlent français. Je me trouve alors avec une femme originaire de Netanya qui a perdu un de ses enfants dans un attentat. Pour cette mère israélienne encore sous le choc, le diagnostic est sans nuance : les Arabes doivent être frappés parce qu’on ne peut leur faire confiance. Puis je m’avance vers un homme déjà en conversation avec des observateurs français. Professeur de bijouterie au chômage, habitant la colonie de Kyriat Arba, il a perdu un fils majeur dans un attentat. Paradoxalement, ce colon a un discours beaucoup plus serein et « compréhensif » y compris de la question palestinienne.
2 A l’issue de ce double et intense entretien, je leur demande, même si cela peut paraître indiscret, quel est leur choix pour l’élection du Premier ministre (Sharon ou Mitzna). Les deux votent Sharon, la première pour des raisons évidentes, le deuxième « parce que, m’a-t-il dit, Mitzna est trop laxiste à l’égard des Arabes ». Bref la conclusion est claire : pour eux la politique du tout sécuritaire de Sharon est la bonne. Toute autre démarche politique de leur part était manifestement hors de portée. Et il m’est alors revenu en mémoire la réflexion que m’avait faite quelques mois auparavant Yehudit Harel qui représentait Gush Shalom à la conférence des ONG pour la Palestine aux Nations-Unies à New York en octobre 2002. Elle m’avait alors confié que, selon elle, Gush Shalom avait sous-estimé l’impact politique dévastateur des attentats sur la société israélienne.
3 Ces rencontres confirmaient mon appréciation sur l’effet politique désastreux de ce type d’actions[2] [2] Id. p. 93 : « Pour une critique politique du terrorisme »...
suite. Mais je m’interrogeais en même temps sur la dynamique interne ainsi provoquée alimentant une mise en scène de mort qui ne peut qu’entraîner les deux sociétés dans une logique d’anéantissement mutuel : d’un côté les tanks, les missiles contre une population civile opprimée, humiliée et exploitée depuis des décennies, de l’autre les corps-bombes qui explosent, jeunes hommes – mais aussi jeunes femmes – décidés à tuer en se tuant.
4 Si l’on considère qu’une des conditions pour une perspective de paix en Palestine/Israël est la rupture de ce consensus belligène de la société israélienne, il paraît indispensable de s’interroger sur la meilleure façon d’y parvenir, ce qui suppose une approche conjointe d’écoute de la société israélienne comme accompagnement nécessaire d’une approche politique. Car le fait terrible que meurent 4.000 Palestiniens en Palestine ne peut annuler l’autre fait terrible que constitue la mort de 1.000 Israéliens en Israël. Tout autre calcul qui liquide – qui tue une deuxième fois – les uns au nom des autres est un calcul politiquement et moralement faux. Pour un pacifiste, il est toujours nécessaire de rappeler que la vie humaine est une valeur fondamentale, que le respect de la vie humaine et la lutte pour les droits de l’être humain sont la base même de sa culture et de son engagement, ce qui signifie que regarder ce qui se passe dans la Palestine massacrée ne doit pas nous dispenser de regarder Israël blessé ou épouvanté. De même que comprendre les attentats suicide ne signifie pas les justifier, de même tenter de comprendre les traumatismes israéliens ne signifie pas non plus justifier l’occupation, la répression, les représailles – horrible mot qui devrait secouer quelques mémoires courtes. Bien au contraire, reconnaître, comprendre les dynamiques internes qui favorisent le comportement inacceptable de l’armée et de l’Etat d’Israël en Palestine est absolument nécessaire si on veut chercher à y mettre fin. Prendre acte de l’état d’esprit de ceux qui vivent en Israël ou de ceux qui s’identifient à lui ne signifie pas nécessairement le partager mais écouter et ensuite raisonner pour permettre le retour du politique. En effet, si on ne part pas avec un effort de compréhension de la douleur et de la peur chez l’autre, sans oublier les peurs profondes y compris les peurs irrationnelles qui n’en sont pas moins authentiques, il est impossible d’imaginer qu’un discours de paix, c’est-à-dire de solution politique du conflit, puisse avoir une écoute suffisante – puisse être « entendu » – dans une société traumatisée.
5 Cette société a besoin de retrouver en elle-même à la fois une certaine forme de rationalité politique et une sorte d’espérance visionnaire qui a pu la porter à un moment de son histoire. Cela suppose aussi qu’Israël retrouve le sens de la limite qui lui permette d’accepter ses frontières et de reconnaître sur un plan de dignité et d’égalité des droits « l’autre », c’est-à-dire le peuple palestinien, sans que celui-ci soit perçu comme menaçant et sans non plus qu’il se sente menacé. Si ainsi les Palestiniens peuvent essayer librement de se construire une vie digne réduisant de plus en plus les espaces pour le désespoir et la tentation du martyre, alors les deux peuples pourront se donner des représentations politiques adéquates et construire une coexistence pacifique raisonnable préalable à toute perspective de réconciliation. C’était, dans une certaine mesure, le sens qu’a progressivement donné à sa démarche Yitzhak Rabin, surtout dans la dernière phase du processus qu’il avait lancé.
Brève histoire d’une spirale de terreur
6 C’est à partir de la grille de lecture ci-dessus qu’il faut d’abord faire un bilan politique des attentats en Israël contre des civils pratiqués surtout par les organisations islamiques dans le cadre de la lutte contre une occupation qui en constitue le meilleur bouillon de culture. De ce point de vue, un rappel des origines de la spirale de violence paraît indispensable.
7 Après l’échec de Camp David, les premiers heurts violents entre Israéliens et Palestiniens sont déclenchés et catalysés par la visite provocatrice d’Ariel Sharon alors leader de l’opposition de droite au « Mont du Temple » c’est-à-dire sur « l’Esplanade des Mosquées ». Ehud Barak n’empêche pas la visite alors qu’il aurait pu le faire. Le lendemain, au cours des affrontements consécutifs à cet événement, les forces de police israéliennes tuent plusieurs Palestiniens. Les incidents s’étendent et le premier mois se termine avec la mort de quatre Israéliens et d’environ 70 Palestiniens.
8 La réaction des forces israéliennes dans les Territoires occupés est féroce et complètement disproportionnée. Les éléments de droite de l’armée profitent de l’occasion pour déclencher une répression énorme, masquée par la rhétorique d’un gouvernement qui parle encore de négociations et qui fait croire aux Israéliens qu’il défend leurs intérêts.
9 Sharon, en jouant sur la symbolique religieuse de sa démarche, s’est assuré l’alliance politique des forces religieuses orthodoxes et il a volontairement provoqué et mobilisé contre lui les organisations de matrice islamique dans le camp palestinien auquel il a ainsi offert plus d’arguments, de poids et de visibilité. Ces organisations pratiquant le terrorisme comme forme de lutte spécifique contre l’occupation recevront un vaste écho populaire tandis que le gouvernement de l’Autorité palestinienne, qui s’était prononcé dès sa création contre le terrorisme, ne pourra, en l’absence de tout processus politique, s’opposer au développement de l’utilisation de la terreur.
10 Cependant, dès les premiers mois de l’Intifada, plusieurs intellectuels palestiniens indépendants et des cercles politiques restreints s’expriment pour déclarer complètement erronée la tactique du terrorisme. Mais, en l’absence de toute perspective politique et de toute autre proposition d’organisation de la résistance, ces voix n’infléchissent ni les organisations palestiniennes concernées ni l’aggravation du processus d’occupation et d’escalade continue de la répression israélienne. Celle-ci utilise chaque attentat en Israël comme alibi pour interrompre brusquement toute tentative, même américaine, de relancer un processus politique et en même temps pour ratisser les Territoires occupés dans la pire tradition coloniale. Le résultat le plus clair en est la réoccupation par l’armée israélienne de toute la Palestine. C’est dans ce contexte que s’est en quelque sorte mis en place le cycle de la terreur créant de manière dissymétrique dans les deux sociétés une graduelle désintégration politique dont les effets ne peuvent être que désastreux et, en tout état de cause, négatifs, pour le redémarrage d’un éventuel processus de paix. C’est dans ce contexte historique et politique qu’il faut tenter un premier bilan de l’impact sur la société israélienne de cette forme de lutte.
Un choc psychologique, un choc politique
11 Faire ce bilan, c’est rappeler une chose qui semble acquise mais qu’on oublie souvent : le terrorisme provoque chez ceux qui le subissent une sensation de menace existentielle qui déclenche généralement des réactions émotives comme la peur, le désir de vengeance. La nature sommaire du terrorisme, à la différence de la lutte armée qui vise exclusivement les forces de répression de l’adversaire, transforme chaque membre de la société en victime possible. Tout enfant qui monte dans un autobus pour aller à l’école a peur, toute mère qui l’attend est angoissée. Tout cela se transforme facilement en donnée politique. C’est à partir de cette angoisse collective que se réveillent ou s’exacerbent les instincts patriotiques voire tribaux qui, en exaltant le danger extérieur, créent facilement un consensus national, une sorte d’union sacrée en faveur d’une réponse militaire. Les attaques terroristes ont toujours joué en faveur des forces les plus militaristes et les plus opposées à tout processus politique. La peur qui se propage alors dans la population est non seulement le meilleur aliment pour l’idéologie de la force brute mais elle paralyse presque totalement le mouvement de paix comme mouvement de masse. C’est à partir de cette perception largement entretenue de manière quasi obsessionnelle par les grands médias que s’explique le soutien d’une vaste majorité d’Israéliens à la politique dite des « assassinats ciblés »[3] [3] Ces assassinats sont à la fois des punitions collectives,...
suite pratiquée par le gouvernement israélien en violation totale des droits les plus élémentaires. Selon l’avocat pénaliste israélien, défenseur des droits humains, Michael Sfard : « Il est extrêment difficile d’expliquer à un non Israélien pourquoi la vaste majorité des Israéliens soutiennent la politique des assassinats. Les racines de cette position publique résident avant tout dans la récente vague de terreur, horrible et impardonnable, qui a frappé les villes israéliennes, mais aussi dans la " culture de l’occupation " qui produit une indifférence croissante à l’égard du malheur palestinien. La politique des assassinats n’est qu’un chapitre dans la longue liste des mesures de contrôle décidées et mises en oeuvre dans les territoires occupés. Pour le gouvernement, après des mois pendant lesquels des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été tués dans des attaques terroristes, la politique des assassinats joue un rôle vital pour démontrer au public " qu’on est en train de faire quelque chose ". Il est très difficile de persuader les Israéliens affligés et enragés que tuer une personne alors qu’elle ne constitue pas une menace pour les autres est immoral et illégal. Les Israéliens ont tendance à croire que chaque victime de cette politique à les mains couvertes de sang et que si elle n’était pas liquidée elle tuerait encore »[4] [4] Il Manifesto 22 juin 2002. ...
suite.
L’instrumentalisation politique du terrorisme par Sharon
12 A ce stade, on ne peut pas ne pas s’interroger sur les liens entre la stratégie de Sharon et celle du Hamas. La nature de la provocation sur l’Esplanade des Mosquées avec ses effets prévisibles montre en réalité que, dans sa compétition électorale avec Barak, Sharon a intégré les attentats contre des civils israéliens dans sa stratégie interne et internationale. Ces attentats lui permettront de justifier, à la fois auprès de son opinion publique et de l’opinion internationale, tout refus d’ouvrir des négociations politiques avec les Palestiniens et même d’appliquer les engagements pris vis-à-vis de la communauté internationale.
13 En effet, tout au long de cette deuxième Intifada[5] [5] Confluences, mensuel du Forum de la Gauche citoyenne, N° 10,...
suite, on a eu l’occasion de constater de troublantes coïncidences chronologiques entre les attentats commandités par le Hamas et le choix de Sharon de bloquer toute initiative diplomatique y compris d’origine américaine.
14 A court terme on peut penser que l’intérêt du gouvernement Sharon était plutôt de provoquer la chute d’Arafat et son remplacement par une oligarchie palestinienne formée de composantes de l’ANP considérées comme plus pragmatiques, plus accommodantes. Mais à moyen terme, et peut-être même à plus brève échéance, il est clair qu’Israël n’exclut pas et peut-être souhaite l’écroulement définitif de l’actuel establishment palestinien laïque et nationaliste et la montée en force du Hamas. A ce moment-là un affrontement direct avec les islamistes présente certes le risque d’une violence accrue y compris en Israël mais offre au gouvernement Sharon l’avantage évident d’un large consensus international. Les Etats-Unis et surtout l’Europe considéreront comme négative la destruction de l’Autorité palestinienne, nationaliste et laïque, mais ils justifieront selon toute probabilité une guerre d’Israël contre l’islamisme politique. Les attaques israéliennes contre les activistes du Hamas augmentent la popularité du Hamas, et Sharon le sait comme il sait qu’elles provoqueront tôt ou tard de nouveaux attentats. L’enjeu est la délégitimation de l’Autorité palestinienne pour annuler les accords d’Oslo[6] [6] En réalité les accords d’Oslo ont été une double...
suite et le début d’une confrontation militaire ouverte avec la nouvelle force dominant dans les Territoires occupés, le Hamas. A ce stade, toute action d’Israël contre l’islamisme serait considérée comme licite en Occident, aux dépens comme toujours des droits du peuple palestinien.
Guerre et terrorisme dans le discours israélien
15 Fixés dans l’inertie d’un stéréotype, guerre et terrorisme sont des mots incapables à eux seuls d’expliquer la spécificité culturelle du conflit israélo-palestinien. En outre, l’utilisation de ces termes par l’establishment israélien, reprise par les grands médias occidentaux, aboutit à une représentation du conflit qui légitime la politique de Sharon et criminalise tout le peuple palestinien.
16 Plus que tout autre, le conflit entre Israël et la Palestine nous rappelle que beaucoup dépend des mots que nous utilisons. Le conflit prend son sens non tant par la description des événements que par les mots avec lesquels ils sont présentés et décrits. Or les mots ne sont pas neutres. Dans ce cas ils le sont si peu que l’on parle de guerre quand on se réfère aux Israéliens et de terrorisme quand il s’agit des Palestiniens. Guerre et terrorisme sont deux mots lourds, terriblement lourds, qui en suggèrent immédiatement d’autres comme raison et tort, victimes et bourreaux, riches et pauvres, Occident et Orient, monde judéo-chrétien et Islam… Et puis, in fine, le message qui passe c’est que les Israéliens font la guerre et que les Palestiniens sont des terroristes.
17 Or, au contraire du terrorisme (défini comme l’attaque indiscriminée contre la population civile) qui est considéré comme un crime contre l’Humanité, la guerre est considérée comme l’unique forme de violence légitime. Sa légitimité est due au fait qu’elle est une affaire entre Etats et que par guerre on entend l’exercice organisé de la violence d’un Etat contre un autre Etat. Donc on peut déjà se demander s’il est licite de parler de guerre dans le cas du conflit israélo-palestinien à partir du moment où le gouvernement israélien ne reconnaît ni n’entend reconnaître un Etat palestinien… A moins d’insérer dans la typologie nouvelle la guerre contre le terrorisme telle qu’elle a été définie par Bush après le 11 septembre. Mais cette typologie hybride a très vite été démontée par les faits quand cette guerre contre le terrorisme s’est matérialisée par l’agression contre l’Afghanistan, c’est-à-dire un Etat et un gouvernement, et ensuite contre un autre Etat, l’Irak de Saddam Hussein. Donc il y a besoin d’ajuster les mots aux faits et d’appeler les choses par leur nom ou plutôt par leurs noms : invasion, massacres, opérations de police, terrorisme… Quel que soit le mot choisi, il s’agit d’une violence d’Etat qui, à la différence de la guerre telle que définie précédemment, n’est en aucune manière légitime.
18 Le terrorisme désespéré des jeunes Palestiniens qui utilisent leur propre corps comme bombe n’est pas non plus légitime. Mais ceci ne justifie pas une expression globale comme « terrorisme palestinien » qui est inacceptable parce qu’elle étend de manière indue à toute la population qui résiste à l’occupation sous d’autres formes la responsabilité morale des actions accomplies par une petite minorité d’individus ou de groupes. L’objectif de l’establishment israélien qui martèle cette expression est claire. Il vise à criminaliser tout le peuple palestinien et par conséquent à justifier l’emploi de la violence armée contre lui dans son ensemble comme peuple, comme société et même comme représentation politique. Arafat égale Ben Laden n’avait pas d’autre sens.
19 Mais, maintenant que les guerres du XXe siècle, en tuant beaucoup plus de civils que de militaires, sont devenues objectivement terroristes, on ne peut plus maintenir la distinction classique entre guerre et terrorisme. On ne peut plus douter de la nature terroriste d’une action accomplie par un Etat comme on l’observe à propos du conflit israélo-palestinien. Le nombre des victimes civiles palestiniennes est plusieurs fois supérieur à celui des victimes israéliennes mais on appelle « terroristes » les Palestiniens qui commettent des attentats en utilisant leur corps comme arme tandis qu’on n’appelle pas « terroristes » Sharon et Tsahal qui frappent les civils avec une incomparables puissance de feu.
Casser la spirale ?
20 Le choix actuel d’Ariel Sharon est de renforcer la colonisation de la Cisjordanie, en clair de pérenniser les conditions de la violence. Comme le déclare l’historien israélien Tom Seguev : « L’occupation engendre le terrorisme qui suscite la répression qui fabrique encore plus de candidats aux attentats-suicide »[7] [7] Le Monde 4 avril 2002 p. 4. ...
suite.
21 Mais dans les deux sociétés existent des forces qui peuvent modifier le cours des choses. De nombreux cercles de personnes savent que la seule voie de sortie de la situation actuelle est dans un dialogue paritaire et dans une paix « juste ». Ces secteurs, restés longtemps sur la défensive, affirment plus nettement leur choix – ils se mobilisent aussi ensemble contre le Mur israélien qui symbolise et matérialise le refus de l’autre. En Palestine, une vraie réflexion collective a été menée sur la deuxième Intifada et ses conséquences. La critique de la militarisation par Abou Mazen et le choix de l’action non violente par son opposant de gauche Mustapha Barghouti montrent que la majorité du peuple palestinien souhaite établir les conditions d’un processus de paix avec Israël. En Israël, le mouvement des refuzniks, 1600 environ, exprime une volonté beaucoup plus large, dans la partie centrale de la société israélienne que représentent les réservistes, de refuser l’occupation militaire des territoires palestiniens. On voit même avec le « cercle des parents » (cf. ci-après discours de Nurit Peled-Elhanan), des familles israéliennes et palestiniennes de victimes du double terrorisme réfléchir ensemble sur les conditions de la paix.
22 Ces forces ouvrent la seule voie qui permettra de casser la spirale de la terreur.
Notes
[ 1] Cf. Confluences Méditerranée N°43 (Automne 2002) p.33 : « A propos de Marwan Barghouti » de Christiane Gillmann.
[ 2] Id. p. 93 : « Pour une critique politique du terrorisme » de Bernard Ravenel.
[ 3] Ces assassinats sont à la fois des punitions collectives, des meurtres « préventifs » et des exécutions extra-judiciaires, toutes pratiques qui violent les conventions internationales sur les droits humains. cf. Pour la Palestine N° 39, septembre 2003 : « l’assassinat, élément majeur de la politique d’Israël » par Sylviane de Wangen.
[ 4] Il Manifesto 22 juin 2002.
[ 5] Confluences, mensuel du Forum de la Gauche citoyenne, N° 10, janvier 2002 : « Sharon choisit Hamas » de Bernard Ravenel.
[ 6] En réalité les accords d’Oslo ont été une double défaite, celle de la droite nationaliste et des ultra-orthodoxes israéliens qui ne pensaient qu’au Grand Israël et celle du radicalisme islamiste pour lequel Oslo a signifié la fin du rêve de rédemption de la terre de Palestine, de toute la Palestine, et de la réalisation de l’objectif sacré de liquider Israël et d’en expulser les juifs. Ces deux « défaites » constituent la clé pour comprendre la ligne politique de ces deux courants.
[ 7] Le Monde 4 avril 2002 p. 4.
PLAN DE L'ARTICLE
- Brève histoire d’une spirale de terreur
- Un choc psychologique, un choc politique
- L’instrumentalisation politique du terrorisme par Sharon
- Guerre et terrorisme dans le discours israélien
- Casser la spirale ?
POUR CITER CET ARTICLE
Bernard Ravenel « Israël et le terrorisme », Confluences Méditerranée 3/2005 (N°54), p. 111-120.
URL : www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2005-3-page-111.htm.
DOI : 10.3917/come.054.0111.




