Confluences Méditerranée 2008/1
Confluences Méditerranée
2008/1 (N°64)
198 pages
Editeur
I.S.B.N. 2296050914
DOI 10.3917/come.064.0184
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André Nouschi Les Armes retournées. Colonisation et décolonisation françaises Paris, Belin, coll. Histoire et Société, 2005 447 p., 29 €

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Le livre d’André Nouschi débute par un aperçu des « mondes précoloniaux ». Leur économie agraire précaire, leurs surplus rares et médiocres, les épizooties et les endémies qui les ravagent, sont des points communs qui expliquent leur faiblesse face à la brutalité de l’intrusion coloniale. Suit une synthèse sur les politiques mises en oeuvre par la métropole, de la colonisation aux décolonisations : des réseaux, voire des lobbies coloniaux y jouèrent une partition majeure et leur rapacité tint le plus souvent lieu de ligne politique. On retrouve peu ou prou ces traits après les indépendances, dans la coopération. Il y a en Afrique, par exemple, continuité entre les intérêts coloniaux et le poids majeur de groupes comme Elf. Une continuité parallèle existe des caractéristiques répressives, de l’administration coloniale aux pratiques des États indépendants confisqués par des « tyranneaux et despotes en liberté surveillée » à l’égard desquels Paris est au moins complaisant.

2 Le chapitre « La France, la colonisation et les grandes puissances » expose, plus classiquement, les intérêts impérialistes nationaux confrontés : Londres a été constamment le compétiteur principal de Paris en Méditerranée, jalon fondamental de la route des Indes. En ressort, en définitive, contrairement à ce qu’on put alors imaginer, que, sur l’échiquier mondial, la place de la France tint, peut-être bien, davantage à son empire qu’à son statut de puissance européenne. Le vaste chapitre « Économie et colonisation » montre en un panorama synthétique combien le phénomène colonial fut redevable à un « nouveau capitalisme », dont la monnaie, les banques et le crédit furent le noyau dur, cela sans rien dissimuler des faces sombres qui furent, ici et là, les réquisitions et le travail forcé, et en soulignant aussi le poids d’un spécifique capitalisme foncier, notamment au Maghreb, mais aussi en Indochine. Il y eut aussi une faiblesse insigne de l’industrialisation, correspondant à l’intérêt bien compris des manufacturiers de métropole, et un commerce et des voies de communication pareillement commandés par le pacte colonial. Le monde colonial ainsi conçu sépare rigoureusement de part et d’autre de la barrière coloniale, colonisateurs et colonisés, scindés au premier chef par un fossé d’inégalité sociale, par l’apartheid politique et par la discrimination généralisée.

3 Au lendemain des hécatombes humaines qui purent être – en Algérie notamment – causées par la conquête militaire et l’intrusion brutale du capitalisme, il y eut continuité d’un essor démographique exponentiel, de la période coloniale à la période post-coloniale. L’espace urbain s’est recomposé dans la précarité, notamment du fait de l’arrivée en ville des « damnés de la terre » exsangues issus des campagnes. La barrière coloniale qui marque la société se prolonge, après les indépendances, en inégalités sociales explosives. En effet, l’avènement des indépendances n’a pas été en mesure de résolument modifier les rapports sociaux inégaux tant elles ont été dévoyées, « avec la corruption, les détournements de subventions ou d’aides étrangères, les gaspillages. » (p. 258). Et la « mondialisation » actuelle se situe en continuité élargie de l’ouverture au capitalisme qu’avait constitué, sous l’étendard du national français, la colonisation.

4 Le chapitre 7 (Colonisation, Civilisations et Cultures), sans doute un des plus expressifs, traite des religions, de l’évolution des techniques, plus encore de l’imprégnation par les techniques (mesure du temps par la montre, recours aux statistiques, utilisation de machines…), et de l’école, qui fut à la fois chichement dispensée aux enfants des colonisés, mais aussi, et pour cela, désirable, et au cour de la formation des élites nationales ; sans compter les évolutions artistiques, qui rejouèrent aussi sur l’univers métropolitain. Un suggestif tableau des taux d’analphabétisme (p. 331) en 2003, respectivement pour les femmes et les hommes, indique le chemin parcouru… et celui qui reste à parcourir. Le dernier chapitre rappelle les conquêtes, les résistances aux conquêtes et les luttes pour l’indépendance qui voient les « armes retournées » contre le maître colonial.

5 Le livre d’André Nouschi se présente comme une série d’études concentriques qui cernent progressivement sous plusieurs angles des réalités multiples, mais sans qu’il y ait jamais de répétition. De réflexions neuves en rapprochements inusités, il incite sainement le lecteur à la réflexion. Certes, le Maghreb est visiblement mieux dominé, dans cette étude des ruptures et des continuités, que le reste de l’ex-empire français. Mais les aperçus synthétiques qu’il fournit sont bien valables pour l’ensemble colonial, puis post-colonial français. On aurait aussi aimé que, dans l’analyse des forces sociales et politiques qui ont accaparé le pouvoir après les indépendances, soient mieux prises en compte les logiques militaires/bureaucratiques qui les structurent souvent si profondément. Il reste que voici un livre majeur, qui n’est pas d’un idéologue, et qui ne plaira pas aux idéologues : Nouschi fuit aussi bien la dénonciation véhémente que l’apologie niaise. Il tente, avec fruit, de rendre compte de toute la complexité de ce divers que d’aucuns persistent à vouloir dénommer l’Histoire.

6 Gilbert Meynier

Sylvie Thénault Histoire de la guerre d’indépendance algérienne Flammarion, Paris, avril 2005 303 p., 21 €

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7 L’historien note que, une fois n’est pas coutume, cet ouvrage inscrit la téléologie dans son titre : sainement, il ne parle pas de « guerre d’Algérie » mais de « guerre d’indépendance algérienne. »

8 Le livre est divisé en quatre parties. Après avoir classiquement analysé « 1954 dans la longue durée », Sylvie Thénault poursuit, à la fois chronologiquement et thématiquement, par un « Entrer en guerre, 1954-1957 », puis un « Au cour de l’affrontement, 1957-1959 », et enfin par un « En finir » (1959-1962).

9 Outre qu’elle a puisé dans ses propres recherches sur la France de la guerre de 1954-1962 et qu’elle a embrassé la plupart des travaux d’historiens dignes de ce nom qui s’y réfèrent, elle a minutieusement nourri ses développements qui embrassent tout le divers historique en se pénétrant d’une vaste bibliographie, y compris dans les domaines – l’Algérie des Algériens par exemple - qui n’étaient pas, à l’origine, au cour de sa problématique et de ses recherches[1] [1] Notamment Une drôle de justice. Les magistrats dans la...
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10 Voici au total un livre bien peu médiatique, mais – ceci expliquant peut-être cela –, rigoureusement informé, et de bout en bout pénétrant dans son honnêteté. Il s’agit d’une vraie synthèse aboutie. Sur bien des points – tant la machinerie de guerre, les entrelacs politiques algéro-français, la torture et les violences illégales, que les crises de l’Armée de Libération Nationale, ou encore le bilan humain sur lequel l’auteur fait un point scientifique dépassionné, en bannissant tant la sous-évaluation idéologique coloniale que l’inflation victimisante nationale-, elle livre tranquillement ses conclusions, en vraie historienne qu’elle est : sans concessions, comme sans complaisances, de quelque côté que ce soit. En un mot, et nonobstant ses choix anticolonialistes clairs, nous sommes, avec Sylvie Thénault, aux antipodes de l’idéologie. La raison en est que nous sommes dans l’Histoire.

11 GM

Jean-Charles Jauffret Ces officiers qui ont dit non à la torture, Algérie, 1954-1962 Editions Autrement, Collect. Mémoires/histoire N° 116, Paris, août 2005 174 p., 13 €

12 Dans ce livre, sont analysées au départ les origines de la torture et des violences illégales (exécutions sommaires et autres « corvées de bois »…) dans l’armée française. L’année 1957 –celle de la grande répression d’Alger, dite « bataille d’Alger »- en fut un tournant. Sur l’ensemble de la guerre, la torture, si elle ne fut pas absolument « généralisée », fut en tout cas bien « banalisée », en particulier au cour du dispositif de renseignements violent que furent les DOP (Détachements opérationnels de protection). Elle fut peut-être relativement moins pratiquée dans la deuxième moitié de la guerre, d’une part en raison des résistances qu’elle suscita, et des inflexions politiques gaulliennes d’après 1958, mais aussi d’un renforcement en efficacité du dispositif proprement technique du renseignement.

13 Outre des prises de position connues comme celle du général Paris de Bollardière, il y eut des résistances, il y eut des dénonciations de la torture, émanant en particulier d’officiers « chrétiens » et d’officiers « marxistes ». Ceci dit, bien d’autres « chrétiens », bien d’autres « marxistes », rongèrent leur frein, fermèrent les yeux, ne dirent mot, et avalisèrent.

14 Le livre évoque l’exemplarité de la méthode française en matière de renseignements extorqués par la violence –qu’on songe aux dictatures d’Amérique Latine, mais même aussi aux Etats-Unis qui eurent recours à ses coopérants politico-techniques. Mais, in fine, il montre comment, avec le Code du soldat de 2000, une « bataille d’Alger » serait plus difficile à conduire aujourd’hui. S’est aussi développée, jusqu’au sein de l’esprit de corps, une conscience plus soucieuse des Droits de l’Homme. Dans les opérations conduites par l’armée française ces dernières décennies, ou auxquelles elle a participé (guerre du Golfe, Timor Oriental, Kosovo, Afghanistan…), il y eut des bavures (Nouvelle Calédonie, Rwanda), mais rien qui atteigne à la dimension de cette « bataille d’Alger à l’échelle planétaire » qu’est devenue, pour l’auteur, la guerre américaine d’Irak.

15 Pour en revenir à 1954-1962, l’historien ne peut ramener la violence de la guerre coloniale aux seules « violences illégales » : la domination d’un peuple par un autre peuple, d’une culture par une autre culture, les déracinements de masse et le déchirement du tissu social qui menèrent à l’agonie la paysannerie, furent peut-être bien plus lourds en termes de traumatisme susceptibles de rejouer à terme, cela en intrication névrotique avec la violence portée par la société et que tendit à monopoliser son système de pouvoir. Mais cela, l’auteur ne l’ignore pas non plus.

16 GM

Youssef Courbage et Emmanuel Todd Le rendez-vous des civilisations La République des idées Seuil, septembre 2007 159 p., 12,50 €

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17 A l’heure où nombre de raccourcis sont opérés sur l’Islam, y compris dans les milieux intellectuels, les auteurs déconstruisent avec rigueur et force détails le discours dominant sur les retards de la transition démographique en terres d’Islam. Disons-le tout de suite : ces retards ne participent en rien d’un certain essentialisme islamique.

18 Nombre d’éléments expliquent la transition démographique. A l’évidence, l’alphabétisation est la cause majeure de ce phénomène, particulièrement chez les filles. La survenue du seuil d’alphabétisation de 50% chez les filles est ainsi fortement corrélée avec le début de la baisse de la fécondité.

19 Cependant des éléments peuvent interférer avec ce passage, parfois en l’accélérant, parfois en le ralentissant. Et parmi ces facteurs de ralentissement force est d’admettre que, dans bien des cas, l’Islam est présenté comme la religion du retard démographique. En fait, le corpus coranique n’explique pas cela, car si l’Islam a bien une influence sur la natalité, il n’en a pas plus que les autres systèmes de croyance. Plus qu’une spécificité du corpus islamique, ce sont plutôt des soubassements anthropologiques, souvent antéislamiques, qui expliqueraient ces délais supplémentaires dans la transition démographique.

20 En effet, le monde arabe, mais aussi perse et pakistanais, est davantage patrilinéaire – il accorde des avantages aux garçons, le mâle étant privilégié -, patrilocal – les jeunes couples vivent proches des parents de l’époux – et endogame. Tout ceci explique sans doute pour partie les retards en matière de promotion féminine. En particulier, le principe patrilinéaire repose sur le privilège accordé aux garçons, ce qui en creux disqualifie les filles. Cette perpétuation du principe patrilinéaire contribue donc à réduire l’accès des filles à l’alphabétisation et surtout pousse les familles à avoir des enfants, au moins tant qu’elles n’ont pas de garçon. A contrario, en Asie du Sud-Est, on trouve des familles de type matrilocal et parfois matrilinéaire, ce qui tend à promouvoir les filles. Aussi n’est-il pas curieux de constater que la transition démographique y est souvent avancée, particulièrement en Indonésie. Cependant, alors qu’elle a une structure anthropologique voisine, la Malaisie semble contredire cette tendance, mais si ses indices de fécondité sont encore élevés, c’est pour des raisons plus géopolitiques : la présence de fortes minorités chinoise et indienne ont poussé les Malais à accorder une place importante à la natalité.

21 D’autres éléments peuvent expliquer le ralentissement de la transition. A côté de cette guerre des berceaux (on la voit aussi avec les chiites du Liban ou avec les Palestiniens et les colons des territoires occupés), les auteurs évoquent notamment la rente pétrolière qui peut soutenir la natalité. De même certains facteurs peuvent expliquer la survenue plus rapide de la modernisation démographique : par exemple, dans le cas du Maghreb, le lien avec les émigrés d’Europe aux comportements démographiques différents a contribué à cette accélération de la transition.

22 Cette analyse passionnante, les auteurs la déploient sur toutes les aires de peuplement de l’Islam. Et le caractère spécifique de cette religion sur les comportements démographiques est à chaque fois mis en doute.

23 Mais ce livre va plus loin. Il souligne aussi que les éléments anthropologiques tendent à voler en éclat avec la modernisation démographique et la propagation de l’éducation. Pour les auteurs, l’explosion de ces modèles familiaux, avec le recul des modèles endogame, patrilinéaire et patrilocal, est la source des convulsions politiques qui se manifestent en terre d’Islam. Ainsi la radicalisation islamiste serait en grande partie consécutive à l’abandon de la norme familiale où la jeune fille n’est pas l’égale du jeune garçon. Et les auteurs d’écrire : « Il n’est donc nullement nécessaire, pour expliquer les violences qui agitent aujourd’hui le monde musulman, de spéculer sur une essence particulière de l’Islam. Cet univers est désorienté parce qu’il subit le choc de la révolution des mentalités associée à la montée de l’alphabétisation et à la généralisation du contrôle des naissances ». Comme d’autres sociétés ont connu des emballements politiques au moment de leur transition démographique, les pays musulmans connaissent ces moments de crispation dans un contexte anthropologique spécifique.

24 Passé ce moment difficile, les sociétés islamiques devraient s’apaiser, quoique certaines devraient encore connaître des convulsions particulièrement violentes (le Pakistan par exemple).

25 Cette analyse est bienvenue dans un contexte où les hérauts du funeste choc des civilisations sont plus nombreux que ceux qui annoncent leur rendez-vous. Mais au-delà de cette annonce fort encourageante, cet ouvrage mérite un accueil important parce que les arguments qu’il déploie sont avancés avec un grand souci de rigueur et d’intelligibilité.

26 Une démonstration rigoureuse pour un message de confiance.

27 Pierre Blanc

Eric Verdeil, Ghaleb Faour et Sébastien Vélut Atlas du Liban, territoires et sociétés IFPO-CNRS, 2007 207 p., 30 € www.ifporient.org

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28 Le Liban, pays complexe dans un Orient compliqué fait le va-et-vient sous les feux médiatiques. S’il attire ainsi régulièrement le regard, l’épaisseur de sa réalité, sans commune mesure avec la taille de son territoire, se dérobe aisément à la compréhension de ceux qui voudraient y voir clair.

29 A ceux-ci, nous ne saurions que trop conseiller la lecture de ce magnifique atlas consacré au pays du Cèdre. Réalisé par des universitaires, son approche académique qui en fait une oeuvre majeure sur le Liban, réussit le pari de pouvoir alimenter la réflexion des spécialistes et d’éclairer tous ceux que le Liban interroge.

30 Très agréable à lire, cet ouvrage riche en cartes, diagrammes, schémas et photos, amène le lecteur sur les chemins bien balisés de la connaissance d’un territoire qui devient ainsi intelligible. Sept étapes le conduisent à se familiariser avec les moindres plis et replis du territoire. Tour à tour sont abordés la construction nationale du pays dans la géopolitique régionale, le Liban dans la mondialisation, la population et le peuplement, les mutations du territoire, l’économie, la société et les politiques d’aménagement. Une huitième étape, ajoutée par les auteurs, soucieux d’être en phase avec l’histoire en cours, amène le lecteur à une postface tragique, puisqu’il y est question de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah.

31 En plus d’être très exhaustif et rigoureux, cet atlas présente des originalités. D’une part, il offre souvent une lecture en dynamique des points abordés : l’ouvrage participe donc moins de la photographie que du film. D’autre part, il propose des chapitres assez inédits, en tout cas originaux dans les atlas : sur les politiques d’aménagement, sur la construction de l’Etat et ses limites, ou bien encore sur la mondialisation, qui permet de voir les traces de Liban dans le monde et les empreintes du monde au pays du Cèdre. En outre, il excelle dans la capacité à articuler les différentes échelles d’analyse. Enfin, même si cet aspect est moins visible, il s’appuie sur une diversité de sources qui en font un ouvrage de référence. Cet atlas est vraiment le bienvenu.

32 PB

Andréas Mavrommatis Les délices d’Aphrodite Editions Filipacchi, Paris 2007 184 p., 29 €

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33 Les fêtes de fin d’année sont passées les Pâques orthodoxes arrivent. Au diable la dinde au marron, le chapon, la bûche de Noël et les huîtres. Place à 80 recettes parfumées venues d’Orient.

34 Andréas Mavrommatis est un chypriote grec de Chypre, aussi appelée « l’île d’Aphrodite » puisque, d’après la mythologie grecque, la déesse de la beauté y est sortie de la mer au large de Limassol. Il a dû quitter son village et son île après l’invasion de l’armée turque en juillet-août 1974. En 1977, il débarque à Paris, suivi peu après par deux de ses frères, dont Evagoras qui a déjà été interviewé dans cette revue en tant que vice-président des associations diasporiques chypriotes-grecques de par le monde.

35 A Paris, il se lance dans la restauration. Il revisite la cuisine grecque pour la moderniser, sortant des traditionnelles brochettes (souvlaki), poivrons farcis et autre caviar d’aubergine.

36 C’est le seul cuisinier « étranger » à avoir reçu une récompense française, le prix Marianne 1998.

37 Dans son livre, il donne 80 recettes de son cru faciles à faire. Des entrées comme le tarama aux asperges, les boulettes d’aubergines au fromage, le halloumi (fromage chypriote et libanais) grillé et pain aux olives.

38 Mais aussi des gambas sautées à l’ouzo au fondue de tomates et de fenouil, des boulettes de morue fraîche à l’ail et au safran, des seiches grillées au pourpier sauce sésame… et des viandes, volailles ainsi que desserts.

39 A signaler particulièrement : l’agneau poêlé sauce avgolemono (oeuf au citron) à l’aneth, les cailles en feuilles de vigne aux raisins, boulgour et pistaches, soupe froide de concombre aux langues d’agneau, framboises au fenouil glacées à l’huile d’olive. Un mélange de fumets orientaux des rivages de cette mer d’Orient, mélange de cultures... gastronomiques.

40 Avec les livres de Robert Bistolfi (Traité du pois chiche, L’Orient gourmand, La blette et la betterave...) et de Paul Balta (Boire et manger en Méditerranée), passez à vos fourneaux au plus vite pour déguster la Méditerranée.

41 Christophe Chiclet

René Backmann Un mur en Palestine Fayard, 2006 20 €

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42 Le jury du Prix Palestine – Mahmoud Hamchari 2007, présidé par Alain Gresh, journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique a choisi le livre de René Backmann, Un mur en Palestine [1] [1] Éditions Fayard, juillet 2007. ...
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. Rédacteur en chef au Nouvel observateur où il dirige le service étranger, René Backmann couvre depuis 25 ans l’actualité politique au Proche Orient. Il est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages dont Les Polices de la nouvelle société, en collaboration avec Claude Angeli (François Maspéro) et Les Medias et l’humanitaire en collaboration avec Rony Braumann (CFPJ). En couronnant Un mur en Palestine, le jury a voulu distinguer « le formidable travail d’un journaliste », « un témoignage excluant tout esprit de propagande », un livre qui nous interpelle : « Le mur de Palestine est-il un moyen de lutte contre le terrorisme ou un barrage contre la paix ? »

43 Par ailleurs, le jury du Prix Palestine-Mahmoud Hamchari a attribué à l’unanimité un prix spécial à l’ouvrage de l’ancien Président des Etats-Unis, Jimmy Carter : Palestine : la paix, pas l’apartheid[2] [2] Editions de l’Archipel, 2007, traduction en français...
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44 Auteur, lui aussi, de bon nombre d’ouvrages – et, parmi les plus récents, de Parlons de paix (Michel Lafon) et de Le Guêpier (Ada), l’ancien président des Etats-Unis (1977-1980) et Prix Nobel de la Paix (2002) Jimmy Carter ne craint pas, dans Palestine : la paix, pas l’apartheid, de faire référence à la politique de ségrégation raciale pratiquée en République d’Afrique du Sud à partir de 1948, pour dénoncer les pratiques abusivement répressives du gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens. Des pratiques illustrées notamment « par les barrières grillagées, les détecteurs électriques, les blocs de béton installés le long de la frontière avec la Cisjordanie, privant les populations de leurs droits fondamentaux ».

45 Au-delà de l’expression véhémente de cette dénonciation, c’est l’oeuvre de médiation constante dans les conflits internationaux entreprise par l’ancien président américain (il fut notamment en 2005 et 2006 un observateur vigilant lors des élections en Palestine) que le jury a tenu à récompenser.

46 Comme les années précédentes, le jury a été confronté à un choix difficile : le troisième tome (un quatrième est attendu en 2008) de La Question palestinienne d’Henry Laurens : L’Accomplissement des prophéties (Fayard, mai 2007) qui évoque « avec un éclairage toujours aussi exceptionnel » la période cruciale de 1947 à 1967 étant salué par tous comme « une oeuvre majeure ».

47 Dans un genre différent, le récit attachant du jeune auteur palestinien Mahmoud Abou Hashhash qui dirige le programme Culture et arts à la Fondation Qattan à Ramallah : Ramallah, mon amour témoigne de l’essor prometteur de la jeune littérature palestinienne. Deux voix se sont portées sur cet ouvrage dont la traduction de l’arabe en français (Emma Aubin-Boltanski et Leïla Tahir) a été unanimement appréciée par le jury.

48 Déjà lauréat du Prix Palestine-Hamchari pour l’ensemble de son oeuvre (1994) le poète Mahmoud Darwish qui vient de publier un nouveau recueil de poèmes : Comme des fleurs d’amandier ou Plus loin (Actes Sud, septembre 2007) n’attend plus une consécration qui lui est depuis longtemps acquise.

49 Le jury a enfin souligné le mérite du roman d’Elias Khoury, écrivain et journaliste libanais lui aussi largement reconnu : Comme si elle dormait (Actes Sud, septembre 2007). Un ouvrage « qui frappe par ses références constantes à la poésie arabe classique et à la légende dorée des saints de l’Église d’Orient ».

Le Prix Palestine-Mahmoud Hamchari

50 Du nom du premier représentant de l’Organisation de libération de la Palestine en France, assassiné à Paris en 1972 par le Mossad, ce prix a été créé en 1973 à l’initiative de l’Association de solidarité franco-arabe et de la revue France Pays Arabes. Il est constitué de onze membres : Marie-Claude Vignaud Al Hamchari, Kenizé Mourad, Huguette Pérol, Paul Balta, Jean- Paul Chagnollaud, Alain Gresh, Henri Loucel, Jean Rabinovici, Philippe de Saint Robert, Robert Vial et Dominique Vidal. Le jury du Prix 2008 – qui devrait élargir son choix à des fictions ou documentaires cinématographiques – sera présidé par Kenizé Mourad, écrivain.

 

Notes

[ 1] Notamment Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie, La Découverte, Paris, 2001, réédit. 2004.Retour

[ 1] Éditions Fayard, juillet 2007.Retour

[ 2] Editions de l’Archipel, 2007, traduction en français de Jean-Paul Mourlon.Retour

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