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S'inscrire Alertes e-mail - Confluences Méditerranée Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezChangement de pouvoir à Athènes
AuteurChristohpe Chiclet du même auteur
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2 En Grèce, la politique est une affaire de famille. Depuis les années 50, les Karamanlis et les Papandréou s’affrontent. Georges Papandréou, dit Le vieux, fut Premier ministre centriste du gouvernement en exil du printemps 1944 à janvier 1945 et en 1964-65. Kostas Karamanlis, l’oncle (1907-1998), fut Premier ministre lui aussi de 1955 à 1963, puis restaura la démocratie en Grèce fin juillet 1974 après la chute des colonels, demeurant Premier ministre jusqu’en 1981. C’est au cours de cette année qu’Andréas Papandréou (1919-1996), fils du vieux Georges et père du jeune Giorgaki, prit le pouvoir en 1981 pour le garder jusqu’en 1989, puis de 1993 à 1996.
3 Le perdant, « Karamanlis II », est né en 1956 à Athènes et a fait des études de droit en Grèce et aux Etats-Unis. Soutenu par son oncle, il entre dans les jeunesses de la Nouvelle Démocratie (ONNED) dès 1974 et y gravit rapidement les échelons. En 1989, il est élu député à Salonique et quatre ans plus tard entre à la direction du parti en proie à des luttes de chefs. En 1997, il prend la direction de la Nouvelle Démocratie qu’il conduit au pouvoir lors des législatives de 2004 après une vingtaine d’années de régime socialiste du PASOK (Mouvement socialiste panhellénique). Premier ministre, il réussit le doublé en remportant les législatives anticipées de 2007.
4 Le gagnant, « Papandréou III » est né aux Etats-Unis, à Saint Paul (Minnesota) en 1952 et dispose donc de la double nationalité. Il commence son lycée à Athènes, mais, après le coup d’Etat des colonels le 21 avril 1967, il suit sa famille à Toronto. Il fait des études de sociologie aux Etats-Unis et en Suède, puis des études d’économie à Londres. De 1970 à 1974, il est membre du PAK, mouvement de résistance à la junte fondé par son père et ancêtre du PASOK. Depuis 1981, il a été député de son parti sans interruption. Dès 1984, il entre à la direction du PASOK. En 1987, il est secrétaire d’Etat à la jeunesse, puis ministre de l’Education un an plus tard. Ministre adjoint aux Affaires étrangères en 1996, il devient chef de la diplomatie grecque de 1999 à 2004. Contrairement à son père et à la vieille garde du PASOK, Giorgaki n’est ni populiste, ni nationaliste de gauche. Il fait parti de l’aile sociale-démocrate de son parti, a rapproché la Grèce de l’Union européenne, des Etats-Unis et de la Turquie. Il était jusqu’à sa victoire le président de l’Internationale socialiste.
Le dilemme de Karamanlis
5 La crise financière, la corruption généralisée et la révolte de la jeunesse à Noël dernier avaient rendu le gouvernement conservateur de plus en plus impopulaire, d’autant plus qu’avec l’adhésion des pays de l’Europe de l’Est à l’Union européenne, la manne financière de Bruxelles s’amenuisait. Par ailleurs, cet été, le PASOK a déclaré qu’il ne voterait pas pour le candidat du gouvernement aux élections présidentielles de mars 2010, même si ce candidat est issu de la gauche, comme l’actuel président de la République Karolos Papoulias. Or le président doit être élu par les deux tiers de l’Assemblée nationale, ce qui était numériquement impossible. Dans ce cas, la constitution prévoit la dissolution de la Vouli et l’organisation de législatives anticipées. Enfin, aux élections de l’automne 2007, la Nouvelle Démocratie n’avait obtenu que 152 sièges sur 300 et en cour de mandature un député avait fait défection. Sachant que les députés grecs sont très volatiles, le départ de deux nouveaux parlementaires aurait mis le gouvernement en minorité à l’Assemblée.
6 Cruel dilemme pour Kostas Karamanlis. Attendre les présidentielles de mars 2010 aurait été suicidaire et aurait conduit à une véritable Bérézina. En avançant le calendrier d’un an et demi, le Premier ministre pensait limiter la casse, quitte à faire une cure de jouvence dans l’opposition pour mieux rebondir dans quatre ans. Il tablait sur un différentiel de cinq points en sa défaveur, mais avec une montée des petits partis, ce qui n’aurait pas donné la majorité au PASOK.
7 Il s’est trompé sur toute la ligne. Avec une forte abstention pour ce pays, 30 %, le vote utile a pleinement joué à gauche, mais pas à droite. La ND a fait le plus mauvais score de son histoire avec une différence de dix points avec le PASOK. Ce dernier a obtenu 43,94 % des suffrages, passant de 102 à 160 députés contre 33,48 % à la ND qui passe de 151 à 91 sièges. Le Parti communiste de Grèce (KKE) avec 7,54 % des voix a perdu un siège, passant de 22 à 21.
8 En revanche les déçus de droite se sont reportés sur le Rassemblement populaire orthodoxe (LAOS) qui avec 5,63 % a gagné cinq parlementaires, passant de 10 à 15.
9 Ce parti nationaliste religieux et raciste a été fondé en 2000 par Giorgos Karatzaféris, exclu de la ND ; un ancien disk-jockey, ex-garde du corps, devenu homme d’affaires et député européen.
10 La Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) n’a obtenu que 4,59 % passant de 14 députés à 13. Quant aux Verts qui pensaient franchir la barre des 3 % et ainsi entrer au Parlement, ils n’ont obtenu que 2,53 % et donc aucun député. Bref, la gauche grecque communiste, communisante et écologiste a préféré le vote utile et donné une large majorité au PASOK.
11 Face à un tel échec, Karamanlis a démissionné le lendemain de l’élection de la présidence de son parti et sa carrière politique semble être derrière lui, d’autant plus qu’il avait beaucoup d’ennemis dans la ND, en particulier la brillante ministre des affaires étrangères, Dora Mitsotakis-Bakogianni qui brigue le poste.
12 Le 5 octobre, Giorgaki Papandréou a pris ses fonctions de Premier ministre ainsi que le poste de ministre des Affaires étrangères. Deux jours plus tard, il formait son gouvernement. La vieille garde de son père a complètement disparu. Les jeunes cadres et les femmes font une entrée massive dans son cabinet. Ces dernières sont neuf, ministres et secrétaires d’Etat : Intérieur, Economie, Environnement, Education, Santé, Agriculture et Culture. Il s’est entouré de deux poids lourds du PASOK dont il a toujours été proche. Théodore Pangalos a été nommé vice-Premier ministre chargé de la coordination des organes gouvernementaux. Né en 1938, ce vieux lutteur est connu pour son franc-parler. Il a lutté contre le régime royaliste dès 1958 puis contre les colonels dès 1967. Ces derniers l’ont déchu de sa nationalité en 1968, tout comme Mélina Mercouri. Il a été étudiant et assistant d’université à Paris de 1965 à 1978. Député du PASOK dès 1981, il fut ministre des affaires européennes, des Transports et des Affaires étrangères de 1984 à 1999. L’autre poids lourd est Evanguelos Vénizélos, ministre de la Défense. Ce juriste natif de Salonique a été ministre de l’Information, de la Justice et de la Culture entre 1993 et 1999. Lui aussi est connu pour son franc-parler.
13 Quoi qu’il en soit, cela ne sera pas une partie de plaisir pour le nouveau gouvernement. Il faut sortir de la crise sociale, économique et financière, lutter contre la corruption et réformer totalement le système éducatif, sans oublier de finir de rembourser la dette due aux Jeux olympiques de 2004. Vaste programme ! ■
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Christohpe Chiclet « Changement de pouvoir à Athènes », Confluences Méditerranée 4/2009 (N°71), p. 197-200.
URL : www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2009-4-page-197.htm.
DOI : 10.3917/come.071.0197.




