Connexions
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I.S.B.N.2-8658-6887-7
216 pages

p. 69 à 83
doi: en cours

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no75 2001/1

2001 Connexions

Soizic : une « adolescence professionnelle » interminable ?  [1]

Louis-Marie Bossard lycée Einstein, BP 128,91706 Sainte-Geneviève-des-Bois.
Dans le cadre de la « Recherche sur la formation des enseignants par le biais de suivi de cohortes », menée depuis 1996, nous cherchons à appréhender comment évolue le rapport des enseignants à leur formation initiale. Cet article présente une des manières dont ce rapport peut évoluer au cours des trois années suivant la réussite au concours du CAPES. Il s’appuie sur un corpus d’entretiens réalisés avec la même enseignante. Après l’étude des thèmes communs aux entretiens et l’analyse de l’évolution du discours, quelques hypothèses interprétatives sont avancées dans le cadre d’une approche clinique d’inspiration psychanalytique. Il semblerait que lors du passage de la position d’étudiant à celle d’enseignant, les enseignants débutants soient amenés à vivre une sorte de « crise d’adolescence professionnelle » qui dépasse la période de la prise de fonction et dont on ne peut prévoir la durée. Within the framework of the « Research into teacher training based on troop follow-up », launched in 1996, we aim at apprehending the evolution of the teachers’relations to their initial training. This article develops one of the ways their relations can evolve during the three years following their successes in passing the CAPES competitive examination. It uses a corpus of interviews realised with the same teacher. After having studied the common themes of the interviews and having analysed the evolution of the speech, a few interpretative hypothesis are made in the framework of a clinical and psychoanalytical approach. It seems that during their changes from the student to the teacher state, the novice teachers are lead to undergo a kind of « professional adolescence crisis », which is longer than the period of taking up office and which length is difficult to determine.
Dans cet article, je souhaite mettre en évidence une des modalités du rapport des enseignants à leur formation initiale, lors de leurs débuts professionnels. Ce travail s’appuie sur un matériel issu d’une recherche animée par Claudine Blanchard-Laville et Suzanne Nadot, intitulée Recherche sur la formation des enseignants par le biais de suivi de cohortes [2]. Menée depuis 1996, cette recherche s’intéresse à des enseignants dont l’expérience d’enseignement est, pour la plupart, la première expérience professionnelle. Jusqu’à ce jour, les différents chercheurs de l’équipe se sont attachés à comprendre la dynamique de la construction identitaire des enseignants en formation [3]. Nous avons formulé l’hypothèse selon laquelle il convenait de considérer les discours recueillis auprès des étudiants et des stagiaires interrogés en fonction du « temps d’entre-deux » qu’ils sont amenés à vivre en formation. Les contributions au livre Malaise dans la formation des enseignants ( 2000), que l’équipe vient d’achever, apportent plusieurs éclairages pour donner du sens à la plainte générale présente dans tous les entretiens menés avec les enseignants en formation rencontrés au cours de cette recherche. Nous pensons que cette plainte n’est pas à entendre comme l’expression d’une stricte évaluation de la formation reçue mais qu’elle est davantage à considérer comme symptomatique de ce moment particulier d’une histoire de vie professionnelle très fortement marqué par la situation de crise que les enseignants interrogés traversent.
Ont été étudiés jusqu’ici les entretiens effectués avant leur sortie de l’IUFM auprès d’enseignants en cours de formation. La question qui vient naturellement se poser maintenant concerne le devenir de ces enseignants lors de leurs débuts professionnels. Que disent-ils de leur formation après avoir quitté l’IUFM ? Comment leur perception de leur formation se modifie-t-elle au fur et à mesure de son éloignement dans le temps et de l’acquisition d’une expérience professionnelle ? Quel sens donner à cette évolution ?
 
Repères
 
 
Dans le chapitre « Introduction à l’analyse transitionnelle » du livre Crise, rupture et dépassement, René Kaës analyse, entre autres, les processus à l’œuvre dans la formation. Il indique qu’on « se forme en se déformant », ce qui implique que « tout formé est amené à vivre un certain nombre de changements » (Kaës, 1979). La conséquence en est que tout sujet entreprenant une formation traverse plusieurs types de crise. René Kaës en distingue plus particulièrement deux : une crise intrapsychique induite par un changement de la perception de soi et une crise d’ordre socioculturel correspondant à un changement dans les relations entretenues par tout sujet avec son environnement.
Faisant référence aux travaux de René Kaës, Nicole Mosconi ( 1990) considère, à son tour, la prise de fonction des enseignants comme « un moment de rupture et de changement qui suppose un temps d’entre-deux et de transition qui est conflictuel ». Pour ma part, en analysant plus particulièrement les entretiens effectués avec des étudiants préparant le concours du CAPES [4], j’ai pu établir (Bossard, 1998) qu’un processus de changement est initié dès la première année de fréquentation de l’IUFM, alors même que ces étudiants ne savent pas s’ils deviendront effectivement enseignants l’année suivante, cela dépendant de leur réussite au concours. Il semble ainsi que le fait d’être en formation dans l’espoir de devenir enseignant initie un remaniement identitaire qui précède le passage effectif de la situation d’étudiant à celle d’enseignant.
Jean-Pierre Boutinet, dans un chapitre du Traité des sciences et des techniques de la formation, considère la problématique de « la vie adulte » (Boutinet, 1999). Cette question, qu’il fait remonter aux années soixante-dix tout en notant que « l’intérêt porté aux questions adultes demeure encore fort discret dans les années 1995-2000 », lui apparaît nettement liée à l’apparition puis au développement de la formation permanente. L’étude de Jean-Pierre Boutinet nous intéresse dans la mesure où son approche du lien entre « adulte » et « formation » dans la formation permanente concerne aussi la problématique de la formation des enseignants. En effet, bien qu’en formation initiale, les enseignants en formation sont de jeunes adultes.
Si l’on suit l’auteur, la situation de l’adulte aujourd’hui présente de nombreuses caractéristiques d’une situation de crise. La phase adulte est une « tranche d’existence aux délimitations mal définies ». Cette imprécision est la conséquence d’une mutation sociale et culturelle du statut de l’adulte, mutation correspondant à l’évolution de la notion même d’adulte. Celle-ci « évoquait spontanément la maturité, la norme, la référence, le modèle » il y a moins d’un demi-siècle ; puis est apparue « la fin des évidences et la montée des interrogations » dans une société qui découvre ses « premiers signes de dérégulation » ; enfin, la société actuelle tend à « engendrer une incertitude radicale chez l’adulte sur son devenir, un brouillage dans ses repères identitaires ». Dans ce contexte d’évolution et de « crise larvée caractéristique de notre postmodernité », vont être progressivement laminés « statuts, repères, rôles, pratiques d’initiation ». D’après Jean-Pierre Boutinet, l’adulte doit affronter aujourd’hui l’irrégularité de cycles de vie devenus imprévisibles et sa vie s’organise « autour de phases d’ajustement, d’expansion, de remise en question, de repli, de nouveau redéploiement ». Tout ceci se traduit alors par « des moments de structuration de l’expérience, des moments de déstabilisation, des moments de rupture et de crise ». L’incertitude existentielle résultant du passage entre ces différents stades impose chaque fois le franchissement d’un « nouveau seuil existentiel », étape impliquant « un détachement, une déprise, en un mot un deuil à vivre ». C’est alors que « se donner de nouveaux repères » permet de « trouver une issue à la crise ». Pour ce qui concerne la construction de l’identité, l’auteur évoque cet adulte qui « pérégrine en emportant avec lui tout au long de son itinéraire un certain sentiment de ce qu’il est, de la façon par laquelle il se perçoit, s’estime, se déteste, se reconnaît, se fuit… », sa perception de lui-même s’appuyant à la fois sur « les structures de la vie quotidienne qui fournissent les repères » et sur « des éléments internes à l’adulte lui-même ».
Quand Jean-Pierre Boutinet considère le jeune adulte, il ne parle pas explicitement de crise. Il indique cependant qu’au sortir de la formation initiale, il y a souvent une « période de sas » durant laquelle le statut d’adulte va progressivement émerger dans un « processus de maturation ». Or ce processus sera facilité, écrit-il, « s’il y a résolution de l’indécision, adaptation à de nouveaux rôles, acquisition de nouvelles compétences, acceptation positive de l’incertitude ». Nous sommes là, me semble-t-il, exactement dans la description d’une phase semblable à celle d’une sortie de crise. En fait, il me semble que la résolution de la crise dépend de la manière dont le processus de maturation évoqué va opérer. Trois trajectoires principales sont alors possibles (avec une infinité de développements intermédiaires) : effectuer un passage vers un autre état, laisser perdurer l’état initial, trouver une solution (fuite, négation… ) pour éviter de faire face.
 
Soizic, enseignante débutante
 
 
Comme tout novice, l’enseignant débutant entame un processus le conduisant à entrer dans une institution dont il ne possède pas encore les codes. Il est donc amené à vivre des situations nouvelles et inconnues avec des points de repère issus de son expérience étudiante se révélant inadaptés à sa vie professionnelle naissante. Provoquée, entre autres, par l’inadéquation de ces points de repère, la crise qu’il traverse alors va lui permettre d’élaborer – et l’obliger à concevoir – le système de référence pouvant lui servir de cadre afin de prendre en compte et d’analyser sa nouvelle situation.
Pour tenter de comprendre comment évoluent les enseignants débutants, j’ai étudié plusieurs séries d’entretiens réalisés avec le/la même enseignant/e. J’ai analysé, pour chaque série, le discours que celui-ci/celle-ci tient sur sa formation à partir de l’année suivant sa réussite au CAPES, alors qu’il/elle commence à exercer l’activité professionnelle à laquelle sa formation l’a préparé/e.
Pour cet article, parmi les batteries d’entretiens réalisées dans le cadre de la recherche, j’en ai retenu une : j’ai choisi d’analyser ici les trois entretiens effectués avec Soizic, considérant que l’évolution la concernant est tout à fait caractéristique d’une des trajectoires possibles. Cette jeune femme de vingt-cinq ans a d’abord été rencontrée sur son lieu de formation, alors qu’elle terminait son année de stage à l’IUFM. Elle n’avait jamais enseigné avant de passer son CAPES. Depuis lors, elle enseigne les mathématiques dans différents établissements sans être affectée à un poste fixe. Elle a été interviewée une deuxième fois à la fin de sa première année de titulaire, puis une troisième fois à la fin de l’année suivante.
À la lecture de la retranscription des trois interviews effectuées à un an d’intervalle, le constat s’impose que nous avons recueilli, comme pour les étudiants préparant le CAPES, un discours très fortement marqué par l’expression de la plainte. Au-delà de cette première évidence, l’impression dominante est celle d’un ensemble discursif évoluant peu et restant marqué par la répétition. Cette impression est tellement prégnante que l’on a rapidement du mal à différencier les trois entretiens. Très vite, en effet, un sentiment de déjà entendu s’installe. Soizic semblant redire des choses précédemment énoncées, cela gomme tout repère chronologique que le lecteur pourrait s’approprier.
La force et la prégnance de cette impression première m’a un peu surpris. Vraisemblablement, en effet, je m’attendais à rencontrer un discours relativisant de plus en plus, au fur et à mesure de son évolution, les sentiments éprouvés lors de la formation. D’autant qu’au cours de ces années, la situation de Soizic s’est considérablement modifiée puisqu’elle est passée du statut de stagiaire IUFM – au cours de la première interview – à celui d’enseignant à part entière, exerçant ce métier à plein temps depuis deux ans au moment du troisième entretien. Le fait de ne trouver aucune traduction de cette modification de sa situation dans l’évolution de son discours m’a donc interrogé. Afin, d’une part, de vérifier la pertinence de mes impressions et, d’autre part, de comprendre ce qui peut les justifier, j’ai établi l’ensemble des thèmes communs abordés au cours des trois entretiens puis j’ai analysé plus finement l’évolution du discours tenu par Soizic. J’ai ensuite avancé quelques hypothèses interprétatives en me replaçant dans le cadre d’une approche clinique d’inspiration psychanalytique afin de privilégier la compréhension en profondeur du matériel recueilli.
 
Des thèmes communs
 
 
De l’étude des thèmes abordés spontanément par Soizic [5], il ressort que la plus grande partie de ses propos s’organise autour d’une idée qui donne la tonalité générale des trois entretiens et que l’on pourrait résumer ainsi : « La formation, ça ne va pas du tout. » Nous sommes, en effet, en présence d’un discours faisant massivement état de sentiments négatifs pour qualifier la formation reçue, tout en laissant place cependant à quelques passages tout à fait positifs. Plusieurs grands thèmes sont développés et repris à chaque fois. On en retiendra plus particulièrement six :
  • la formation « à l’IUFM ». Ce thème est abordé de manière très négative. Quand Soizic parle de la formation en général, ce qu’elle fait plusieurs fois dans chaque entretien et en particulier au début de chacun d’eux, en réponse à la question de l’interviewer, elle utilise toujours des termes qualifiant négativement la formation reçue. Cela concerne ce qu’elle appelle « la formation à l’IUFM », c’est-à-dire les enseignements dispensés à l’IUFM même, à l’exclusion des autres aspects de la formation. Ce qui ne l’empêche pas d’indiquer qu’il y a aussi une foule de choses « qui ne vont pas » dans l’ensemble de la formation ;
  • les autres facettes de la formation. Ces propos sont très souvent accompagnés de jugements positifs. Ce qui est positif dans la formation n’apparaît pas de manière évidente à la première lecture. Masqué par l’importance de ce qui ne va pas, le positif est bien présent cependant, Soizic utilisant assez fréquemment les expressions « c’est bien » et
  • c’est intéressant ». C’est ainsi que sont qualifiés – éventuellement avec des termes positifs supplémentaires – plusieurs sujets présents dans l’ensemble des trois entretiens : un certain nombre d’éléments ponctuels rencontrés dans la formation, une grande partie de ce qui concerne le stage en établissement, l’apport du conseiller pédagogique, l’intervention de personnes extérieures et, d’une manière plus large, tout ce qui est plutôt en lien avec la pratique et le terrain ;
  • la gestion du temps. Les nombreux problèmes liés à la gestion du temps font partie des reproches majeurs adressés à la formation et ils sont massivement présents dans chaque interview. Son sentiment d’une mauvaise gestion du temps par l’institution est décliné de différentes façons : il y a eu trop de temps utilisé pour accomplir une action, ou au contraire il a manqué, ou encore il a été perdu. Ce sentiment d’une mauvaise utilisation du temps est renforcé par l’idée que, pour elle, le temps ne manque pas. De manière tout aussi présente, on rencontre dans les trois entretiens une critique des moments où les événements surviennent. En effet, ce qui arrive dans la formation est bien souvent mal placé : soit c’est trop tôt, soit, le plus souvent, c’est trop tard. De toute façon, ce qui se passe dans la formation n’arrive jamais au bon moment ;
  • les échanges verbaux. Il semble impossible pour Soizic de parler de ce qui aurait été intéressant. Et cette impossibilité concerne aussi bien les stagiaires que les formateurs. D’une part, les stagiaires ne parlent pas, dans le cadre de l’IUFM et avec les formateurs, de leur expérience d’enseignement et des problèmes rencontrés à cette occasion. Pourtant, ils en ont énormément envie puisque les échanges entre eux sur cette question sont nombreux. La mention des conversations entre stagiaires vient d’ailleurs, à chaque fois, en contrepoint de l’affirmation de l’impossibilité de parler dans la formation. D’autre part, Soizic recense un certain nombre de questions qui, d’après elle, n’ont pas été abordées dans la formation comme, par exemple, le lien avec les autres enseignants, le rapport professeur-élèves, le comportement des élèves, les conditions d’enseignement ;
  • les formateurs. Si les formateurs sont très présents dans les trois entretiens, on ne sait pas toujours précisément de qui Soizic parle : il peut s’agir de spécialistes, de « permanents », d’enseignants ou encore de personnes dont le contexte ne permet pas de savoir qui ils sont. Bien qu’elle ne remette pas en cause leur compétence, tout ce qu’elle dit à leur sujet est négatif. Les reproches les concernant sont principalement de deux ordres : ils n’ont pas dit ou pas fait ce que les stagiaires attendaient et ils n’ont pas conscience de ce qui attend ces derniers à la sortie de l’IUFM. Pour elle, les formateurs ne sont pas au fait des réalités, ils ne connaissent que des établissements favorisés et ils exercent ce métier de formateur depuis trop longtemps. Elle considère donc qu’ils sont
  • dépassés » par les situations que les stagiaires sont amenés à vivre et qu’ils sont incapables de répondre aux attentes de ceux-ci ;
  • le cadre disciplinaire. Pour la formation dans sa discipline, les mathématiques, Soizic n’est pas plus indulgente. Elle pense qu’elle « aurait pu trouver dans un bouquin » tout ce qu’on lui a proposé. Elle n’a pas apprécié les exercices à faire, essentiellement parce qu’elle pense que les résoudre dans le cadre de la formation était inutile. Elle dénonce cette inutilité en précisant qu’elle était parfaitement capable d’effectuer ces exercices toute seule et qu’elle n’avait pas besoin des formateurs pour cela. Elle ne comprend pas l’importance trop grande donnée à l’étude des programmes et elle s’insurge contre l’absence de prise en compte des problèmes des élèves.
 
Un discours répétitif
 
 
Ces thèmes, communs aux trois entretiens, occupent une place importante dans le discours, et la manière dont ils sont présentés contribue à donner la tonalité générale de l’ensemble. Leur récurrence, d’un entretien à l’autre, contribue donc, à elle seule, à donner une impression de répétition. On peut cependant justifier encore davantage cette impression car Soizic dit elle-même qu’elle se répète. De fait, en dehors des grands thèmes mentionnés plus haut et auxquels elle pense vraisemblablement en disant cela, la répétition concerne aussi des aspects plus anecdotiques du discours. C’est ainsi le cas, par exemple, lorsqu’elle évoque la venue d’un intervenant en communication ou quand elle rend compte de l’utilisation du rétroprojecteur dans les travaux de groupe entre stagiaires, deux événements semblant l’avoir marquée. Le renouvellement à chaque entretien de la relation de problèmes précis comme ceux-ci renforce l’aspect répétitif de l’ensemble. Cet aspect est encore amplifié du fait de l’utilisation de termes voisins, voire identiques, pour parler de ces mêmes choses. On peut aussi remarquer qu’un de ces événements est relaté pratiquement au même moment dans chaque entretien, vers la fin du premier quart d’heure.
Si nous pouvons constater qu’à plusieurs niveaux, la répétition est bien présente dans le contenu des discours que nous étudions, un autre élément est également à souligner : la forme même de ces discours. Plus précisément, il s’agit de la répétition de la structure d’une partie du discours tenu par Soizic. La forme des débuts des interviews est identique : après une très brève évocation négative, apparaît une sorte de censure immédiate qui empêche le discours de se poursuivre sur ce registre, Soizic se ravisant pour donner un élément positif ; puis, comme si la mention d’un élément positif avait été nécessaire pour continuer, on assiste à chaque fois à une longue tirade de plusieurs minutes entièrement consacrée à des éléments à dominante négative marquée. Cette structure identique pour chaque début d’entretien introduit tout de suite le sentiment de répétition. Celui-ci est ensuite largement entretenu par la manière dont s’effectue l’alternance entre les pôles positif et négatif. Très souvent, en effet, l’on retrouve un long développement de « ce qui ne va pas » faisant suite à quelques éléments « positifs » par l’intermédiaire de « mais… » ou de « dommage… ». Tout cela contribue à donner très vite le sentiment d’entendre régulièrement quelque chose comme : « C’est bien, mais… » où le « bien » est assez réduit tandis que ce qui suit le « mais… » est très largement développé.
On peut donc établir que le discours de Soizic est répétitif, aussi bien dans les thèmes abordés que dans la mention de faits précis ou dans la structure même de la production de parole. Il me paraît cependant intéressant d’essayer de chercher si, malgré cet aspect massif de répétition, le discours évolue quelque peu.
 
L’évolution du discours
 
 
Revenons à la tonalité générale du discours qui exprime la déception, plus particulièrement à propos de la formation reçue « à l’IUFM ». En fait, lorsque l’on pointe les termes employés, on constate que cette déception est plus explicitement exprimée dans le premier entretien alors qu’elle est très présente dans les suivants par le biais des reproches exprimés. On peut donc repérer une pluralité de présentations de « ce qui ne va pas ». Le début des entretiens est à lui seul exemplaire : dans le premier, la déception est annoncée d’emblée, le deuxième débute par une allusion à des reproches exprimés précédemment et le troisième commence immédiatement par l’expression de qualificatifs négatifs. Si l’on considère l’ensemble de la production de parole, on constate que cette évolution se retrouve aussi dans la suite des entretiens. Ainsi, dans le premier, Soizic exprime des regrets, dans le deuxième, elle durcit le ton puisqu’il ne s’agit plus de regrets mais de reproches, et dans le dernier, on ne trouve même plus de phrase d’introduction mais uniquement une suite d’affirmations qui forment une sorte d’avalanche de constatations négatives. L’observation de ce glissement donne donc le sentiment d’un discours qui se radicalise, puisque l’on passe d’une modalité « déception et regrets » à une modalité « reproches » pour terminer par une absence de modalisation qui donne un aspect encore plus brutal et plus fort aux considérations énoncées.
Si l’on considère maintenant les « aspects positifs » du discours, leur expression va déclinant. Ce déclin du positif s’effectue de deux manières : soit un certain nombre de thèmes faisant partie des éléments positifs du discours ne sont pas repris, soit des restrictions apparaissent à leur évocation. C’est le cas, par exemple, de ce que dit Soizic à propos des tuteurs alors qu’ils sont pourtant, initialement, en bonne place dans les éléments positifs mentionnés. Aucun des thèmes présentés comme « quelque chose de bien » ne ressort indemne de l’évolution du discours.
Ces premiers éléments, portant la trace d’une évolution du discours, laissent donc penser que l’on serait en présence d’une production de parole dont la teneur deviendrait de plus en plus négative. Pour confirmer – ou infirmer – cette impression, il y a lieu de s’intéresser au vocabulaire donnant au discours sa coloration positive ou négative. J’ai ainsi dressé la liste de toutes les formes rencontrées dans l’ensemble du discours [6], puis j’ai relevé les termes représentatifs de ces deux tendances [7].
Lorsque l’on considère le nombre de formes utilisées, on constate immédiatement que la variété lexicale est beaucoup plus importante pour les termes donnant une coloration négative. J’en ai relevé 76 contre seulement 43 pour les termes donnant une coloration positive. Cela est dû en grande partie au fait que le discours comporte beaucoup plus de négations de forme positive ( 33) que de négations de forme négative( 4). Pour l’évolution du discours, la proportion du nombre de formes retenues dans le registre positif est successivement de 41 % dans le premier entretien, de 33% dans le deuxième et de 38% dans le troisième, la proportion du nombre de formes retenues dans le registre négatif s’établissant respectivement à 59%, puis 66% et 61%. Si l’on totalise le nombre d’emplois de ces formes, la tendance vers le négatif est aussi assez nette : 158 occurrences négatives pour 111 occurrences positives.
Ces indications permettent de confirmer ce qui était avancé : d’une part, l’impression d’un discours largement marqué par les aspects négatifs de son contenu est tout à fait justifiée ; d’autre part, la teneur négative des entretiens va bien en augmentant. On constate en même temps que le vocabulaire employé pour exprimer les aspects positifs est assez pauvre (le terme « bien » fournit par exemple, à lui seul, près de la moitié des occurrences) tandis qu’il est plus varié pour exprimer le négatif, même s’il s’appuie alors sur bon nombre de négations de forme positive. Il faudrait également ajouter que l’emploi du conditionnel vient affaiblir un peu plus encore les évocations positives.
 
Hypothèses interprétatives
 
 
La répétition, signe d’un vécu de crise
À ce stade de l’analyse, un certain nombre de constats sont maintenant établis. Tentons de proposer des hypothèses interprétatives.
Peut-être convient-il, avant tout, d’interroger le dispositif mis en place pour recueillir le discours. On constate, en effet, que les situations d’entretien proposées par les interviewers présentent peu de surprises dès la deuxième rencontre : les consignes introduisant les entretiens sont très voisines ou identiques, la manière de conduire les entretiens est la même et les conditions matérielles des interviews sont assez proches. On peut donc penser que les conditions mêmes de la production de parole ne sont pas étrangères à ce phénomène de répétition. S’il ne faut pas nier totalement le fait que quelque chose de cet ordre ait pu jouer, on ne saurait cependant se borner à cette explication, d’autres séries d’entretiens ne présentant aucunement ce caractère répétitif intense. C’est pourquoi j’avancerai l’hypothèse selon laquelle ce phénomène si marqué de répétition correspond, pour Soizic, à une nécessité pouvant être interprétée comme révélatrice de la crise qu’elle traverse.
Soizic indique elle-même qu’elle se répète, ce qui signifie qu’elle a conscience de la nécessité de garder une cohérence dans ses propos. C’est aussi une façon de dire qu’elle ne note pas – ou ne veut pas noter – de changement dans sa propre réflexion. On peut penser que le sujet ne se voyant pas changer ou ne pouvant imaginer les changements qui s’opèrent en lui affirme naturellement cela. Mais le fait même d’avoir besoin de trouver une continuité peut être interprété comme le signe d’une continuité fragile ou risquant d’être imparfaite, et c’est bien le cas lors d’un changement ou d’une évolution. C’est pourquoi on peut comprendre cette nécessité de se répéter comme le signe d’un vécu de crise. En effet, dire que l’on se répète est aussi une manière de dire que l’on ne veut – ou ne peut – pas dire autre chose, le fait d’insister (répéter que l’on se répète) étant encore plus significatif. Soizic se trouve dans l’impossibilité de dire autre chose que ce qu’elle a déjà dit parce que c’est seulement après la résolution de la crise liée au changement que l’on peut parler du changement intervenu. Ce changement ne peut en effet se penser que dans l’après-coup, au cours de la période de stabilité suivant celle de la crise. À l’inverse, durant la crise, la tendance est plutôt à refuser d’envisager le changement, le besoin étant au contraire de s’accrocher à ce qui constituait le système des repères antérieurs.
Un cap à franchir
Nous sommes ici en présence d’un discours tellement répétitif qu’il finit par prendre l’allure de quelque chose de « ressassé ». L’on assiste à l’expression d’une difficulté liée à la résolution des conséquences du changement et l’utilisation de la répétition peut être une façon pour Soizic de se convaincre que rien n’a changé. C’est sans doute aussi une manière de se réassurer et d’éviter ainsi de laisser trop de place à l’angoisse accompagnant toute incertitude. On peut en effet interpréter cette posture assez figée comme l’impossibilité d’accéder à un nouveau langage qui serait le signe même du changement. On dirait que quelque chose ne passe pas, comme si trop grande était la difficulté à dépasser le cap du changement conduisant Soizic de la place d’étudiante à celle d’enseignante. Et même si, à la fin de la série d’entretiens, elle enseigne effectivement à temps plein depuis deux ans, on peut penser que quelque chose en elle est resté à « avant », tant elle semble psychiquement arrêtée à un stade antérieur.
Il me semble que ce sont là des signes semblables à ceux d’une crise de croissance. Et cette crise n’est pas dépassée. Au contraire, l’évolution négative du discours fait plutôt penser à un raidissement, à un refus d’effectuer le passage. On pourrait dire que Soizic se trouve dans une position analogue à celle du cheval qui se cabre devant l’obstacle et refuse de sauter. La sorte de radicalisation de l’expression à laquelle elle se livre, l’espèce de cristallisation des affects concernant la formation qui en découle et le martèlement effectué par la répétition donnent le sentiment que le discours de Soizic a aussi pour but de la convaincre elle-même du bien-fondé de ce qu’elle dit. Mais ceci indique aussi qu’elle n’en est pas très sûre, ne percevant pas bien ce qu’elle ressent, comme si quelque chose en elle oscillait et qu’elle refusait cette oscillation. Tout cela fait inévitablement penser à la manière dont se comportent les adolescents à certaines phases de leur évolution. On sait, par exemple, que l’irruption de désirs sexuels qu’il n’a pas pu penser, car ils s’imposent à lui à son insu, met l’adolescent dans une difficulté radicale. Il est alors tenté de refuser de grandir dans un souhait désespéré de revenir à sa situation antérieure. On peut dire que, d’une certaine manière, Soizic présente, au plan professionnel, les mêmes signes de « refus de grandir ».
Une « crise d’adolescence »
L’analogie avec l’adolescence permet d’interpréter l’ensemble de l’aspect plaintif du discours, et plus particulièrement le domaine des reproches. La plainte s’exprimant tout au long des entretiens est l’expression d’un malaise dû à la difficulté de se percevoir soi-même, identique en cela à « l’interrogation anxieuse plus ou moins intense concernant leur personne » induite chez les adolescents par leurs difficultés de relation avec les adultes du fait de leur « besoin de rejeter brutalement les personnages et les images des parents » (Kestemberg, 1962). Dans le jeu des reproches et des oppositions mené par l’adolescent vis-à-vis de ses parents, et plus généralement du monde des adultes qu’il va devoir intégrer, le but poursuivi, sans le savoir, est de se distancier et de se différencier afin de pouvoir s’ouvrir un espace psychique permettant d’acquérir sa propre autonomie. Le fait de dire abondamment que « ça ne va pas » est peut-être pour Soizic une nécessité pour tenter d’exister autrement. Et plus elle le répète, plus je me demande si elle ne saurait pas, de manière diffuse et empirique, sans pouvoir toutefois le conscientiser, que c’est son approche, avec des éléments de compréhension inadaptés à son nouvel état, qui ne va pas. Elle ne serait ainsi pas capable de se penser enseignante, un peu comme l’adolescent qui se cogne dans les meubles ou dans les portes parce qu’il n’est pas encore capable de se percevoir avec son nouveau corps. On pourrait donc considérer que c’est pour se protéger et exister malgré tout qu’elle « regrette », « reproche », voire « accuse ».
Un changement de repères
On trouve des éléments venant à l’appui de ces hypothèses dans la façon de comprendre l’évocation, sous forme de problème, de tout ce qui concerne « le temps [8] ». En effet, tout ce qui est lié à la notion de temps constitue un repère par excellence pour se situer dans un processus évolutif tel que celui de la formation. La mention de toutes les difficultés pour se reconnaître dans le déroulement temporel de cette formation dit assez bien à quel point Soizic est troublée et combien la perception de ce repère essentiel lui échappe. On est là en présence du signe de la difficulté à changer de repères que l’on rencontre au cours de toute crise, l’obligation de ce changement pouvant d’ailleurs être une des causes de la survenue de la crise. Il ne faut pas oublier, en effet, que Soizic se trouve confrontée à une question délicate à résoudre en l’état : comment abandonner les repères anciens qui lui convenaient du temps où ils étaient liés à sa situation d’étudiante, alors qu’ils ne sont plus adaptés à sa situation d’enseignante et qu’elle n’est sans doute pas encore parvenue à se forger ceux qui lui sont nécessaires pour les remplacer ? De plus, nous pouvons observer que si la nécessité d’acquérir de nouveaux repères s’impose à la plupart des personnes démarrant une expérience professionnelle, il n’est pas certain que l’enseignant débutant s’aperçoive d’emblée de l’inadéquation de ses repères à sa nouvelle situation. En effet, sa longue fréquentation du monde de l’école lui donne l’illusion de bien connaître ce monde alors qu’il ne l’a perçu jusqu’à présent que d’une seule place, celle d’enseigné [9]. Ses repères sont donc liés à une place qui n’est plus la sienne et, n’ayant cependant pas quitté le monde de l’école, les confusions que cela risque d’entraîner sont une source supplémentaire de difficultés.
Un malaise
L’alternance de l’utilisation des registres positif et négatif montre bien, elle aussi, l’ampleur du malaise de Soizic. Au début des entretiens, la volonté de mettre en avant des éléments positifs indique qu’elle a le souci de ne pas donner une image trop négative de son ressenti. Or, si cette manière de faire lui semble nécessaire, c’est dire en même temps à quel point, à l’évocation de la formation, elle se sent envahie par des sentiments négatifs. Elle a peut-être besoin de se protéger du flot qui monte en elle et, devant le risque d’être submergée, elle s’oblige en conséquence à trouver du positif. Si l’on constate qu’elle ne peut pas tenir très longtemps sur ce registre, au moins peut-elle se donner la permission de dire tout ce qu’elle semble avoir sur le cœur à partir du moment où elle a l’assurance d’avoir donné une autre tonalité. Le fait qu’ensuite des appréciations positives viennent périodiquement ponctuer le cours du discours procède du même mouvement. Ces tentatives pour inverser la tonalité du discours ou, au moins, pour essayer de mettre un frein – momentané – à la tonalité négative dominante se dégageant de l’ensemble sont une nécessité. Elle est peut-être aussi en droit de craindre des réactions de l’interviewer. Mentionner « ce qui est bien » serait une manière de se prémunir contre cette menace, les éléments positifs venant vraisemblablement, dans l’esprit de Soizic, équilibrer les autres. Et si, dans le déroulement du discours, on rencontre des formes de réparation de l’objet attaqué, on est en présence, au début des entretiens, d’une sorte de « réparation d’avance » qui donnerait la permission d’attaquer. On aurait alors un schéma du genre : « Je dis d’abord que c’est bien pour mieux pouvoir dire ensuite que ça ne va pas. »
On peut donc penser que Soizic perçoit – d’une certaine façon – que ses sentiments négatifs sont importants, largement dominants et qu’ils peuvent totalement l’envahir. Dans le cadre de l’entretien proposé, cette perspective lui paraît devoir être maîtrisée et elle s’évertue à freiner cette tendance. Pour cela, elle pose des actes de parole destinés à contenir ses sentiments négatifs, qui, sans cela, seraient dangereux, non seulement vis-à-vis de l’interviewer dont elle peut craindre les réactions en retour, mais aussi pour elle-même qui risquerait, si elle ne retenait que cet aspect de la formation, d’être emportée dans le flot de ces sentiments.
 
Conclusion
 
 
Au terme de l’analyse de la série d’entretiens effectués avec Soizic, il est nécessaire de souligner que les enseignants rencontrés dans le cadre de la recherche ne réagissent pas tous de la même manière. Lorsqu’on les interroge à propos de leur formation, on rencontre effectivement pour chacun, comme pour Soizic, l’expression de la plainte, de reproches et de problèmes liés au temps ; mais tous ne se répètent pas comme elle le fait tout au long des trois entretiens, et la tonalité de certains discours est beaucoup moins négative que la sienne. En particulier, l’étude d’autres batteries d’entretiens montre que certains enseignants ont oublié ce qui s’est passé durant leur formation tandis que d’autres encore présentent une réelle évolution de leur ressenti à son égard. Pour autant, Soizic n’est pas la seule à s’exprimer comme nous l’avons vu, et son discours est assez caractéristique d’une des modalités du rapport à la formation des enseignants débutants. Dans son cas, typique d’une « maturation » possible, cette modalité n’a pas vraiment évolué depuis sa première année de formation et l’on ne trouve pas de signe d’une sortie de crise, ce que l’on peut considérer comme un indice du fait que son « adolescence professionnelle » n’est peut-être pas terminée. Une évolution se dessinera-t-elle plus tard, ou cette adolescence professionnelle sera-t-elle, dans certains cas, interminable ? Nous manquons, actuellement, d’éléments permettant de trancher. Cette étude montre cependant que la crise initiée par l’entrée en formation ne se résout pas nécessairement au cours de la période repérée comme effective de la prise de fonction. De là, on peut inférer que la constitution/construction de l’identité professionnelle ne se résume pas à ce qui se joue au cours de la formation ou au début de l’exercice du métier mais que, comme pour l’adolescence, elle court sur une période assez longue, période dont les contours restent encore à définir. On peut ainsi considérer que lors du passage de la position d’étudiant à celle d’enseignant, les enseignants en formation sont amenés à vivre une sorte de « crise d’adolescence professionnelle », avec tous les aspects identitaires que comporte cette crise. Et l’on ne peut prévoir ni quand ni comment elle va se résoudre. Tout au plus peut-on avancer qu’il serait sans doute nécessaire de prendre bien davantage en compte, dans la formation des enseignants, le vécu psychique des formés afin de pouvoir les accompagner dans la traversée de cette crise.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BLANCHARD-LAVILLE, C. ; BOSSARD, L.M. 2000. « Enseignants débutants : crise identitaire et rapport au temps », communication n° 51,5e Biennale de l’éducation et de la formation, Paris.
·  BLANCHARD-LAVILLE, C. ; NADOT, S. (dir. publ.) 2000. Malaise dans la formation des enseignants, Paris, L’Harmattan.
·  BLANCHARD-LAVILLE, C. ; TOUX-ALAVOINE, B. 2000. « Le temps de formation », dans Blanchard-Laville, C. ; Nadot, S. (dir. publ.), Malaise dans la formation des enseignants, Paris, L’Harmattan, p. 159-176.
·  BOSSARD, L.M. 1998. « Enseignants en formation : de la place d’étudiant à celle d’enseignant », communication n° 52,4e Biennale de l’éducation et de la formation, Paris.
·  BOSSARD, L.M. 1998. « La crise identitaire chez les PLC 1 », dans Blanchard-Laville, C.; Nadot, S. (dir. publ.), Recherche sur la formation des enseignants par le biais de suivi de cohortes, Rapport de recherche, Nanterre, p. 74-100.
·  BOUTINET, J.-P. 1999. « Vie adulte en formation permanente : de la notion au concept », dans Carré, P. ; Caspar, P. (dir. publ.), Traité des sciences et des techniques de la formation, Paris, Dunod, p. 169-188.
·  JACOBI, B. 1998. Les Mots et la plainte, Toulouse, Érès.
·  KAËS, R. 1979. « Introduction à l’analyse transitionnelle », dans Kaës, R. ; Missenard, A. ; Kaspi, R. ; Anzieu, D. ; Guillaumin, J. ; Bleger, J. (dir. publ.), Crise, rupture et dépassement, Paris, Bordas, p. 1-81.
·  KESTEMBERG, E. 1999. L’Adolescence à vif, Paris, PUF.
·  MOSCONI, N. 1990. « Les enjeux psychologiques de la prise de fonction des enseignants », dans La Prise de fonction des personnels de l’éducation, Actes du VIe Colloque de l’AIRPE, Sèvres, Centre international d’études pédagogiques, p. 41-51.
·  MULLER, P. 1989. PISTES, pour une investigation systématique des textes, Logiciel et documentation, Paris, CNDP et INRP, collection « Logitexte ».
·  RINAUDO, J.-L. 2000. « L’espace psychique de formation », dans Blanchard-Laville, C. ; Nadot, S. (dir. publ.), Malaise dans la formation des enseignants, Paris, L’Harmattan, p. 139-158.
 
NOTES
 
[1] Je remercie Claudine Blanchard-Laville, Jocelyne Chartier, Jean-Luc Rinaudo et Betty Toux-Alavoine, chercheurs de l’équipe, qui ont apporté leurs précieux conseils à la rédaction de cet article.
[2] Cette recherche a été effectuée en réponse à des appels d’offre émanant de deux institutions de formation d’enseignants, les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) de Bretagne et de Versailles, qui souhaitaient approfondir leur réflexion sur leurs dispositifs de formation.
[3] Voir en particulier les communications de Louis-Marie Bossard et de Daniel Motteau à la 4e Biennale de l’éducation et de la formation (Paris, 1998), les communications de Claudine Blanchard-Laville, de Daniel Motteau, de Suzanne Nadot et de Jean-Luc Rinaudo au 3e Congrès international d’actualité de la recherche et formation de l’AECSE (Bordeaux, 1999), les communications de Michèle Ayraud et Pascal Guibert et de Claudine Blanchard-Laville et Louis-Marie Bossard à la 5e Biennale de l’éducation et de la formation (Paris, 2000), les communications de Claudine Blanchard-Laville et de Suzanne Nadot au Congrès de l’ACFAS (Montréal, 2000).
[4] Certificat d’aptitude professionnelle à l’enseignement secondaire.
[5] L’instrument d’investigation utilisé par l’équipe de recherche est l’entretien clinique à visée de recherche, c’est-à-dire que nous avons mené les entretiens avec les personnes rencontrées de manière non directive, mettant en œuvre une écoute compréhensive, de façon à favoriser chez l’interviewé le travail d’élaboration personnelle. Ainsi, la consigne qui débute chaque entretien est le seul moment de structuration formelle qui soit induite par l’interviewer, qui n’intervient ensuite que pour accompagner et soutenir la production de parole. Pour le reste, la personne interrogée construit son discours comme elle l’entend, laissant émerger progressivement des éléments qu’elle n’avait pas nécessairement formalisés auparavant et laissant du coup affleurer dans son propos ce qu’elle ne sait pas tout à fait au niveau conscient, au moment où elle l’énonce. (Pour davantage de détails, se reporter au chapitre « Choix méthodologiques », de C. Blanchard-Laville et S. Nadot, dans le livre Malaise dans la formation des enseignants, Paris, L’Harmattan, 2000.)
[6] J’ai utilisé pour cela le logiciel de lexicométrie « Pistes », dont les références sont en fin d’article.
[7] Il est nécessaire d’effectuer plusieurs traitements avant de tirer un quelconque enseignement de l’emploi de ces formes. Il faut d’abord éliminer, grâce à l’étude de leur contexte, les occurrences qui ne répondent pas à ce que nous recherchons (par exemple, la forme « bien » donne une coloration positive au discours ; mais les occurrences rencontrées dans l’expression « ou bien » ne sont pas retenues). Il faut ensuite s’assurer du sens dans lequel la forme relevée est utilisée et repérer en particulier l’accompagnement de négations. Enfin, compte tenu des longueurs différentes des entretiens, il faut établir des fréquences relatives d’utilisation avant d’opérer toute comparaison d’emploi.
[8] Pour comprendre plus largement l’importance donnée au temps par les formés, on se reportera au chapitre « Le temps de formation », de Claudine Blanchard-Laville et Betty Toux-Ala-voine, dans le livre Malaise dans la formation des enseignants, op. cit.
[9] Jean-Luc Rinaudo développe ce point de vue dans le chapitre « L’espace psychique de formation » du livre Malaise dans la formation des enseignants, op. cit.
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