2001
Connexions
Note de lecture
Claude Tapia
À propos de…
Catherine Potel
(sous la direction de)
Psychomotricité entre théorie et
pratique
Ed. In Press, Paris, 2000
L’intérêt principal de cet ouvrage est
d’avoir été conçu et réalisé par un collectif de psychomotriciens chevronnés de
divers statuts, coordonné par C. Potel
dont la formation humaine théorique et
technique transparaît à travers ses différentes contributions. Le préfacier J.-J. Baranes, psychiatre et psychanalyste, a
eu raison de souligner l’impression de
cohérence qui se dégage à la lecture de
l’ouvrage, malgré la diversité des expériences évoquées au fil des chapitres. De
même, C. Potel n’a-t-elle pas eu tort dans
l’introduction de préparer, par de judicieuses questions et de précieux repères,
le parcours du lecteur, non sans avoir
défini les aspects principaux de l’activité
psychomotricienne et pointé les ambiguïtés liées à la polyvalence et à la volonté
de certains praticiens d’élargir inconsidérément leur territoire d’intervention. Le
psychomotricien est reconnu, dit-elle,
comme le spécialiste du corps, mais le
corps est à la fois lui-même et la passerelle qui mène à la réalité psychique, à la
fois langage en soi et pour soi et langage
pour autrui. Par ailleurs, la diversification continue du champ professionnel
conduit nécessairement à se poser le difficile problème du cadrage de la profession, de sa cohésion et celui de l’identité
du psychomotricien. Ces difficultés
conduisent à rechercher, à travers la référence aux notions de médiation et de
fonctionnalité corporelle, le plus petit
commun dénominateur identifiant les
pratiques, au-delà de la diversité des
populations concernées par celles-ci
(enfants, adolescents, adultes autistes,
personnes âgées) et des formations dont
se réclament les praticiens. Ces notions,
comme le reconnaît lucidement C. Potel,
ne peuvent tenir lieu de doctrine ou de
philosophie, ni à notre avis justifier l’ambition de réunir des visées à la fois thérapeutiques et éducatives, théoriques et
cliniques, cognitives et comportementalistes. Elles ne peuvent non plus servir de
base, seules, à une volonté tout à fait légitime de différenciation par rapport à des
professions voisines bien établies et à
une revendication de reconnaissance
d’une identité spécifique.
Cela dit, les auteurs des trois premiers chapitres entreprennent une tentative estimable de formalisation et de
théorisation, en s’appuyant sur la seule
psychanalyse (A. Ciccone) ou en croisant
certains de ses concepts ou procédures
avec les principes de la thérapie ou de la
rééducation psychomotrice avec quelques notions rogériennes comme l’empathie ou le « travail de mémoire » (D. Liotard), ou en recherchant, dans la neurophysiologie et la psychologie moderne
les références principales de l’intervention psychomotricienne.
La deuxième partie de l’ouvrage, la
plus volumineuse, est consacrée à l’exposé d’expériences diverses, concernant
les enfants et les adolescents mais aussi,
et cela n’est pas moins intéressant, les
personnes âgées (F. Pitteri). Signalons
encore les lumineuses contributions sur
les techniques faisant intervenir le toucher, la voix, la relaxation, le graphisme… et le recours fréquent à
Winnicott et à ses incontournables
concepts d’aire transitionnelle ou d’objet
transitionnel. La richesse de cet ouvrage
amène à souhaiter qu’il soit mis entre
toutes les mains.