2001
Connexions
Le rôle des composantes de la personnalité dans le processus de transition de l’école au travail
Valérie Cohen-Scali
maître de conférences en psychologie sociale à l’université de Montpellier III.
De nombreux modèles théoriques et travaux
empiriques ont mis en évidence le rôle conjugué
des variables de contexte et des variables
individuelles sur la transition de l’école vers
le monde du travail. L’article vise à approfondir
l’effet des variables individuelles et plus
particulièrement celui des composantes de la
personnalité sur les processus psychosociaux
associés à la transition. Une étude exploratoire
réalisée sur soixante-neuf jeunes filles
apprenties dans l’enseignement supérieur
confirme l’influence de plusieurs dimensions
de la personnalité dans la dynamisation et la
régulation des transformations identitaires au
cours de cette période de changement.
Numerous theorical patterns and empirical
studies have pinpointed the interconnected
roles of variables of context and of individual
variables upon School-To-Work Transition
process.
The aim of this article is to deepen the
impacts of individual variables and more specially those of components of Personality on
Psycho-social process involved in School-To-Work Transition. An exploratory research realised with a population of 69 young women in
apprenticeship at University confirms the
influence of several aspects of personality on
the regulation of identity transformations all
along this period of change.
Les modélisations actuelles de la transition de l’école au travail
évoquent toutes l’intrication permanente des facteurs individuels et des
facteurs de contexte comme constituant le cœur même du processus
transitionnel. Une majorité de travaux empiriques ont porté, pour un
grand nombre d’entre eux, sur les différents contextes rencontrés par les
jeunes adultes et leurs capacités à favoriser, à réguler ou encore à rendre
plus difficiles les transformations identitaires souvent associées à cette
transition. D’autres recherches, plutôt centrées sur l’analyse de ces
transformations identitaires, ont été également mises en œuvre. Cependant, parmi les variables individuelles étudiées, une attention moindre a
été prêtée aux composantes de la personnalité. S’intéresser à la personnalité revient à faire l’hypothèse que certaines caractéristiques individuelles censées être relativement stables peuvent participer à la
réorganisation sociocognitive qui s’opère au cours du passage du monde
de l’école au monde du travail. Sans opter pour un parti pris personnologique qui paraît peu adéquat à l’étude des transitions, il semble que les
effets de cette variable, que nous nommerons les composantes de la personnalité, méritent d’être approfondis. Notre objectif, cependant, est
moins d’invoquer cette dimension pour expliquer les différences dans
les parcours de transition de l’école au travail des jeunes, que de dégager des pistes permettant de mieux cerner la dynamique de la transition comme ensemble de variables en interaction. Après avoir souligné l’intérêt des modèles théoriques et travaux empiriques, certains résultats
d’une étude visant l’analyse du rôle des composantes de la personnalité
seront présentés.
Quelles variables impliquées dans le processus de transition ?
De nombreux travaux ont été réalisés depuis les années soixante-dix
sur la transition de l’école au travail. Parmi les modèles théoriques qui
ont sous-tendu ces recherches, certains ont été élaborés spécifiquement
sur l’analyse des transitions de l’école au travail alors que d’autres plus
généralement sur l’étude des transitions professionnelles. Les modèles
souvent psychosociologiques que nous évoquons maintenant mettent en
exergue, pour certains, le rôle des contextes sociaux et d’autres analysent plutôt les aptitudes ou les réactions des individus en situation de
passage de l’école au travail.
Des modèles qui soulignent l’intrication des facteurs individuels
et des facteurs de contexte
Les modèles théoriques construits sur la transition reflètent la
volonté de prendre en compte la complexité de ce processus liée à l’intrication des multiples variables mobilisées durant les transitions. Plusieurs auteurs conçoivent les transitions comme déclenchées par un ou
plusieurs événements du contexte, qui entraînent les individus dans un
ensemble de changements qui semblent quelquefois les dépasser. Ainsi,
Riverin-Simard décrit la transition comme « un ensemble de phénomènes comprenant divers stades cognitivo-émotifs [… ] par lesquels la
personne passe à la suite d’un événement dissonant » ( 1993, p. 182).
L’auteur ajoute cependant que la nature des événements influe moins
sur sa manière de négocier la transition que le sens que l’individu lui
accorde. Pour Nicholson également, une transition est définie comme
« tout changement majeur qui se produit dans le contexte de travail »
( 1990, p. 182) et est modélisée au sein d’un cycle transitionnel comprenant plusieurs stades : la préparation au changement, la rencontre avec
le nouvel environnement, l’ajustement au nouveau rôle, la stabilisation
dans ce nouveau rôle. Accentuant encore davantage le poids du
contexte, Tapia ( 1994) assimile la transition à une situation de crise
définie par son caractère de discontinuité, de ruptures, de contradictions
associées à des phénomènes de déstructuration et de décomposition.
Toute transition se caractérise également, selon cet auteur, par le fait
qu’il est impossible à l’individu d’en dessiner l’issue ou d’imaginer la
situation qui suivra.
Complémentairement, d’autres modèles offrent une part plus active
à l’individu dans la maîtrise de la transition. C’est le cas du point de vue
de Schlossberg ( 1995) qui tente de repérer précisément l’ensemble des
variables qui interviennent dans toute transition définie comme tout
événement qui transforme le quotidien d’un individu. Outre le fait que
l’auteur prend en considération le contexte de la transition, par l’intermédiaire des rapports existants entre la personne et le cadre d’apparition
de la transition, Schlossberg distingue le niveau de maîtrise par l’individu de l’événement déclenchant la transition. L’auteur relève aussi plusieurs types de transition (transitions anticipées, transitions non
anticipées et transitions non réalisées) en fonction de la connaissance
par le sujet de l’événement déclenchant. Quatre catégories de facteurs
déterminant la manière dont l’individu se comporte lors d’une transition
sont analysées : la situation, le soi, le soutien social et les stratégies.
Chaque transition est singulière et gérée par des individus aux ressources différenciées. Davantage encore centrés sur les processus individuels mis en œuvre dans les situations de changements
professionnels, les travaux de Baubion-Broye et al. ( 1998) élaborés partiellement, à partir du modèle du système des activités de Curie et al.
( 1990) s’attachent à étudier les stratégies et les formes d’anticipation
permettant aux sujets de réorganiser leurs investissements socio-affec-tifs face à l’incertitude engendrée par la transition. Enfin, le modèle du
cycle transitionnel de Ruble ( 1994) associe la transition à un ensemble
de réorganisations cognitives. Ces réorganisations sont décrites comme
entièrement réalisées par un sujet totalement actif et visent une adaptation maîtrisée et non contrainte à la nouvelle situation.
Si on considère que la transition de l’école au travail correspond à
un ensemble de transformations sociocognitives et identitaires rencontrées par un individu, les modèles que nous venons de présenter rapidement proposent de nombreuses pistes d’analyse. On observe, en effet,
que grâce à cette variété d’approches, des travaux empiriques ont permis de mieux comprendre les mécanismes de la transition mobilisant
contextes et variables individuelles.
Une prédominance des travaux sur les attitudes, les représentations
et l’estime de soi
Même s’il existe un certain nombre de travaux sur les variables
individuelles impliquées dans les transitions, on doit constater avec
Swanson et Fouad qu’ils sont moins nombreux que ceux réalisés sur les
contextes. Ces auteurs expliquent en effet : « Traditionnellement, les
travaux sur le passage de l’école au travail ont été centrés davantage sur
la dimension environnement plutôt que sur celle de la personne dans
l’adéquation des compétences requises et définies par les employeurs »
( 1999, p. 341). Parmi les variables individuelles étudiées, les attitudes à
l’égard du travail et de l’avenir puis l’estime de soi de jeunes en situation de transition de l’école au travail ont été le plus largement analysées par les auteurs.
Tapia ( 1994), complémentairement à son modèle évoqué ci-dessus,
a montré que, si les jeunes doivent affronter une transition sur laquelle
ils ont peu de maîtrise, ils se ressaisissent vite en développant des stratégies et des comportements adaptatifs. Ces stratégies sont marquées par
les attitudes des jeunes à l’égard du travail. Son étude portant sur plusieurs filières universitaires montre la diversité des attitudes allant de
l’occupationnisme au professionnalisme. Face à ces attitudes, l’auteur
propose des modes d’adaptation possibles des entreprises à ces différents profils de jeunes. Étudiant les attitudes des apprentis de l’enseignement supérieur, nous avions pu identifier (Cohen-Scali, 2000 a)
quatre types d’attitude à l’égard de la transition : les pro-actifs, les
explorateurs, les attentistes et les pessimistes, chacun de ces types correspondant à des manières singulières d’affronter la transition et d’engager des relations avec le monde professionnel. Chaix ( 1993,1997) a
également mis en évidence deux types d’attitudes divergentes à l’égard
de l’avenir professionnel parmi les jeunes des lycées professionnels.
D’une part, elle évoque l’attitude de Détermination caractérisée par le
fait d’avoir un projet et une idée précise de la profession choisie pour le
futur. D’autre part, elle relève l’attitude d’Indétermination correspondant à des jeunes qui hésitent davantage entre plusieurs possibilités
d’insertion et n’ont pas de projet précis. Loughlin et Barling ( 1999) ont
observé les attitudes développées par des jeunes en situation de travail
et montrent que la qualité du travail réalisé influe sur ces attitudes à
l’égard du travail et de l’avenir. Plus récemment encore, Roussiau et Le
Blanc ( 2001) ont mis en évidence la diversité des représentations du travail des lycéens selon la filière de formation suivie. Pour certains, le travail renvoie à un futur très lointain, pour d’autres, le travail est perçu
comme une expérience contraignante, pour d’autres encore, le travail
est associé à un statut et à une source de revenus. Enfin, Le Blanc et
Laguerre ( 2001) ont pu mettre en évidence le caractère assez contrasté
des représentations de l’avenir de lycéens. En effet, ces jeunes se représentent l’avenir à la fois comme ouvert et plein d’espérance et à la fois
comme éloigné et assez difficile. Ces travaux constituent selon nous,
une première tentative de mise en relation des variables de contexte et
des variables personnelles par la mobilisation des attitudes et des représentations sociales.
L’estime de soi est également une variable souvent étudiée et qui
semble fortement mobilisée lors de la transition. Les résultats de l’étude
longitudinale menée par Fournier et Payne ( 1994), par exemple, soulignent une augmentation du niveau d’estime de soi pendant la transition,
notamment dans les cas où les expériences de rôle professionnel ont du
sens et sont positives pour les jeunes. Nous étions parvenu au même
constat auprès d’une population d’apprentis (Cohen-Scali, 2000 b). En
effet, l’estime de soi peut être affectée par les difficultés d’adaptation,
la désapprobation, les ruptures (Bariaud et Bourcet, 1998) mais peut
aussi être confortée par les expériences de succès et d’intégration
sociale, souvent rencontrées lors du passage de l’école au travail.
Des travaux plus rares sur la personnalité
Analyser les relations entre la personnalité et la transition revient à
s’interroger sur le lien existant entre des variables censées présenter une
certaine constance et stabilité et un ensemble de processus sociocognitifs et identitaires en transformation. Cette évolution est liée à la dynamique qui caractérise le passage de l’école au travail. Ce passage
correspond, en effet, à une alternance de situations faiblement structurées (weak situations) et de situations fortement structurées (strong
situations) telles que définies par Mischel (Bell et Staw, 1989). Le passage vers le monde du travail correspond tantôt à une situation claire,
non ambiguë, qui encourage certains modèles de réponses (par exemple
les situations de formation), tantôt à une situation peu structurée, exerçant peu de pression à la conformité et ne donnant aucun signe clair sur
les conduites à adopter (l’emploi, la recherche d’emploi par exemple).
Comment la personnalité participe-t-elle à la réorganisation des processus (attitudes, représentations, estime de soi, valeurs) mobilisés pour
faire face au caractère chaotique de cette période de la vie ? La personnalité peut-elle réguler la mise en œuvre de ces attitudes et représentations variées ? Certains travaux souvent classiques sur la personnalité
suggèrent l’existence de relations étroites entre cette variable et les attitudes à l’égard de l’orientation ou de l’insertion professionnelle.
Comme le soulignent Tapia et Roussay ( 1991), si la personnalité
conjugue des facteurs biologiques, physiques et psychiques qui interagissent avec des facteurs environnementaux, elle détermine un mode
d’adaptation privilégié de l’individu, au sein duquel l’évolution des attitudes joue un rôle-clé. Mais ces attitudes en tant que produits d’interactions sociales sont susceptibles de se transformer plus rapidement que la
personnalité, plus complexe, plus autorégulée. Dès les années cinquante, Adorno avait montré que les préjudices raciaux étaient issus
d’attitudes répondant à la frustration ou à la peur et découvrait « la personnalité autoritaire », personnalité rigide produisant une idéologie dogmatique. Wilson ( 1973), s’appuyant sur l’inventaire de personnalité
d’Eysenck, a mis au jour que l’extraversion était significativement liée
au libéralisme, à l’hédonisme, au réalisme. Puis il montra que l’agressivité (mesurée à l’aide du test de Rosenzweig) dirigée vers soi-même
était associée à l’idéalisme, et que l’agressivité dirigée vers autrui était
davantage associée au réalisme ou à l’ethnocentrisme.
Concernant plus particulièrement le rôle de la personnalité dans le
cadre de la transition, les travaux ne sont pas nombreux. Si on met à part
ceux réalisés en rapport avec la théorie de Holland qui nous semble
moins centrée sur des types de personnalité que sur des types d’intérêts
professionnels, les travaux ont concerné essentiellement deux composantes de la personnalité : le désir de réussite et le « Locus of Control ».
La propension à prendre des risques est un aspect de la personnalité
qui a été étudié par Atkinson dans le cadre de sa théorie de la motivation dès 1957 (Bujold, 1989). Atkinson dépeint le comportement
humain comme influencé à la fois par le désir de réussite et par le désir
d’éviter l’échec. Il montre que les personnes chez qui le désir d’éviter
l’échec est très fort vont se fixer des buts difficiles ou faciles à atteindre
alors que ceux chez qui le désir de réussir prime se fixent des objectifs
de difficulté moyenne. Ziller a ensuite montré, dans une étude auprès de
182 étudiants, que la propension au risque influence le choix professionnel. D’autres travaux ont montré, à la suite d’Atkinson (Guichard et
Huteau, 2000), que les personnes qui ont un besoin de réussite élevé et
une anxiété faible ont un niveau d’aspiration professionnelle élevé. De
plus, les intentions d’insertion professionnelle les plus irréalistes (buts
trop faciles ou trop difficiles à atteindre) sont émises par des sujets à la
fois anxieux et dotés d’un besoin de réussite faible.
Concernant le « Locus Of Control » (LOC ), il a été étudié notamment par Zytowski (Bujold, 1989), qui a montré des corrélations positives et significatives entre LOC externe et féminité des intérêts
professionnels, et plus particulièrement intérêts esthétiques. Les intérêts
pour les secteurs administratifs étaient en relation plutôt avec le LOC
interne. De plus, les personnes qui ont un haut niveau de LOC interne
chercheraient à gagner plus d’argent et à s’orienter davantage vers des
professions à statut élevé que les personnes de LOC externe (Bell et
Staw, 1989).
Enfin, certaines études ont été menées à partir du modèle de personnalité en cinq facteurs (Big Five) que nous avons utilisé pour notre
recherche. Elles montrent que, selon les caractéristiques de leur personnalité, les individus choisissent des insertions professionnelles différentes. Ainsi, il est apparu que les individus se destinant à la profession
d’ingénieur ont un niveau élevé d’anxiété et de conscience professionnelle mais auraient un faible niveau d’ouverture d’esprit. Ceux qui se
destinent au métier de comptable présentent plutôt un faible niveau de
sociabilité et un niveau élevé d’anxiété (Guichard et Huteau, 2000).
Si de nombreuses recherches ont fait état de l’influence des
contextes familiaux (Kelloway et Harvey, 1999 ; Csikszentmihalyi et
Schneider, 2000), de l’école et de la formation (Guichard, 1994), ainsi
que des premières expériences professionnelles (Lewis et al., 1998,
Loughlin et Barling, 1999), sur les processus transitionnels, d’autres,
dont une partie a été mentionnée plus haut, attestent de la transformation des processus sociocognitifs et identitaires rencontrés par l’individu
en transition de l’école au travail. Des travaux réalisés dans le domaine
de l’orientation suggèrent que la personnalité pourrait être une variable
utile pour mieux comprendre les transitions, même si elle a encore été
rarement analysée dans ce cadre spécifique. L’objectif de l’étude que
nous présentons maintenant vise donc à dégager l’effet de différentes
composantes de la personnalité sur les processus impliqués dans la transition de l’école au travail. La faiblesse des résultats capitalisables associant personnalité et transition explique le caractère exploratoire de
cette étude.
Une étude sur les filles apprenties dans l’enseignement supérieur
[1]
Pour étudier le rôle de la personnalité au cours de la transition, nous
avons analysé les réponses d’une population de jeunes filles formées en
alternance dans l’enseignement supérieur. Cette situation d’alternance
nous semble particulièrement intéressante pour l’étude de la transition
car elle décrit un passage progressif vers le monde du travail.
Après avoir présenté la démarche, les hypothèses de recherche et la
méthodologie de l’étude, nous évoquerons des résultats qui mettent en
évidence certaines relations entre les composantes de la personnalité et
plusieurs processus psychosociologiques impliqués dans la transition.
La démarche et les outils utilisés
Deux orientations nous ont guidé au démarrage de cette étude :
- nous nous attendions à observer des relations entre certaines composantes de la personnalité et plusieurs attitudes mobilisées au cours de la
transition ;
- nous faisions l’hypothèse que l’estime de soi devait également entretenir des relations fortes avec certains aspects de la personnalité tout en étant moins stable et davantage liée aux attitudes.
Comme on le comprend, ces hypothèses devaient permettre à la fois
de cerner le rôle des composantes de la personnalité dans une période de
profonds changements identitaires et de dégager les relations structurelles existant entre les différents processus évoqués.
La population sur laquelle porte cette étude regroupe 69 filles de
21,5 ans en moyenne préparant en deux ans un BTS en alternance. Elles
se répartissent dans deux filières de formation : la filière secrétariat
( 53,6 %) et la filière action commerciale ( 46,4 %). Ces apprenties ont
été interrogées au cours de la première ( 52,2 %) et de la seconde année
de formation ( 47,8 %).
Le questionnaire utilisé a permis l’étude de plusieurs dimensions :
1. Les attitudes à l’égard du travail ont été mises en évidence grâce à la
construction d’un questionnaire, d’abord en 20 items (Cohen-Scali,
1999) puis réduit à 18 items, inspiré de deux instruments : le Science
Research Associates Attitudes Survey de l’université de Chicago, utilisé
pour tester les attitudes de professionnels d’entreprise (Miller, 1991), et
un questionnaire adapté par Tapia ( 1994) pour une recherche internationale auprès d’étudiants permettant d’identifier deux attitudes opposées,
le professionnalisme (attitudes positives à l’égard du travail, engagement fort, motivation pour s’impliquer dans une vie professionnelle) et
l’occupationnisme (attitudes négatives à l’égard du travail, faible engagement et faible motivation pour la vie professionnelle, investissement
dans les loisirs ou la vie hors-travail).
2. Les représentations de l’insertion professionnelle ont été appréhendées grâce à six questions sur les intentions d’insertion, la durée
escomptée de recherche d’emploi, les stratégies envisagées, l’optimisme et le pessimisme associés à cette période.
3. Les attitudes à l’égard de l’avenir professionnel du futur ont été analysées grâce au différenciateur sémantique de Lens en 15 items (Cascino et Le Blanc, 1993). Nous l’avons utilisé dans le but de caractériser
les représentations de l’avenir professionnel à moyen, voire à long
terme.
4. Le modèle de personnalité en cinq facteurs (Big five). Cet outil
inventé par Costa et Mc Crae dans les années quatre-vingt (Caprara,
Barbaranelli, Borgogni, 1997) repose sur l’idée que la personnalité peut
être évaluée à partir de cinq composantes. Nous utiliserons les termes
retenus dans la version française du test, qui diffèrent légèrement des
termes anglo-saxons, pour décrire ces cinq dimensions. Chacune de ces
dimensions est le produit de sous-dimensions composant des traits plus
spécifiques de personnalité. Il s’agit de :
- l’énergie regroupant les sous-dimensions « dynamisme et dominance » ;
- la sociabilité regroupant les sous-dimensions « coopération et attitudes amicales » ;
- le caractère consciencieux réunissant les dimensions « méticulosité et
persévérance » ;
- l’ouverture d’esprit rassemblant les dimensions « ouverture à la culture et ouverture à l’expérience » ;
- stabilité émotionnelle associant les dimensions « contrôle des émotions et contrôle des impulsions ».
5. Le sentiment de compétences à affronter la transition a été analysé à
l’aide de l’inventaire de transition professionnelle de Mary Heppner
(Heppner, Multon et Johnston, 1994). L’objectif de cet inventaire est
d’évaluer les ressources psychologiques de personnes en situation de
transition professionnelle. Est considéré comme transition tout changement d’activité, de position ou d’emploi. L’inventaire comprend quarante items pour lesquels une analyse en composantes principales a
permis à l’auteur de définir cinq sous-dimensions expliquant 44,5 % de
la variance :
- l’anticipation (readiness) dans la réalisation de la transition;
- la confiance (confidence) dans ses capacités à réaliser la transition;
- le contrôle (control) du déroulement de la transition;
- les ressources perçues (perceived support) pour réaliser la transition;
- l’indépendance (decision independance) dans la décision d’entreprendre la transition.
Nous avons utilisé ce questionnaire en procédant à quelques aménagements. En effet, après avoir traduit l’inventaire, nous l’avons testé
auprès d’une population d’élèves infirmières. Il s’est avéré que les formulations n’étaient pas toujours adaptées à une population francophone
et que les dimensions se différenciaient difficilement les unes des
autres. Aussi, nous avons choisi de limiter ces dernières et d’homogénéiser le nombre d’items par dimension. Ainsi, quatre dimensions ont
été conservées : anticipation, confiance, contrôle et ressources, chacune
comprenant six items. La dimension « Indépendance dans la décision »
paraissait peu adaptée à une population de jeunes qui n’ont que peu de
choix concernant leur engagement dans la transition vers le monde du
travail. Chaque item donnait lieu à une réponse sur une échelle en quatre
points. Nous exposons les résultats relatifs au score global de transition.
Ce score global de transition traduit une représentation de son niveau de
maîtrise de la transition, ou encore le sentiment de compétences associé
à la conduite de la transition.
6. Le questionnaire d’estime de soi en dix items de Rosenberg a été utilisé.
Nous exposerons les corrélations entre variables étudiées. Ensuite,
nous présenterons des résultats issus essentiellement de tris croisés et de
calculs de corrélation.
Le rôle des composantes de la personnalité sur les attitudes impliquées
dans la transition de l’école au travail
À partir de calculs de corrélation (tableau 1) et de Khi2 réalisés sur
les croisements entre les variables de personnalité et d’attitudes, le rôle
de plusieurs composantes de la personnalité apparaît. Nous évoquerons
d’abord le rôle de l’énergie, puis celui de l’ouverture d’esprit, de la stabilité émotionnelle et du caractère consciencieux. Enfin, nous aborderons le rôle de l’estime de soi. Les résultats de la matrice d’intercorrélations sont donc commentés au cours de parties suivantes.
Tableau 1
Matrice d’inter-corrélations entre les variables de personnalité
Tableau 1
Matrice d’inter-corrélations entre les variables de personnalité
et les variables d’attitudes étudiées
Personnalité Attitudes
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
1. Énergie 1.00
2. Sociabilité . 02 1.00
3. Conscience . 29* . 25* 1.00
4. Stabilité . 04 . 20 . 17 1.00
5. Ouverture . 27* . 13 . 29* -. 001 1.00
6. Travail . 25 -. 27 . 11 . 05 . 08 1.00
7. Insertion . 36**. 04 . 06 . 18 . 17 . 17 1.00
8. Futur . 29* . 05 . 26* . 09 . 21* . 06.49** 1.00
9. Transition . 13 . 06 . 04 . 26* -02 . 02.42**. 19 1.00
10. Estime . 26* . 02 . 00 . 20 . 11 . 04.45** . 37**. 25* 1.00
* : r de Pearson significatif à 0.05
** : r de Pearson significatif à 0.01
L’énergie : un rôle clef dans les phases de changement
L’énergie est la composante de la personnalité qui paraît être la plus
mobilisée lors de la transition de l’école au travail. La matrice d’intercorrélations montre des relations significatives avec deux ensembles
d’attitudes et avec l’estime de soi.
D’une part, l’énergie est, en effet, corrélée significativement avec
les attitudes à l’égard de l’insertion. Le calcul de Khi2 confirme que les
personnes qui présentent une faible énergie ont significativement plus
souvent des attitudes pessimistes vis-à-vis de l’insertion professionnelle
(tableau 2).
Tableau 2
L’effet du niveau d’énergie sur les attitudes
Tableau 2
L’effet du niveau d’énergie sur les attitudes
à l’égard de l’insertion professionnelle
Attitudes Attitudes Attitudes Total
pessimistes moyennes optimistes
vis-à-vis vis-à-vis vis-à-vis
de l’insertion de l’insertion de l’insertion
Énergie niveau 66,7 % 19 % 14,3 % 100 %
faible
Énergie niveau 18,2 % 40,9 % 40,9 % 100 %
élevé
Khi2 = 19.3 p<. 001
D’autre part, l’énergie est significativement corrélée avec les attitudes à l’égard du futur professionnel. Les individus qui ont des scores
faibles en énergie perçoivent leur avenir professionnel comme plus
insatisfaisant ( 47,6 %) que satisfaisant ( 19 %).
Ces résultats mettent en évidence une tendance selon laquelle un
score élevé en énergie serait associé à des représentations plutôt positives de soi, de son insertion et de son futur professionnel. Cette composante de la personnalité pourrait correspondre à une variable
fondamentale pour la conduite de la transition école-travail et plus globalement pour la conduite des changements professionnels en général.
Des composantes régulatrices majeures intervenant dans le processus
de transition : l’ouverture d’esprit et la stabilité émotionnelle
Deux variables nous paraissent participer à la régulation des attitudes et des représentations impliquées dans la transition de l’école au
travail.
L’ouverture d’esprit présente des corrélations significatives avec les
représentations de l’avenir professionnel. Complémentairement, les
Khi2 calculés sur plusieurs croisements confirment cette association.
On observe une tendance selon laquelle les apprenties présentant des
scores faibles en ouverture d’esprit perçoivent plutôt leur futur avec
insatisfaction ( 42,9 %) qu’avec satisfaction ( 9,5 %) (tableau 3).
Tableau 3
L’effet du niveau d’ouverture d’esprit sur les représentations
Tableau 3
L’effet du niveau d’ouverture d’esprit sur les représentations
du futur professionnel
Futur Futur Futur Total
insatisfaisant moyen satisfaisant
Ouverture 42,9 % 47,6 % 9,5 % 100 %
niveau faible
Ouverture 29,2 % 33,3 % 37,5 % 100 %
niveau élevé
Khi2 =10.5 p<. 05
De plus, la moitié des apprenties dont le niveau d’ouverture d’esprit
est faible ont des attitudes pessimistes à l’égard de l’insertion
(tableau 4).
Tableau 4
Effet du niveau d’ouverture d’esprit sur les attitudes
Tableau 4
Effet du niveau d’ouverture d’esprit sur les attitudes
à l’égard de l’insertion professionnelle
Attitudes Attitudes Attitudes Total
pessimistes moyennes optimistes
Ouverture 52,4 % 23,8 % 23,8 % 100 %
niveau faible
Ouverture 33,3 % 25 % 41,7 % 100 %
niveau élevé
Khi2 = 11.5 p<. 05
La stabilité émotionnelle présente une corrélation significative avec
le score global de transition (que nous traduisons par le sentiment d’être
capable de maîtriser sa transition) (tableau 5).
Tableau 5
Effet de la stabilité émotionnelle sur le sentiment de compétences
Tableau 5
Effet de la stabilité émotionnelle sur le sentiment de compétences
à affronter la transition
Ne se sent pas Se sent moyen- Se sent Total
prêt pour la nement prêt tout à fait prêt
transition pour la transition pour la transition
Stabilité niveau 60,9 % 13 % 26,1 % 100 %
faible
Stabilité niveau 16,7 % 50 % 33,3 % 100 %
élevé
Khi2 = 13.8 p< 0.01
Près des deux tiers des apprenties qui obtiennent des scores faibles
en stabilité émotionnelle sont nombreuses à ne pas se sentir prêtes à
affronter la transition vers le monde du travail. On constate également
des liens entre la stabilité émotionnelle et une sous-dimension de l’inventaire de transition : les ressources et le soutien perçu pour s’engager
dans la transition. Ainsi, près de la moitié des apprenties qui obtiennent
des scores faibles en stabilité ( 47,8 %) estiment avoir de faibles ressources et peu de soutien pour réaliser la transition. En revanche, parmi
celles qui ont de forts scores en stabilité émotionnelle, deux personnes
sur cinq ( 41,7 %) déclarent disposer de nombreuses ressources et de
soutien.
Enfin, la dimension « Caractère consciencieux » présente une corrélation significative avec les représentations concernant le futur. Parmi
les apprenties présentant un score élevé sur la composante « Caractère
consciencieux », près de la moitié ( 45,5 %) perçoivent leur futur professionnel comme satisfaisant et une minorité ( 13,6 %) le perçoit
comme insatisfaisant.
Le rôle de l’estime de soi
La variable estime de soi a des corrélations significatives d’une part
avec deux variables de personnalité et d’autre part avec des variables
d’attitudes et de représentations.
Une corrélation significative apparaît entre l’estime de soi et l’énergie. Les calculs de Khi2 confirment cette association : les personnes
dotées de faibles scores en énergie sont également plus nombreuses à
avoir une estime de soi faible ( 57,1%) qu’une forte estime de soi ( 19%)
(tableau 6).
Tableau 6
Effet du niveau d’estime de soi sur l’énergie
Tableau 6
Effet du niveau d’estime de soi sur l’énergie
Estime faible Estime moyenne Estime forte Total
Énergie 57,1 % 23,8 % 19 % 100 %
niveau faible
Énergie 18,2 % 50% 31,8 % 100 %
niveau élevé
Khi2 = 10.5 p< . 05
Concernant les autres variables, l’estime de soi est significativement corrélée avec les attitudes à l’égard de l’insertion professionnelle,
les représentations du futur professionnel et le sentiment d’être capable
d’affronter la transition.
Pour ce qui est des attitudes à l’égard de l’insertion professionnelle,
on remarque que les deux tiers des apprenties qui ont une faible estime
de soi ( 61,9 %) ont également des représentations pessimistes de l’insertion professionnelle. Ce n’est le cas que de 14,3 % de celles qui ont
une forte estime (tableau 7).
Tableau 7
Effet du niveau d’estime de soi sur les attitudes
Tableau 7
Effet du niveau d’estime de soi sur les attitudes
à l’égard de l’insertion professionnelle
Attitudes Attitudes Attitudes Total
pessimistes moyennes optimistes
Estime 61,9 % 33,3 % 4,8 % 100 %
niveau faible
Estime 14,3 % 33,3 % 52,4 % 100 %
niveau élevé
Khi2 = 18.2 p<. 001
La variable estime de soi est fortement corrélée à la variable
« Représentation du futur professionnel ». On observe également que la
majorité des apprenties à faible estime de soi perçoit son futur professionnel comme étant satisfaisant ( 61,9 %). Ce n’est le cas que de 9,5 %
des jeunes filles à forte estime de soi.
Concernant le sentiment de compétences à affronter la transition,
l’estime de soi est une variable influente. La moitié des apprenties à
faible estime de soi ( 52,4 %) ne se sentent pas prêtes à affronter la transition, contre 19 % qui ont une forte estime.
L’analyse des corrélations avec les sous-dimensions de l’inventaire
de transition permet de mettre en évidence trois autres liens.
D’abord l’estime de soi est associée significativement à la sous-dimension « Confiance dans ses capacités à affronter la transition »
(tableau 8). On remarque en effet que les deux tiers des jeunes filles qui
ont un faible niveau d’estime de soi ont également une faible confiance
dans leurs capacités à affronter la transition. Inversement, celles qui ont
une estime élevée ont majoritairement confiance dans leurs capacités.
Tableau 8
Effet du niveau d’estime de soi sur le niveau de confiance
Tableau 8
Effet du niveau d’estime de soi sur le niveau de confiance
dans ses capacités à affronter la transition
Confiance Confiance Confiance Total
faible moyenne forte
Estime 61,9 % 23,8 % 14,3 % 100 %
niveau faible
Estime 23,8 % 19 % 57,1 % 100 %
niveau élevé
Khi2 = 10.5 p< 0.05
L’estime de soi paraît influer également sur la sous-dimension
« Contrôle du déroulement de la transition » dans le même sens que précédemment (tableau 9).
Tableau 9
Effet du niveau d’estime de soi sur le niveau de contrôle
Tableau 9
Effet du niveau d’estime de soi sur le niveau de contrôle
du déroulement de la transition
Contrôle faible Contrôle moyen Contrôle fort Total
Estime 57,2 % 33,3 % 9,5% 100 %
niveau faible
Estime 28,6 % 28,6% 42,8 % 100 %
niveau élevé
Khi2 = 10.1 p< 0.05
On trouve pour finir un r de Pearson significatif entre estime de soi
et la sous-dimension « Ressources et soutien pour la transition » et le
tableau croisé met en évidence là encore la tendance selon laquelle les
apprenties à faible estime sont plus nombreuses ( 42,9%) à déclarer disposer de faibles ressources pour s’engager dans la transition que celles
qui ont une forte estime ( 23,8 %).
L’estime de soi apparaît comme une variable individuelle centrale
dans le processus de transition de l’école au travail. En effet, l’estime de
soi est associée à deux des quatre composantes de la personnalité :
l’énergie et, dans une moindre mesure, la stabilité émotionnelle.
L’ensemble des résultats montre que si un score élevé aux variables
de personnalité étudiée n’est pas systématiquement associé à des attitudes positives, un score faible est en général lié à des attitudes négatives. Le rôle de trois composantes majeures de la personnalité
impliquées dans le processus de transition peut être interprété à la
lumière de leurs caractéristiques.
Ainsi, l’énergie reflète le dynamisme, le niveau d’activité des individus. Cette dimension pourrait induire l’optimisme ou le pessimisme
associé à l’engagement dans la transition. La stabilité émotionnelle correspond à la capacité à mettre en œuvre des réponses adaptées face aux
situations difficiles et pourrait intervenir dans la gestion du stress généré
par la perspective de la transition.
L’ouverture d’esprit est une dimension traduisant la recherche de
nouvelles expériences, la propension à explorer des milieux non familiers. Elle pourrait participer à l’élaboration des représentations du futur
à moyen et plus long terme, perçu comme source de multiples explorations ou comme un ensemble plus limité de possibles. Les résultats de
notre étude confirment ceux trouvés par Heppner et al. ( 1998) : l’ouverture d’esprit est associée aux cinq facteurs de l’inventaire de transition de carrière. La tendance à tenter de nouvelles expériences est
prédictrice des capacités à négocier les changements de carrière.
Ensuite, la dimension « Stabilité émotionnelle » est liée à quatre des
cinq facteurs étudiés. Nous constatons également que la stabilité émotionnelle joue dans la capacité des individus à s’engager dans une transition. Cette composante correspond à la capacité à mettre en œuvre des
réponses adaptées face aux situations difficiles ou menaçantes et pourrait intervenir dans la perception du stress généré par la perspective de
l’insertion dans le monde du travail.
Interprétation des résultats
Les résultats nous permettent de constater que les deux hypothèses
formulées sont vérifiées.
La première hypothèse consistait à penser que certaines composantes de la personnalité étaient plus fortement associées aux attitudes
mobilisées au cours de la transition. Nous pensions que des scores forts
dans certaines dimensions devaient être associés à des attitudes positives à l’égard de l’insertion et du travail. Nous avons en effet constaté
que certaines dimensions de la personnalité sont plus impliquées que
d’autres dans le processus de transition. Parmi ces composantes, trois
interviennent plus particulièrement dans la transition :
- l’énergie participe à la dynamique que l’individu investit dans la transition ;
- l’ouverture d’esprit permet d’envisager une variété de possibles et
d’expériences ;
- la stabilité émotionnelle est associée à la gestion du stress concourant à la transition.
La seconde hypothèse concernant le rôle de l’estime de soi est également vérifiée. On supposait que l’estime de soi comme composante de
l’identité entretenait des liaisons fortes avec la personnalité d’une part
et avec les attitudes d’autre part. L’estime de soi est corrélée fortement
à une composante de la personnalité (énergie) très importante dans la
transition. Par ailleurs, cette variable est également associée aux attitudes à l’égard de l’insertion et au sentiment de compétences à affronter la transition. L’estime de soi joue un rôle central dans le processus
de transition. Il est possible de croire qu’elle occupe une position intermédiaire dans l’économie sociocognitive de l’individu, entre certaines
dimensions de la personnalité d’un côté et les attitudes de l’autre.
Notre objectif dans cet article était d’identifier quelques tendances
concernant le sens de l’implication des composantes de la personnalité
sur le processus transitionnel. Après avoir d’abord souligné que la
majeure partie des modèles et travaux réalisés sur la transition insistent
sur l’influence conjointe des contextes sociaux et des variables individuelles, nous avons voulu rappeler que l’analyse des contextes était souvent privilégiée. Parmi les variables individuelles étudiées, les attitudes,
les représentations et l’estime de soi ont été souvent explorées. Nous
avons constaté que la personnalité était rarement interpellée pour la
compréhension du passage de l’école au travail. L’étude exploratoire a
permis d’identifier le rôle de la composante énergie, puis de deux autres
dont l’effet est plus faible sur la transition : l’ouverture d’esprit et la stabilité émotionnelle. De plus, l’estime de soi, très fortement mobilisée
lors de la transition, semble apparaître comme une variable intermédiaire entre personnalité et attitudes. Ces résultats confirment le caractère multidimensionnel du phénomène de transition qui mériterait d’être
davantage étudié dans sa globalité, grâce à des approches plus qualitatives qui compléteraient efficacement les questionnaires et les inventaires habituellement utilisés.
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Nous remercions la direction et les formateurs du CFA pour l’expertise comptable de Paris
pour leur accueil lors de la réalisation de cette étude.