Connexions
érès

I.S.B.N.2749200997
168 pages

p. 145 à 146
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no77 2002/1

Il y a dix ans, Félix Guattari nous quittait. Les journaux de l’époque résonnaient de l’écho de sa pensée.
Félix nous avait invité pendant plusieurs années à sortir des sentiers battus. Son expérimentation de la politique, de la philosophie, de la psychanalyse, de l’écologie l’amenait à prôner une refondation des pratiques sociales : « Sans changement des mentalités, sans entrée dans une ère postmédiatique, il n’y aura pas de prise durable sur l’environnement. Mais sans modification de l’environnement matériel et social, il n’y aura pas de changement des mentalités » (cf. Le Monde diplomatique, octobre 1992).
D’où, pour lui, la nécessité d’associer un travail écologique, sur les plans environnemental, social et mental. Cette vision était porteuse d’espoir en ce sens qu’elle réclamait toute sa place à l’ouverture vers des pratiques innovatrices dans tous les domaines, à la création d’espaces de liberté, d’échanges et de confrontation d’idées, à une réinvention de la politique.
 
L’utopie et le désir avaient droit de cité
 
 
Nous avons cheminé ensemble Félix et moi.
Nous nous sommes rencontrés à la clinique de La Borde en 1979. Un certain nombre d’idées nous réunissaient autour de la conception de la maladie mentale. Nous nous étions croisés lors des rencontres du Réseau alternatif à la psychiatrie. Il était immergé dans ce réseau depuis de longues années aux côtés de Jean Oury dans le cadre de la psycho-thérapie institutionnelle.
J’étais jeune professionnel, j’avais débuté à la clinique de La Chesnaie, j’avais exercé quelques années à l’hôpital public.
Nous partagions aussi des conceptions politiques et sociales.
Le débat a duré treize années. Il était directeur administratif de La Borde, je travaillais comme infirmier psychiatrique dans cette clinique.
Nos débats étaient parfois houleux lorsqu’ils concernaient la gestion de la clinique (dans les réunions institutionnelles, au comité d’entreprise, au bureau administratif par exemple).
 
La folie nous ramenait à la raison
 
 
Et puis l’actualité nationale et internationale nous permettait de réfléchir quelques instants ensemble. La chute du mur de Berlin nous interpellait.
Je pensais que cela aurait des résonances chez chacun d’entre nous et je me demandais comment apprécier l’effondrement des régimes socialistes.
Sa pensée me semblait être au confluent de questionnements qui m’animaient depuis 1968.
En 1991, environ un an avant sa mort, nous préparions la troisième édition du festival RAM-DAM avec des amis. La thématique des débats était axée sur la ville et ses banlieues.
Pour le débat « Espaces publics, espaces de communication », Eric pensait qu’il était indispensable d’y convier Félix.
La rencontre eut lieu, Félix, Eric et moi, dans son bureau à La Borde. Il était intéressé par notre initiative et s’engagea à venir sur la Plaine de jeux de la ZUP de Blois.
Nous avons été tous deux attristés à la nouvelle de son décès, fin août 1992. Nous continuons à parler de lui. Mon engagement dans la vie sociale n’est pas dénué de colorations qui viennent de Félix. Mais pas seulement. Il est émaillé de différents courants de pensée. Un enchevêtrement d’idées, de postures construites au fil du temps.
C’est dans l’altérité que l’on construit son cheminement personnel. Celui-ci est passé par la rencontre avec les idées de Félix. Ces idées me paraissent pertinentes encore aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation.
Il s’agissait ni plus ni moins de saluer Félix. Sa politique, sa poétique du désir, reste vitale.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis