2002
Connexions
Gilbert Tarrab ( 1940-2001)
Jacques Ardoino
Gaston Pineau
Gilbert Tarrab est disparu à la suite d’une longue maladie. Né au
Liban, ayant fait en France des études de psychologie, de psychologie
sociale et de psychosociologie industrielle, il était prédisposé à une
réelle ouverture aux richesses des métissages, interculturels aussi bien
qu’interdisciplinaires. Il émigre très vite au Canada, au Québec, où il
construira une carrière universitaire (Université de Montréal, 1964-1965 et 1969-1976 ; Université du Québec à Montréal, 1977-1995 ; en
travail social, puis en sciences de la gestion; il a été également très intéressé par les problématiques de l’éducation et de la formation). En qualité de professeur, il a alterné, plusieurs années durant, avec des
enseignements en France (Université de Nanterre). Parallèlement à cette
carrière académique, il a conservé tout au long, une activité de journaliste et d’essayiste. À travers une production abondante de quatorze
ouvrages et d’une centaine d’articles, il s’intéressera notamment à l’art
non conformiste, à l’esthétique, à la littérature, au roman (il publiera à
22 ans son premier roman, Les désabusés), au théâtre, au happening,
dans les années 1960, ainsi que, de façon très polémique, aux grands
problèmes sociaux de son époque (l’avortement notamment au cours
d’un débat avec Claude Ryan), le conflit israélo-palestinien, la laïcité, la
qualité de la vie au travail et les nouvelles formes d’organisation de
l’entreprise moderne… ). Il a été directeur de collection chez un éditeur
au Québec (Nouvelle Optique). Il a obtenu le prix littéraire « Hachette »
pour un essai sur La Peste d’Albert Camus. Il s’est encore signalé par
des entretiens avec Eugène Ionesco (Ionesco à cœur ouvert), ou avec
Didier Anzieu, autour du « moi-peau ». Passionné, curieux, insatiable,
son éclectisme le portait vers une interdisciplinarité, voire vers une multiréférentialité, au sein desquelles il entrevoyait, il anticipait, sans doute,
des liens encore ignorés des cloisonnements scientifiques ordinaires.
Parmi nous, rares, maintenant, restent ceux qui l’ont vraiment connu,
mordant ainsi la vie à belles dents. Il y a dix ans, sans que ses proches
ni ses amis ne comprennent très bien, il a rompu tous ses liens professionnels et sociaux, en s’abritant dans l’intimité, partagée avec son
épouse, de son domicile familial. Il s’est éteint le 18 décembre 2001.
Qu’il nous soit permis de témoigner, ici, notre profonde sympathie aux
siens et à ses proches.