2002
Connexions
Conflits de missions et conflits de valeurs : la profession universitaire sous tension
Marie-Françoise Fave-Bonnet
professeure de Sciences de l’Éducation, Centre de Recherches Éducation et Formation, Université Paris-X-Nanterre.
Les universitaires ont vu leur profession
considérablement changer dans ces dernières
décennies. Leurs missions ont été élargies par
la loi de 1984; leurs tâches d’enseignement se
sont accrues à cause de l’augmentation du
nombre d’étudiants ; il leur a fallu s’adapter
aux changements très rapides de la recherche
et participer à des responsabilités administratives et collectives de plus en plus diverses.
Ces changements ont fait bouger un certain
nombre de valeurs fondamentales de cette
profession : ébranlement des rapports hiérarchiques, gestion du temps, rapport à l’argent,
sentiment de perte de prestige social... L’absence d’évaluation et de points de repère sur
les activités laisse chaque enseignantchercheur à son seul libre arbitre, la liberté académique. La profession se trouve ainsi éclatée
en de multiples métiers aux carrières très différenciées.
Academic profession deeply change during
the last decades. Their missions have growing
since the 1984’s law ; their teaching tasks have
increasing by the rise of students : they have to
fit to very fast changes in research, and to participate
to administrative and collective responsibilities
more and more diversified.
These changes have moving some deep
values of this profession : hierarchic relations,
time management, relation to money, and feeling
of loss of social prestige... The lack of
evaluation and main lines about activities let
academic with his own free will, the academic
freedom. So, the profession explodes in multiple
trades and different careers.
Être universitaire, et analyser la situation des universitaires, peut
apparaître, au prime abord, incompatible avec la distance nécessaire à
ce travail. Le premier à s’y risquer, en France, Pierre Bourdieu, insistait
sur le fait qu’il avait longuement hésité avant de faire paraître son livre
Homo Academicus ( 1984). Il s’agit, en effet, de permettre la crédibilité
de ses propos : comment le lecteur peut-il distinguer ce qui est de l’ordre
de la revendication, de l’amertume, du pamphlet, bref, de l’expression
personnelle d’un universitaire, d’une tentative d’analyse et de distanciation… ?
Il est pourtant possible d’appréhender cette profession, comme
n’importe quelle profession, en utilisant les outils généralement admis
dans les recherches en sciences sociales et humaines.
La première démarche consiste à distinguer une profession (avec
son statut, ses missions, sa place dans notre société) de différents
métiers, c’est-à-dire des réalités professionnelles diverses selon que l’on
est historien, physicien ou sociologue… En second lieu, la comparaison
avec la situation des universitaires dans d’autres pays permet de saisir
les spécificités françaises. Enfin, on ne peut faire l’impasse d’une analyse historique pour comprendre les conflits actuels de missions et de
valeurs.
Pour comprendre la situation actuelle des universitaires, les tensions
dans les missions et l’évolution des valeurs dans la profession, nous
nous référerons donc aux enquêtes et recherches qui ont été menées
depuis une vingtaine d’années.
1. Missions… impossibles ?
Jusque dans les années 1960, l’Université se structurait autour des
professeurs, titulaires d’une chaire, et de leurs assistants (Verger, 1986).
Les missions étaient claires pour les professeurs : la transmission d’un
haut niveau de culture, et la diffusion (éventuellement la création) de
connaissances nouvelles.
En une ou deux générations, le contrat implicite qui fondait le
métier de professeur d’université a disparu : un haut niveau de culture,
des études longues et difficiles permettaient d’accéder à une profession
rare, reconnue, celle de savant ou d’intellectuel. En échange de ce poste
si longuement attendu, assuré d’un salaire de haut niveau et d’une
liberté académique, chaque professeur s’investissait dans une mission
d’enseignement et de recherche.
Plusieurs événements ont bousculé cette définition des professeurs
d’université.
1.1. Un élargissement des missions des universitaires
Si l’on examine les textes qui définissent les missions, on constate
que celles-ci ont considérablement augmenté depuis plusieurs décennies.
La loi d’orientation sur l’enseignement supérieur du 12 novembre
1968 (dite loi Edgar Faure), centrée sur l’autonomie administrative et
financière des universités et la participation, ouvre sensiblement les
missions de l’enseignement supérieur : formation des cadres, développement social et économique des régions, formation des maîtres, promotion sociale et professionnelle, etc. La participation des différentes
catégories d’enseignants aux instances de l’Université augmente leurs
pouvoirs, mais aussi leurs tâches administratives et collectives.
La loi Savary du 26 janvier 1984, dans son article 4, va dans le
même sens : « Les missions du service public de l’enseignement supérieur sont la formation initiale et continue, la recherche scientifique et
technologique ainsi que la valorisation de ses résultats, la diffusion de
la culture et l’information scientifique et technique, la coopération internationale. »
Ces changements se traduisent dans les termes utilisés pour désigner la profession : avant 1968, on utilise le mot « professeur ». La loi
du 12 novembre 1968 dans ses articles 4,5,8 et surtout 32 utilise les
termes d’« enseignants exerçant les fonctions de professeurs, maîtres de
conférences et maîtres-assistants ». La loi du 26 janvier 1984 parle
d’« enseignants-chercheurs permanents ». Il s’agissait, par ce terme, de
signifier que l’Université n’était pas seulement menée par des professeurs. Mais cela marquait également que les missions n’étaient plus seulement l’enseignement, mais aussi la recherche.
1.2. Un accroissement considérable des tâches d’enseignement
En quelques décennies, l’Université française est passée d’un enseignement destiné à une élite à un enseignement universitaire de masse :
il y avait, dans les seules universités, 214 000 étudiants en 1960,
858 000 en 1980, et 1 452 000 en 1995. Si les effectifs stagnent depuis
quelques années, il faut se souvenir qu’ils ont augmenté de 30 % entre
1990 et 1995. Toutes les filières n’ont pas été touchées de la même
façon : les lettres et les sciences humaines et le droit et l’économie ont
vu une envolée de leurs effectifs, alors que les sciences s’inquiètent
aujourd’hui de la baisse du nombre d’entrants.
Ce qui a alourdi aussi les tâches d’enseignement, c’est le changement dans les pratiques pédagogiques. On est passé, en effet, d’un
enseignement essentiellement en amphithéâtre avec examen terminal à
des formations de plus en plus spécialisées, en petits groupes (de travaux dirigés et de travaux pratiques) et avec un contrôle continu.
Si l’on se réfère aux rares statistiques sur les taux d’encadrement, la
France, malgré le nombre remarquable de recrutements d’enseignantschercheurs, reste un des pays où le nombre d’étudiants par enseignant
est des plus élevé : selon l’OCDE ( 2002), la France se place derrière l’Italie ( 22,6) avec un taux d’encadrement de 18,3 en 2000, loin devant
l’Espagne ( 15,9), les États-Unis ( 13,5), l’Allemagne ( 12,1), le Canada
( 9,8) et la Suède ( 9,3).
Le morcellement des cursus, en particulier avec la semestrialisation,
a augmenté la charge de travail : si un universitaire suivait trois ou quatre
groupes d’étudiants pendant une année, il est souvent amené, aujourd’hui, à enseigner pour de courtes périodes auprès de sept, huit groupes
(ou plus) ce qui augmente le temps de préparation et de corrections.
L’augmentation, en 1984, du nombre d’heures de service d’enseignement a été très mal vécue par les professeurs. En effet, de 1962 à
1983, les obligations d’enseignement des enseignants-chercheurs
étaient fixées pour chaque statut particulier (celui des maîtres-assistants,
celui des professeurs des universités, etc.). Elles étaient hebdomadaires
( 3 heures pour les professeurs, entre 4 et 6 heures pour les maîtresassistants). Depuis 1984, pour tous les enseignants-chercheurs, quel que
soit leur statut, les « services d’enseignement en présence d’étudiants
sont déterminés par rapport à une durée annuelle de référence égale à
128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou 288 heures de
travaux pratiques ou toute combinaison équivalente ». Cette définition
d’un service d’enseignement en présence d’étudiants entraîne des disparités et des injustices : comment comparer l’animation d’un séminaire
de troisième cycle portant sur son domaine de recherche pour des étudiants sélectionnés et motivés avec un enseignement en premier cycle
pour une cinquantaine de jeunes qui découvrent une discipline… ? Sans
parler du temps passé par ceux qui se lancent dans l’élaboration d’enseignements à distance ou de logiciels d’apprentissage…
Cette situation entraîne une crispation sur le nombre d’heures d’enseignement au détriment du contenu et des pratiques. Les universitaires
sont les seuls enseignants, en France, à ne pas être inspectés; ils ne sont
même pas évalués sur leurs enseignements, ce qui commence à être le
cas dans la plupart des universités dans le monde. En effet, si les arrêtés Bayrou de 1997 instituent l’évaluation des enseignements, il ne
s’agit pas d’évaluer les enseignants sur leurs activités pédagogiques. La
solitude dans l’acte d’enseignement est ainsi renforcée, laissant chacun
dans une position d’incertitude par rapport à cette tâche, abandonnant
même ceux qui ont des difficultés au nom de la « liberté pédagogique ».
Celle-ci, liée à la dispersion des enseignements dans diverses filières,
explique en partie la quasi-inexistence de véritables équipes pédagogiques. Sans formation pédagogique, sans évaluation, sans valorisation,
sans lien avec la recherche, l’enseignement à l’Université devient une
activité routinière.
Enfin, la « massification » (terme révélateur de la pesanteur créée
par cette augmentation des effectifs) a provoqué une rupture sociale et
culturelle entre les universitaires et les étudiants. Les « Héritiers » ne
sont plus à l’Université : ils sont en classes préparatoires ou dans les
grandes écoles. Les universitaires n’ont plus affaire qu’à de « nouveaux
étudiants », c’est-à-dire, pour ce qui concerne les premiers cycles, à une
population hétérogène qui n’a souvent pas choisi de faire des études à
l’Université et qui n’a pas encore, pour la plupart, de projet d’études ou
professionnel (Fave-Bonnet, Clerc, 2001). À la distance sociale et culturelle vient s’ajouter le fossé de l’âge : la moyenne d’âge d’un maître
de conférences est de 45 ans, et celle d’un professeur de 53 ans. Et les
plus âgés sont perplexes face aux casquettes de base-ball, aux piercing,
voire au voile islamique…
1.3. La recherche : la fuite en avant
Le monde de la recherche a vécu des changements très rapides en
quelques décennies. Depuis la dernière guerre, la science a commencé à
être considérée comme un outil efficace pour le développement économique. On a assisté à un développement et à un éclatement des connaissances et de découvertes sans précédent dans un système concurrentiel
mondial. L’heure est aux regroupements, à la spécialisation des laboratoires, aux pôles d’excellence, à la recherche de financements privés…
Ce développement a complètement modifié le métier de chercheur :
changements dans le temps, dus à une compétitivité individuelle et collective accrue, à la nécessité de réagir rapidement aux appels d’offre, de
publier vite, de déposer un brevet avant les autres… Changements dans
l’espace, dus entre autres aux nouvelles technologies mais aussi à la
mondialisation de la recherche… Changements dans les modes de travail, avec le passage d’une recherche individuelle à une recherche collective. Ce processus mis en œuvre depuis deux décennies dans les
disciplines de sciences de la matière et de la vie s’amplifie également en
sciences humaines et sociales.
Or, le développement d’un véritable système national de recherche
s’est fait, en France, dans divers organismes comme le CNRS, l’INSERM,
le CEA … ce qui a séparé institutionnellement l’Université de la
recherche. Certes, une grande partie des universitaires de sciences de la
matière et de la vie vont travailler dans ces organismes de recherche et
les universités ont développé des laboratoires associés. Il reste que dans
un certain nombre de disciplines cette intégration n’est pas possible car
le domaine n’est pas couvert par ces organismes, en particulier en lettres
et en sciences sociales et humaines. Dans une enquête récente (Freville,
2001), seuls 58,4 % des 854 répondants disent avoir une activité de
recherche dans une équipe associée à un établissement de recherche.
Cette spécificité française a des conséquences sur l’articulation
enseignement-recherche dans les formations universitaires et probablement sur l’investissement des universitaires dans leur université. Une
enquête comparative avec l’Allemagne (Friedberg, Musselin, 1989)
montre bien que le « patriotisme » des professeurs allemands pour leur
établissement vient du fait qu’on leur a proposé, au moment de leurs
recrutements, des conditions de travail et un contrat sur la recherche et
sur l’enseignement. Dans la plupart des universités dans le monde, le
recrutement s’effectue sur un profil de poste (d’enseignement et de
recherche) élaboré au regard de la demande d’une équipe et conforme à
la politique de l’université. Le nouveau recruté se sent donc engagé sur
un véritable contrat vis-à-vis de l’équipe et de son université.
En France, le poste est généralement obtenu pour renforcer le
potentiel d’enseignants dans un département, mais le recrutement est
souvent effectué sur un profil de recherche pour renforcer un laboratoire. On comprend pourquoi les missions d’enseignement et de
recherche sont difficiles à articuler.
1.4. Du mandarin au manager
[1]
Les « libertés académiques » confèrent aux universités leur autonomie, ce qui implique des tâches d’administration et de gestion : certains
enseignants-chercheurs deviennent ainsi de véritables managers, responsables de filières, de services importants, d’UFR, de laboratoires, ou
même d’une université. Or, l’organisation universitaire présente une
extrême diversité de structures formelles et informelles, souvent décrite
comme une anarchie organisée, ou plus exactement un système faiblement lié (Friedberg, 1993). S’ils bénéficient de réels pouvoirs, ceux qui
assurent des responsabilités administratives ou collectives doivent faire
preuve de compétences multiples auxquelles ils n’ont pas été préparés.
Comme le montre Norbert Alter à propos de l’exercice du pouvoir,
celui-ci nécessite un effort permanent d’adaptation dans un système
d’incertitude qui peut aboutir à l’autosurmenage (Alter, 1996).
Il faut aussi rappeler que la question des personnels techniques et
administratifs dans les universités françaises est récurrente, en effectifs
comme en qualification. Une grande partie de l’alourdissement des
tâches administratives vient du fait que la majorité des universitaires fait
aujourd’hui, grâce à l’informatique, l’essentiel de son secrétariat.
De plus, dans certaines disciplines, les tâches administratives sont
dévalorisées, dans d’autres non. De même, si l’on se bat encore, et parfois âprement, pour être élu président d’université, il y a rarement une
élection (avec de vrais candidats) pour la direction des départements, ou
même des UFR : c’est l’amicale pression des collègues qui désigne le
dernier arrivé ou le dernier promu.
Enfin, le pouvoir conféré par les responsabilités administratives ou
collectives est parfois considéré comme un substitut de pouvoir au
regard de la notoriété scientifique (Bourdieu, 1984) : « Pouvoir temporel dans un univers qui n’est ni en fait ni en droit voué à cette espèce de
pouvoir, il tend toujours à apparaître, peut-être même aux yeux de ses
possesseurs les plus assurés, comme une forme inférieure de pouvoir,
comme un substitut ou un prix de consolation. On comprend aussi la
profonde ambivalence des universitaires qui se dévouent à l’administration à l’égard de ceux qui se consacrent, et avec succès, à la recherche,
surtout dans une tradition universitaire où le patriotisme d’université est
faible et peu récompensé. »
Il y a donc un discours paradoxal sur les fonctions administratives :
dans une enquête menée auprès de plus de mille universitaires, 64% des
enseignants-chercheurs pensent que « les tâches administratives font
partie du métier d’enseignant-chercheur » mais, dans le même temps,
68 % pensent qu’elles « freinent la carrière » (Fave-Bonnet, 1992).
Comme nous venons de le voir, aujourd’hui, les missions des universitaires ont changé et augmenté. Le nombre et les statuts divers des
enseignants-chercheurs ont banalisé la profession. Et il y a eu une augmentation globale des tâches.
Même si l’accent est mis sur les activités de recherche (pour ce qui
concerne le recrutement, les promotions et la notoriété dans le milieu),
les universitaires vivent mal le morcellement entre des priorités diverses :
dans l’enquête réalisée auprès de plus d’un millier d’enseignantschercheurs, 69 % disent qu’ils sont « tiraillés entre l’enseignement et la
recherche », mais 93 % d’entre eux affirment : « À l’Université, il faut
être à la fois enseignants et chercheurs » (Fave-Bonnet, 1992).
On peut se demander s’il ne s’agit pas d’une crise du modèle sur
lequel s’est construit l’Université française, et qui est aujourd’hui en
train d’éclater. Rappelons d’abord, en reprenant les thèses d’Alain
Renaut ( 1995), les différents modèles dans lesquels l’Université française se débat et, avec elle, les enseignants-chercheurs. Le modèle
médiéval n’est plus. Le modèle allemand n’a jamais été atteint : même
si l’Université française s’est reconstruite pendant la IIIe République sur
le modèle allemand d’une chaire professorale forte articulant enseignement et recherche, il n’a jamais été réalisé en France à cause de l’existence d’établissements de recherche et de formation d’excellence à
l’extérieur de l’Université. Les universitaires vivent souvent leur situation comme une position de second choix : ils « savent » qu’il existe des
chercheurs qui se consacrent uniquement à la recherche (au CNRS, à l’IN -
SERM, etc.), et des institutions où l’on enseigne à de petits groupes d’étudiants triés sur le volet (les grandes écoles)… Quant au modèle
américain, il ne peut être transposé, même si, comme le montre Christine Musselin ( 2001), les universités sont en train de devenir, depuis une
dizaine d’années, des établissements avec de véritables politiques.
Il semble donc que rien n’ait été mis en œuvre pour que les universitaires puissent véritablement se consacrer aux missions ambitieuses
assignées à l’Université depuis la loi de 1968.
2. Conflits ou changements de valeurs ?
La situation que nous venons d’esquisser, et l’impossibilité d’assumer des missions multiples et parfois contradictoires, a engendré un
bouleversement des valeurs sur lesquelles se fondait la profession.
Avant de voir si ces valeurs sont en changement, il est intéressant de
distinguer celles qui sont véritablement constitutives de la profession.
Christophe Charle ( 1994) constate l’existence, depuis des décennies, de modèles de référence antinomiques dans les groupes de disciplines : « Celui du champ intellectuel en général dans les matières
littéraires, celui d’une pratique professionnelle quasi privé chez les
juristes et les médecins, celui d’une communauté tribale de laboratoire
chez les scientifiques. » Les pratiques scientifiques spécifiques de
chaque discipline entraînent, en effet, des pratiques sociales différentes,
et donc des hiérarchies de valeur dans le travail différentes : travail
d’équipe au sein d’un laboratoire pour les sciences, recherches plus solitaires chez les juristes et les historiens, etc.
Nous verrons donc, dans un premier temps, comment se constituent
ces « modèles de référence antinomiques » (selon l’expression de Christophe Charle) pour, dans un deuxième temps, analyser quelques valeurs
communes de cette profession qui sont en train de bouger.
2.1. Une profession éclatée en de multiples métiers
Pierre Rivard (Dubar, 1991) parle du « modèle du physicien » pour
définir une profession axée sur sa spécialité : « L’identification principale est celle de l’individu à sa réputation au sein de la communauté disciplinaire. C’est la reconnaissance par les pairs qui est recherchée avant
tout, et l’engagement professionnel est fortement conditionné par l’espoir d’un accroissement de cette reconnaissance souvent enracinée dans
une conception de la vocation. La stratégie professionnelle est celle de
l’accumulation des savoirs et de la lutte pour le maintien de la rareté de
la formation. » Cette analyse résume fort bien la position professionnelle de tous les enseignants-chercheurs, et explique l’ancrage essentiel
de chacun dans une discipline.
La formation à la recherche pendant l’élaboration de la thèse met en
place, comme dans toute initiation professionnelle un certain nombre de
valeurs propres à chaque discipline : rapport au travail, au temps, relations à l’enseignement, à la recherche, aux tâches collectives, au pouvoir politique, à l’argent personnel, etc. La place de la mission
d’enseignement est souvent occultée dans cette socialisation disciplinaire, même si, dans les faits, ce mode de transmission du « métier »
touche à la fois la recherche et l’enseignement, par la reproduction des
pratiques observées et par tradition orale. L’observation empirique des
pratiques pédagogiques montre des spécificités disciplinaires : pratique
de l’exposé en histoire, de l’examen oral en droit, de la péréquation des
notes en économie, etc.
Pendant toute la carrière, les pratiques de recherches vont aussi différencier fortement les activités : « Les archives, les fouilles, le terrain,
la paillasse, la Bibliothèque nationale, la manip, les relevés cliniques… » (Berthelot, Ponthieux, 1992).
Depuis une dizaine d’années, le renforcement de la formation à la
recherche, avec la mise en place des écoles doctorales, n’a fait que renforcer la place de la recherche dans la socialisation au métier d’universitaire. S’il pouvait subsister l’idée que l’enseignement est une des
missions premières de l’Université, une formation centrée sur la
recherche ne fait que renforcer l’idée, chez les jeunes maîtres de conférences, que l’enseignement est une activité nécessaire (et même obligatoire, puisque le nombre d’heures effectuées est contrôlé), mais en fait
accessoire, puisque la carrière est bâtie sur la recherche.
2.2. Des carrières très différenciées
En France, la carrière, du point de vue des statuts et des salaires, est
très linéaire : les périodes nécessaires avant d’accéder à un échelon ou
une classe sont fixées, ce qui uniformise les carrières. La seule différence est le passage (ou non) dans le corps des professeurs.
En fait, les carrières se différencient du point de vue des investissements, très variables, dans les différentes activités selon la discipline,
l’âge et le sexe. Recherche, enseignement et responsabilités collectives
et administratives sont constitutifs de la profession et la rendent unique,
mais les trois missions ne s’exercent pas aux mêmes moments dans la
carrière. De plus, l’investissement dans l’une ou dans l’autre de ces activités est fortement influencé par le regard que la discipline porte sur ces
activités : il n’est pas indigne pour un scientifique d’enseigner en premier cycle, ni pour un juriste de s’investir dans des tâches collectives…
Cette liberté d’investissement permet ainsi à chaque universitaire de
se trouver un « ailleurs » (réel ou imaginaire) dans lequel il fortifiera sa
notoriété et confortera son image de lui-même ou d’elle-même. C’est
ainsi qu’on peut parfois observer ce qu’on pourrait appeler le « double
principe de Peter » : celui (ou celle) qui ne veut pas (ou ne veut plus)
avoir des activités de recherche s’investira dans des tâches administratives ou collectives, et celui (ou celle) qui n’aura pas pu atteindre un
niveau suffisant de notoriété dans son université s’investira dans des
instances nationales ou internationales.
Ce genre d’analyse est conforté par celle de Jean-Michel Berthelot
( 1992) lorsqu’il présente la variété des systèmes d’activité, de la représentation de soi et du métier. Les investissements personnels dans les
différentes tâches sont essentiellement le statut (qui détermine l’ampleur des responsabilités et la dimension du réseau scientifique), la discipline (qui structure les modalités et les lieux d’exercice de la
recherche) et l’étape de la carrière.
Mais les rythmes d’activités sont aussi dépendants des rythmes universitaires avec des moments de surcharges (rentrée universitaire, examens… ).
L’éclatement des lieux professionnels d’activités (lieux d’enseignement, lieux de recherche – laboratoire ou domicile –, etc.) et l’absence
(ou non) de séparation entre temps de travail et temps de loisir sont aussi
deux variables de différenciation entre les disciplines.
2.3. Des valeurs professionnelles en changement
Si, comme nous venons de le voir, se cache sous l’appellation
« enseignant-chercheur » des pratiques, des carrières et des représentations des missions très différentes, il n’en reste pas moins vrai qu’un
certain nombre de valeurs spécifiques à cette profession sont en train de
bouger : rapport à la hiérarchie et à l’autorité, rapport au temps, à l’argent, à l’évaluation…
Des rapports hiérarchiques qui bougent
Les deux vagues d’augmentation du nombre d’étudiants, dans les
années 1960 et 1990, ont entraîné des recrutements massifs d’enseignants : on est passé de 10 000 enseignants en 1960 à 40 000 en 1980,
à plus de 80000 aujourd’hui. Cette période a vu l’émergence d’un autre
statut de titulaires, les maîtres de conférences, ce qui a probablement
entamé le pouvoir des professeurs. De multiples statuts, souvent précaires, se sont développés : en 2000, sur les 81 000 enseignants dans le
supérieur, les professeurs ne représentent que 23% de l’ensemble, et les
maîtres de conférences 40 %. Les autres enseignants sont les assistants
( 2 %), les chefs de clinique et autres praticiens hospitalo-universitaires
( 5 %), les attachés et moniteurs ( 13 %), et surtout 17 % d’autres statuts
(enseignants du second degré, détachés, lecteurs, etc.), sans compter les
chargés de cours qui ne sont jamais recensés dans les chiffres officiels.
Donc, seuls 6 enseignants sur 10 ont un véritable statut universitaire, ce
qui ne contribue pas à constituer une identité commune.
Sur les dix dernières années, le corps enseignant a doublé, ce qui a
accentué la féminisation parmi les universitaires, mais dans des statuts
inférieurs ou précaires, et dans les disciplines les moins valorisées : le
pourcentage de femmes professeurs n’est passé, dans la même période,
que de 10 à 14 %…
Le fonctionnement hiérarchique reste pourtant très prégnant : 66 %
des enseignants-chercheurs de l’enquête de 1992 affirment que « malgré les changements d’après 1968, l’Université reste très mandarinale ».
Il semble cependant que ces clivages hiérarchiques soient en train de
bouger, comme évolue, dans toute notre société, le conditionnement à
l’autorité. La première raison est la suppression de la chaire, et l’augmentation du nombre de professeurs qui oblige à un partage du pouvoir.
Ce phénomène s’est accentué avec l’augmentation du nombre de
maîtres de conférences.
Les prérogatives bougent aussi : certains maîtres de conférences
prennent en charge des thèses, alors que certains professeurs se mettent
en position de retrait et ne revendiquent aucun des pouvoirs auxquels ils
ont droit.
On assiste à un déconditionnement à l’autorité professorale (comme
pour les autres niveaux d’enseignement) au point que la question du
« harcèlement » moral et sexuel (qui a probablement toujours existé)
commence à faire partie des questions discutées (voire médiatisées) à
l’Université.
Le pouvoir que donnait la possession privilégiée d’informations s’efface aujourd’hui par le développement de fonctionnements en réseaux,
favorisés par les nouvelles technologies. Ce phénomène a d’abord touché
la recherche, et il commence à se répandre dans toute l’organisation universitaire. Dans de nombreux domaines, la carrière scientifique ne se
joue plus au niveau local mais au niveau national et européen, voire mondial. L’inflation des savoirs et le développement de la recherche a conduit
à une hyperspécialisation : chaque enseignant-chercheur, quel que soit
son statut, participe à des réseaux thématiques de recherche qui se retrouvent dans des colloques et des revues spécialisés.
L’autorité et le pouvoir se sont ainsi déplacés, et ne sont plus réservés aux seuls professeurs.
La question de la gestion du temps
Les universitaires sont peut-être, de toute la fonction publique en
France, ceux qui gèrent le plus librement leur temps : en dehors de
l’obligation de service d’enseignement (de 192 heures d’équivalent-TD
par an), il n’existe aucune autre réglementation concernant la présence,
l’emploi du temps, le mode et le contenu d’enseignement, les obligations de recherche, etc. Il s’agit d’un exercice quasi libéral des activités.
Pourtant, cette situation aboutit à un paradoxe, celui d’un temps à la
fois non contraint et surchargé, au point qu’on pourrait parler, comme
Patrice Ranjard ( 1984), d’un « privilège persécuteur ». Nous avons vu
que les universitaires devaient faire face à une accumulation incontrôlable de tâches diverses. La conséquence a été l’allongement de l’année
universitaire qui réduit le temps consacré à la recherche et déporte, de
ce fait, celle-ci dans les périodes de vacances : « La recherche, pour
beaucoup, devient une conquête permanente, gagnée de haute lutte
contre soi-même et ses proches » (Berthelot, 1992).
Il semble pourtant que s’opère un changement depuis quelques
années par rapport à la gestion du temps : avec un contrôle de plus en
plus strict des heures d’enseignement effectuées, avec la mise en œuvre
des 35 heures pour les personnels administratifs et techniques, avec
l’augmentation de tâches multiples liées à l’enseignement et la difficulté
à garder du temps pour maintenir un certain niveau de recherche, les
universitaires commencent à compter leur temps.
Un rapport à l’argent ambivalent
Les entretiens (réalisés lors de l’enquête de Berthelot, idem ) révèlent un sentiment profond d’absence de reconnaissance sociale dont le
salaire est le révélateur. Quelques-uns constatent avec amertume que
dans certaines disciplines (économie, informatique… ) leurs anciens étudiants, au bout de quelques années, ont un salaire supérieur aux leurs.
Quand ils rencontrent des collègues en Europe, ils s’aperçoivent que les
salaires de fin de carrière sont moins élevés en France, parce qu’ailleurs
ils sont négociables… Ils constatent avec étonnement que dans certains
pays anglo-saxons l’évaluation des activités scientifiques ne se fait pas
seulement sur les publications, mais aussi sur les subventions obtenues…
Les jugements négatifs sur les salaires font appel à trois types d’arguments : les restrictions de consommation (logement, culture) qui
engendrent un sentiment de déclassement et l’écart de salaires avec
d’autres professions. Mais c’est surtout la comparaison avec d’autres
catégories socioprofessionnelles au regard de leurs diplômes, de leurs
compétences et de leurs responsabilités qui est insupportable. La possibilité d’exercer une profession libérale (avocats, médecins, consultants,
etc.) contribue à obscurcir la situation : on ne sait que peu de choses sur
ces autres revenus. Mais ce que l’on constate, c’est que cet exercice
d’une profession libérale opère parfois un déplacement dans l’ancrage
professionnel, au point que l’activité libérale devient le pôle professionnel principal, et le poste à l’Université une activité secondaire.
Malgré la distance affectée vis-à-vis de l’argent, les entretiens laissent apparaître des frustrations quant à la non-reconnaissance sociale de
cette profession dans laquelle les universitaires s’investissent.
Un sentiment de perte de prestige social
Le sentiment de méconnaissance sociale est très net dans l’enquête
de Berthelot ( 1992) : les universitaires ne sont plus qu’une minorité à
croire encore au prestige social de la profession et une poignée d’entre
eux seulement parlent d’avantages matériels dans la profession. Dans
l’enquête par questionnaires, 55 % disent qu’ils sont insatisfaits de
l’image de la profession dans la société (Fave-Bonnet, 1992). Ce sentiment de dégradation de l’image de la profession se cristallise autour des
salaires et des conditions matérielles, et, pour certains professeurs, sur
l’augmentation du temps de service d’enseignement (de 75 à 128 heures
de cours par an) qui aligne leurs charges sur celles des maîtres de conférences. Le titre d’un article récent illustre bien ce sentiment de dégradation : « Les trois misères de l’universitaire ordinaire ». En l’occurrence,
les trois misères sont la misère matérielle, la misère intellectuelle et la
misère morale (Spitz, 2000).
La perte de prestige des professions intellectuelles en faveur de
celles qui sont liées au capital économique a certainement contribué à
ce sentiment de dégradation. De plus, la médiatisation de la vie culturelle et sociale fait que les universitaires sont rarement interrogés (à la
télévision, dans les journaux ou à la radio) sur leurs domaines de compétences : le monde des journalistes, qui demande des informations très
synthétiques ou « sensationnelles », ne fait pas partie du monde de la
recherche, fait de complexité, de lenteur et de prudence.
Une absence d’évaluation et de points de repères sur les activités
Une autre spécificité de la profession par rapport aux autres fonctionnaires est l’absence de contrôle des activités et de notation : les
enseignants-chercheurs « déclarent » leurs temps de service, mais ne
sont ni inspectés ni évalués sur leurs activités pédagogiques ; ils sont
évalués sur leurs activités de recherche, mais le plus souvent par des instances extérieures à leurs universités. Cette situation les distingue de ce
qui commence à se mettre en place en Europe où les activités
(recherche, mais aussi enseignement et responsabilités administratives)
sont évaluées régulièrement pour le renouvellement des contrats ou lors
des promotions (Fave-Bonnet et coll., 1999).
En définitive, la seule régulation, implicite ou explicite, ce sont les
pairs, et la prégnance du jugement des pairs est aussi une des spécificités du métier. S’il est évident que la notoriété sociale constitue un des
fondements de toute profession, le regard des collègues est particulièrement important pour les enseignants-chercheurs : il détermine recrutements et promotions, fonctionne dans les faits comme la seule
évaluation des activités et détermine les positions de pouvoir et de notoriété. Comme le dit avec ironie Bruno Latour ( 1995) : « La validation
vient de toute façon des chers collègues. » Ce jugement des pairs influe
fortement les relations interpersonnelles et les comportements.
Il semble que ce système ancien de notoriété soit aujourd’hui en
train d’éclater, et que l’évaluation des universitaires ne satisfasse ni les
intéressés ni les instances ministérielles. Deux rapports, par exemple,
pointent la carence d’une véritable évaluation des activités des universitaires. Le rapport Esperet ( 2001) est celui qui a suscité le plus de
débats. Une des propositions, en effet, concernant l’établissement d’un
contrat entre l’enseignant-chercheur et son établissement, a suscité
beaucoup d’inquiétudes.
Une première partie du rapport fait le point sur la situation actuelle,
les difficultés et les opportunités : la définition et la gestion des missions
prévues dans les textes, puis sont développées les missions nouvelles ou
en extension, ce qui permet d’avancer, en comparant avec l’étranger,
que toutes les tâches apparues dans l’Université n’ont pas à être effectuées par les enseignants-chercheurs. La deuxième partie du rapport fait
des propositions : par exemple, la mise en place d’un contrat individuel
de service, l’aménagement et le toilettage des règles et statuts actuels,
ce qui induirait des mesures touchant la formation, la promotion et
l’évaluation.
Le rapport Freville ( 2001), du Sénat, est une enquête peu complaisante de 522 pages sur la situation des universitaires. Le premier chapitre démontre que les moyens en personnel ont été « croissants, mais
médiocrement gérés » : il y a plafonnement du nombre des étudiants,
mais des emplois continuent à croître. L’auteur propose une gestion pluriannuelle des emplois pour anticiper des départs à la retraite massifs. Il
s’interroge aussi sur la nécessité à long terme de « chercheurs à vie ».
Le chapitre 2 porte sur « l’opacité des procédures de recrutement » : il
déplore les difficultés de reconstitution du vivier, la lourdeur excessive
et l’absence de transparence des modalités de recrutement. Enfin, le
chapitre 3 porte sur la gestion des carrières et constate « un déroulement
des carrières peu incitatives et ne favorisant pas à l’excellence », des
rémunérations peu attractives, une diversification insuffisante des parcours. La complexité croissante des tâches nécessite une véritable évaluation, car les contrôles de l’activité sont inexistants ou inefficaces et
les obligations de service sont devenues inadaptées.
Les enquêtes réalisées pour ces rapports montrent que les universitaires eux-mêmes ne sont pas satisfaits de l’évaluation de leurs activités : d’une part, les activités d’enseignement et les tâches collectives ne
sont pas prises en compte dans la carrière et les quelques primes (pédagogiques ou administratives) sont attribuées sur des fonctions, et non
sur la qualité ou l’efficience de ces activités ; d’autre part, le système
d’évaluation de la recherche ne semble pas pertinent pour les enseignantschercheurs : le CNU (Conseil national des universités) qui qualifie dans une discipline en vue d’un recrutement et qui gère l’essentiel
des promotions n’évalue que la recherche, et non l’ensemble des activités. Enfin, l’évaluation sur les seules publications parues dans des
revues à comité de lecture indexées au niveau international propulse les
universitaires français dans une situation de compétition mondiale
impossible à tenir.
La profession d’universitaire vit actuellement dans un grand malentendu entre des missions assignées et la réalité actuelle d’exercice de ces
missions. Les enseignants-chercheurs ne se sentent plus investis de
toutes ces missions, mais tentent de gérer au mieux un certain nombre
d’activités qu’ils pensent devoir assurer, ce qui exacerbe les différences
entre statuts, la fragmentation entre disciplines et l’écartèlement entre
les missions.
Comme ils travaillent essentiellement avec des pairs de leurs disciplines, que ce soit pour l’enseignement ou pour la recherche, les conflits
éventuels de missions et de valeurs se manifestent rarement. On constate
des difficultés dans les projets de filières interdisciplinaires et les réseaux
de recherche transdisciplinaires (Vinck, 2000). Mais c’est surtout au
niveau du gouvernement des universités que ces différences se cristallisent, en particulier lorsqu’elles sont pluridisciplinaires : si, comme le
propose Christine Musselin ( 2001), les universités sont en train de se
construire une véritable identité, avec une réelle politique d’établissement, l’enjeu aujourd’hui est donc celui du passage entre des identités de
« métier » spécifiques à chaque discipline (celle des anciennes facultés)
à une identité professionnelle d’enseignant-chercheur.
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[1]
Ce titre s’inspire du titre du livre de Marianne Binst,
Du mandarin au manager hospitalier,
L’Harmattan, 1990.