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I.S.B.N.2749202361
144 pages

p. 119 à 130
doi: en cours

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no79 2003/1

 
Michel Boutanquoi À propos de Bernadette Tillard (sous la direction de) Les groupes de parents. Recherches en éducation familiale et expériences associatives, Paris, L’Harmattan, 2002,220 p.
 
 
À un moment où la question de la responsabilité des parents se trouve de nouveau sur le devant de la scène médiatique et politique, où se discute l’idée d’une amende qui serait infligée aux parents dont les enfants s’inscrivent dans l’absentéisme scolaire, où s’évoque la perspective de stages ou de modules de soutien à la responsabilité parentale, cet ouvrage ouvre heureusement à une réflexion plus sensible sur la parentalité et son accompagnement. Il rassemble neuf contributions issues pour la plupart de communications présentées au dernier congrès de l’AECSE [1] à Lille en septembre 2001.
Certes, comme le souligne Bernadette Tillard, la notion de parentalité souffre d’une certaine imprécision et, au fond, les différents auteurs cherchent moins à la définir qu’à tenter d’en dessiner les différents contours repérables dans la pratique des groupes de parents. En chemin, ce qui se voit interrogé concerne non seulement ce que révèle le discours des parents eux-mêmes, mais également le regard des animateurs de ces groupes et celui des chercheurs qui s’y intéressent. Dans le cadre particulier de ces deux derniers points, on ne peut que partager l’interrogation de Catherine Sellenet quant aux logiques des interventions qui se sont multipliées : « Sont-elles comme elles le prétendent du côté du changement, de l’aide ou au contraire, en dépit de leurs déclarations, du côté de l’ordre, de la norme » (p. 59) ; on lira avec attention le récit que livre Anne Cadoret de son cheminement d’ethnologue confrontée à la fois à son savoirfaire, à son expérience et à l’ignorance, voire à la négation des questions identitaires, dans son essai pour « décrire l’entrée en parentalité des homosexuel(le)s » (p. 173).
Concernant les parents eux-mêmes, que ce soit au travers de la contribution de Jean-Marie Miron sur la construction de sens au travers de la narration des cas vécus par les parents, de Catherine Sellenet, qui analyse diverses expériences, de la double présentation d’un atelier « pères » par Marie-Pierre Mackiewicz d’un côté et Carole Asdish et Dorinne Gez-M’Bembo de l’autre, du questionnement sur les pratiques à l’égard des familles accueillies en CHRS par Arnaud Chatenoud [2], de la contribution déjà citée d’Anne Cadoret, de l’approche des parents adoptifs par Bruno Décoret et Joëlle Garbarini et de la présentation de la Commission nationale des parents de l’Association des paralysés de France par Chantal Bruno et Philippe Miet, il nous semble que la question essentielle posée est celle de l’identité; l’identité de parent qui ne relève d’aucune évidence mais d’un processus complexe, que le regard social, normatif peut fragiliser et que la souffrance liée à la disqualification peut entraver ou éteindre.
Alors, de fait, si les groupes de parents peuvent avoir une certaine pertinence du point de vue social, au-delà de la demande de normalisation qui leur est adressée, au-delà même de la contrainte que le judiciaire pourrait faire peser sur ses participants, cela tient à une démarche dont la visée n’est pas à proprement rééducative mais qui tente de faire émerger ce qu’il existe de commun et de profondément irréductible dans l’expérience de chaque parent, qui permet que les mots puissent être posés sur ce qui fait obstacle et souffrance, mais aussi bonheur.
Pour autant, s’il faut bien s’interroger sur les conditions de mise en œuvre de telles pratiques, on ne saurait oublier qu’elles peuvent masquer une question essentielle : les parents seraient-ils les derniers remparts d’institutions de socialisation défaillantes ?
 
Michel Boutanquoi À propos de Chantal Humbert (sous la direction de) Institutions et organisations de l’action sociale. Crises, changements, innovations ? Paris, L’Harmattan, 2003,238 p.
 
 
Voici le troisième volume d’une série d’ouvrages collectifs coordonnés par Chantal Humbert, directrice adjointe du centre de formation de l’ANDESI (Association nationale des cadres du social). Comme pour les ouvrages précédents [3], des formateurs, intervenant pour la plupart de manière occasionnelle dans les stages et/ou actions sur site proposés par cet organisme, ont été sollicités pour traiter des remaniements que connaît le secteur social et médicosocial dans ce contexte particulier induit par la loi du 2 janvier 2002. L’ouvrage rassemble onze articles rédigés par treize auteurs.
Un livre fondé sur une série de contributions diverses se heurte parfois à une question de cohérence, à la difficulté d’y repérer le fil conducteur qui agrège les différents propos. Il peut arriver que le dessein initial échappe quelque peu à son promoteur au point de fournir au lecteur la possibilité d’une lecture décalée, sinon peu conforme au projet annoncé. L’ouvrage coordonné par Chantal Humbert nous semble relever de cette éventualité. En effet, prenant appui sur des réalités législatives (loi de rénovation du secteur social et médico-social) dont l’un des aspects fondamentaux touche à l’obligation d’individualisation des projets de prise en charge, Chantal Humbert fait porter l’interrogation, dans son introduction, sur la capacité des différentes organisations à prendre en compte ce « changement » de perspective par rapport à des logiques plus collectives et sur ses effets sur les pratiques professionnelles. Mais, au final, se dégage l’impression que c’est d’un autre débat qu’il a été question.
Derrière la place de l’individu bénéficiaire dans une organisation sociale de prise en charge et la manière de le prendre en considération, se profile un enjeu majeur pour le travail social, celui de la place prise par ce que Michel Chauvière nomme « l’idéologie managériale » (p. 73) comme réponse aux bouleversements et incertitudes que vit ce secteur et qu’il expose dans sa contribution justement intitulée : « Entre service public, non-lucrativité et droit des affaires : incertitudes et chances du secteur social ».
Le vocabulaire utilisé d’une contribution à l’autre apparaît à cet égard révélateur. Là où, par exemple, Francis Batifoulier (« L’organisation associative au nouage du politique et de l’entrepreneurial ») recourt à des termes tels que projet d’entreprise, gouvernance, relation de service, tertiaire relationnel supérieur, Chantal Humbert (« Subjectivité et sub-jectivités dans les organisations du secteur social ») évoque le sujet, la souffrance, la subjectivité, le risque de technocratisation. D’un côté, même si cette présentation se révèle un rien schématique, l’accent est mis sur les logiques de la méthode, du processus, voire sur le recours au droit comme possibilité d’atteindre « une clarté sans failles des systèmes d’organisation » (Roland Janvier et Yves Matho, p. 129, « Professionnels et usagers, un conflit fécond à gérer »); de l’autre, l’accent est porté sur les détours du travail clinique (Chantal Humbert), les logiques de formation (Alain Duléry, « La clarification de la fonction de direction au service de nouvelles formes d’organisation à la PJJ »), la compréhension de la transformation lente mais bien réelle des pratiques (Dominique Fablet, « L’internat spécialisé, une structure de suppléance familiale à condamner ou à réhabiliter ? »).
Il est sans doute regrettable que ce débat fondamental soit quelque peu escamoté, alors que c’est dans ce cadre que s’ordonnent les différentes contributions. Sous couvert d’efficacité (mais sait-on la mesurer ?), sous couvert de centration sur l’individu, sous couvert d’un retour vers la rationalité de l’action, sans doute en réaction à un certain enfermement des professionnels dans la culture de l’indicible de la relation, n’est-ce pas de la question du sujet, sujet individuel et sujet social, que l’on tente de faire l’économie ? N’est-ce pas, fondamentalement, la question du sens qui se voit dès lors abolie ?
 
Michel Boutanquoi À propos de Patricia Vallet Désir d’emprise et éthique de la formation, Paris, L’Harmattan, 2003,349 p.
 
 
Voici un ouvrage qui nous entraîne au cœur d’une réflexion sur le métier de formateur, plus précisément sur la pratique du métier, sur les enjeux de l’activité de transmission, sur le désir de former. L’auteur fait le choix d’une approche résolument psychanalytique, essentiellement lacanienne, pour aborder les fondements de ce qu’elle nomme une passion.
Elle formule alors l’hypothèse de la présence et de la manifestation d’un désir d’emprise au cœur de toute relation formative « qui vise la neutralisation du désir d’autrui » (p. 8). Ce désir s’exprime selon deux modalités : l’une, obsessionnelle, qui s’appuie sur la force du pouvoir et du savoir, l’incarnation d’un modèle ;
l’autre, perverse, dont l’arme est la séduction, la captation de l’autre.
Après avoir longuement discuté la notion d’emprise pour analyser la relation formative, le travail de recherche se déploie selon deux modalités : l’une s’appuie sur des entretiens auprès de formateurs en travail social, l’autre sur une observation minutieuse d’un moment de formation, des séquences d’analyse des pratiques conduites par les mêmes formateurs. La présentation du matériel, des données recueillies, tend à rendre concrète l’approche théorique, à mettre en quelque sorte des visages sous des noms en dessinant quelques figures de professionnels, en exposant quelques manifestations de l’emprise en situation de formation.
Dans une dernière partie, délaissant les données de la recherche au profit d’un retour à l’étude de textes et de travaux analytiques, Patricia Vallet livre son cheminement de formatrice, sa réflexion sur l’exercice d’un métier dont l’enjeu essentiel serait de se déprendre de l’emprise (soumission ou séduction) au profit de la maîtrise de la relation formative, pour promouvoir un processus de formation qui devrait se fonder, à la fois, à une morale située du côté de la prescription, de la « conformisation » à des modèles et à une éthique qui renverrait au remaniement de la personnalité et au surgissement d’un sujet singulier de parole et de désir (p. 244-245). Le formateur est alors envisagé comme un initiateur, un passeur que le détour, la patience, l’attente et l’impossible perfection ne rebutent pas. Si on suit avec intérêt l’exploration que propose l’auteur – et ce d’autant plus que ce qui se trouve décrit et analysé ne saurait se limiter à la formation en travail social mais peut tout aussi bien concerner quelques logiques de l’enseignement supérieur –, il n’en reste pas moins un problème, non éludé mais non résolu, celui d’une démarche d’analyse qui, adossée à des préalables posés dans le champ de la psychanalyse, se revendique d’abord comme une forme d’interprétation (p. 82). Dès lors, « l’élimination de ce qui pouvait apparaître hors sujet » (p. 83) ou « la sélection de quelques extraits qui m’ont paru significatifs » (p. 159), pour ne citer que deux des éléments signalés de méthodologie, soulignent parfois le côté plus illustratif que démonstratif du matériel présenté, qui n’est pas repris, nous l’avons déjà indiqué, dans la dernière partie. De fait, cette recherche des figures annoncées se fait peut-être au détriment de la nuance, de l’apparition de figures plus proches de celles décrites par Kaës, dans Fantasme et formation par exemple.
On peut également s’interroger sur la présentation troublante de cet ouvrage. Ce qui se trouve énoncé prend la forme d’un discours sur des connaissances qu’il s’agit de transmettre; sa lecture est orientée à la fois par le type de plan et de titres (« Excursus et commentaires », « Définitions, qu’est-ce que la formation ? »… ) qui font penser à un cours et, surtout, par les mots et les phrases soulignés, mis en exergue comme des repères essentiels qu’il s’agit de ne pas manquer. Quitte à tomber nous-mêmes dans l’interprétation, on peut se demander si, d’une certaine manière, l’auteur n’a pu échapper à un désir d’emprise sur le lecteur.
 
Anne-Marie Doucet-Dahlgren À propos de Denis Mellier L’inconscient à la crèche. Dynamique des équipes et accueil des bébés, Paris, ESF, 2000,305 p.
 
 
Cet ouvrage, qui traite de la crèche collective et de la dynamique de ses différents acteurs, se trouve à la croisée de deux approches. Denis Mellier a, en effet, mêlé les genres, qui sont d’un côté celui de l’institutionnel et, de l’autre, celui de l’inconscient. Plus précisément encore, le point d’ancrage de cette recherche, issue d’un travail de thèse, se situe autour de la question, rarement étudiée, de la vie psychique des bébés accueillis et de celle des équipes accueillantes. L’auteur prend le parti d’explorer, à travers l’organisation de la vie institutionnelle, les problématiques imaginaires sous-jacentes. Fort de sa longue expérience de psychologue intervenant en crèche, il choisit de rendre compte, avec originalité, du travail accompli à partir du point de vue des professionnels, selon quatre axes : ( 1) la transformation des phénomènes de « chouchou » dans un groupe, ( 2) la contenance de la figure du bouc émissaire et de l’agressivité, ( 3) les effets de la séparation et des alliances entre équipes et parents, ( 4) les crises et l’histoire du cadre institutionnel. La crèche est ainsi visitée de l’intérieur, l’auteur privilégiant une approche psychanalytique du groupe et du bébé, en se référant aux travaux de W. Bion, E. Bick et R. Kaës. Nous suivons pas à pas le vécu de plusieurs bébés dans ce type d’institution, observé à l’aide d’outils méthodologiques différenciés (observation participante, éthologique et psychanalytique). De but en blanc, on découvre les capacités des bébés à appréhender la spécificité de l’accueil collectif qui leur est réservé et les aptitudes à interagir avec autrui, à savoir leurs capacités à réagir à toutes sortes d’événements et à déceler les moindres variations affectives auxquelles ils ne savent pas toujours faire face. À noter que ces phénomènes sont partie intégrante du travail des professionnels. Aussi l’auteur nous propose-t-il une lecture particulière de ces aspects qui en disent long sur la vie des tout-petits et des dynamiques institutionnelles. Quelques exemples sont relevés, comme celui du « chouchou », qui est ensuite analysé à partir de la notion de « travail de la relation privilégiée ». L’auteur fait peu à peu prendre conscience des incidences qu’une telle relation peut avoir sur le travail d’équipe. Travail qui, peu s’en faut, est mêlé de tensions psychiques auxquelles les professionnels doivent quotidiennement faire face afin de pouvoir répondre autant aux besoins des groupes d’enfants et de leurs familles qu’aux demandes individuelles émanant de chaque enfant. Nous sommes là au cœur d’une problématique encore peu débattue et sur laquelle Denis Mellier nous invite à réfléchir. Dès lors, les connaissances établies sur la crèche se trouvent enrichies. En tout état de cause, c’est un regard neuf qui est porté sur la vie d’une institution dont le caractère paraît bien plus complexe que ce que l’on aurait pu imaginer jusqu’alors.
 
Anne-Marie Doucet-Dahlgren À propos de Dominique Fablet(coord.) Les interventions socio-éducatives. Actualité de la recherche, Paris, L’Harmattan, 2002,295 p.
 
 
Cet ouvrage propose, à partir de douze communications présentées lors du quatrième congrès de l’AECSE (Lille, septembre 2001) de faire un état de la question sur les interventions socio-édu-catives. Plusieurs objets d’étude et cadres théoriques se trouvent ainsi confrontés, ayant comme dénominateur commun la mise en œuvre d’interventions professionnelles en direction des familles.
C’est, somme toute, un horizon complexe qui s’ouvre à nous et qui laisse entrevoir une multiplicité de questionnements. Aussi a-t-on pris soin de répartir les différentes contributions selon trois axes.
Le premier axe regroupe quatre articles et est intitulé « Les interventions socio-éducatives en perspective ». C’est l’article de P. Durning qui ouvre la voie en posant les fondements de l’objet de recherche que représentent ces interventions auprès des familles. J.M. Lesain-Delabarre s’intéresse, pour sa part, à la difficile question de l’intégration scolaire des enfants handicapés. Au regard des stratégies parentales mises en œuvre à cet effet, l’auteur met en avant un certain nombre de facteurs rendant ambigu le processus d’intégration. Vient ensuite une autre problématique, tout aussi actuelle, autour de la reproduction intergénérationnelle de la maltraitance et des pratiques de placement. J. Lecomte propose, à partir des résultats divergents des recherches dans ce domaine, de remettre en cause cet état de fait et défend l’idée qu’il ne peut, en aucun cas, s’agir de déterminisme. M. Corbillon se focalise, de son côté, sur la place qu’occupe le réseau social constitué par les usagers eux-mêmes des services sociaux. Il remet à sa juste valeur un fait difficilement contestable, concernant le manque de considération que les travailleurs sociaux manifestent à l’égard de ces réseaux.
Le second axe, « Aider et soutenir les familles dans leur action éducative », passe en revue quatre aspects touchant essentiellement à l’analyse de pratiques professionnelles. M. Boutanquoi se lance le premier dans le débat, cherchant à dénouer l’écheveau des savoirs pratiques et des représentations à travers l’exemple de la relation d’aide. Est ensuite abordée la question des actes professionnels. P. Rousseau offre à ce propos de nouvelles pistes de réflexion à partir des résultats obtenus à l’aide d’un outil d’analyse des pratiques en AEMO. Un autre aspect du travail en AEMO est développé par D. Fablet, qui lui-même interroge à juste titre le sens de la prévention des pratiques socio-éducatives. À cela se rajoute le projet original de L. Ott qui, par la création d’une structure d’animation et d’éducation envers des populations isolées, questionne la place des pratiques innovantes dans le champ du travail social.
Le dernier axe, « la suppléance familiale », rassemble quatre recherches qui ont comme point de ralliement d’avoir été conduites dans des structures de prise en charge collective. Le premier détour nous amène à découvrir une expérience italienne où P. Molina s’intéresse à la spécificité des relations des professionnels avec de très jeunes enfants accueillis en internat, cela au travers d’expériences éducatives originales. Le sujet qui est, en second lieu, développé par B. Vallerie concerne les adolescents en difficulté et les prises de décision quant à leur placement résidentiel. À la suite d’une recherche menée dans un établissement pour adultes et enfants handicapés, C. Rouyer examine la place du droit dans les institutions socio-éduca-tives. Il en vient rapidement aux problèmes et aux répercussions que pose la discordance de perception des droits entre les utilisateurs et les professionnels. L’ouvrage se clôt sur l’esquisse, faite par R. Josefsberg, de portrait d’éducateurs spécialisés dont la caractéristique est de travailler en internat. Seraient-ils si différents des autres éducateurs ?
À la lecture de cet ouvrage, force est de constater que c’est un champ d’études en pleine construction qui s’ouvre à nous et qui mérite, dans l’état actuel des choses, que l’on y prête attention.
 
Pierre Lucas À propos de Daniel Oppenheim Parents en deuil. Le temps reprend son cours, érès, 2002
 
 
Daniel Oppenheim est psychiatre et psychanalyste dans le département d’oncologie pédiatrique de l’institut Gustave-Roussy à Villejuif, auprès d’enfants traités pour un cancer. « J’ai proposé aux parents qui avaient perdu leur enfant de participer à des groupes de parole pour qu’ils puissent mieux traverser cette épreuve, retisser une relation moins douloureuse à cet enfant et aux souvenirs qu’il a laissés. » Ainsi présente-t-il ce qui sera, avec leur accord, un livre. C’est « le compte rendu précis et l’analyse d’un groupe ». C’est aussi le témoignage émouvant des parcours de deuil de parents confrontés à « l’absence » de leur enfant, mort après avoir souffert de la longue maladie du cancer.
La nature du groupe, l’auteur insiste sur ce point, est au départ clairement définie : c’est un lieu psychothérapeutique. Il semble, en effet, que ce choix est justifié par les caractéristiques propres de ce processus de deuil.
Certes, le travail du deuil est un « processus normal » qui s’accomplit, comme le dit Freud, « avec des rébellions... avec une grande dépense de temps et d’investissements, temps pendant lequel l’existence de “l’objet perdu” se poursuit psychiquement ». Et au terme duquel « le respect de la réalité l’emporte ».
Mais, il s’agit ici de la mort d’un enfant, ce qui, bien souvent, pèse d’un poids très lourd pour les parents, soumis à des tensions internes difficilement surmontables. Comme l’un d’eux le dit : « On n’a plus la relation physique avec lui, on n’a plus de désir... notre vie est devenue immobile. » Cette douloureuse expérience est exceptionnelle par rapport à d’autres séparations causées par la mort des proches et peut être alourdie par les représentations suscitées par les diverses pressions de l’environnement familial, amical ou social. Cela crée, pour eux, une situation où se justifie la mise en place d’un lieu psychothérapeutique. Avec, en outre, l’idée que, sans ce travail en groupe, la longue période nécessaire au processus du deuil aurait pu se trouver indéfiniment allongée.
Dans la succession des séances, les premiers échanges vont de l’incompréhension à la révolte, où l’on accuse le médecin et l’hôpital de n’avoir pas fait ce qu’il faut pour empêcher la mort – c’est la butée contre la réalité de la mort qui engendre cette recherche de culpabilité. Les parents eux-mêmes, à défaut de découvrir des actes fautifs, trouvent, malgré tout, l’occasion de se reprocher certains manques ou certains oublis de gestes de tendresse envers leur enfant pendant qu’il était malade.
Le travail de ce groupe est situé sur une tout autre voie que celle des lectures habituelles faites par les médias, disant que l’entourage familial ne pourra pas « faire le deuil » – on en parle souvent dans le cas des morts à la suite de violences criminelles – si les responsables de cet acte (individu, groupe, organisme ou État) ne sont pas jugés. La punition du coupable est désignée comme l’action extérieure nécessaire pour que les parents « fassent le deuil ». Le risque serait de leur laisser croire que leur souffrance aura de ce fait disparu. Or, cette centration prioritaire sur la réparation nécessaire, qui semble efficace parce qu’elle déplace avec force la pensée vers un « autre » que l’être proche perdu, ne laisse bien souvent guère d’espace pour se confronter personnellement au travail interne du deuil.
Lorsque par la lecture nous entrons dans le cheminement des séances, nous sommes, avec Daniel Oppenheim qui « conduit » ce groupe, les témoins attentifs des douloureuses prises de conscience de la réalité de l’absence, et de la découverte des changements en soi-même que chacun, mère ou père, fait à sa manière au fil des semaines.
Le travail du deuil s’y élabore davantage : nous sommes situés, d’emblée, dans le bouleversement intérieur vécu par chacun des parents de ce groupe thérapeutique. Ils osent s’affronter aux questions que soulève la responsabilité devant la mort survenue dans leur famille, ainsi que dans le monde médical, dans lequel ils ont été présents de long mois. Après quelques séances, s’exprime la difficulté de dire la mort : une femme qui est enceinte : « Je ne peux pas dire que c’est mon troisième, ce serait effacer Coralie ; si je dis que j’ai quatre enfants, alors on me dit : la grande sœur sera contente. » Dire la mort de l’enfant serait la redoubler, faire s’évanouir l’illusion de sa présence réservée. Mais la taire autoriserait les autres, ignorants, à parler pour elle.
À la dernière séance, d’autres mots surviennent qui disent une évolution intérieure, tels que : ma pensée se remet en mouvement, en six mois de thérapie j’ai évolué... Ne plus être en répétition, ni enfermé dans le temps figé de la mort. J’ai l’impression d’être dans un temps différent de la maladie.
Dans ce groupe qu’il a lui-même pensé et organisé à l’intention des parents des enfants soignés dans son service jusqu’au moment de leur mort, Daniel Oppenheim, psychiatre et psychanalyste, a une place particulière : il représente aux yeux des parents le monde des soignants, à la fois compétents et dévoués, quoique, pourtant, incapables d’empêcher la mort. Il est aussi celui qui a bien connu la souffrance de ces enfants.
Ainsi, conclut D. Oppenheim, « les parents ont évolué positivement, ils l’ont tous dit lors de la dernière réunion, et cela a concerné tous les éléments qu’ils avaient décrits dans leur souffrance et leur désarroi du début du groupe. Leur façon de parler d’eux-mêmes, de leur vie, de l’enfant mort, des soignants du temps de la maladie, des autres, de la fratrie, le confirmait. [… ] La fin [du groupe] leur apparaît [non comme une rupture violente, mais] comme une scansion s’inscrivant dans un processus qui s’est déroulé, dans lequel ils ont été actifs, qui a pris place dans le déroulement de leur vie... Et ce processus de deuil, dans le regard rétrospectif qu’ils portent sur lui, a acquis une cohérence et un sens suffisants pour eux, sans forcément répondre à toutes leurs questions ni perdre toute son opacité ».
Ce récit fait entrer le lecteur dans les pas-à-pas, les allées et venues des mouvements de l’élaboration qu’après coup on appellera processus de deuil, qui est aussi un ensemble de moments de vie. Ainsi, le livre s’adresse à beaucoup, mais en particulier à ceux qui, dans leur profession, ont à se trouver présents près de parents en deuil.
C’est l’expérience très spécifique d’un lieu thérapeutique. Elle s’est inscrite dans un contexte précis qui lui donne toute sa valeur particulière. Toutefois, elle ne pourrait guère être transposée comme telle dans un contexte autre.
 
André Demailly À propos de Jean-Pierre Algoud Systémique. Vie et mort de la civilisation occidentale ( 2 tomes), Limonest, L’interdisciplinaire, 2002.
 
 
Il existe peu d’ouvrages dont le lecteur sorte plus cultivé et plus humain, c’est-à-dire plus conscient de sa dette envers le passé et de ses devoirs envers l’avenir (non seulement de l’espèce mais de toute vie sur terre).
L’ouvrage monumental (plus de mille cinq cents pages richement illustrées) de Jean-Pierre Algoud est de ceux-là. Son titre est déjà déroutant :
Systémique. Vie et mort de la civilisation occidentale, mais son contenu l’est plus encore… Son auteur ne pouvait être qu’atypique et « multicartes » : une formation de mécanicien et d’automaticien, un court passage par Saint-Cyr, une carrière d’enseignant de sciences économiques et de gestion, des activités d’éditeur et d’imprimeur… sans parler de sa lecture des revues les plus diverses dont Le journal des psychologues (cité plusieurs fois dans l’ouvrage).
Son propos n’est pas modeste puisqu’il s’agit de refonder la science sur l’homme, tout en réinsérant celui-ci dans l’ordre de la nature et les voies de la sagesse. Ce qui signifie, entre autres, que la science est humaine (elle est le fait des hommes), qu’elle n’a pas débuté au XVIIe siècle, mais bien avant… et qu’elle s’est peu à peu dévoyée sous les effets conjoints du dualisme, du formalisme, du réductionnisme et des cloisonnements disciplinaires. La science authentique ne peut être que systémique et humaine, en puisant ses fondements non dans le plus élémentaire (les particules atomiques) mais dans la plénitude des rapports de l’homme à son environnement, comme cela a été entrepris par les civilisations qui ont précédé la nôtre…
Pour développer son propos, l’auteur entrelace donc deux fils conducteurs qui s’éclairent mutuellement : 1) celui de la connaissance de l’homme, où le mode de fonctionnement de ses neurones ou de ses gènes importe moins que la manière dont il s’est organisé socialement pour survivre et progresser, autrement dit les civilisations; 2) celui d’une approche systémique de la réalité, qui est la seule qui permette tant de révéler les aberrations de nos choix actuels (politiques, économiques, scientifiques et même vitaux) que de corriger le tir pour l’avenir…
Ainsi les civilisations sont-elles des systèmes actifs et interactifs qui évoluent en oscillant entre ordre et désordre. Tout particulièrement, toute civilisation a une vie et une mort, laquelle survient lorsque ses modes d’organisation et de pilotage ne parviennent plus à enrayer la montée du désordre. Le cycle de vie moyen d’une civilisation serait de 900 ans. La plus ancienne, la civilisation égyptienne, doit sa solidité au caractère très contraignant de son environnement : le Nil et les saisons imposaient une hiérarchie très forte (pharaon, prêtres) qui permettait aux premiers agriculteurs de travailler au mieux de leurs compétences et de leurs moyens. L’Égypte connut même d’autres cycles de civilisation à mesure que son emprise s’étendait sur d’autres peuples et sur un environnement plus diversifié. D’autres civilisations suivirent : mésopotamienne, romaine, arabe, chinoise… et, bien sûr, la civilisation occidentale actuelle, dont Algoud prévoit la fin pour les années 2050…
On notera au passage que l’auteur estime qu’il n’y a pas eu de civilisation grecque. L’apport grec n’est qu’un sous-produit dégradé des civilisations égyptienne et mésopotamienne, abusivement glorifié par la civilisation occidentale qui en reprendra, pour son malheur, les pires aspects (mépris de l’action et des techniques, pensée analytique et causale, goût pour la formalisation statique, apologie d’une démocratie qui endort l’individu au profit d’une oligarchie toute-puissante).
En s’inspirant des Grecs, notre civilisation va à l’opposé d’une approche systémique du monde… et engendre des individus déboussolés, assistés et multidépendants… Compte tenu de son état avancé de désintégration, attesté notamment par la stérilité croissante de ses territoires scientifiques émiettés et myopes, il s’agit donc de refonder une science authentique qui ne peut être que systémique, en s’inspirant des savoirs premiers légués par les civilisations antérieures, et en espérant qu’elle féconde la civilisation à venir (qui ne pourra être que mondiale)…
Dans sa tentative, Algoud se garde de dédaigner les contributions de ses contemporains en faveur d’un regain de l’approche systémique. Mais ceux-ci se sont laissé piéger par leurs modèles :
modèle mécaniste de l’ordinateur pour les cybernéticiens (Turing, Wiener) ;
modèle linéaire et mutilant des équations différentielles pour d’autres (von Bertalanffy, Forrester). D’un côté, la machine reste un système hétéronome dont les fins sont fixées par l’homme (et qui ne peuvent l’éclairer sur les siennes) ; de l’autre, les équations différentielles ne sont que des outils rudimentaires, incapables de rendre compte des interactions et rétroactions des systèmes dans leurs environnements multiples.
Averti de ces écueils, Algoud présente les bases et volets de la systémique à construire : systémologie (formes et propriétés des systèmes), systémogenèse (évolution des systèmes) et systémométrie (étude des systèmes).
Plutôt que de tenter de résumer des pages si denses, nous soulignerons que chaque volet contient des morceaux de bravoure qui passionneront le psycho-logue. En systémologie, dans la partie consacrée aux modes d’organisation, celui-ci appréciera la description des pathologies pyramidales (ou hiérarchiques) qui correspondent à la dépossession de toute initiative des « opérationnels » au profit de « fonctionnels » ou de « politiques » parasites. En systémogenèse, il notera le coup de chapeau à Kurt Lewin pour sa théorie du champ (le système considéré comme champ de forces en interaction avec d’autres champs). En systémométrie, il trouvera un exposé limpide et savoureux des ressources et limites des mathématiques, et notamment des prestigieuses équations différentielles, censées établir la suprématie des sciences économiques parmi les sciences humaines… pour les laisser encore plus démunies que la psychologie (qui ne se porte guère mieux d’ailleurs, avec ses statistiques descriptives ou inférentielles) : dès qu’on a pris la mesure de leur blindage mathématique, les forteresses disciplinaires prennent plutôt l’allure de prisons de carton où chacun s’enferme pour son malheur…
Soulignons aussi, à la fin de ce parcours provocant et percutant, la mise à mal de l’un des mythes les plus ancrés dans notre civilisation : celui de la complexité croissante des systèmes au profit de l’homme qui en serait le sommet.
Algoud montre qu’il n’en est rien et que les petites bactéries font preuve de capacités d’adaptation et d’évolution supérieures aux nôtres (tout au moins tant que nous nous accrocherons à nos modes de pilotage et d’organisation actuels) : non seulement elles s’adaptent fort bien aux environnements les plus extrêmes et notamment à nos armes de destruction à leur encontre (les antibiotiques), mais elles sont capables de muter ou d’échanger leurs compétences bien plus rapidement que nous ! L’homme est donc loin d’avoir gagné la partie et risque fort de disparaître de cette terre (et plus vite qu’il n’est venu)… si la prochaine civilisation ne se construit pas sur des bases plus systémiques !
Bien entendu, on note, par-ci par-là, des faiblesses, des lacunes ou des prises de position un peu trop sommaires. En revanche, ce livre ne prend jamais l’allure d’un traité définitif et fermé où tout serait dit… Il ne fait qu’ouvrir des pistes et proposer des approches… S’il considère que sa discipline s’apparente davantage à un carrefour qu’à une forteresse, tout psychologue devrait y voir l’appel à un sursaut collectif qui le concerne directement…
 
Claude Tapia À propos de J.D. Nasio Un psychanalyste sur le divan, Paris, Payot, 2002,190 p.
 
 
Le dernier ouvrage de J.D. Nasio diffère apparemment des précédents en ce qu’il se met lui-même en scène, c’est-à-dire « sur le divan », pour se livrer à une réflexion, encadrée par les questions convenues d’un étudiant, sur ses propres pratiques thérapeutiques. Le lecteur comprend vite que le projet de cet ouvrage n’est pas de faire avancer la connaissance scientifique, disons la pensée psychanalytique, ou d’explorer une parcelle nouvelle de ce champ – ou alors cet objectif reste secondaire –, mais de vulgariser certains aspects de la cure à travers de nombreux exemples et de rectifier, autant qu’il était possible de le faire dans ce cadre limité, les pseudo-connaissances, les représentations débiles concernant la psychanalyse qui circulent assez largement au sein du public non averti. Notons tout de suite que cette vulgarisation n’a rien de vulgaire et ne donne en aucune façon dans la facilité, même si l’auteur s’appuie sur un double procédé qui a fait ses preuves : se faire interroger par un disciple acquis à ses conceptions et convictions, simuler l’existence d’un auditoire ou d’un lectorat naïf en la matière mais très désireux d’apprendre et d’assimiler le message (depuis quelques années, les ouvrages du genre Le racisme expliqué à mes enfants ou Le bouddhisme raconté à mes amis fleurissent à la devanture des librairies). Cela n’enlève rien à l’essentiel d’une intention éminemment pédagogique et « ouverte » à d’éventuelles contradictions ou réserves, qui à vrai dire ne viennent pas, car alors il aurait fallu pour cela changer de stratégie ou adopter une présentation articulée selon le modèle de l’entretien-débat contradictoire. Les écrivains ou auteurs dramatiques ont largement utilisé la fiction d’une rencontre entre des personnages incarnant des thèses antagonistes pour faire saisir l’essence d’une théorie, d’une œuvre artistique, d’une pensée philosophique, etc. On a vu il y a quelques années, au théâtre, l’excellente dramatique d’Eric Emmanuel Schmitt Le visiteur, montrant à Vienne, après l’invasion nazie, l’affrontement du vieux Sigmund avec l’envoyé de Dieu; ou, récemment jouée, la pièce de Terry Johnson Hystéria qui met en scène le choc, sur le mode parodique, des deux figures de la modernité que sont Sigmund Freud et Salvador Dali.
Cette digression n’est pas pour souligner les limites de l’essai de Nasio, mais au contraire pour caractériser son option pédagogique. Option tout à fait cohérente avec le projet de clarification et de simplification des aspects les plus ardus du corpus psychanalytique. C’est ainsi, par exemple, qu’il entreprend (p. 171) l’explicitation du concept lacanien d’« objet petit a » à travers le récit anecdotique de l’amour d’un patient pour une jeune femme, Albertine (clin d’œil à Proust), qui présente toutes les qualités imaginables et qui a toutes les raisons d’être aimée sans qu’aucune d’elles n’explique la force de sa séduction, de la fascination qu’elle exerce. Nasio invoque ici les notions de « je-ne-sais-quoi » et ce « presque rien » qui ont fait le retentissement inoubliable des « leçons » de W. Yankelevitch. Il faut dire qu’ici Nasio pousse un peu loin la volonté de simplification à propos de l’« objet petit a », notion qui renvoie à l’hypothèse lacanienne de l’indépassable statut d’objet pulsionnel partiel du sujet, indéfiniment substituable à d’autres, d’où son essence d’être peu de chose, « presque rien » (voir l’article de A. Juranville, « Singulières amours », dans Le journal des psychologues, n° 199, juillet-août 2002). Sur d’autres points, les définitions, les explications, quand elles ne frôlent pas la recette – voir par exemple les conseils sur les conditions de la pérennité de l’amour dans le couple (p. 84) ou sur la manière de soigner la jalousie (p. 80) –, sont parfaitement claires et répondent sans doute à l’attente d’un vaste public. La définition de la santé mentale comme « l’état d’une personne capable de connaître ses limites et de les aimer » (p. 27), celle de l’efficacité d’une analyse (« si elle conduit le patient à changer la vision qu’il avait de lui-même malade », p. 23) ou celle de la « technique psychanalytique » comparée à d’autres techniques psychothérapeutiques (p. 22) contribuent à clarifier les idées sur ce vaste domaine d’application des procédures et des techniques de la thérapie. Il faut aussi compter parmi les multiples qualités de l’ouvrage le fait qu’il survole le vaste registre des problèmes rencontrés par tout un chacun dans le cadre de sa vie quotidienne – la vie de couple, la dépendance affective dans la famille ou la vie professionnelle, l’homosexualité, l’éducation des jeunes, etc., et sur lesquels il souhaite être informé et rassuré.
La philosophie et l’humanisme de l’auteur se révèlent au fil des chapitres ; elle tient en deux propositions : la première ne me semble pas très éloignée du concept de résilience proposé par Cyrulnik, à savoir : « Tout le monde peut réussir sa vie malgré les handicaps et les obstacles » ; la seconde est empruntée à Lacan : « Ce qu’on nous demande, il faut l’appeler d’un mot simple, c’est le bonheur » (p. 48). Peut-être pourrait-on reprocher à Nasio, au terme de cette « lecture », la tendance à gommer dans son ouvrage le caractère hypothétique des principales analyses et schémas freudiens ou lacaniens et à présenter un certain nombre de contributions conceptuelles comme définitivement acquises.
 
NOTES
 
[1] Association des enseignants et chercheurs en sciences de l’éducation.
[2] Le travail important que menait Arnaud Chatenoud sur la question du réseau de soutien social des familles restera malheureusement inachevé : c’est avec stupeur et tristesse que nous avons appris son décès, qui endeuille l’équipe du CREF de Paris X Nanterre.
[3] Cf. Projets en action sociale. Entre contraintes et créativité ( 1998), Les usagers de l’action sociale. Sujets, clients ou bénéficiaires ? ( 2000), publiés dans la même collection, « Savoir et formation », aux éditions L’Harmattan.
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