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I.S.B.N.274920237X
172 pages

p. 155 à 156
doi: en cours

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no80 2003/2

 
Valérie Cohen-Scali A propos de … Serge Moscovici et Fabrice Buschini Les méthodes des sciences humaines PUF, 2003
 
 
Plusieurs raisons conduisent à affirmer que l’ouvrage Les méthodes en sciences humaines est un ouvrage central pour les chercheurs en sciences sociales et les étudiants avancés :
1. Le titre du livre ne renvoie qu’à un aspect assez limité de son contenu qui est, en fait, beaucoup plus riche et dépasse largement, la description des différentes méthodologies. Cet ouvrage propose, en réalité, une vaste réflexion, concernant à la fois la place et l’évolution de plusieurs disciplines des sciences humaines (plus particulièrement la psychologie sociale et la sociologie) et l’histoire des méthodologies utilisées ainsi que leurs apports et leurs limites;
2. Le choix de mobiliser des chercheurs de plusieurs disciplines (psychosociologues essentiellement mais également sociologues, anthropologues, linguistes) offre une variété de points de vue et permet d’observer les complémentarités et les différences entre les approches présentées;
3. La description à la fois de « l’état de l’art », d’une analyse des évolutions de la méthode mais, également d’une présentation précise de la manière de l’utiliser témoigne d’une intention pédagogique qui facilite l’assimilation des principes, des méthodes et outils exposés. Cette volonté des auteurs de fournir une partie importante des connaissances indispensables à l’utilisation des méthodologies conduit le lecteur à s’intéresser de très près à d’autres méthodes. Ainsi, si chaque chercheur a tendance à manier de manière privilégiée une méthode plutôt qu’une autre, la lecture de l’ouvrage peut tout de même l’inciter à s’approprier de nouvelles méthodologies.
Dès l’avant-propos, Moscovici pose une question clef : quelle est la fonction d’une méthodologie ? Il propose cette réponse « fonction de transformation des concepts de sens communs en concepts scientifiques, de création originale et de compréhension des phénomènes naturels [… ]. Elles ouvrent la voie à la résolution des mystères de la réalité ». Pour opérer cette transformation de concepts de sens communs en concepts scientifiques, des procédures définies, des actions, des opérations précises et relativement standardisées doivent être appliquées. Cependant, chacune apparaît comme le produit à la fois de règles prescrites et du savoir faire du chercheur. Ainsi, Moscovici souligne d’emblée que les exposés proposés dans l’ouvrage sont le fruit de l’expérience des contributeurs autant que de leurs connaissances. Le rôle de l’expérience est en effet, central pour toute pratique méthodologique. C’est une autre originalité qui a présidé à la réalisation de l’ouvrage que d’insister sur le fait que toute méthode implique son appropriation et donc sa transformation par la mise en œuvre, processus au cours duquel l’intuition s’appuyant sur l’expérience, intervient tout autant que la technique.
L’ouvrage présente une construction plutôt originale en trois parties.
En effet, de nombreuses méthodologies sont abordées et les démarches et les outils qui les constituent sont d’abord décrits finement puis évoqués dans le cadre d’applications concernant des thèmatiques centrales. Néanmoins, cette construction, riche pour celui qui dispose de cadres de références peut conduire le novice à une perception floue des démarches à adopter pour un premier travail de recherche. On peut rencontrer parfois, des difficultés à s’orienter puisque certaines thématiques (comme l’entretien ou le questionnaire) sont abordées à plusieurs reprises dans différents chapitres.
La première partie sur « Les grandes pratiques méthodologiques » traite d’approches appliquées à des populations particulières (les communautés), de méthodes couramment mises en œuvre (comme la méthode par enquêtes ou sondages, la méthode expérimentale, les méthodes qualitatives), et d’autres plus rarement utilisées (les expériences en milieu naturel). On y trouve aussi un chapitre très intéressant sur les spécificités des méthodologies de la sociologie.
La deuxième partie, « Les méthodes spécifiques », est consacrée d’une part, à la description d’instruments méthodologiques pouvant être mobilisés dans des cadres variés : l’entretien individuel ou de groupe, le questionnaire et la construction des échelles d’attitudes, et d’autre part à l’exposé de techniques d’analyse des données : analyse de contenu, analyse typologique, analyse de discours.
Enfin, la troisième partie, « Approches thématiques », propose des focalisations sur certaines thématiques correspondant à des réflexions épistémologiques dans le cadre de la recherche sur les représentations sociales et à leurs conséquences en terme méthodologique : l’approche structurale des représentations sociales, l’analyse des principes organisateurs des représentations sociales, la « matière historique ». Mais on bénéficie également de présentations complètes sur les approches méthodologiques spécifiques qui doivent être utilisées pour étudier certains thèmes centraux en sciences humaines (les comparaisons entre cultures et la résolution des conflits) et d’autres d’actualité (l’analyse des médias).
Au final, on ne peut que se réjouir de bénéficier d’un ouvrage dont la majorité des chapitres constitueront dans l’avenir une référence pour l’enseignement et la pratique des méthodologies en sciences humaines.
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