2003
Connexions
Notes de lecture
Valérie Cohen-Scali
A propos de …
Serge Moscovici et
Fabrice Buschini
Les méthodes des sciences
humaines
PUF, 2003
Plusieurs raisons conduisent à affirmer que l’ouvrage Les méthodes en
sciences humaines est un ouvrage central
pour les chercheurs en sciences sociales
et les étudiants avancés :
1. Le titre du livre ne renvoie qu’à un
aspect assez limité de son contenu qui
est, en fait, beaucoup plus riche et
dépasse largement, la description des différentes méthodologies. Cet ouvrage propose, en réalité, une vaste réflexion,
concernant à la fois la place et l’évolution
de plusieurs disciplines des sciences
humaines (plus particulièrement la psychologie sociale et la sociologie) et l’histoire des méthodologies utilisées ainsi
que leurs apports et leurs limites;
2. Le choix de mobiliser des chercheurs
de plusieurs disciplines (psychosociologues essentiellement mais également
sociologues, anthropologues, linguistes) offre une variété de points de vue et permet d’observer les complémentarités et
les différences entre les approches présentées;
3. La description à la fois de « l’état de
l’art », d’une analyse des évolutions de la
méthode mais, également d’une présentation précise de la manière de l’utiliser
témoigne d’une intention pédagogique
qui facilite l’assimilation des principes,
des méthodes et outils exposés. Cette
volonté des auteurs de fournir une partie
importante des connaissances indispensables à l’utilisation des méthodologies
conduit le lecteur à s’intéresser de très
près à d’autres méthodes. Ainsi, si
chaque chercheur a tendance à manier de
manière privilégiée une méthode plutôt
qu’une autre, la lecture de l’ouvrage peut
tout de même l’inciter à s’approprier de
nouvelles méthodologies.
Dès l’avant-propos, Moscovici pose
une question clef : quelle est la fonction
d’une méthodologie ? Il propose cette
réponse « fonction de transformation des
concepts de sens communs en concepts
scientifiques, de création originale et de
compréhension des phénomènes naturels
[… ]. Elles ouvrent la voie à la résolution
des mystères de la réalité ». Pour opérer
cette transformation de concepts de sens
communs en concepts scientifiques, des
procédures définies, des actions, des opérations précises et relativement standardisées doivent être appliquées.
Cependant, chacune apparaît comme le
produit à la fois de règles prescrites et du
savoir faire du chercheur. Ainsi, Moscovici souligne d’emblée que les exposés
proposés dans l’ouvrage sont le fruit de
l’expérience des contributeurs autant que
de leurs connaissances. Le rôle de l’expérience est en effet, central pour toute
pratique méthodologique. C’est une autre
originalité qui a présidé à la réalisation de
l’ouvrage que d’insister sur le fait que
toute méthode implique son appropriation et donc sa transformation par la mise
en œuvre, processus au cours duquel l’intuition s’appuyant sur l’expérience, intervient tout autant que la technique.
L’ouvrage présente une construction
plutôt originale en trois parties.
En effet, de nombreuses méthodologies sont abordées et les démarches et les
outils qui les constituent sont d’abord
décrits finement puis évoqués dans le
cadre d’applications concernant des thèmatiques centrales. Néanmoins, cette
construction, riche pour celui qui dispose
de cadres de références peut conduire le
novice à une perception floue des
démarches à adopter pour un premier travail de recherche. On peut rencontrer
parfois, des difficultés à s’orienter
puisque certaines thématiques (comme
l’entretien ou le questionnaire) sont abordées à plusieurs reprises dans différents
chapitres.
La première partie sur « Les grandes
pratiques méthodologiques » traite d’approches appliquées à des populations
particulières (les communautés), de
méthodes couramment mises en œuvre
(comme la méthode par enquêtes ou sondages, la méthode expérimentale, les
méthodes qualitatives), et d’autres plus
rarement utilisées (les expériences en
milieu naturel). On y trouve aussi un chapitre très intéressant sur les spécificités
des méthodologies de la sociologie.
La deuxième partie, « Les méthodes
spécifiques », est consacrée d’une part, à
la description d’instruments méthodologiques pouvant être mobilisés dans des
cadres variés : l’entretien individuel ou
de groupe, le questionnaire et la
construction des échelles d’attitudes, et
d’autre part à l’exposé de techniques
d’analyse des données : analyse de
contenu, analyse typologique, analyse de
discours.
Enfin, la troisième partie,
« Approches thématiques », propose des
focalisations sur certaines thématiques
correspondant à des réflexions épistémologiques dans le cadre de la recherche sur
les représentations sociales et à leurs
conséquences en terme méthodologique :
l’approche structurale des représentations sociales, l’analyse des principes
organisateurs des représentations
sociales, la « matière historique ». Mais
on bénéficie également de présentations
complètes sur les approches méthodologiques spécifiques qui doivent être utilisées pour étudier certains thèmes
centraux en sciences humaines (les comparaisons entre cultures et la résolution
des conflits) et d’autres d’actualité
(l’analyse des médias).
Au final, on ne peut que se réjouir
de bénéficier d’un ouvrage dont la majorité des chapitres constitueront dans
l’avenir une référence pour l’enseignement et la pratique des méthodologies en
sciences humaines.