Connexions
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I.S.B.N.274920450X
224 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no82 2004/2

2004 Connexions

Éditorial

Serge Blondeau Jean-Pierre Pinel
Nous assistons à une extension considérable de la place prise par les groupes de parole dans des sites extrêmement divers. Une recension des institutions et organisations dans lesquelles se développent ces pratiques couvrirait un large pan du champ sociétal : de l’hôpital aux maisons de retraite, des établissements sociaux aux foyers pour immigrés, du collège aux centres de formation… Tout se passe comme si ces groupes de parole formaient une réponse universelle face aux interrogations, souffrances, troubles ou malaises contemporains. Il semble ainsi aller de soi que les personnes comme les organisations puissent recourir à ces méthodes pour « traiter » toute problématique psychique ou sociale. Cet essor constitue un fait culturel que Connexions devait participer à interroger.
La formule groupe de parole tend à prendre la valeur d’un terme générique, recouvrant sous un vocable commun, différentes méthodes et pratiques, référées à des modèles théoriques divers. Cependant, en dépit de cette hétérogénéité, ces modalités de groupement se caractérisent d’abord par la négativité, c’est-à-dire par ce qu’elles ne sont pas. D’une part, elles se démarquent de celles qui sont régies par des impératifs de décisions ou de contraintes opératoires ou techniques, d’autre part, elles se distinguent des groupes thérapeutiques stricto sensu. Autrement dit ces méthodes se situent dans un registre intermédiaire, visant fondamentalement à réarticuler l’individuel et le collectif, en recréant un espace pour le lien groupal. La formidable expansion de ces dispositifs semble témoigner d’une aspiration partagée à recréer du lien et du groupe face aux mutations culturelles contemporaines.
Les groupes de parole semblent donc constituer une forme de réponse à la crise des institutions, aux ruptures et déliaisons propres au malaise actuel. Cependant, ne peut-on penser qu’il s’agit d’une réponse non seulement partielle, mais aussi potentiellement paradoxale en tant qu’elle méconnaîtrait les fondements et les sources de son déploiement ?
Ces différentes questions sont abordées dans ce numéro. Dans un article introductif, Jean Maisonneuve et J.-P. Pinel nous rappellent que ces méthodes s’enracinent dans une histoire. Les temps forts mettent en évidence que les groupes de parole ont toujours constitué une forme de résistance du sujet, jadis face aux excès de la bureaucratisation, aujourd’hui face aux dérives organisationnelles associées à la désinstitutionnalisation. Ce rappel synthétique met aussi en évidence que la différenciation entre les méthodes groupales référées strictement à la psychanalyse et celles d’orientation plus psychosociologique est apparue très tôt. Il en résulte que les lignes de partage théorique opèrent notamment en fonction des champs d’exercice. Ce volume en témoigne : les groupes de parole d’inspiration psychanalytique se déploient essentiellement dans des sites destinés à accueillir et à traiter différentes formes de pathologie : les lieux de la maladie, de la mort, de la folie ou de l’exclusion. Les articles se référant plus largement aux modèles psychosociologique, sociopsychanalytique ou anthropologique se développent quant à eux plus particulièrement dans les secteurs de l’éducation et de la formation.
S. Blondeau explore de manière approfondie les répercussions des mutations institutionnelles contemporaines à partir d’une institution emblématique, à savoir l’hôpital, en distinguant et réarticulant ce qui, dans la demande de groupe de parole relève de l’individuel, du collectif et de l’institutionnel. A. Quaderi montre que ces dispositifs constituent une modalité de mise à l’épreuve des théories psychanalytiques de la parole, de l’adresse et de l’écoute. G. Gaillard reprend la question des rapports entre le processus groupal et l’arrière-fond institutionnel en centrant son étude sur la position de l’analyste. C. Henri-Ménassé pointe que si ces dispositifs de groupe sont massivement investis par les analystes, les théorisations en demeurent assez limitées, notamment au sein des institutions analytiques. Cet impensé ne signe-t-il pas une résistance de ces institutions à explorer quelques éléments de leur propre fonctionnement.
J.-P. Minary et Ph. Perrin décrivent et analysent avec une grande rigueur les conditions de mise en place d’un groupe de parole auprès de sujets dits exclus et proposent une définition originale de ces dispositifs.
D. Fablet clarifie les finalités des groupes d’analyse des pratiques professionnelles d’orientation psychosociologique. Il procède à une différenciation claire entre groupe de parole et groupe d’analyse des pratiques professionnelles en spécifiant les limites de ces dispositifs. Claudine Blanchard-Laville et Suzanne Nadot rendent compte des processus mobilisés par la mise en œuvre de deux dispositifs d’analyse des pratiques professionnelles d’orientation théorique différente auprès de professionnels de l’Éducation nationale. Françoise Hatchuel montre que les groupes de parole centrés sur le rapport au savoir, permettent de transformer les représentations des obstacles à l’apprentissage et de mettre en travail certains dénis associés à la problématique contemporaine de la transmission. M.-J.Acevedo nous présente le dispositif d’expression collective des élèves créés par G. Mendel et les conditions de son application dans une perspective interculturelle. Elle montre que l’exportation d’une méthode impose de repenser les conditions culturelles et institutionnelles de son appropriation.
Enfin, C. Sellenet ouvre la problématique à partir de son expérience d’animatrice de groupe de parole de parents. Elle analyse les conditions d’utilisation de ce dispositif comme une scène où les parents exhibent leur intimité ; témoignant ainsi des déplacements contemporains des frontières de l’intime et du public.
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