Connexions
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I.S.B.N.2-7492-0609-X
192 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 85 2006/1

2006 Connexions

Éditorial

Emmanuel Diet
Dans le contexte hypermodeme de la mondialisation libérale, comme l’avait prévu Freud, la clinique et singulièrement la psychanalyse se trouvent l’objet des attaques conjuguées du positivisme scientiste (« Les médecins »), et de l’irrationalisme mystique (« Les prêtres »), tandis que la psychologisation de et dans la société ouvre la voie à une très inquiétante police des familles, à de très problématiques évaluations des travailleurs et des citoyens, au retour, sous couvert d’efficacité et de modernité et bien entendu sous des formes plus présentables, de discours et de pratiques que l’on avait pu espérer voir disparaître avec les totalitarismes du XXe siècle… Or, même si les psychanalystes n’ont pas toujours su éviter les tentations réductionnistes ou les élations idéalistes, le paradigme freudien s’est révélé fécond en développement théorique et clinique et a fait la preuve de sa pertinence, aussi bien en extension (le groupe, l’institution, la culture…) qu’en pénétration (la psychose, la perversion, la psychosomatique…). Il apparaît donc utile d’expliciter la cohérence épistémologique de la métapsychologie et des théorisations psychanalytiques pour en démontrer la rationalité spécifique et la dimension anthropologique, ainsi que leur congruence avec les modèles de la sociologie critique et des sciences humaines. La complexité de la relation interprétative et la dynamique du lien s’opposent comme construction du sens, au simplisme réducteur et normalisant des techniques mécanicistes de modelage comportemental et cognitif, dont la revendication de scientificité, sous prétexte d’approche expérimentale, relève trop souvent de l’imposture au regard d’une interrogation méthodologique et épistémologique rationnelle, seule capable d’intégrer les conflictualités et l’histoire. Encore est-il nécessaire que les cliniciens, psychanalystes compris, et leurs adversaires acceptent que la critique rationnelle soit la référence du débat sur le conflit des interprétations et la légitimité des pratiques, et que force reste au principe de réalité.
Aux tentations totalitaires oublieuses de l’histoire qui instrumentalisent en les déformant les hypothèses et les découvertes des neuro- sciences et de la génétique, il convient d’opposer, dans la sérénité d’une scientificité humaniste, les pouvoirs de la critique rationnelle, soucieuse du destin de la subjectivité dans un monde désormais voué à la marchandisation généralisée et à la gestion des risques. La pertinence de l’approche clinique, étayée sur l’épistémologie du contre-transfert articulée en complémentarité aux sciences biologiques et sociales, se prouve et s’éprouve dans le développement historique du paradigme psychanalytique et de sa transmission, qui s’inscrivent dans le socialhistorique et les conflictualités internes à l’épistémé contemporaine. La médiatisation caricaturale d’une « clinique » séductrice et tranquillement moralisante, le simplisme désolant des approches objectivantes et de leurs certitudes scientistes, les naïvetés destructrices des normalisations comportementales devraient amener tous les psychistes à une interrogation des fondements idéologiques et épistémologiques de leurs pratiques, de leurs relations au pouvoir et aux pouvoirs. Mais dérives et caricatures ne devraient pas occulter ce que la discipline psychanalytique a su apporter comme transformations dans la culture et la société, comme références à la médecine et à la psychologie, et, singulièrement dans les circonstances où les sujets en détresse se trouvent confrontés aux limites traumatiques de l’humaine condition, ce qu’aucun programme de normalisation, aucun psychotrope ne sauraient abolir.
À maintenir les différenciations symboliques et les interdits nécessaires à l’humanisation par le travail de culture, la psychanalyse et les pratiques qui s’en inspirent tiennent une position singulière au service de la subjectivation dans un contexte où l’apologie de la jouissance et l’appel à la régression sont devenus la règle commune d’une société ordonnée aux logiques désubjectivantes de la marchandisation et prête à toutes les violences pour sauvegarder son fonctionnement. Pourtant, partout où l’humain est en question, sans illusion quant à son destin et ses capacités à transformer le monde – mais confiant dans sa méthode et sa théorie –, le clinicien, étayé sur l’histoire de sa discipline et la référence aux modèles qui éclairent sa pratique de l’interprétation, travaille à maintenir les conditions nécessaires à un Je pour exister. C’est de cette praxis que notre revue entend ici témoigner, qu’il s’agisse de resituer la psychologie clinique dans son historicité institutionnelle (Annick Ohayon), d’interroger l’après-coup de l’analyse (Mady Jeannet-Hasler), de marquer la nécessité d’une formation clinique des enseignants (Jean-Pierre Vidal), d’interroger la psychanalyse à partir de l’œuvre de Salomon Resnik, de N. Abraham et M. Torok (Claude Nachin), de repérer l’influence de M. Balint sur la psychanalyse contemporaine (Michelle Moreau-Ricaud), ou de mettre en travail le paradigme psychanalytique à la lumière du complémentarisme de G. Devereux (Emmanuel Diet).
Afin que, dans la mesure du possible, s’ouvre l’espace d’un débat où le sens interroge la vérité à l’épreuve de la raison discursive…
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