2006
Connexions
Hommage à Guy Palmade
Jean Maisonneuve
Claude Tapia
Guy Palmade vient de nous quitter après de longues épreuves qui
n’ont jamais altéré pourtant sa vivacité d’esprit. À la fois créateur et
rigoureux, doué pour l’écoute, l’échange et l’analyse critique, il fut en
France l’un des pionniers de la psychosociologie, sans doute le plus stimulant. Ses collègues, ses amis de la même génération ou de la suivante
lui sont presque tous redevables en matière de modèles théoriques, de
pistes de recherche ou de pratiques groupales.
Sobriété et générosité dans ses relations aux autres, densité de ses
écrits, acuité de ses interventions. Si tel de ses textes présente quelque
opacité, cela ne tient pas à la sophistication cultivée par beaucoup d’auteurs, mais à un contenu qui ne livre tout son sens qu’au prix d’un effort
de lecture.
Après diverses fonctions dans des organismes d’enquêtes et de
consultations, il est chargé en 1947 par l’entreprise nationale EDF - GDF
d’une mission très ouverte de conseil et d’intervention psychosociologique. Il y consacrera plus de trente ans, en développant une instance
évolutive qui pilotait notamment des études de terrain et des sessions
intensives de travail en groupe au niveau global ou sectoriel.
Parallèlement, il s’engage dans d’autres novations : cofondateur de
l’ARIP, qu’il présidera de longues années, puis de la revue Connexions
où il siègera au comité de rédaction de 1972 à 1992. Sans oublier son
incursion dans le monde rural, par le truchement d’un organisme parapublique (Association pour les mutations professionnelles en agriculture) – chargé d’aménager et d’humaniser l’exode agricole en aidant à
l’orientation et à la formation des jeunes agriculteurs – dont il a présidé
le conseil scientifique pour la durée de sa mission (de 1964 à 1967). Un
peu plus tard, en 1966, au côté de Bertrand Schwartz, pionnier du développement de la formation en France, il contribue à la création de l’Institut national pour l’éducation des adultes dont il organise l’écheveau
des actions et des enquêtes qui ont laissé des traces dans le paysage éducatif français, notamment dans les orientations de nombreuses institutions de recherche ou de formation. Ceux qui l’ont accompagné dans
cette tâche gardent le souvenir d’une incomparable compétence de
conciliation et de synthèse.
Enfin il est sollicité par l’université de Lausanne où il occupera une
chaire jusqu’à sa retraite.
On ne peut citer ici l’ensemble de ses travaux (livres, articles de
revues, communications, textes inédits) depuis son ouvrage princeps :
L’unité des sciences humaines (1961) proposant des concepts transpécifiques et non de simples discours, jusqu’à sa thèse de doctorat d’État
sous le titre Contribution à une problématique des conduites et des idéologies (1975) en passant par L’économique et les sciences humaines
(1965), volumineux manuel qu’il a dirigé et qui a fait date dans l’éventail des travaux contribuant au renforcement de l’interdisciplinarité à
l’université et autres centres d’études. Fondamentalement, il explore
dans ses ouvrages ou articles les concepts et les processus d’identification et de groupalité, leurs systémiques inconscientes et le rôle des
objets actants. Annonçons ici que deux ouvrages reprenant certains
textes majeurs vont paraître incessamment aux Éditions L’Harmattan.
Mais Guy Palmade n’était pas qu’un chercheur et un formateur
éminent ; il était aussi et d’abord un irremplaçable ami. Celui d’entre
nous qui est son strict contemporain ressent son départ comme le deuil
d’un frère; mémorable partage des goûts, du rire, des engagements, parfois des aversions. Pour le plus jeune d’entre nous, il a tenu un rôle
unique de tuteur, autant par le soutien intellectuel que par l’image qu’il
a offert constamment d’une autorité sobre et intègre. Tous ceux qui l’ont
connu ou qui ont travaillé avec lui resteront sans doute attachés à son
souvenir pour la manière dont il a su solliciter ou stimuler le meilleur
d’eux-mêmes.