Connexions
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I.S.B.N.2749206413
200 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 86 2006/2

2006 Connexions

Hommage à Guy Palmade

Jean Maisonneuve Claude Tapia
Guy Palmade vient de nous quitter après de longues épreuves qui n’ont jamais altéré pourtant sa vivacité d’esprit. À la fois créateur et rigoureux, doué pour l’écoute, l’échange et l’analyse critique, il fut en France l’un des pionniers de la psychosociologie, sans doute le plus stimulant. Ses collègues, ses amis de la même génération ou de la suivante lui sont presque tous redevables en matière de modèles théoriques, de pistes de recherche ou de pratiques groupales.
Sobriété et générosité dans ses relations aux autres, densité de ses écrits, acuité de ses interventions. Si tel de ses textes présente quelque opacité, cela ne tient pas à la sophistication cultivée par beaucoup d’auteurs, mais à un contenu qui ne livre tout son sens qu’au prix d’un effort de lecture.
Après diverses fonctions dans des organismes d’enquêtes et de consultations, il est chargé en 1947 par l’entreprise nationale EDF - GDF d’une mission très ouverte de conseil et d’intervention psychosociologique. Il y consacrera plus de trente ans, en développant une instance évolutive qui pilotait notamment des études de terrain et des sessions intensives de travail en groupe au niveau global ou sectoriel.
Parallèlement, il s’engage dans d’autres novations : cofondateur de l’ARIP, qu’il présidera de longues années, puis de la revue Connexions où il siègera au comité de rédaction de 1972 à 1992. Sans oublier son incursion dans le monde rural, par le truchement d’un organisme parapublique (Association pour les mutations professionnelles en agriculture) – chargé d’aménager et d’humaniser l’exode agricole en aidant à l’orientation et à la formation des jeunes agriculteurs – dont il a présidé le conseil scientifique pour la durée de sa mission (de 1964 à 1967). Un peu plus tard, en 1966, au côté de Bertrand Schwartz, pionnier du développement de la formation en France, il contribue à la création de l’Institut national pour l’éducation des adultes dont il organise l’écheveau des actions et des enquêtes qui ont laissé des traces dans le paysage éducatif français, notamment dans les orientations de nombreuses institutions de recherche ou de formation. Ceux qui l’ont accompagné dans cette tâche gardent le souvenir d’une incomparable compétence de conciliation et de synthèse.
Enfin il est sollicité par l’université de Lausanne où il occupera une chaire jusqu’à sa retraite.
On ne peut citer ici l’ensemble de ses travaux (livres, articles de revues, communications, textes inédits) depuis son ouvrage princeps : L’unité des sciences humaines (1961) proposant des concepts transpécifiques et non de simples discours, jusqu’à sa thèse de doctorat d’État sous le titre Contribution à une problématique des conduites et des idéologies (1975) en passant par L’économique et les sciences humaines (1965), volumineux manuel qu’il a dirigé et qui a fait date dans l’éventail des travaux contribuant au renforcement de l’interdisciplinarité à l’université et autres centres d’études. Fondamentalement, il explore dans ses ouvrages ou articles les concepts et les processus d’identification et de groupalité, leurs systémiques inconscientes et le rôle des objets actants. Annonçons ici que deux ouvrages reprenant certains textes majeurs vont paraître incessamment aux Éditions L’Harmattan.
Mais Guy Palmade n’était pas qu’un chercheur et un formateur éminent ; il était aussi et d’abord un irremplaçable ami. Celui d’entre nous qui est son strict contemporain ressent son départ comme le deuil d’un frère; mémorable partage des goûts, du rire, des engagements, parfois des aversions. Pour le plus jeune d’entre nous, il a tenu un rôle unique de tuteur, autant par le soutien intellectuel que par l’image qu’il a offert constamment d’une autorité sobre et intègre. Tous ceux qui l’ont connu ou qui ont travaillé avec lui resteront sans doute attachés à son souvenir pour la manière dont il a su solliciter ou stimuler le meilleur d’eux-mêmes.
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