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S'inscrire Alertes e-mail - Critique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezÉtat, es-tu là ?
On ne cesse de pronostiquer son déclin face à Bruxelles, à la globalisation, aux marchés ; face aussi à l’émergence d’espaces régionaux présentés comme les communautés de l’avenir. L’État n’aurait plus qu’à se retirer à petit bruit, à s’effacer devant plus fort ou plus fin que lui. Mais en France, où il fut le socle de la nation, une telle sortie ne saurait se faire sans fracas.
2 C’était autrefois l’extrême gauche qui voulait en finir avec l’État, le voir « dépérir » ; c’est aujourd’hui la droite qui veut le dégraisser comme un vulgaire mammouth. Décentralisation et autonomie sont les alibis commodes d’un retrait qui prend souvent des allures d’abandon. Non sans retours du bâton : dans tous les cantons de France, ceux-là mêmes qui applaudissaient hier au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux pleurent leur gendarmerie ou leur maternité « de proximité ». Parasite pour les uns, ultime chevalier blanc des autres, l’État, en tout cas, n’est plus ce qu’il était.
3 Le quinquennat qui prend fin ces jours-ci aura, au fond, beaucoup fait pour ramener sur le tapis la question de l’État, de ses prérogatives, de son fonctionnement, de sa « productivité ». Sans oublier son « exercice », dont Pierre Schoeller a fait un film : L’Exercice de l’État, qu’analyse Patrizia Lombardo dans ce numéro. Qui ne perçoit le paradoxe ? Toute cette politique de désengagement de l’État sur le terrain aura été menée par une présidence aux pouvoirs renforcés, adepte affichée du référendum à tout-va et encline à considérer les « corps intermédiaires » comme autant de bâtons dans ses roues.
4 Cette situation, inédite en France, ne laisse indifférents ni les juristes, ni les politistes, ni les historiens… ni Critique. Comment aujourd’hui envisager l’État ? Comment le définir ou le redéfinir ? Par la force ou par le droit ? Par la légalité ou la légitimité ? Impossible de continuer à penser paresseusement l’État en termes machiniques, comme un « appareil », ou selon la métaphore du « monstre froid ». Nous sommes à cet égard à mille lieues des années 1960-1970. Texture complexe, l’État est à redécouvrir, peut-être à réinventer.
5 Le dossier ici réuni peut nous y aider. Dominique Rousseau, auteur du Consulat Sarkozy, dans l’entretien qu’il nous a accordé, commente en juriste quelques aspects saillants de cette crise, mais dessine aussi un avenir possible pour l’État. Olivier Beaud analyse, en juriste lui aussi, le dernier opus de Michel Troper, Le Droit et la Nécessité. L’historien Philippe Portier, nous parlant d’un très original ouvrage d’Arnaud Esquerre, s’interroge sur la manière dont l’État régit la mort et du même coup les vivants. Et puisque l’« inactualité » est souvent la meilleure manière d’aborder l’actualité, notre dossier s’ouvre sur la réflexion que Pierre Bourdieu, il y a près d’un quart de siècle, menait sur l’État dans des cours au Collège de France qui viennent d’être publiés et dont rend compte Fabien Jobard.
6 Critique
POUR CITER CET ARTICLE
« État, es-tu là ? », Critique 5/2012 (n° 780), p. 387-387.
URL : www.cairn.info/revue-critique-2012-5-page-387.htm.





