2001
Critiques internationales
Manger son capital, subir sa géographie : jusqu’à quand ?
Allen Lynch
directeur du Centre d’études russes et est-européennes de l’Université de Virginie (États-Unis). Il est co-auteur, avec Reneo Lukic, de Europe from the Balkans to the Urals : The Disintegration of Yugoslavia and the USSR, Oxford University Press, 1996.
Depuis dix ans, l’économie russe, comme n’importe quelle autre, doit pour vivre séduire les investisseurs. Il lui faut convaincre les détenteurs de capital, russes ou étrangers, de ce que leurs chances de retour sur investissement sont meilleures là qu’en d’autres lieux. Or la décision d’investir se prend
en tenant compte, entre autres, du degré de stabilité politique et de prévisibilité
juridique, ainsi que de coûts de production sur lesquels la géographie économique
fait peser, nous le verrons plus loin, des contraintes particulièrement lourdes. Aussi
l’État ne peut-il qu’occuper une position centrale dans l’économie politique russe.
Non seulement il lui faut fixer les règles et assurer la bonne marche d’une économie
de marché, mais il doit aussi trouver les moyens de compenser des risques élevés
pour les investisseurs et redistribuer une part des ressources provenant des rares
secteurs susceptibles d’être rapidement compétitifs sur le marché mondial vers
ceux qui peuvent le devenir à moyen terme – ainsi que vers tous les autres, qui ne
le peuvent pas. Reste à voir si cet État modérément interventionniste est en mesure
de se constituer dans les conditions actuelles de faiblesse des institutions et d’un
marché mondial des capitaux de plus en plus ouvert.
La Russie produit 17% du pétrole brut et 25 à 30% du gaz naturel mondiaux (avec
des réserves de gaz supérieures à celles de tout le reste du monde). Elle occupe l’un
des cinq premiers rangs mondiaux pour le bois, l’électricité, la fonte, l’acier, le charbon, les engrais minéraux, l’or, l’argent, le diamant, le platine, le chrome, le nickel,
la bauxite, le papier, le sucre... Pourtant, son économie est restée engluée, entre
1990 et 1998, dans une dépression bien plus profonde que celle qu’a connue le
monde capitaliste dans les années trente, et elle ne paraît guère en mesure aujourd’hui de participer au marché mondial comme puissance économique industrielle
ou post-industrielle. Son PIB calculé au taux de change courant
[1] équivaut à la
moitié de celui des Pays-Bas, et le volume de ses échanges extérieurs à celui du
Danemark. Enfin, ses exportations sont dominées par la vente de pétrole et de gaz
et sont pour ainsi dire inexistantes dans les secteurs à valeur ajoutée.
La crise de 1998 ne peut s’expliquer seulement par des décisions politiques
prises par les gouvernements russes (voire américains) à partir de 1991. Bien sûr,
la formulation des trois piliers de la réforme que sont la libéralisation des prix, la
privatisation des industries et la stabilisation économique a joué un rôle crucial dans
la façon dont le pays est sorti d’une économie planifiée en pleine déconfiture
[2]. Mais
ces politiques ont été lourdement grevées par l’héritage soviétique : étant donné
la structure monopoliste de la plus grande part de l’industrie, la libéralisation des
prix a conduit à une inflation de 2 600 % dans la première année de la réforme
( 1992), qui a englouti les économies des citoyens; les éléments de la
nomenklatura
qui y occupaient certaines positions stratégiques (mais pas nécessairement, tant s’en
faut, les plus puissants sous l’ancien régime) s’étaient approprié dès 1990-1991 les
actifs monnayables de l’État soviétique, ce qui a influé de manière décisive sur le
cours de la privatisation, ainsi que sur le caractère du système politique lui-même :
il n’est pas exagéré de dire que la privatisation a consisté à légaliser cette mainmise
effectuée hors de toute légalité
[3]; enfin le poids exorbitant du militaire dans l’économie soviétique, combiné à la désintégration de l’URSS, a amplifié et prolongé
une dépression économique qui était de toute façon inévitable. Les autres États post-communistes d’Europe ont connu diverses combinaisons de ces facteurs, mais
seule l’ex-URSS en a ressenti aussi fortement l’impact.
Les conséquences de ce déclin économique qui dure depuis déjà dix ans sont dramatiques, non seulement pour les conditions intérieures de la Russie mais aussi pour
son statut international. À la fin des années quatre-vingt-dix, la Chine, qui avait
plus que doublé son revenu national au cours de la décennie, commençait à approcher et peut-être à dépasser la Russie selon plusieurs indicateurs de développement
économique ( tableau 1 ).
Tableau 1
[4]
Tableau 1
Quelques comparaisons Chine-Russie
Chine Russie
Investissement direct étranger ( 1999)(milliards $) 40 2,89
PIB ( 2000) (milliards $) 1062 198
PIB par habitant ($) 840 1360
PIB par habitant (PPA)4 4700 4660
Réserves en devises (milliards $) 167 28
Dette extérieure/PIB (% ) 17,7 75
PIB 1999/PIB 1990 2/1 1/2
Principales exportations machines et matériel de transport matières premières
Sources: Financial Times Survey, China, 13 novembre 2000 et EIU, Country Forecast. Russia, juillet 2000.
Financial Times Survey, China, 13 novembre 2000 et EIU, Country Forecast. Russia, juillet 2000.
Même si ces deux évolutions inverses prenaient fin aujourd’hui, il n’en demeurerait pas moins que la décennie 1990 a connu l’un des plus extraordinaires changements qui soient jamais survenus dans l’équilibre des puissances économiques
en si peu de temps.
Que s’est-il passé ? Une tragédie : le moteur principal de la politique russe
depuis la fin des années quatre-vingt a beaucoup moins été l’aspiration de l’État
et de la société à une plus grande responsabilité démocratique que les efforts
remarquablement efficaces d’éléments stratégiquement situés de la vieille élite
soviétique – tout spécialement ceux ayant un accès direct à des ressources en
énergie et en matières premières aisément échangeables contre des devises internationales – pour convertir leur ancien pouvoir bureaucratique en appropriation
privée, aidés en cela par le chaos administratif de la fin de l’ère Gorbatchev. Ils se
sont ainsi protégés personnellement des conséquences de la chute du régime soviétique, ce qui est d’ailleurs une des raisons du caractère pacifique de celle-ci
[5]. Non
seulement la désintégration de l’URSS n’a pas menacé leur position socio-écono-mique, mais elle l’a améliorée : d’où l’anticommunisme des élites économiques post-communistes de Russie. Anders Aslund propose un bon indicateur de l’amplitude
de ce transfert de richesse : les revenus d’arbitrage sur les marchés où les coûts de
production représentent à peine un centième des prix internationaux ont représenté 30% du PIB en 1992
[6]. Plus largement, bien que 57% des firmes russes aient
été privatisées entre 1992 et 1996, le budget de l’État n’a tiré de ces « ventes » que
3 à 5 milliards de dollars. Bref, les élites post-communistes se sont montrées
inaptes à faire prévaloir l’intérêt général ou même celui de l’État sur leurs intérêts
privés afin de conduire la nation dans le chemin nécessairement douloureux de
l’après-soviétisme.
L’impact des choix politiques
Ainsi les possibilités économiques de la Russie post-soviétique ont été lourdement handicapées par le passage précoce, massif et incontrôlé des actifs soviétiques
de la tutelle administrative vers celle d’acteurs privés. Toute analyse de l’influence
relative de tel ou tel choix de politique publique ou de telle ou telle intervention
internationale dans la transformation économique de la Russie doit tenir compte
du fait suivant : beaucoup de chemins possibles étaient déjà fermés avant mêmel’indépendance formelle de la Fédération de Russie, le 1er
janvier 1992.
L’appropriation privée des ressources du pays a été rendue possible au départ par
la dissolution de l’autorité publique sous Gorbatchev. Elle a ensuite constitué,
consciemment, la politique de l’État sous le gouvernement « réformiste » du président Eltsine, aidé en cela par les gouvernements occidentaux. Les trois piliers de
la réforme mentionnés plus haut ont été aussi brutalement imposés à la population que la « révolution d’en haut » de Staline à la fin des années vingt et dans les
années trente. En 1991-1992, Eltsine et ses conseillers économiques les plus
importants tels que Egor Gaïdar (qui faisait fonction de Premier ministre en 1992)
et Anatoly Tchoubaïs (qui a dirigé le programme de privatisation) ne pouvaient pas
s’appuyer sur des groupes sociaux existants, dont la plupart n’avaient aucune chance
d’acquérir de la richesse privée dans un avenir proche. Ils ont donc tenté de créer
une nouvelle classe de propriétaires qui soutiendraient les changements radicaux
parce qu’ils en tireraient d’immenses profits
[7]. Le résultat fut que les réformes
furent conduites, pour reprendre les termes de Dmitri Simes, sans fondement
législatif adéquat (parce que le Parlement n’était pas d’accord), c’est-à-dire par décrets
présidentiels ; sans explication honnête à la population des difficultés auxquelles
il lui fallait se préparer; sans soutien populaire; et enfin sans investissement nouveau, qu’il soit intérieur ou étranger, sans dispositif susceptible d’assurer la restructuration des entreprises d’État, et sans offrir à la majorité de la population le
moindre enjeu dans toute l’affaire
[8]. L’assaut contre le Parlement et la Constitution
autoritaire de 1993 en sont les conséquences directes.
Après la crise de l’été 1998
Le président Poutine est confronté aux mêmes problèmes que son prédécesseur
et dispose d’une marge aussi étroite que lui tant à l’intérieur qu’à l’échelle internationale. L’économie russe, en dépit de ce qui apparaît comme un rebond conjoncturel sous le double effet de la dévaluation du rouble et de la remontée des cours
du pétrole, souffre toujours des conséquences de la dépression économique qui a
suivi la désintégration de l’URSS et qui a vu une fuite des capitaux atteignant
350 milliards de dollars, l’obsolescence progressive du stock de capital avec le
tarissement des investissements, et l’accumulation d’une dette extérieure de 148 milliards de dollars, qui met la Russie en situation de défaillance imminente auprès
des créanciers publics et privés des pays du G 7. Or ni les firmes ni le gouvernement ne semblent vouloir utiliser ce répit pour corriger les déséquilibres microet macro-économiques fondamentaux. L’économie reste toujours aussi vulnérable
à une baisse des cours du pétrole ou à une appréciation du rouble.
Un indicateur important des perspectives économiques réside dans la possibilité d’injecter du capital pour réparer, entretenir et développer les infrastructures
industrielles, de transport et de communications
[9]. Or l’investissement était, à la fin
des années quatre-vingt-dix, inférieur au cinquième de celui de l’année 1990
[10]. Il
est vrai qu’il faut tenir compte du poids disproportionné de l’investissement, spécialement à des fins militaires, à l’époque soviétique. Reste que le stock de capital
du pays se réduit rapidement (
tableau 2 ). L’âge moyen de l’équipement industriel
en 1995 était de 14,1 ans, contre 8,5 en 1970 ; 9,7 % de l’équipement industriel
en 1996 avait moins de cinq ans, contre 40,8% en 1970; 23% du stock de capital dans l’industrie avait plus de vingt ans en 1995, contre 8,4% en 1970
[11]; le taux
de renouvellement du stock de capital fixe était de 6,9% en 1990 et de 1% en 1998,
il n’atteint les 2% que dans le secteur des combustibles et celui del’alimentaire
[12].
La recherche et le développement sont passés de 1,03% du PIB en 1991 à 0,32%
en 1997 (contre une moyenne du G 7 de 2 à 2,5% )
[13].
Tableau 2
Tableau 2
Russie : Évolution du stock de capital, 1970-1995
1995 1990 1980 1970
Âge moyen de l’équipement industriel (années) 14,1 10,8 9,5 7,5
Part de l’équipement industriel âgé de moins de 5 ans (% ) 10,9 29,4 35,5 40,8
Part de l’équipement industriel âgé de plus de 20 ans (% ) 23,0 10,8 9,5 8,4
Taux de renouvellement du stock de capital fixe (% ) 1,0 6,9
( 1998)
Les conséquences de ce tarissement sont dramatiques : une équipe d’économistes
russes a récemment élaboré une série de scénarios dont le plus favorable envisage
de retrouver en 2008 le PIB de 1990, mais les tendances que révèlent ces chiffres
donnent plutôt à penser que même le scénario le plus sombre, dans lequel il lui faudra attendre pour cela 2015, pourrait être trop optimiste
[14]. Le président Poutine
lui-même aurait reconnu qu’il faudrait au pays quinze années de croissance continue
au taux annuel de 8% pour permettre à l’économie d’atteindre le revenu par tête
actuel du Portugal. À l’automne 2000, des économistes estimaient que la Russie
aurait besoin de 50 milliards de dollars par an pendant dix ans pour la modernisation du stock de capital
[15]. Un regard sur quelques secteurs clés permettra de se
faire une image plus nette de la situation.
La plus grande partie du système ferroviaire, qui représente 73% du transport
interne de fret en tonnes-kilomètres, est considérée par les observateurs occidentaux comme « en très mauvais état ». La « mauvaise qualité » des routes principales a pour effet de réduire la vitesse des camions et donc d’accroître le coût des
transports. 40 % des localités ne sont pas desservies par une route asphaltée et il
n’y a pas de véritable autoroute. Les ports sont généralement « en mauvais état »
et la flotte marchande est la plus vieille du monde. Résumant les indicateurs de l’état
des infrastructures – dont la production d’électricité, la qualité des ports, le coût
et l’existence des espaces de bureaux, les réseaux de commerce de gros et de détail,
les voies ferrées et les routes– l’Economist Intelligence Unit estimait en juillet 2000
que « rien ne laisse prévoir de progrès dans aucun de ces domaines » d’ici à 2004
[16].
Même dans le secteur pétrolier et gazier, qui rapporte la moitié des recettes en devises
du pays et les deux cinquièmes des recettes del’État
[17], les forages de prospection
entre 1994 et 1998 ont été en moyenne de 1,4 million de mètres par an, contre
5,3 millions en 1990. En 1999, ce chiffre était de 1,16 million de mètres, c’est-à-dire un cinquième du niveau de 1990. Comme les champs pétrolifères existants sont
en voie d’épuisement et que bien peu de nouveaux entrent en activité, la production
pétrolière continue à baisser (elle est déjà passée de 569 millions de tonnes en
1988 à 462 millions en 1991 et 305 millions en 1999
[18]).
Les besoins d’investissements sont donc massifs. Le coût de mise en exploitation d’un nouveau champ de pétrole ou de gaz est de 8 à 10 milliards de dollars.
L’entreprise publique qui détient le monopole de la production d’électricité aurait
besoin de 30 à 50 milliards d’investissements dans la prochaine décennie, mais ne
prévoit pour 2001 aucune dépense en équipement de production, car il reste 5 milliards de factures impayées
[19]. Dans les régions de l’Arctique et de l’Extrême-Orient, à la mi-janvier 2001 et par des températures de moins vingt, les coupures
quotidiennes d’électricité pouvaient durer quinze heures
[20]. Anatoly Tchoubaïs,
qui dirige l’entreprise, a expliqué que les très graves difficultés de la fourniture d’énergie dans la ville d’Artem (non loin de Vladivostok) sont dues à la destruction de
tout le système énergétique municipal : « Les raccords de canalisation et autres pièces
en métaux non ferreux ont été volés
[21]. Les oléoducs ont été détruits par le gel. Il
manque des pièces essentielles pour les chaudières. Les sous-sols des bâtiments sont
partiellement inondés ». Dans les télécommunications, ce sont environ 40 milliards
de dollars d’investissements qui seraient nécessaires au cours de la prochaine
décennie
[22]. Des sommes comparables devraient être investies dans le système
ferroviaire, les ports, le pétrole et le gaz, les routes etc.
Ces sommes pourraient sembler à la portée de la Russie, au vu du cours actuel
du pétrole, d’un excédent courant de près de 30 milliards de dollars ( 15% du PIB
en dollars courants), ainsi que des centaines de milliards de dollars de capitaux russes
placés dans les comptes bancaires à l’étranger. De fait, l’investissement brut a augmenté de 4,5 % en 1999 (c’était la première augmentation de la décennie) puis,
apparemment, de près de 15 % en 2000. Mais ces augmentations portent sur un
niveau de départ très bas. En outre, les secteurs qui attirent le plus d’investissement
sont l’alimentation, le commerce et les transports ( 69% de l’investissement total
et 80% de l’investissement direct étranger en 1999), suivis des combustibles et de
l’énergie. De nombreuses infrastructures publiques indispensables au développement d’un secteur privé (ports, grandes routes, rail, lignes aériennes intérieures,
bâtiments publics, système éducatif) restent les parents pauvres d’une famille qui
l’est déjà à l’extrême... L’expérience des investisseurs occidentaux a aussi été peu
encourageante : selon un spécialiste des questions énergétiques, Thomas Walde
[23],
les compagnies pétrolières étrangères auraient perdu une dizaine de milliards de
dollars dans la décennie quatre-vingt-dix. D’ailleurs les investissements directs
étrangers ont été beaucoup plus élevés en Europe centrale ( 10 milliards pour la
Russie contre 20 pour la Pologne et 16 pour laHongrie)
[24]. Le stock d’IDE par habitant était en 1999 de 1 908 dollars en Hongrie, 1 587 en République tchèque et
797 en Pologne, contre 136 enRussie
[25].
Ceci est peu, face aux sorties de capitaux : les seules opérations autorisées des
entreprises dépassent les flux d’IDE, et s’ajoutent aux exportations de fonds illégales, par nature difficiles à mesurer mais que le Conseil de sécurité russe estime
à 30 milliards de dollars en 1999-2000.
Quelles sont alors les conditions qui pourraient stimuler l’investissement – public
et privé, russe et étranger – dont le pays a un vital besoin ?
La politique contre la géographie ?
Il va presque de soi pour les observateurs occidentaux et même la plupart des
russes que les raisons du marasme croissant des années quatre-vingt-dix et les
principaux obstacles à un développement futur sont à chercher dans la sphère
politique et administrative : forte incertitude politique créant un risque élevé pour
les investisseurs, maquis de règlements pesants et contradictoires à tous les niveaux
de l’administration, environnement juridique flou et changeant, droits de propriété instables, taxation excessive, mauvais gouvernement d’entreprise, corruption...
L’auteur de ces lignes a lui-même assez tôt étudié la « crise de l’Étatrusse »
[26]
pour
savoir que les chances de rétablissement économique dépendent étroitement de l’existence d’une administration capable d’assumer ses missions. L’écroulement soudain
de l’autorité du PCUS en 1990-1991 et les difficultés que les dirigeants russes rencontrent depuis pour établir un État capable d’accomplir ses tâches minimales
(collecte de l’impôt et financement du fonctionnement des services, monopole de
la violence, application de la loi, surveillance des frontières, dissuasion de la sécession, régulation macro-économique, tenue des engagements financiers de l’État à
l’intérieur et à l’étranger) ont fait peser une contrainte très lourde sur la capacité
de la Russie à conduire une véritable politique économique de quelque couleur
que ce soit. Ces difficultés n’ont pas permis au gouvernement de gérer les facteurs
extraordinairement complexes et interdépendants d’une transition du communisme
au capitalisme
[27]. L’une des conséquences durables de cet échec, à part l’incohérence
des diverses « réformes » économiques, a été la fuite des capitaux et l’incapacité
d’attirer l’investissement direct, dont on vient de donner la mesure.
Mais on est en droit de se demander si la stabilisation politique et la mise sur
pied d’un système juridique sont des conditions suffisantes pour attirer les fonds
nécessaires à un développement d’ensembledu pays (c’est-à-dire aboutissant à autre
chose qu’un immense territoire comportant un certain nombre d’enclaves minières).
La décision d’investir implique un pari sur l’avenir, fût-il calculé, et c’est la raison
pour laquelle la stabilité politique et la fiabilité juridique sont essentielles. Mais évidemment le pari porte tout autant sur le rapport entre les revenus attendus et les
coûts de production.
Or ces coûts sont en Russie assez élevés, même si l’on suppose surmontée
l’inefficacité héritée de l’époque soviétique. La rigueur du climat, l’étendue du territoire et les obstacles qui s’opposent à un usage massif de la navigation – meilleur
marché que le transport terrestre– ont pour conséquence que, dans bien des secteurs, des coûts incompressibles grèvent très lourdement la production. Ceci
représente un handicap supplémentaire dans un monde de liberté totale de circulation des capitaux. En d’autres termes, on peut se demander si les conséquences
de réformes inabouties depuis dix ans, et de dérèglements sérieux dans les institutions publiques, ne sont pas considérablement amplifiées par les contraintes
géographiques propres à la Russie.
Nous n’avancerons pas ici la thèse d’un strict déterminisme géographique.
L’économie russe a connu son taux de croissance le plus élevé dans les décennies
qui ont précédé la Première Guerre mondiale; elle s’est modernisée suffisamment,
quoique brutalement, avant la Seconde pour survivre aux pertes humaines massives
infligées par les nazis et talonner les États-Unis, du moins dans certains domaines,
pendant presque un demi-siècle. La Russie s’est donc modernisée, et dans une
période d’ouverture à l’Occident et dans une période de fermeture; elle s’est aussi
modernisée, et en présence du marché et en son absence. Mais dans chacun de ces
cas, l’État russe, lui (mercantiliste là, monopoliste ici), a joué un rôle décisif pour
encadrer le processus de modernisation.
Acontrario, la Russie ne s’est jamais développée dans des conditions de libre mouvement des capitaux. Peut-être ne le peut-elle pas. En tout cas, on peut se demander dans quelle mesure les trois facteurs géographiques mentionnés plus haut – climat, distances et prédominance du transport
terrestre– éclairent cette vulnérabilité exceptionnelle à un défaut d’État
[28].
On compare souvent, même en Russie, cette dernière au Canada. Mais c’est à
tort. La rigueur du climat ne se mesure pas aux minima hivernaux mais au contraste
entre la longueur de la période très froide et la chaleur de la brève période estivale : de ce point de vue, seule la Mongolie fait « mieux » que la Russie. Le Canada
est certes un vaste pays situé à de hautes latitudes, mais il n’a qu’une modeste
population (le cinquième environ de celle de la Russie), un excellent réseau fluvial
et un accès facile aux océans; et les quatre cinquièmes de ses habitants vivent sous
un climat relativement tempéré et à deux heures de voiture des États-Unis, ce qui
fait du Canada la banlieue Nord du plus riche pays du monde. Ses régions industrielles se comparent, du point de vue climatique, à celles de Rostov ou de Krasnodar,
les plus méridionales de la Russie.
Non seulement la Russie s’étend sur onze fuseaux horaires, mais sa population,
concentrée en Russie d’Europe, est en majorité très éloignée des ressources naturelles situées, elles, surtout en Asie. La faible densité de population sur un si vaste
territoire augmente en outre le coût par habitant des infrastructures. Ces handicaps sont encore aggravés par un autre facteur géographique, la direction Sud-Nord
de la plupart des fleuves et l’accès difficile aux océans navigables, qui imposent la
prédominance du transport terrestre. En 1998, le rail et la route ont respectivement compté pour 834 et 584 millions de tonnes contre respectivement 36 et
93 millions de tonnes pour le trafic maritime et fluvial, c’est-à-dire une proportion de 11 à 1
[29]. Combinées, ces trois contraintes multiplient les coûts de production
par rapport à la grande majorité des pays, toutes choses égales par ailleurs.
Le cas de l’énergie est frappant. Le permafrost, qui couvre 59% de la Fédération
de Russie ( 10 millions de kilomètres carrés) et une proportion encore plus élevée
des régions pétrolières, impose des techniques de construction particulières pour
les installations de forage et les oléoducs. Un baril de brut sibérien coûte à la production 14 dollars, contre 4 dollars au Koweit et auxÉtats-Unis
[30]
et 10 dollars en
mer du Nord. En outre, les bâtiments ont une durée de vie plus courte du fait de
la rigueur du climat, ce qui pèse sur les coûts d’amortissement. Il en résulte qu’il
faut dépenser, sur le poste « énergie », beaucoup plus pour le même résultat qu’en
Europe occidentale, au Japon ou aux États-Unis. Certes, l’efficacité pourrait être
grandement améliorée, mais une telle amélioration a ses limites. Il faut quatre
tonnes de combustible pour chauffer pendant un an un appartement moscovite
moyen de quatre personnes, soit, aux prix mondiaux, environ 2 000 dollars, bien
plus que le salaire moyen en dollars courants. Si Gazprom pratiquait ces prix, une
bonne partie des Russes ne passeraient pas l’hiver ! 80 à 90% des coûts d’extraction de l’or sibérien passent en dépenses d’énergie, avec des infrastructures créées
dans des conditions qui n’ont rien à voir avec le marché : n’oublions pas que le
« développement » initial des exploitations de charbon, d’or, d’argent, de diamant
etc. en des lieux comme Vorkhouta, Magadan ou la Iakoutie a été assuré par des
esclaves, les détenus du NKVD
[31]. Une grande part des énormes réserves de charbon est probablement inexploitable dans des conditions normales de rentabilité.
De même pour la bauxite.
Ces diverses contraintes illustrent, parmi d’autres, pourquoi les principes de
l’économie libérale sont beaucoup moins applicables à la Russie que le fameux
« consensus de Washington » des années quatre-vingt-dix ne le présumait. La
Russie ne peut pas se développer sans un État particulièrement présent, capable
de pallier, entre autres, les lourds obstacles légués par une histoire économique mais
aussi par une géographie qui opposent des résistances redoutables. Cela ne veut
pas dire qu’il n’y a pas place dans ce pays pour une économie de marché. Mais dans
un ordre économique mondial libéral, pourquoi du capital affluerait-il en Russie,
où les coûts de développement sont très élevés en dépit d’une main-d’œuvre qualifiée et fort bon marché, si l’État ne réalise pas des investissements massifs dans
les infrastructures au sens large : c’est-à-dire des équipements qui produisent des
« externalités positives » pour l’ensemble des entreprises, mais qui représentent
des charges trop élevées pour que le secteur privé puisse seul les assumer
[32] ?
Une économie et un secteur public efficaces et incorruptibles peuvent-ils exister
en Russie dans un contexte strictement libéral, c’est-à-dire sans que l’État conduise
des politiques économiques visant à compenser les nombreux handicaps naturels
du pays ? Cette considération très générale laisse beaucoup de marge à des choix
de politique publique : niveau de la protection douanière ; parité de la monnaie ;
politique industrielle, avec les subventions et les garanties aux investisseurs qu’elle
implique
[33]
; redistribution entre les classes, les secteurs et les régions ; degré de
liberté de mouvement des biens par rapport aux capitaux (contrôle des capitaux ou
libéralisation) ; poids relatif des variables de propriété publique ou privée contre
celles qui tiennent à la concurrence entre entreprises, etc. Pour encourager l’investissement direct et ouvrir des perspectives de rétablissement durable, il faudrait au
moins associer un rouble faible, un protectionnisme soigneusement ciblé, des
accords de partage de la production pour les investisseurs étrangers; une autre possibilité serait de créer l’encadrement juridique nécessaire au développement d’un marché foncier, permettant que les actifs immobiliers puissent servir de collatéral dans
des contrats hypothécaires, des crédits bancaires ou des contrats d’assurance
– autant de marchés qui sont aujourd’hui peu développés. Il n’y a pas lieu ici de
distinguer entre capital russe et non russe : les détenteurs de capital, quelle que soit
leur nationalité, ne financeront le développement du pays que s’ils peuvent bénéficier de droits de propriété clairs, stables et applicables, ainsi que d’un gouvernement
d’entreprise transparent.
Reste deux questions : dans un ordre économique mondial de plus en plus
libéral, caractérisé par la libre circulation des biens et des capitaux, est-il possible
pour l’État russe d’offrir des concessions massives (de type, au fond, néocolonial)
pour attirer les énormes investissements qu’appelle le délabrement des infrastructures ? Lui est-il possible d’appliquer, à l’instar de l’État chinois, des contrôles
de caractère mercantiliste sur les mouvements de capitaux ? Si la réponse à l’une
de ces deux questions est non, alors deux autres se posent : dans quelle mesure un
monde libéral a-t-il besoin d’une Russie ? Dans quelle mesure la Russie telle qu’on
l’a connue et telle qu’elle se voit elle-même peut-elle exister dans un ordre mondial
massivement libéral ?
Traduit de l’anglais par Rachel Bouyssou
[1]
En chiffrant le PIB russe au taux de change officiel (par opposition avec les évaluations en parité de pouvoir d’achat, PPA),
on sous-estime l’activité économique réelle mais on a une bonne idée de la capacité du pays à faire face à sa dette extérieure
en devises, estimée à 148 milliards de dollars au début 2001. Par suite de la crise financière d’août 1998, qui a vu une dépréciation de 70% du rouble, le rapport de la dette extérieure au PIB (toujours au taux de change courant) est passé de 28%
en janvier 1998 à près de 90% en 2000; et celui du service annuel de la dette au même PIB de 6,2% en 1997 à 11,8% en
1998 et à 13,9 % en 2000 (
The Journal of Commerce, 26 juillet 1999 ; Economist Intelligence Unit (EIU),
Country Forecast.
Russia, juillet 2000, appendice et
Country Profile. Russia, 2000, p. 22).
[2]
Pour une discussion pénétrante de ces aspects politiques, voir Peter Reddaway et Dmitri Glinsky,
The Tragedy of Russia’s
Reforms : Market Bolshevism against Democracy, Washington, US Institute of Peace, 2001.
[3]
Pour une analyse sociologique subtile des nouvelles élites russes par comparaison avec les anciennes élites soviétiques,
voir David Lane et Cameron Ross,
The Transition from Communism to Capitalism. Ruling Elites from Gorbatchev to Yeltsin,
NewYork, StMartin’s Press, 1999.
[4]
PPA : parité de pouvoir d’achat. Le PIB réel est toutefois certainement beaucoup plus élevé du fait de la masse de l’économie informelle.
[5]
Voir Steven L. Solnick,
Stealing the State. Control and Collapse in Soviet Institutions, Cambridge, Mass., Harvard University
Press, 1998; Silviu Brucan,
Social Change in Russia and Eastern Europe : From Party Hacks to Nouveaux Riches, Westport, Praeger,
1998; David Pryce-Jones,
The Strange Death of the Soviet Empire, New York, Henry Holt & Co., 1995, pp. 377-386.
[6]
Anders Aslund, « Social problems and policy in postcommunist Russia », dans Ethan Kapstein et Michael Mandelbaum
(eds.),
Sustaining the Transition. The Social Safety Net in Postcommunist Europe, NewYork, Council on Foreign Relations, 1998,
pp. 133-136 et Anders Aslund, « Russia’s collapse »,
Foreign Affairs, sept.-oct. 1999, p. 66.
[7]
Aleksandr Nekipelov, « Kvazirynok kak rezul’tat rossiyskikh reform » [Le quasi-marché comme résultat des réformes russes],
Pro et Contra (Moscou), printemps 1999, p. 10.
[8]
Dmitri Simes,
After the Collapse. Russia Seeks its Place as a Great Power, NewYork, Simon and Schuster, 1999, p. 158.
[9]
Hans-Hermann Höhmann et Christian Meier, « Conceptual, internal and international aspects of Russia’s economic
security », dans Alexei Arbatov, Karl Kaiser et Robert Legvold (eds.),
Russia and the West. The 21st Century Security
Environment, Armonk, M.E. Sharpe, 1999, p. 83. Sans un tel effort d’investissement, a récemment déclaré le Premier
ministre Mikhaïl Kassianov, la Russie « restera à la traîne de l’économie mondiale » (RIA, Moscou, 22 novembre 2000).
[10]
Valerie Sperling (ed.),
Building the Russian State, Boulder, Westview Press, 2000, p. 17.
[11]
M.Ts. Mkrtchyan
et al.,
Sostoyaniye i protivorechiya ekonomicheskoi reformy [La condition et les contradictions de la réforme
économique], Moscou, Economica, 1998, p. 175; Jean Radvanyi,
La Nouvelle Russie, Paris, Armand Colin, 2000, p. 145.
[12]
Radvanyi,
op. cit. En 1999, les secteurs du combustible et de l’énergie ont représenté 35 % du PIB, 12 % de l’emploi
industriel, 45% du stock de capital, 42% des recettes de l’État et 46% des exportations ! (
ibid., p. 149).
[13]
Efim S. Khesin, « The intersection of economics and politics in Russia », dans Arbatov, Kaiser et Legvold,
op. cit., p. 100.
[14]
Mkrtchyan,
op. cit.
[15]
Masaaki Kuboniwa, « FDI and capital flight in Russia », communication présentée à la Convention annuelle de
l’American Association for the Advancement of Slavic Studies, Denver, 11 novembre 2000.
[16]
Economist Intelligence Unit,
Country Forecast. Russia, juillet 2000, p. 30.
www. eiu. com
[17]
Khesin,
op. cit., p. 111 et Radvanyi,
op. cit., p. 149.
[18]
EIU,
ibid., p. 38; A.P. Parshev,
Pochemu Rossiya ne Amerika [Pourquoi la Russie n’est pas l’Amérique], Moscou, Krymskiy
Most, 2000, p. 64; Radvanyi,
op. cit., p. 148.
[20]
International Herald Tribune, 16 janvier 2001.
[21]
Les exportations illégales de métaux non ferreux sont devenues un problème majeur pour les infrastructures énergétiques
et de transport. Des 700 000 à 750 000 tonnes de métaux non ferreux « de récupération » exportés chaque année (au prix
moyen d’environ 1000 dollars la tonne), une moitié seulement mérite cette appellation, l’autre moitié est volée. Les vols
sur les lignes électriques ont provoqué 700 cas d’électrocution non mortels et 500 mortels en 1999.
Nezavisimaya Gazeta,
18 novembre 2000 et
The Moscow Times, 27 mai 2000.
[22]
EIU,
Russia. Country Profile 2000, p. 17. Tom Ashead, de Troika Dialog, banque d’investissement moscovite, estime qu’il
faudrait investir 6,5 milliards de dollars pour résorber une liste d’attente téléphonique qui atteint 6,5 millions de demandes;
9 milliards pour numériser le système téléphonique; et 6,5 milliards pour moderniser le système d’appels à longue distance.
Actuellement, moins de 500 millions par an sont dépensés en développement des infrastructures dans les télécommunications.
« Russia’s infrastructures... », art. cité.
[23]
« Oil change »,
The Economist, 21 septembre 2000.
[24]
Radvanyi,
op. cit., p. 227. Le reste de l’investissement étranger en Russie était constitué d’investissements de portefeuille
( 2 à 5% du total annuel) et de crédits (50 à 60% ). La ville de Moscou, avec environ 8% de la population du pays, a reçu
50 à 70% de l’investissement étranger total.
[25]
EIU,
Country Forecast. Russia, juillet 2000, p. 40.
[26]
Allen Lynch, « The crisis of the State in Russia »,
International Spectator, avril-juin 1995, pp. 21-34.
[27]
La question du rôle de l’État dans la transition est bien sûr plus large que les points discutés ici. Elle a été notamment
examinée par Joseph Stiglitz, chef du service économique de la Banque mondiale, dans un rapport publié en avril 1999 (
Whither
Reform ? Ten Years of Transition, ABCDE Conference, Washington, Banque mondiale). Il opposait les effets de la liberté des
mouvements de capitaux (en Russie) à ceux du contrôle des capitaux (en Chine) sur la capacité de chacun de ces deux États
à agir sur son environnement économique durant la période transitoire d’abandon de la planification centrale généralisée.
Pour une discussion, voir Reddaway et Glinski,
op. cit.
[28]
Pour une vue d’ensemble de l’impact de la géographie dans le développement historique de la Russie, voir Richard Pipes,
Russia under the Old Regime, Londres, Penguin, 1995, pp. 1-24, ainsi que Radvanyi,
op. cit., pp. 31-54.
[29]
Radvanyi,
op. cit.
[30]
Compte tenu du pétrole de l’Alaska, dont le coût de production est très élevé pour les mêmes raisons qu’en Sibérie. C’est
dire le très faible coût dans les autres régions des États-Unis, d’où provient l’essentiel de la production de ce pays.
[31]
En 1941, selon les chiffres du Plan, le NKVD apportait 17% de l’investissement soviétique. Dans certaines régions arctiques,
cette part pouvait atteindre 50%, voire 100% dans les secteurs de la construction, de l’exploitation forestière et des mines.
Merle Fainsod,
How Russia is Ruled, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1953, pp. 459-460.
[32]
Comme l’a relevé Richard Ericson (« Economics and the Russian transition »,
Slavic Review 57 (3), automne 1998, p. 622),
« une part importante des entreprises [russes] de tous les secteurs, et toutes les entreprises de certains secteurs essentiels,
sont non viables au sens le plus concret du terme, c’est-à-dire qu’elles ne pourront jamais vendre leurs produits au-dessus
du coût de production ». En 1998, près de la moitié des entreprises fonctionnaient à perte (il est vrai, selon un système comptable particulièrement opaque) (Radvanyi,
op. cit. ).
[33]
Pour une analyse des perspectives de tels arrangements, voir « Oil changes »,
The Economist, 21 sept. 2000; sur le
soutien de Poutine à ce concept, voir Agence Interfax, 3 septembre 2000.