2001
Critiques internationales
Histoire de la guerre froide ou histoire des vainqueurs ?
Pierre Grosser
agrégé d’histoire et auteur de Les temps de la guerre froide. Réflexions sur l’histoire de la guerre froide et les causes de sa fin, Bruxelles, Complexe, 1995.
GEORGES-HENRI SOUTOU
La guerre de Cinquante Ans.
Les relations Est-Ouest, 1945-1990
Paris, Fayard, 2001,767 pages.
L’histoire de la guerre froide continue de susciter hors de France de très nombreux travaux : deux revues spécialisées viennent d’être créées,
The Journal of Cold
War Studies et
Cold War History. Mais la
réflexion ne s’est guère renouvelée, malgré l’importation de concepts à la mode
en provenance de la science politique et des
cultural studies
[1]. Trois tendances se dégagent. Premièrement, un retour à la narration, grâce notamment à l’utilisation des
sources communistes qui permettent de décrire « l’autre côté » de cette guerre.
John Gaddis a même prétendu que l’on sait désormais presque tout sur le sujet
[2].
Deuxièmement, ces nouvelles sources ont relancé les débats sur les responsabilités : certains y trouvent des preuves de celles de l’URSS, d’autres au contraire
montrent que les réalités étaient décidément complexes, chacun cherche à justifier ses positions antérieures. Troisièmement, les spécialistes de science politique
utilisent cette histoire pour tester leurs théories et justifier le rôle passé et présent
des États-Unis. L’ouvrage fondamental de Georges-Henri Soutou est à la fois une
narration très à jour, une justification de la politique occidentale durant la période,
et un plaidoyer en faveur de l’ordre par la diplomatie.
Ce livre est d’autant plus salutaire en France qu’il se situe nettement à l’encontre
de deux traditions d’analyse de la guerre froide, la première en déclin mais la
seconde encore vivace, qui toutes deux minimisent sa dimension idéologique et ses
risques, et font valoir la place particulière de la France. La première, de gauche,
pose une sorte d’équivalence morale entre les deux Grands, justifiant les comportements des puissances communistes et des mouvements qu’elles soutiennent (ainsi
des guérillas du Tiers Monde), et voyant dans les actions des États-Unis la manifestation permanente de leur impérialisme. La seconde, gaulliste, pose l’Europe
comme victime d’un prétendu partage du monde à Yalta, et souligne les efforts de
la France, après l’atlantisme de la IVe République, pour reprendre son indépendance, « multipolariser » la scène internationale et « désidéologiser » la scène
géopolitique européenne. Ces deux sensibilités se sont souvent rencontrées durant
la guerre froide, et mêlées dans les analyses politiques et dans certains milieux
intellectuels. L’ouvrage de Georges-Henri Soutou fait apparaître en creux les illusions de la « troisième voie » entretenues par ces approches, la myopie délibérée
ou acceptée à l’égard de ce qui se passait à l’Est (ainsi des réactions à la répression
du printemps de Prague), les partis-pris antiaméricains de leurs analyses. En creux
aussi, il justifie la position adoptée par une équipe de diplomates français, liée par
l’amitié et une vision commune du monde (le père de l’auteur, Jean-Marie Soutou,
Jean Laloy, Henri Froment-Meurice...), et qui s’est trouvée, tout au long de cette
période, en porte-à-faux à l’égard de l’attitude officielle française : leurs points de
ralliement étaient l’anticommunisme, l’atlantisme et la foi en la construction européenne, à l’encontre de tant d’autres qui étaient prêts à des accommodements
avec l’Union soviétique et la Chine – par idéologie ou pour la grandeur de la
France – et qui, au nom de l’indépendance, critiquaient les États-Unis et se
méfiaient de l’Europe.
Néanmoins, cet ouvrage me paraît poser problème, parce qu’il est trop étroitement diplomatique, trop strictement européocentré, et parce qu’en voulant, à juste
titre, redresser le jugement historique et rompre avec des traditions d’analyse qui
ont si souvent travesti la réalité, il tend à pécher par excès inverse.
Centrer l’histoire des relations diplomatiques sur les hommes est indispensable. Mais
se concentrer uniquement sur les décideurs des plus grandes puissances et sur
leurs supposées visions du monde ne permet pas de comprendre toutes les dynamiques de la guerre froide. Il est très discutable de prétendre qu’on assiste à un retour
des problématiques classiques des relations internationales et à un néoréalisme
[3];
un tour d’horizon de la bibliographie montre au contraire que ces approches sont
désormais l’exception.
On ne peut faire flotter la diplomatie dans un vide social : c’est particulièrement
vrai pour la période 1943-1947, que l’auteur aborde du seul point de vue diplomatique. Or, comment comprendre la guerre civile grecque sans montrer l’articulation entre les différentes échelles du conflit
[4] ? L’attitude des Allemands de
l’Ouest à l’égard du communisme n’a-t-elle pas été en grande partie déterminée
par le comportement des troupes soviétiques, qui ont justifié les pires prédictions
de la propagande hitlérienne, et par celui de nombreux Tchèques et Polonais, qui
parfois même horrifièrent les Soviétiques
[5] ? Si une documentation nouvelle
confirme sans contestation possible le rôle de Staline dans le déclenchement de la
guerre de Corée, son soutien à l’armée nord-coréenne et la subordination du pays
aux intérêts soviétiques, cela ne saurait se substituer aux travaux d’histoire politique
et sociale « par en bas » de la Corée, qui avaient conclu à la complexité d’une guerre
civile liée aux tensions accumulées durant la modernisation impulsée par la colonisation japonaise, et au contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale
[6].
Si G.-H. Soutou rend fréquemment hommage à Raymond Aron dans son
ouvrage, un autre « aronien », Pierre Hassner, a rappelé à plusieurs reprises que
la guerre froide fut aussi interaction entre sociétés. La RDA a perdu la compétition pour le bien-être
[7], et c’est en cela qu’à long terme l’Ostpolitik joua plus en
faveur de la RFA que de l’URSS. Les populations qui se sont mobilisées à l’Est ont
été plus influencées par la contre-culture américaine combattue par Reagan que
par les gourous du libéralisme... S’il faut éviter de se laisser bercer par la vision,
amplifiée depuis les années quatre-vingt-dix, de la « bonne société civile transnationale » venant à bout des appareils oppressifs et du militarisme, on n’a pas encore
fait le bilan de la « détente par en bas », qui a fait circuler bien des idées loin des
chancelleries. On sait mieux désormais ce que doivent Gorbatchev et son entourage aux contacts avec l’Ouest
[8].
La diplomatie est, dans cet ouvrage, avant tout politique. La diplomatie culturelle et les efforts de propagande américains, les formes diverses de l’américanisation, qui font l’objet de nombreuses recherches depuis une dizaine d’années
[9], sont
peu évoqués. Ilyeut vraiment lutte entre deux modèles pour conquérir les esprits
et les cœurs. Les Américains devaient faire face à l’internationalisation de la question raciale, et cela a contribué à la déségrégation
[10]. Ilyeut une vraie fascination
pour le modèle soviétique, lequel semblait faire ses preuves. Le communisme
apparaissait comme une méthode de développement accéléré pour États retardataires
[11]. Les enjeux des relations économiques Est-Ouest et des restrictions aux
exportations étaient importants. Les relations des États-Unis avec leurs alliés
étaient très marquées par ces questions
[12] – et le restent aujourd’hui, ce qui tendrait
à montrer qu’il y aurait là une spécificité américaine.
Dans ses premières pages, G.-H. Soutou rappelle le rôle de la guerre de Trente
Ans dans la consolidation des États européens et la naissance d’un système d’États.
Or il ne développe pas cette problématique pour la guerre froide. Pourtant, les
jeunes États issus de la décolonisation ont pu se renforcer grâce aux ressources
qu’elle procurait. Ceux du Moyen-Orient se sont « durcis » et « militarisés » à sa
faveur
[13]. Et comment comprendre les « miracles » asiatiques en faisant abstraction
de ce contexte et des arrangements institutionnels qui s’en sont trouvés consolidés en Corée du Sud ou à Taïwan
[14]
? Au Vietnam et en Afghanistan, la question principale a été celle du
state building. Cela va plus loin : l’État fédéral américain, sans être
un pur produit de la guerre froide, lui doit beaucoup, ce qui explique bien des critiques actuelles contre l’État « tentaculaire », alors même que les États-Unis ont réussi
à gérer le conflit sans devenir, comme beaucoup le prophétisaient, un État-garnison,
ou un Empire déclinant du fait de sa surexpansion
[15]. Enfin, c’est le contexte de la guerre froide qui a sans doute permis la stabilisation du pouvoir et de la société soviétiques
après les gigantesques bouleversements de la période stalinienne; d’où peut-être, dans
la Russie d’aujourd’hui, la nostalgie de l’époque Brejnev.
Se concentrer sur les grandes chancelleries et sur leurs archives risque également
de faire oublier les dynamiques « péricentriques ». Certes, il ne faut pas surévaluer
l’autonomie que les archives françaises et britanniques laissent percevoir, ni céder
à l’illusion du « bon géant » américain entraîné par de petits alliés là où il ne voudrait pas aller. Il y eut bien souvent coïncidence d’intérêts, et conscience d’intérêts
communs, quoiqu’aucune des nombreuses recherches récentes sur la socialisation
des élites atlantiques et sur le « milieu décisionnel » transatlantique n’aille jusqu’à
parler, comme G.-H. Soutou, de « chevalerie atlantique ». Mais, dans l’ensemble,
les études de cas montrent que les deux Grands n’avaient pas la haute main sur leurs
alliés, et qu’ils ont parfois été entraînés par eux plus loin qu’ils ne l’auraient voulu.
On n’a pas fini d’évaluer la capacité d’Adenauer de peser sur Washington, et la
manière dont Taiwan ou Israël ont joué de l’alliance avec les États-Unis. Plusieurs
études sur les relations entre les communistes est-allemands et Moscou, même si
certaines de leurs conclusions sont excessives, montrent que les dirigeants soviétiques n’étaient pas tout à fait libres de leurs mouvements
[16]. On sait depuis longtemps que Moscou eut du fil à retordre avec ses alliés au Moyen-Orient, et on sait
mieux aujourd’hui à quel point les relations au sein du Pacte de Varsovie étaient
plus complexes qu’un simple alignement sur Moscou
[17]. La guerre froide a été
entretenue depuis la périphérie, dans les rivalités interétatiques et dans les jeux politiques locaux. De même que la Seconde Guerre mondiale fut plus qu’une guerre
entre États, car elle fit rejouer bien des conflits civils et identitaires qui pour
certains se sont prolongés longtemps après 1945, la guerre froide a été alimentée
par des moteurs de toutes sortes, que les deux Grands ne pouvaient totalement maîtriser. Il n’est plus aujourd’hui d’histoire impériale qui fasse fi des dynamiques
péricentriques.
L’essentiel de l’ouvrage est consacré à l’Europe. Une Europe étroite, dans laquelle
les réalités de la Baltique ou de l’Europe orientale sont évoquées rapidement et qui
est aussi, trop souvent, privée de son flanc Sud. Mais surtout, les autres théâtres
sont marginalisés, alors qu’ils ont connu des formes spécifiques de guerre froide,
dont on constate encore les héritages aujourd’hui
[18]. Le Moyen-Orient est réduit
à la portion congrue : ainsi du Pacte de Bagdad, dont la naissance est décrite en
quelques lignes malgré les très nombreux travaux dont il a été l’objet
[19], et qui est
critiqué sommairement dans des termes qui rappellent le dépit du Quai d’Orsay
d’être marginalisé dans la région et son penchant à lui prêter tous les maux. L’Asie
a été le grand continent de la guerre froide, et elle le reste encore aujourd’hui dans
une large mesure ! Un nombre considérable de publications permet depuis une
dizaine d’années de mieux l’appréhender
[20]. Enfin, les questions coloniales ne sont
pas passées au crible de la problématique de la guerre froide, alors que ce fut un
enjeu majeur pour la stratégie, l’économie et l’identité de la France et de la Grande-Bretagne, avec des répercussions sur l’ensemble de leur politique. La question de
la Communauté européenne de défense n’est pour ainsi dire pas reliée à la question indochinoise, non plus que les relations au sein du camp atlantique.
N’apparaissent guère les visions géopolitiques des Américains, mises en valeur
il y a quelques années par John Gaddis et par Melvyn Leffler, et les approches du
containment en termes d’équilibre des puissances, ce qui est autre chose que l’endiguement idéologique. La géopolitique n’est utilisée que pour une cartographie
sensationnaliste qui rappelle certains excès des atlas stratégiques des années quatrevingt (ainsi de la carte sur l’URSS et le Moyen-Orient, p. 614). Les deux Grands
étaient des puissances mondiales, avec une vision mondiale des réalités : parce que
le monde était perçu comme interdépendant, parce que la crédibilité en un point
précis pouvait avoir des répercussions ailleurs, le monde entier entrait dans l’optique
des dirigeants. Comme pour la Première Guerre mondiale, la « stabilisation » du
front central poussait à une stratégie périphérique. Or, à l’inverse de 1915-1918, cette
stratégie a pris une importance majeure, et c’est elle qui fut la plus destructrice.
Si l’échelle mondiale n’apparaît pas prioritaire, la guerre froide étant avant tout,
pour G.-H. Soutou, une rivalité américano-soviétique sur l’Allemagne, l’échelle
locale est rarement décrite. Or les zones de contact, de frottements sont révélatrices : réalités du terrain à Berlin ou à Vienne, ou encore sur tout le pourtour de
la Chine (Tibet, Corée, Vietnam, Birmanie, détroit de Formose...), où la guerre
chaude fut presque ininterrompue.
Le cœur de la réflexion de G.-H. Soutou est la paix. Il n’est guère question des
conflits chauds de la périphérie, qui ont coûté la vie à des dizaines de millions
d’individus. Pour l’auteur, le maintien de la paix (en réalité, de l’état de non-guerre
ouverte) ne s’explique pas vraiment par l’arme nucléaire et la dissuasion mutuelle
assurée. Il est sain qu’on se demande enfin si la paix n’a pas régné malgré la Bombe
plutôt que grâce à elle, et qu’on cesse de faire de celle-ci le référent unique de la
guerre froide. Mais l’explication par l’attachement aux accords de Potsdam est-elle
satisfaisante ? Cet attachement n’est-il pas plutôt conséquence que cause de la
paix ? L’ordre produit-il la paix ou la paix permet-elle l’ordre ? À la fin des années
quatre-vingt, on s’est beaucoup interrogé sur le thème de la « longue paix » aux
États-Unis, à la suite des réflexions de John Gaddis qui avait lancé le terme en 1986.
On a évoqué la bipolarité (supposée plus stable que la multipolarité), le changement d’état d’esprit en Europe (la guerre étant devenue obsolète), l’automodération des acteurs principaux, l’apprentissage des règles de la guerre froide, mais
on a surtout souligné qu’aucun des deux Grands n’a cherché à menacer les intérêts
vitaux de l’autre, et qu’ils n’avaient pas de ces contentieux territoriaux qui sont cause
majeure des guerres
[21].
Par des prises de position souvent plus affirmées que prouvées, l’ouvrage livre
une histoire qui est celle des vainqueurs. Imaginons une histoire écrite par les
Soviétiques en cas de victoire, avec l’aide des archives américaines : on pourrait trouver bien des documents sur la volonté de généraliser le système capitaliste en
Europe et dans le monde, sur la politique de division de l’Allemagne, sur les opérations clandestines et les manipulations, sur les plans de guerre offensifs et les hypothèses de frappe nucléaire préventive, et on pourrait imaginer ce que les documents
ne montreraient pas... De même, le grand historien de la guerre froide, John
Gaddis, qui s’est pourtant naguère efforcé, par les outils de la science politique, de
« désidéologiser » l’étude des relations internationales, déduit désormais les intentions de Moscou de la nature du régime soviétique. De ce fait, aucune action de
l’URSS ne peut être légitime. Or c’est tout le problème de la guerre froide (et de
l’avant-guerre froide, pour l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste ou le Japon impérial,
et de l’après-guerre froide, si l’on pense à la politique des Américains à l’égard des
rogue states): un État au régime inacceptable peut-il avoir des intérêts de puissance
« normale » ? G.-H. Soutou ne mentionne qu’en passant les destructions subies
par l’URSS durant le second conflit mondial et le fait que l’immense majorité des
soldats allemands tués le furent par l’Armée rouge, sauf pour dire que Staline en
a habilement joué. Que Moscou ait voulu, en contrepartie de cette victoire si coûteuse, récupérer tous les territoires qui lui avaient été enlevés lors de défaites précédentes et qu’elle considérait comme son patrimoine historique (à tort sans doute,
mais imaginons cette analyse généralisée à tous les États du monde !), était-ce
anormal, et preuve d’une scandaleuse agressivité ? Que Moscou ne puisse obtenir
des Alliés en 1945 les Détroits turcs, comme les Américains tenaient Panama et
les Britanniques Suez, était-ce à cause de la nature du régime soviétique ou en fonction d’un Grand Jeu qui était loin d’être fini ? Les réactions des Britanniques sont
justifiées par l’auteur lorsque les Soviétiques menacent leurs « intérêts », sur lesquels il ne s’interroge guère. À aucun moment, les logiques de la politique russe
sur le long terme ne sont évoquées (rapports à l’Occident, vulnérabilité des frontières, volonté de reconnaissance et quête de statut...)
[22]. De même, l’histoire américaine sur le long terme est très largement absente : l’Empire américain n’est-il
qu’un Empire de circonstance, dû aux nécessités de la guerre froide ? Mais alors
pourquoi n’a-t-il pas disparu avec celle-ci ? Le wilsonisme n’est-il vraiment qu’un
globalisme progressiste ? N’a-t-il pas également une face géopolitique quasi-paranoïaque, entraînant entre autres des formes de
containment préventif
[23]
? Les
multiples réflexions actuelles sur l’identité russe ou sur la place des États-Unis dans
le monde peuvent et doivent éclairer la nature de la guerre froide.
Il n’est pas question de nier le poids de l’idéologie dans la vision du monde des
dirigeants soviétiques, chinois ou vietnamiens. Les archives le confirment, s’il le
fallait. Pour Staline, les dirigeants de l’Allemagne nazie et des démocraties n’étaient
pas de nature différente. Encore faut-il utiliser ces documents avec prudence.
G.-H. Soutou justifie sa vision de la guerre froide en s’appuyant sur certains textes
du camp communiste, dont les contenus sont acceptés sans interrogation (par
exemple les Mémoires de Marcus Wolf ou de Valentin Falin, abondamment cités
[24]).
Mais lorsque les documents amènent des historiens à conclure au caractère plutôt modéré des intentions soviétiques (poursuite de la Grande Alliance, ultimatum
sur Berlin, invasion de l’Afghanistan), l’auteur s’empresse de préciser qu’on n’a pas
toutes les archives, ce qui lui permet de conclure dans le sens opposé. Bref, à l’en
croire, Staline n’a pu être modéré que contraint à cette modération, alors qu’il ne
se serait jamais montré intransigeant et offensif par suite d’actions ou de comportements occidentaux.
Rien ne semble justifier, dans le livre, la politique des États communistes. Ni
l’idéologie, ni la traditionnelle politique de puissance qu’on tolère pour Paris ou
pour Londres, ni le sentiment d’insécurité et d’encerclement, ni la peur du revanchisme allemand, ni les réelles opérations clandestines menées par l’Ouest. Pourtant, le grand défi des Occidentaux durant la guerre froide se situe bien ici : comment traiter des causes en grande partie justes mais qui risquaient d’amener au
triomphe du communisme et à la progression de la puissance soviétique ? Ce n’est
pas parce que la propagande nazie puis la propagande communiste ont critiqué la
répression coloniale et le racisme américain que ceux-ci n’existaient pas. On sait
mieux désormais que les Américains ont aidé à consolider les Empires français et
britannique, tout en essayant de les réformer quelque peu et tout en soutenant des
nationalistes anticommunistes
[25]. G.-H. Soutou justifie les opérations clandestines
d’Eisenhower dans la périphérie, ce que les historiens qui ont le plus réévalué cette
présidence se sont gardés de faire, même s’il est acquis que Washington a été en partie entraîné dans ces actions. On peut à la fois réfléchir sur les activités soviétiques
et cubaines en direction de l’Amérique centrale et ne pas souscrire aux thèses
outrancières et scientifiquement marginales d’une vraie menace communiste sur le
flanc Sud des États-Unis, occultant les réalités sociales et politiques de la région,
et la faible place qu’elle tenait dans la hiérarchie des priorités à Moscou.
Selon G.-H. Soutou, l’anticommunisme peut justifier tous les types de comportements américains. Pour lui, les Soviétiques ont des objectifs maximalistes et ne
comprennent donc que la fermeté, voire la contre-offensive. Or Staline a réagi avec
excès chaque fois qu’il a pensé que l’ennemi cherchait à l’acculer, car il ne voulait
pas paraître faible. Et si Kennedy a réussi à faire partir les fusées de Cuba (mais
fallait-il vraiment risquer une guerre nucléaire pour cela ?), on loue désormais
plus, dans cette crise, sa capacité à faire des concessions que sa fermeté. La politique du premier Reagan, loin d’avoir accéléré la fin de la guerre froide a, selon
maints observateurs, plutôt compliqué les choses puisqu’elle confortait les dirigeants
soviétiques les plus « durs » dans l’idée qu’ils se faisaient des États-Unis, et leur
permettait de poursuivre leur politique de confrontation. Certes, ilyeut des excès
chez les historiens « révisionnistes » des années soixante, qui attribuaient la responsabilité principale (voire exclusive) de la guerre froide aux États-Unis. Mais faut-il vraiment jeter par-dessus bord vingt ans de travaux historiques ? Il y a des
logiques économiques qui guident la politique extérieure américaine, il y a des biais
culturalistes et racialistes qui conditionnent la manière dont les Américains voient
le monde, ilya des formes de paranoïa
[26]
et de pessimisme radical qui alternent avec
des périodes d’euphorie et une croyance dans la maîtrise scientifique du progrès,
il y a une vision manichéenne du monde qui produit une rhétorique dans laquelle
s’enferrent les pouvoirs successifs, il ya un discours du combat et de la mobilisation
[27]
qui va au-delà de la nécessité de faire prendre conscience à l’opinion d’une
grande démocratie des dangers qui pèsent sur le monde, bref il y a une culture de
guerre froide
[28]. Si la signification de la guerre du Vietnam doit être repensée, audelà des excès critiques des années soixante-dix
[29], les succès de certains pays asiatiques et l’issue de la guerre froide ne peuvent effacer ni l’activité américaine dans
la région, ni l’attitude à l’égard du Cambodge de Pol Pot
[30].
Tout en contestant rudement les conclusions de ces historiens « révisionnistes »,
G.-H. Soutou met néanmoins en lumière la validité de certaines de leurs affirmations. Ainsi, s’il rappelle que l’objectif premier d’Hiroshima était de sauver des vies
américaines, il concède indirectement que l’aspect antisoviétique existait aussi. Il note
en une phrase qu’il ne faut pas sous-estimer les objectifs strictement économiques
du plan Marshall, mais ne les décrit pas. Il montre que si, jusqu’en 1949, on a hésité
aux États-Unis sur le sort de l’Allemagne, dès 1946 beaucoup avaient décidé, comme
l’a montré encore récemment Carolyn Eisenberg
[31], de tenir les Soviétiques le plus
loin possible de l’Allemagne de l’Ouest. S’il épouse les vues les plus noires sur les
motivations soviétiques lors de l’installation des SS20, il concède, comme le soutiennent certains auteurs critiques, que la volonté d’installer des Pershing n’était pas
uniquement une réponse défensive dénuée d’arrière-pensées (p. 599).
D’une manière générale, on ne saurait postuler que, les États occidentaux étant
par leur régime politique naturellement bons, les communistes n’avaient pas à
trouver leurs actes agressifs. Si l’idéologie est prise au sérieux – et elle doit l’être–,
il faut tenir compte du pessimisme qu’elle induit chez les dirigeants communistes
dans la lecture des actions de l’adversaire : après avoir nié que les États communistes puissent avoir des intérêts d’État, faut-il leur reprocher de réagir en tant que
communistes ? Dès lors, toute réaction à un comportement occidental semble
relever de la paranoïa. G.-H. Soutou affirme à maintes reprises que l’approche américaine du nucléaire était cantonnée au domaine de la dissuasion, alors que les
Soviétiques y voyaient une arme comme une autre, et pensaient qu’on pouvait
gagner (mais aussi, et c’était important pour eux, perdre) une guerre nucléaire. Or,
au détour d’une page, on lit que, « dans la réalité, les Américains conservaient des
scénarios et des options anti-forces ». Et aussitôt : « Il est probable que les Soviétiques ne considéraient pas que de tels raffinements étaient crédibles » (p. 458). Bref,
les Soviétiques, si souvent décrits comme aveuglés par l’idéologie, auraient considéré, dans ce cas précis, que l’ennemi américain pouvait ne pas vouloir battre
l’URSS par une programmation nucléaire rationnelle et une supériorité technologique.
Le livre fait silence sur l’attitude des États-Unis à l’égard de nombre de dignitaires nazis, leur soutien à des groupes paramilitaires d’extrême-droite en Europe
(Gladio) et à des escadrons de la mort latino-américains. Pourtant il faut inclure
dans toute analyse les deux faces de la politique américaine, et voir comment elles
sont liées
[32]. G.-H. Soutou se range dans un courant qui aujourd’hui s’efforce de
réhabiliter non seulement l’anticommunisme sous ses formes qui n’étaient pas
toujours extrêmes et encore moins condamnables, mais également le maccarthysme
(p. 221). Paradoxalement, il présente dès lors la politique américaine comme plus
déterminée qu’elle ne l’a été. Il reprend les affirmations de Dulles selon lesquelles
la gesticulation atomique américaine aurait fait prendre peur aux Soviétiques, lesquels auraient convaincu les Chinois de traiter sur la Corée (p. 279): or il y a une
quasi-unanimité des historiens pour affirmer qu’il n’y a pas eu gesticulation, qu’il
n’y a pas eu peur, et qu’enfin c’est la mort de Staline qui a permis aux Chinois
d’obtenir des Soviétiques que soit mis fin à la guerre. Alors qu’une partie des
historiens allemands et autrichiens
[33]
(et certains auteurs anglo-américains également
[34]) ont développé des thèses sur les occasions manquées de mettre fin par le
dialogue à la division de l’Allemagne et de l’Europe, G.-H. Soutou semble regretter que l’Occident ait laissé les Soviétiques passer sans encombre la période difficile de l’après-Staline (p. 301).
Sur bien des points ce livre est salutaire, et il est désormais absolument indispensable
sur le sujet : par la masse d’informations qu’il livre, en particulier sur les questions
allemande, européenne et nucléaire ; par sa maîtrise de la bibliographie internationale ; par les réflexions qu’il suscite. Il montre indirectement que les relations
Est-Ouest ne doivent plus occulter la constitution d’un espace euratlantique pacifique, démocratique et prospère. Il met à mal nombre de mythes et d’illusions, entretenus en particulier durant la détente. Mais, en décrédibilisant ainsi certaines analyses surannées et idéologiques, il n’évite pas de prêter le flanc à des critiques du
même type. En cela, ce qui aurait pu être un manuel devient un essai, avec bien
des insuffisances dans l’administration de la preuve.
Les trois biais relevés ici composent une même vision du monde et des relations
internationales : l’ordre international ne peut être assuré que par les puissances
majeures, aux deux sens du terme, dont les comportements seraient par essence légitimes, et qui fixeraient les règles du jeu. Il y a d’évidence une nostalgie pour le
concert. Cet ordre est avant tout européen (la Russie restant une semi-intruse), produit par des diplomates et donc des États, et reposant sur des textes, lesquels créeraient cet ordre plus qu’ils n’en seraient le produit. La « chevalerie atlantique » paraît
ainsi prolonger le monde fermé et élitiste de la diplomatie traditionnelle, dont maints
héritiers s’avouèrent mal à l’aise durant la guerre froide, avec une nouvelle forme
d’idéologie de la « civilisation », le libéralisme. Les mondes non européens, ainsi
que l’Est de l’Europe, seraient de peu d’importance par rapport à l’ordre central :
la justice y serait subordonnée à la paix au centre, la souveraineté y serait conditionnelle, et la violence y est considérée comme « périphérique », donc contenue,
et porteuse de sens uniquement en ce qu’elle peut affecter l’ordre central. Nazisme,
communisme, tiers-mondisme, ont chacun à sa manière contesté cet ordre, mais
celui-ci triomphe toujours, et cela entretient sa légitimité, trop souvent sans devoir
d’inventaire. La fin de la guerre froide fut donc l’acceptation (peut-être temporaire)
de ces règles et de ce cadre par Moscou. Or, comme le formule Philip Zelikow, porter un jugement « moral » sur la guerre froide, c’est se demander dans quelle
mesure l’ordre en place était tolérable ou intolérable (et quelles étaient les alternatives), et par quels moyens il était défendu et attaqué
[35]
: aucun de ces éléments
ne doit être occulté, sinon l’histoire livrée est celle des vainqueurs.
[1]
Ainsi la partie « théorique » de Odd Westad (ed.),
Reviewing the Cold War, Londres, Frank Cass, 2000. Exemples d’utilisation des
cultural studies: Mark Bradley,
Imagining Vietnam and America, Chapel Hill, University of North Carolina Press,
2000; Andrew Rotter,
Comrade at Odds. The United States and India, 1947-1964, Ithaca, Cornell UP, 2000. Dans cet article,
il ne sera fait état que des livres les plus récents sur le sujet.
[2]
John Gaddis,
We Now Know, Oxford UP, 1997.
[3]
Georges-Henri Soutou, « Was there a European order in the twentieth century ? »
Contemporary European History
n° 3,2000.
[4]
Ainsi, les réflexions de Sarhis Kalvyas, « Red terror : Leftist violence during the Occupation », dans Mark Mazower (ed.),
After the War was Over. Reconstructing the Family, Nation, and State in Greece, 1943-1960, PrincetonUP, 2000.
[5]
Norman Naimark,
The Russians in Germany. A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945-1949, Cambridge (Mass.),
HarvardUP, 1995; numéro spécial du
Journal of Communist Studies and Transition Politics, mai-juin 2000; nombreux articles
dans Hanna Schissler (ed.),
The Miracle Years. ACultural History of West Germany, 1949-1968. PrincetonUP, 2001; Norman
Naimark,
Fires of Hatred. Ethnic Cleansing in Twentieth-Century Europe, Cambridge (Mass.), HarvardUP, 2001, chapitre 4.
[6]
Par exemple, pour la première approche, fondée sur des archives soviétiques, Kathryn Weathersby, pour la seconde, reposant entre autres sur des documents nord-coréens capturés, Bruce Cumings.
[7]
Contributions d’André Steiner et Ina Merkel dans Susan Strasser
etal. (ed.),
Getting and Spending. European and American
Consumer Societies in the Twentieth Century, CambridgeUP, 1998, de Reinhold Wagnleitner dans Michael Hogan (ed.),
The
Ambiguous Legacy. US Foreign Relations in the « American Century », CambridgeUP, 1999.
[8]
Sur tous ces points, je me permets de renvoyer à la seconde partie de mon ouvrage
, Les temps de la guerre froide. Réflexions
sur l’histoire de la guerre froide et les causes de sa fin, Bruxelles, Complexe, 1995. Cette interprétation des idées de Gorbatchev
est confirmée par maintes études : entre autres Jacques Lévesque,
1989. La fin d’un Empire, Paris, Presses de Sciences Po,
1995 ; Archie Brown,
The Gorbatchev Factor, Oxford UP, 1996 ; Matthew Evangelista,
Unarmed Forces. The Transnational
Movement to End the Cold War, Ithaca, CornellUP, 1999; Robert English,
Russia and the Idea of the West. Gorbachev, Intellectuals
and the End of the Cold War, New York, ColumbiaUP, 2000; Eric Shiraev, Vladislav Zubok,
Anti-Americanism in Russia from
Stalin to Putin, Basingstoke et New York, Palgrave, 2000, chap. 2...
[9]
William Hixson,
Parting the Curtain. Propaganda, Culture and the Cold War, 1945-1961, Londres, MacMillan, 1997; Gary
Rawnsley (ed.),
Cold War Propaganda in the 1950s, MacMillan, 1999; Gregory Mitrovich,
Undermining the Kremlin. America’s
Strategy to Subvert the Soviet Bloc, 1947-1956, Ithaca, CornellUP, 2000; Heide Fehrenbach et Ute Poiger (eds.),
Transactions,
Transgressions, Transformations. American Culture in Western Europe and Japan, Oxford, Berghahn Books, 2000.
[10]
En plus des travaux d’Annick Cizel en France : Azza Layton,
International Relations and Civil Rights Policies, CambridgeUP
2000; Mary Dudziak,
Cold War, Civil Rights, PrincetonUP, 2000; Cary Fraser, « Crossing the color line in Little Rock »,
Diplomatic History, printemps2000.
[11]
Pour l’Europe de l’Est, sur cet aspect modernisateur du communisme ; Ivan Berend,
Central and Eastern Europe 1944-1993, CambridgeUP, 1996; Andrew Janos,
East Central Europe in the Modern World, StanfordUP, 2000.
[12]
Bilan sur les premières années dans Ian Jackson,
The Economic Cold War. America, Britain and East-West Trade, 1948-1963,
Basingstoke et New York, Palgrave, 2001.
[13]
Dans une bibliographie abondante, voir en dernier lieu Steven Heydemann (ed.),
War, Institutions and Social Change in
the Middle East, Berkeley, University of California Press, 2000.
[14]
Meredith Woo-Cunings, « National Security and the rise of the developmental state in South Korea and Taiwan », dans
Henry Rowen (ed.),
Behind East Asian Growth, Londres, Routledge, 1998; Aaron Forsberg,
America and the Japanese Miracle,
The Cold War Context of Japan’s Postwar Economic Revival, 1950-1960, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2000.
[15]
Michael Hogan,
Harry Truman and the Origins of the National Security State, 1945-1954, Cambridge UP, 1998 ; Aaron
Friedberg,
In the Shadow of the Garrison State. America’s Anti-Statism and its Cold War Grand Strategy, PrincetonUP, 2000;
Niall Ferguson,
The Cash Nexus, Penguin, 2001, chap. 1 et 14.
[16]
Pour la thèse du poids déterminant des Allemands, Wilfried Loth, « Germany and the Cold War : Strategies and decisions »,
dansOdd Westad (ed.),
op. cit.; Hope Harrison, « Driving the Soviets up the wall : A super-ally, a superpower, and the building
of the Berlin Wall, 1958-1961 »,
Cold War History, été 2000 et, dans une moindre mesure, Vladislav Zubok, « The case for
divided Germany, 1953-1964 », dans William Taubman
etal. (eds.),
Nikita Khrushchev, New Haven, YaleUP, 2000. Bonne
critique des thèses de Loth dans Mark Kramer, « The Soviet Union and the founding of the German Democratic Republic »,
Europe-Asia Studies, décembre 1999.
[17]
Ce que montrent les histoires des interventions de 1956 et 1968, et les travaux de Vojtech Mastny (ainsi « The Soviet
Union and the origins of the Warsaw Pact in 1955 », dans Niels Rosenfeldt
etal. (eds.),
Mechanisms of Power in the Soviet
Union, Londres, MacMillan, 2000), s’appuyant tous sur de multiples fonds d’archives.
[18]
À titre d’exemple, dans une bibliographie très fournie, Efraim Karsh, « Cold War, post-Cold War : Does it make a difference
for the Middle East ?»,
Review of International Studies, 1997; Yezid Shlaim, Yezid Sayigh (eds.),
The Cold War and the Middle
East, Clarendon Press, 1998; Kimie Hara, « Rethinking the “cold war” in the Asia Pacific »,
The Pacific Review, 1999.
[19]
Par exemple David Lesch (ed.),
The Middle East and the United States(première partie), Boulder, Westview Press, 2000
( 2
e éd.); Ray Takeyh,
The Origins of the Eisenhower Doctrine, MacMillan, 2000, et les travaux de Scott Lucas, David Tal, Nigel
Ashton, Elie Podeh, Peter Hahn, Ritchie Ovendale, Tore Petersen,... ainsi que les articles publiés dans
Middle Eastern
Studieset, pour le rôle des Soviétiques, la thèse de Laurent Rucker à paraître aux Presses universitaires de France.
[20]
Citons parmi les ouvrages récents Odd Werstad (ed.),
Brothers in Arms. The Rise and Fall of the Sino-Soviet Alliance.
StanfordUP, 1998; Gilbert Rozman (ed
. ),
Japan and Russia. The Tortuous Path to Normalization, 1949-1999, MacMillan, 2000;
Zhai Qiang,
China and the Vietnam Wars, 1950-1975, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2000 ; Jian Chen,
Mao’s Cold War, University of North Carolina Press, 2001, les témoignages recueillis par Nancy Tucker (ed.),
China -
Confidential : American Diplomats and Sino-American Relations, 1945-1996, New York, Columbia UP, 2001. Mais il faudrait
citer également les livres sur les États-Unis et le problème taiwanais, sur la guerre de Corée, sur l’Asie du Sud-Est et le Vietnam
en particulier, etc. Doivent paraître en fin d’année un livre sur les crises de 1954-55 et 1958 dans le détroit de Formose et
un sur l’embargo économique américain à l’égard de la Chine dans les années 1950-1960.
[21]
Sur cela, le livre incontournable est Charles Kegley (ed.),
The Long Postwar Peace, Harper & Collins, 1991; aussi, « Mythmaking about the character of the Cold War », dans Allen Hunter (ed.),
Rethinking the Cold War, Philadelphie, TempleUP, 1998.
[22]
J’en profite pour citer le remarquable livre de Dominic Lieven,
The Russian Empire and his Rivals, Londres, John Murray,
2000, dont la mise en perspective est exemplaire.
[23]
Frank Ninkovich,
The Wilsonian Century, University of Chicago Press, 1999.
[24]
On pourrait faire la même remarque à propos de l’utilisation extensive des Mémoires de Robert Gates. D’une manière
générale, pour la période récente, G.-H. Soutou utilise plus abondamment les Mémoires que les ouvrages écrits par des politistes (en particulier à propos de l’Union soviétique), même bien informés.
[25]
En plus des analyses sur les relations anglo-américaines au Moyen-Orient, l’article incontournable de W.M. Roger Louis
et Ronald Robinson, « The imperialism of decolonization »,
The Journal of Imperial and Commonwealth History, septembre
1994; également David Ryan et Victor Pungong (eds.),
The United States and Decolonization. MacMillan, 2000.
[26]
Brett Gary,
The Nervous Liberals. Propaganda Anxieties from World War I to the Cold War, ColumbiaUP, 1999; Timothy
Melley,
Empire of Conspiracy : The Culture of Paranoia in Postwar America, Ithaca, Cornell UP, 2000; Peter Knight,
Conspiracy
Culture. From Kennedy to X Files, Londres, Routledge, 2000.
[27]
Voir le beau livre de Michael Sherry,
In the Shadow of War, New Haven, YaleUP, 1997.
[28]
Outre le classique Stephen Whitfield,
The Culture of the Cold War, Baltimore, Johns HopkinsUP, 1991, et les livres cités
précédemment, des pistes sont ouvertes dans Cynthia Weber,
Faking It, Minneapolis, The University of Minnesota Press,
1999 et dans Christian Appy,
Cold War Constructions, Amherst, University of Massachusetts Press, 2000.
[29]
Voir en cela le provocant mais souvent sensé Michael Lind,
Vietnam. The Necessary War, Free Press, 1999.
[30]
Robert McMahon,
The Limits of Empire. The United States and Southeast Asia since World WarII, ColumbiaUP, 1999, et
sa contribution dans Lloyd Gardner et Ted Gittinger (eds.),
International Perspectives on Vietnam, College Station, TexasUP, 2000.
[31]
Carolyn Eisenberg,
Drawing the Line. The American Decision to Divide Germany, 1944-1946, CambridgeUP, 1996.
[32]
Ainsi Stephen Rabe,
The Most Dangerous Era in the World. John Kennedy Confronts Communist Revolution in Latin America,
University of North Carolina Press, 1999 ; Peter Hahn et Mary Heiss (eds.),
Empire and Revolution, Columbus, Ohio
StateUP, 2001.
[33]
En particulier Rolf Steininger, Michael Geyer...
[34]
Surtout des politistes : Deborah Larson, Matthew Evangelista...
[35]
Philip Zelikow, « The United States, the Cold War and the post-war order », dans Paul Kennedy et William Hitchcock
(eds.),
From War to Peace, New Haven, YaleUP, 2000, p. 162.