2001
Critiques internationales
Financeinternationale, micro-crédit et religion de la société civile en Égypte
Julia Elyachar
professeur assistant à New York University (Hagop Kervorkian Center).
Le Caire, au milieu des années quatre-vingt-dix, dans un quartier d’ateliers considéré comme la vitrine de l’artisanat et de la jeune entreprise. Un groupe d’hommes entre trente et quarante ans, promus « jeunes » par la vertu de
prêts pour « jeunes micro-entrepreneurs » dispensés par le Fonds social, lui-même
financé par la Banque mondiale, se réunit dans un atelier qui a périclité : il s’agit
de créer une ONG, en vue d’exercer quelque influence sur les fonctionnaires et
d’accéder à des financements internationaux. Pendant ce temps, la sœur d’un propriétaire d’atelier, secrétaire d’un consultant coté, bat le quartier pour trouver des
femmes (épouses, sœurs, ou elles-mêmes travailleuses) en vue d’une réunion associative sur l’économie informelle et la micro-entreprise. Son patron en est l’organisateur, à la demande de bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux : des femmes
de Haute-Égypte viendront donner une « session de formation » aux activités du
secteur informel. Dans un autre coin de la capitale, un fonctionnaire du gouvernorat
joue les médiateurs entre le chef d’une mosquée (également fonctionnaire) et l’un
des responsables d’une ONG locale : un terrain a récemment été alloué par les autorités pour y installer un lieu de commercialisation des produits de « jeunes microentreprises » subventionnées par les ONG et les organisations multilatérales. Or
ce terrain a été squatté par la mosquée : la solution consistera à faire entrer le
fonctionnaire de la mosquée dans l’ONG. Dans un quartier plus huppé, au siège
d’une entreprise de conseil qui abrite aussi quelques associations égyptiennes, un
consultant spécialisé dans la micro-entreprise se plaint de l’État égyptien et ne tarit
pas d’éloges sur l’Amérique latine où, au bout de dix ans de financement par des
banques elles-mêmes sponsorisées par les organisations internationales – intergouvernementales ou non–, l’économie informelle a enfin décollé, et où, du coup,
l’État se fait plus discret. Dans un hôtel du centre ville, des formateurs de l’agence
américaine de coopération (USAID) enseignent à un groupe de responsables associatifs arabes que la famille est une entreprise, le travailleur à domicile un entrepreneur, et la micro-entreprise le moyen de faire avancer une société civile forte
et indépendante de l’État.
On est bien loin, dans ces scènes, de ces relations patiemment tissées d’échange
et de coopération dont serait faite l’« économie informelle » des quartiers d’artisans du Caire selon la plupart des travaux ethnographiques
[1]. On y voit bien plutôt des groupes s’organiser, par le biais d’ONG, soit pour accéder à des fonds en
provenance des États et des organisations multilatérales, soit pour mieux influencer ceux qui ont le pouvoir de décider de la destination de ces fonds.
On sait que les flux financiers transitant par les ONG sont considérables. Dès le
milieu des années quatre-vingt-dix, ces dernières drainaient plus d’aide au développement que la Banque mondiale et le FMI réunis
[2]. C’est là un véritable tournant. Avant la crise de la dette latino-américaine (1982), en effet, les prêts et aides
au Tiers monde allaient pour l’essentiel aux États, lesquels mettaient en œuvre des
projets économiques employant leurs citoyens
[3]. Puis vinrent le discrédit des méthodes
keynésiennes de financement de la croissance par la dépense publique, les attaques
néolibérales contre l’État, ainsi que les critiques du « développement » tel que le
concevait la Banque mondiale. L’on inventa alors d’autres types de crédit au développement et d’investissement étranger. Désormais, cette nouvelle configuration de
la dette internationale est solidement en place : l’argent va des organisations multilatérales et des agences bilatérales aux individus en passant par les ONG.
Ces dernières constituent, depuis une vingtaine d’années, une forme particulièrement efficace d’ingénierie du développement. Elles sont très « porteuses de
sens » : au niveau politique, elles peuvent jouer le rôle de « société civile »
[4]; au
niveau économique, elles sont à même de représenter « l’économie informelle ».
Elles épousent aussi des formes extrêmement variées. Je m’intéresserai ici à l’une
de ces formes : les ONG qui, en Égypte, distribuent le « micro-crédit » (pour
employer le terme en usage) financé par les organisations internationales et les
bailleurs de fonds bilatéraux et transitant par des banques; ces ONG supervisent
ensuite le remboursement aux banques des prêts en question.
Les banques d’Égypte qui ont la chance de pouvoir convertir des sommes importantes en micro-crédit y trouvent leur compte
[5]. Certaines d’entre elles, entrées dans
cette activité parce que c’était bon pour les affaires, se sont empressées de créer un
département séparé qui fonctionnait, selon les termes d’un banquier, « comme une
ONG ». En somme, les banques transforment des fonds d’apparence « charitable » (prêts à long terme et à faible taux d’intérêt) en quelque chose de nature
économique (prêts au taux du marché). De l’argent arrive en Égypte comme
« aide » et est transformé en « économie » avant même qu’une quelconque entreprise soit établie.
De leur côté, les ONG, qui bénéficient de l’image de confiance et de respect
mutuel des réseaux sociaux, deviennent un instrument peu coûteux pour collecter
les remboursements et garantir le profit des banques. Ce potentiel a été joliment
illustré lorsque la Grameen Bank du Bangladesh, la grand-mère du micro-crédit,
a signé un contrat en 1998 avec la fameuse multinationale agricole Monsanto : il
s’agissait pour celle-ci d’utiliser les réseaux locaux de micro-crédit de Grameen pour
distribuer ses semences transgéniques, collecter ses paiements et tâcher d’empêcher les paysans de stocker des graines pour la reproduction plutôt que d’acheter
les semences manipulées, qui donnent des plantes stériles. On voit combien les ONG
et leurs réseaux de micro-crédit fondés sur une « confiance communautaire »
peuvent présenter d’attraits comme « détectives privés » à bon compte, faisant appliquer, à leur échelle, la discipline financière que les plans d’ajustement structurel
cherchaient à imposer aux États
[6].
Dès lors, les ONG de ce type doivent être analysées comme faisant partie des
« pouvoirs structurels »
[7]. En étudiant ces relations de pouvoir par les méthodes
de l’ethnographie, on saisira mieux un système de gouvernementalité en évolution
qui englobe l’État, les ONG et les organisations internationales. Dans une telle
approche, il faut renoncer à voir dans les ONG « le local », les gens « authentiques »,
par opposition à un niveau d’analyse plus élevé incluant « l’État » et, catégorie encore
plus lointaine, les « organisations internationales » représentant le « global »
[8].
Où l’État rencontre la micro-entreprise
Mon histoire commence avec la « naissance » de l’économie informelle en Égypte
[9],
dans laquelle l’anthropologie a joué pour le moins le rôle de la sage-femme. En
effet, les anthropologues (parmi d’autres observateurs, il est vrai) se sont enthousiasmés
pour la capacité des pauvres gens du Tiers monde à survivre dans des situations de
privation, d’aliénation et de marginalité. Ils ont très tôt remarqué le rôle qu’y jouaient
certains réseaux permanents de relations et ont longtemps appelé cela de la
« culture ». Mais les sciences sociales (et économiques) allaient elles-mêmes connaître
un virage « culturel » qui élèverait celle-ci au rang de ressource économique...
La culture comme moyen d’assurer que les pauvres s’en tirent tout seuls au lieu
de compter sur l’État présentait un intérêt plus que théorique. L’admiration est devenue programme d’action : promouvoir et diffuser ces techniques de survie, au
premier rang desquelles les réseaux sociaux. Le changement de priorité des agences
bilatérales et de la Banque mondiale, qui abandonnaient l’approche modernisatrice
au profit de la lutte contre lapauvreté
[10], allait mettre l’économie informelle au cœur
des stratégies élaborées à cet effet. Au début des années quatre-vingt-dix, on s’employa à isoler et à modéliser un certain nombre de pratiques de survie des pauvres
gens des villes pour les intégrer à des programmes de promotion de l’économie informelle. Ce travail fut l’œuvre de réseaux de chercheurs, souvent financés par des institutions telles que l’USAID et la Banque mondiale, et opérant dans le monde entier.
Une fois distillés sous forme d’ingrédients de base, les résultats de ces recherches
ont été reproduits et enseignés aux ONG et à tous ceux qui s’occupaient de prêt
dans tous les tiers mondes du globe.
Il s’agit bien d’un changement profond de l’appréhension de pratiques économiques et culturelles jusque-là considérées – tant par les nationalistes que par les
puissances coloniales– comme arriérées et comme des obstacles au développement
(compris ici comme une façon de devenir « moderne »). On ne cherchait plus à
transformer les artisans égyptiens, par exemple, en ouvriers, ou encore à séparer
les institutions entrelacées de la famille, de l’atelier et de la communauté ; au
contraire, on s’est mis à considérer comme positive l’intégration des pratiques
économiques, sociales et culturelles : le développement prenait la forme de l’antidéveloppement. Au surplus, les mécanismes communautaires d’entraide devenaient des dispositifs de sécurité indispensables dès lors que les emplois fournis par
l’État et les services sociaux (aussi maigres qu’ils aient été) disparaissaient sous
l’effet de la discipline budgétaire imposée par le capital financier ou les plans
d’ajustement structurel.
De fait, tout cela semble avoir commencé, du point de vue de la décision
publique, comme un expédient. Lorsqu’on s’aperçut que les plans d’ajustement structurel des années quatre-vingt ne donnaient pas les résultats escomptés et que le déséquilibre, qui devait être de courte durée, entre les forces de l’offre et de la demande,
a commencé à prendre des allures permanentes, des voix s’élevèrent au sein de la
Banque mondiale, alors occupée à faire appliquer des programmes de discipline budgétaire, pour exprimer quelques doutes théoriques
[11]. Face aux conséquences persistantes des licenciements massifs opérés par les administrations et les entreprises
publiques, et à celles de la suppression des subventions aux produits alimentaires,
de nouveaux programmes de développement furent imaginés pour soulager les
groupes les plus durement touchés. C’est à cette fin que la Banque mondiale créa
des « fonds sociaux »
[12]. En 2000, il y en avait dans une cinquantaine de pays
[13].
En Égypte, le Fonds social fut mis en place en 1991, avec 572 millions de dollars au départ, venus de quinze pays donateurs, de l’Union européenne, du
Programme de développement des Nations unies, et du Fonds arabe. Ce nouvel
organisme se situait à la fois dans l’État et en dehors
[14]. D’un côté, il s’agissait bien
d’une agence distincte, financée par des sources n’ayant rien à voir avec le budget
de l’État. D’un autre côté, son conseil d’administration était placé sous la présidence
du Premier ministre. Le gouvernement choisissait aussi son directeur et avait son
mot à dire dans la répartition des fonds, à l’intérieur du cadre fixé par les directives générales des donateurs. Mais les groupes cibles (femmes, diplômés, licenciés des entreprises publiques, personnes à bas revenus, ainsi que les travailleurs
migrants égyptiens renvoyés au pays au début de la guerre du Koweït) n’étaient pas,
eux, définis par l’État égyptien.
Le Fonds social égyptien a commencé à financer des micro-entreprises peu
après sa création. Le gouvernement issu des élections de 1995, avec à sa tête Kamal
Ghanzouri, se donna trois objectifs : augmenter l’investissement et la production,
accroître la population occupée à des activités productives, et élever les revenus
moyens. La micro-entreprise, qui semblait faite sur mesures pour les atteindre,
suscita un tel engouement officiel qu’un journal put titrer : « L’expansion de la microentreprise est le but de la réformeéconomique »
[15]. Autrement dit, l’État égyptien
faisait sien un programme qui trouvait son origine dans la volonté des bailleurs de
fonds de court-circuiter les États – nécessairement corrompus– du Tiers monde.
L’économie informelle avait bouclé la boucle : elle était réabsorbée,
via la microentreprise, dans son contraire supposé, l’État.
Où la Banque mondiale rencontre l’économie informelle
L’économie informelle et la micro-entreprise sont les deux faces d’une même
monnaie, qui a cours à peu près dans le monde entier. Une face porte la devise :
« Bottez le cul à la Banque ! »
[16]. Elle est faite pour séduire les « progressistes » et
les gens qui pensent « communauté ». Sur l’autre, qui plaira aux « conservateurs »
et aux individualistes, on peut lire : « Pour la libre entreprise ! ». Pour économiser
de la place et signaler cette unité conceptuelle, j’utiliserai dans ce qui suit l’expression
« micro-informalité »
[17].
Les micro-crédits ainsi dispensés sont censés être des instruments susceptibles
de rendre les gens (le « peuple »), une fois organisés en communautés d’entraide,
maîtres de leurs destinées : c’est la fameuse notion d’
empowerment. Mais ce « peuple »
n’est pas ici celui d’un État ou même d’une nation. C’est plutôt un terme localisé,
renvoyant à ceux qui vivent ensemble dans une « communauté » (encore un terme
qu’il serait bon de décortiquer)
[18]. Les ONG sont généralement comprises comme
représentatives de ces communautés populaires : si l’État est souvent vu comme
le site du « développement », les ONG sont le représentant organisationnel de « la
communauté » dans le non-État.
Mais la micro-informalité est par définition quelque chose d’élusif, difficile à
appréhender pour ceux qui financent le développement. Elle est faite de gens et
de leurs pratiques culturelles, non de bâtiments ou d’institutions. Le peuple doit
donc être montré pour donner substance à la réalité de l’économie informelle ou
de l’esprit d’entreprise. Dans les rapports des consultants, cela peut se faire par le
biais de photos, accompagnant les témoignages de clients des ONG (le terme
« client » a remplacé celui de « bénéficiaire », jugé péjoratif)
[19]. Mais les voyages
sur le terrain sont le mode préféré de contact avec le peuple, dont la réalité s’exhibe lors de visites organisées par des intermédiaires locaux au bénéfice des donateurs étrangers. La « vraie vie » que l’on rencontre alors est supposée plus réelle,
plus authentique, que le mot écrit. Pour un anthropologue, la foi épistémologique
placée dans ces rencontres est proprement fascinante.
Certains quartiers du Caire ont été des sites réguliers de ce tourisme du développement dans les années quatre-vingt-dix : lorsque de hauts fonctionnaires des
organisations de prêt comme la Banque mondiale ou l’Union européenne étaient
en ville pour une conférence ou des réunions, on les y amenait faire un tour. J’ai
moi-même effectué une grande partie de ma recherche dans l’un de ces quartiers,
où menuisiers, mécaniciens et autres artisans avaient leur atelier. Ceux des habitants qui lisaient régulièrement les journaux et suivaient les affaires politiques
savaient très bien pourquoi tous ces étrangers, qui n’avaient pas la moindre intention d’acheter leurs marchandises, venaient jusqu’à eux. Étant donné l’importance
que revêtait le Fonds social tant pour la Banque mondiale que pour le gouvernement égyptien, les journaux regorgeaient d’articles sur les millions de dollars qui
passaient par là. « Il y a de l’argent dans le coup », expliquait le responsable d’une
ONG basée dans le quartier, qui considérait que sa mission consistait « à repérer
et à organiser » les gens qui pourraient au mieux utiliser cet argent
[20]. Propriétaire
d’un petit atelier, cet homme avait une conscience aiguë de la valeur qu’avait prise
le quartier sur le marché du financement. Il voyait bien que lui-même et ses collègues, dont certains étaient en difficulté, pouvaient travailler avec plus de profit
comme « informateurs indigènes »
[21], en se mettant en scène comme porteurs
d’authenticité devant les donateurs étrangers. Il rêvait de faire de son quartier la
vitrine d’un « modèle de développement » offerte à l’admiration des visiteurs. Il
dessinerait des uniformes différents pour tous les niveaux de la hiérarchie de l’atelier, créerait des organismes d’accueil permanents et construirait une petite voie
ferrée qui ferait le tour du quartier, et d’où les ateliers pourraient être observés
confortablement. Les millions de dollars en jeu et le succès « touristique » du
quartier donnaient une certaine logique à cette vision délirante d’une ville modèle.
C’étaient là des rêves fantastiques. En réalité, presque tous les locaux passant pour
des micro-entreprises étaient fermés. Les micro-entrepreneurs eux-mêmes étaient
souvent aux abois. Ils avaient des dettes par dessus la tête et des banques pendues
à leurs basques, qui refusaient systématiquement de revoir l’échéancier de leurs remboursements. Les ruches laborieuses qui s’offraient au spectateur étaient en fait peuplées de garçons et de jeunes gens dont les moyens de vie étaient des plus maigres
et qui ne savaient rien du « micro-phénomène » qu’ils étaient censés représenter.
L’idée de faire de tout cela une sorte de Disneyland, le projet de faire vivre une communauté du « tourisme du développement » ont quelque chose de pervers. Mais
notre président d’ONG avait parfaitement saisi ce que son public voulait qu’on lui
serve : une représentation sans bavures (et l’odeur de sueur en moins) d’hommes
et de femmes au travail, à qui auraient été distribués des rôles aisément identifiables.
On ne pouvait s’empêcher de rire à ses élucubrations, peut-être précisément parce
qu’elles révélaient involontairement l’essence même d’une tragédie.
Il y a plus. Certains hommes d’affaires n’ayant rien à voir apriori avec la microentreprise ou le secteur informel ont cherché à se rapprocher de ces nouveaux espaces
sociaux parce que cela leur donnait accès à de l’argent, mais pas seulement. Les projets du Fonds social, disait-on, étaient souvent approuvés même s’ils contrevenaient aux dispositions légales. Étant donné les réglementations complexes qui régissent la création d’entreprise en Égypte, certains ont trouvé utile de reconvertir leurs
investissements en projets de micro-entreprises : il ne s’agissait pas tant alors
d’obtenir des fonds que de tourner officiellement la loi grâce à la microinformalité, désormais sanctifiée par les organisations internationales.
D’autres hommes d’affaires sont entrés dans des partenariats avec des « jeunes
micro-entrepreneurs en difficulté » pour tirer avantage des exemptions fiscales
qu’autorisait ce statut particulier, création des organisations internationales, non
de l’État. On a vu ainsi apparaître un beau jour, dans un quartier pauvre du Caire,
un homme d’affaires pourvu de fort belles relations. Il semble qu’il ait cherché à
avoir accès, par le biais de l’ONG locale, aux financements prodigués par les
bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux pour soutenir la micro-informalité,
afin de mettre en route un nouveau projet d’investissement. Bien qu’il appartînt
à ce qu’on pourrait appeler l’économie capitaliste formelle, cet homme d’affaires
avait ainsi décidé de se refaire une identité de micro-entrepreneur. Et cela ne
pouvait se faire qu’en s’attachant à l’un des lieux concrets qui symbolisaient l’économie informelle aux yeux de ces organisations.
Pour s’enraciner rapidement dans un espace physique, il convient d’entrer dans
les réseaux sociaux qui le parcourent. Or la plupart des micro-entreprises du quartier avaient fermé, accablées de dettes impayées et de marchandises invendues : elles
ne lui servaient donc à rien. Seuls les propriétaires d’ateliers relativement prospères,
ayant bien peu à voir directement avec la micro-informalité, pouvaient lui donner
une chance d’effectuer son changement d’identité. Aussi notre homme se lança-t-il dans une vaste et généreuse opération d’échange de dons avec ces derniers.
L’objectif déclaré du micro-crédit – semer les graines d’heureuses entreprises
futures – était inversé : un homme d’affaires en plein boom s’était reconverti en
micro-entrepreneur pour obtenir des financements initialement destinés à « donner le pouvoir au peuple »
[22].
Culture, dette et empowerment
Fût-ce dans une faible mesure, de simples gens du Caire parviennent tout de
même à transformer les flux de financement de la micro-informalité en ressources
directement utilisables. J’ai ainsi un jour été contactée par la secrétaire d’un bureau
de conseil privé bénéficiant de contrats avec des organisations multilatérales et des
agences de développement bilatérales. Cette dernière avait été jusque-là mon
informatrice et souhaitait cette fois que je sois la sienne : elle avait en effet été chargée par son employeur de trouver de quoi peupler une « réunion de femmes
micro-entrepreneurs » du quartier, en vue d’une session de « formation » aux
bases de la micro-informalité dispensée par des femmes de Haute-Égypte. Ce
consultant, son patron, était un « informateur indigène » de haut niveau pour un
gros programme bilatéral de développement. Il parlait anglais, avait fait des études
supérieures et pouvait fournir aux bailleurs de fonds la documentation nécessaire.
Mais lui-même avait besoin d’intermédiaires culturels pour produire des échantillons adéquats de « femmes » et d’« économie informelle ». La secrétaire étant
une représentante assez authentique de la population recherchée pouvait lui donner accès à ces gens; et celle-ci à son tour me demandait mon aide. Mon collègue
Essam Fawzi et moi avons parlé de la chose avec quelques-uns des microentrepreneurs que nous connaissions. Ceux-ci ont très volontiers envoyé leurs sœurs et
leurs épouses, qui étaient d’ailleurs souvent, du moins sur le papier, associées
d’entreprises bénéficiaires de fonds sociaux. De son côté, la secrétaire suivait
d’autres pistes, par les bonnes vieilles méthodes locales de communication : elle
chargea un enfant qui travaillait chez un voisin de courir porter le message dans
tous les ateliers qui pouvaient avoir des femmes disponibles. En rétribution de ce
service de transmission d’information entre ateliers, organisations multilatérales,
ONG et État, le garçon reçut quelques sous. Cette technique de communication
n’est peut-être pas reconnue comme faisant partie de l’« ère del’information »
[23],
mais elle est sûrement plus répandue comme véhicule de la mondialisation qu’on
ne le soupçonne généralement.
La conduite de telles missions donne aux intermédiaires, qu’ils soient des gamins,
des secrétaires sous-payées ou même des consultants, de nouvelles ressources à distribuer tout au long des chaînes de connexion qui traversent leur propre monde
social. De telles redistributions sont autant d’occasions d’acquérir du pouvoir à l’intérieur des réseaux locaux d’échange. Il m’est maintes fois arrivé de voir ainsi des responsables d’ONG, tout particulièrement dans le milieu de l’artisanat et de la
micro-entreprise, se démener pour trouver des occasions – réunions, conférences,
visites – de se donner comme les représentants authentiques de l’« économie
informelle » et de la « micro-entreprise ».
La micro-informalité fournit ainsi des ressources notamment à ceux qui n’ont
rien d’autre à vendre que leur qualité de représentant d’une culture « arriérée ».
Le peuple de la micro-informalité n’est ni objet passif d’intervention, ni lieu d’une
« authenticité » que des agents extérieurs viendraient détruire. Pourtant, lorsque
les réseaux des pauvres gens sont utilisés pour veiller au remboursement des
emprunts (et de leurs intérêts...) contractés auprès de banques qui travaillent elles-mêmes avec des fonds fournis par des organisations multilatérales, des ONG et des
agences bilatérales, il y a là quelque chose de très significatif. Des pratiques culturelles jusque-là dénigrées deviennent, à l’ère post-moderne, le moyen par lequel
les organisations multilatérales entrent en relation avec les objets de leurs dispositifs disciplinaires. Comme l’expliquait crûment un formateur pour personnel
d’ONG s’occupant de micro-crédit, la « culture » est la méthode idéale pour
assurer la rotation rapide des prêts : « Dans toute culture il y a quelque chose qui
marche. Il s’agit seulement de trouver quoi : le chef traditionnel, le leader religieux,
la pression sociale, la police ? À vous de trouver ce que c’est, et de vous enservir »
[24].
Les plans d’ajustement structurel disciplinent les États qui ne sont pas sages. Les
ONG de micro-entreprise sont-elles en mesure de faire de même à l’égard des
pauvres ? Peuvent-elles être une forme nouvelle de l’
indirect rule, la culture indigène étant une fois encore mobilisée pour contrôler les indigènes, mais cette fois
par le détour de la financeinternationale
[25]
? L’épisode Grameen Bank-Monsanto
cité plus haut n’en est qu’un exemple spectaculaire. D’une façon ou d’une autre,
par le biais de l’argent et de la dette, les institutions financières internationales
essaient de nouer des relations plus directes avec les vastes ressources encore inexploitées du « capital social » que – on en a maintenant pris conscience– constituent
les pauvres. Ce qui est frappant, c’est que tout cela est compris à la fois comme « économie » et comme «
empowerment ». Si le crédit et l’argent sont des droits de
l’homme, comme on se plaît à le dire dans les milieux du micro-crédit, alors
l’endettement est un moyen de donner le pouvoir aux pauvres. C’est du moins ce
que m’expliquait un consultant : « Cet argent, c’est de l’
empowerment. Il faut penser large. Ici, un emprunteur peut aller en prison s’il ne rembourse pas, alors pourquoi s’inquiéter ? [Il faut] les aider à s’endetter. La croissance vient avec. En Amérique, on trouve tous les jours dix offres de cartes de crédit dans son courrier. On
paie des taux d’intérêt énormes sur ce genre de crédit, quelque chose comme
40%. Mais l’offre est là, alors on prend une carte de plus, on la met dans son portefeuille avec toutes les autres, et on est content. Ce devrait être pareil ici : pourquoi
ne pas les aider à s’endetter ? Qu’est-ce que ça peut me faire, ce qu’ils font avec
leur argent, du moment qu’ils remboursent ?»
[26].
L’
empowerment est-il donc une nouvelle terre de mission pour l’accumulation du
capital ? Les pauvres sont-ils les vrais capitalistes, si nous avons des yeux pour
voir
[27]
? Et leurs pratiques de survie, le nouveau marché émergent ? Voilà ce que
semblent espérer au moins deux représentants de banques d’investissement, auteurs
d’un éditorial publié dans l’
International Herald Tribunepeu après les manifestations
antimondialisation de Washington. Il est temps, écrivent-ils « de déplacer la charge
du développement et de la faire désormais reposer sur les gens, les communautés
et lesentreprises »
[28]. Ce déplacement, autrement dit cet abandon de l’État développementaliste, ne serait pas seulement plus juste, mais plus profitable
[29].
Cet espoir d’exploiter les gisements nouveaux de la culture « arriérée » en vue
d’une accumulation de capital aboutira-t-il ? La réponse n’est pas évidente. Ce qui
est clair en revanche, c’est que ces processus court-circuitent la relation du citoyen
à l’État. La coopération Grameen Bank-Monsanto consistait à mobiliser la
« culture » et la « communauté », par le biais de la dette, pour obtenir que les gens
se plient à la volonté de la compagnie et renoncent à garder des semences. Cela
évitait à celle-ci d’avoir à faire pression sur l’État pour que soient votées des lois
favorables à ses intérêts. Un autre bon exemple m’a été fourni par un membre d’une
ONG dispensant des prêts au logement à Gaza. Tous les emprunteurs auprès de
son ONG signaient un contrat stipulant que, si l’emprunteur dépassait un certain
retard pour ses remboursements, la police l’enverrait immédiatement en prison
[30].
Autrement dit, l’appareil de sécurité d’un non-État travaillait directement pour une
ONG en garantissant que des fonds en provenance des organisations multilatérales
seraient remboursées aux banques. Et, pour une fois, l’histoire renvoie l’image
d’une économie palestinienne qui fonctionne...
De la rentabilité du capital social
Avec la vogue croissante du concept de capital social, celui de micro-informalité
a gagné plein droit de cité
[31]. Il se situe au cœur d’une nouvelle coalition qui
s’oppose au « consensus de Washington » et à son couple « (mauvais) État/(bon)
Marché », et cette coalition n’est nullement celle d’une poignée de marginaux ! Sur
le plan de l’idéologie au moins, les plus beaux jours du néolibéralisme sont passés.
Le nouveau consensus peut-il espérer exercer « une suprématie encore plus pesante
sur l’ensemble du débat du développement que cela n’a été le cas du consensus de
Washington », comme le soutient Ben Fine
[32]
? S’il en est ainsi, ce ne sera pas aux
dépens de programmes qui ne mettent nullement en cause les
apriori anti-étatiques
du néolibéralisme. Les réseaux sociaux que l’on appelle aujourd’hui « capital
social » sont exactement ce que le micro-crédit est supposé soutenir. Grâce à cette
métamorphose conceptuelle, ils peuvent désormais passer pour un ingrédient
important du succès économique. Ce qui était considéré comme de l’économie informelle (qui n’est ni de l’État ni de l’économie réelle) est en voie d’absorption dans
le courant dominant de l’économie, dont le micro-crédit, après tout, réunit bien
des éléments : de l’argent est échangé, des intérêts sont collectés, des entreprises
sont créées et des chômeuses en deviennent, au moins sur le papier, les dirigeantes.
Consensus conceptuel et initiatives publiques sont évidemment liés. Tout laisse
supposer une relation entre l’évolution de l’appareil conceptuel de la Banque mondiale et celle des outils de financement qu’elle utilise : le micro-crédit, créé comme
élément d’un « filet de sécurité », devait pallier les déséquilibres temporaires du
marché consécutifs aux plans d’ajustement structurel ; mais dès lors que l’on
n’attend plus du marché la production d’un équilibre durable, il faut bien théoriser autrement. En somme, les modestes chiffons destinés à nettoyer les saletés
que les plans d’ajustement structurel laissaient sur leur passage sont devenus de belles
tapisseries d’avant-garde qu’on suspend fièrement au mur. Ainsi, lorsque le président
de la Banque mondiale James Wolfensohn s’est défendu contre les protestataires
de l’« antimondialisation », il n’a nullement dit que le micro-crédit était un
dispositif temporaire pour régler plus finement les équilibres du marché. Il en a
fait au contraire une sorte de marque de fabrique de la Banque mondiale et a vanté
sa capacité à soutenir « la petite entreprise, qui est souvent conduite par des
femmes dans le Tiers monde »
[33].
La recherche sur l’économie informelle et la micro-entreprise impliquait une
certaine vision de la société à venir, qui s’est incarnée dans des programmes d’intervention, avec des effets dans la pratique et dans le discours. Certes, les programmes
peuvent avoir des résultats très différents de ceux qu’escomptaient leurs concepteurs. Aucun dispositif ne parvient jamais à faire prévaloir exactement le degré de
discipline qu’il visait à imposer. Comme les autres, le modèle du micro-crédit a suscité l’invention d’astucieuses échappatoires. Mais en même temps il a produit un
nouveau champ de pouvoir, qui se joue des frontières entre les États, les organisations multilatérales et les ONG. Les ruses de secrétaires ambitieuses, de gamins
faméliques et d’artisans malins ne font que renforcer les nouvelles réalités qu’elles
veulent détourner
[34]. Une nouvelle sorte d’
indirect rule se dégage, les ONG locales
gérant des fonds pour le compte d’une finance internationale qui parle le langage
du marché et de la société civile. Que cette « société civile » ne reste pas confinée
dans les limites du non-État, comme elle est supposée le faire, n’est qu’une des conséquences du paradoxe consistant à faire transiter l’
empowerment par le détour de la
finance internationale.
Le renforcement de la société civile comme chemin vers la démocratie est
devenu la nouvelle orthodoxie d’un monde post-moderne et post-communiste
[35].
Mais dans un pays comme l’Égypte, où l’Occident craint plus qu’ailleurs une montée de l’islamisme, le zèle missionnaire déployé en vue de cet objectif est encore
plus grand, car la « société civile » fonctionne alors aussi comme doublure de la
laïcité et s’enrichit ainsi d’une supposée opposition à « l’islam ». Lorsque le spectre
du terrorisme islamique est opposé à ce fantôme qu’est la laïcité, la société civile
se place du côté de cette dernière et revêt par là-même une signification religieuse. Que les adeptes de cette « religion civile »
[36]
ne croient peut-être pas aux
paroles qu’ils prêchent n’a pas jusqu’ici dépouillé la religion de son pouvoir.
Traduit de l’anglais par Rachel Bouyssou
[1]
Voir par exemple Unni Wikan,
Tomorrow, God Willing : Self-Made Destinies in Cairo, Chicago, University of Chicago Press,
1996 ; Diana Singerman,
Avenues of Participation : Family, Politics, and Networks in Urban Quarters of Cairo, Princeton,
Princeton University Press, 1995; Ragui Assaad, « Formal and informal institutions in the labor market, with applications
to the construction sector in Egypt »,
World Development, 1993 ( 6), pp. 925-939.
[2]
Arun Agrawal, « Dismantling the divide between indigenous and scientific knowledge »,
Development and Change, 1995
( 26), p. 416.
[3]
Pour un bon résumé de la crise de la dette de 1982, qui donna le coup d’envoi à un changement dans les formes de prêt
au Tiers monde, voir Manuel Castells,
L’ère de l’information, vol. 1 :
La société en réseaux, Paris, Fayard, 1998, pp. 146-152.
[4]
Voir Chris Hann et Elizabeth Dunn (eds.),
Civil Society : Challenging Western Models, Londres et New York, Routledge,
1996. Sur les ONG et le monde en développement, voir Katy Gardner et David Lewis,
Anthropology, Development, and the
Post Modern Challenge, Londres, Pluto Press, 1996, p. 107, et William F. Fisher, « Doing good ? The politics and antipolitics
of NGO practices »,
Annual Review of Anthropology, 1997 ( 26), pp. 439-464.
[5]
Entretiens (1995) avec des représentants de deux grandes banques d’Égypte, l’une du secteur privé, l’autre du secteur public.
Selon l’un d’eux, une grande banque du pays au moins assurait son équilibre financier grâce aux prêts à faible taux d’intérêt
dont la gestion sous forme de « micro-crédit » lui avait été confiée.
[6]
Rural Advancement Foundation International (RAFI), « Grameen turns mean ? From poverty-fighter to the peasants’
Pinkerton »,
http :// www. rafi. ca, consulté le 7 octobre 1998.
[7]
Voir Eric Wolf,
Envisioning Power : Ideologies of Dominance and Crisis, Berkeley et Los Angeles, University of California
Press, 1999, p. 5.
[8]
Pour des exemples de débat « global contre local », voir Arun Agrawal, art. cité; Akhil Gupta et James Ferguson (eds.),
Culture, Power, Place : Explorations in Critical Anthropology, Durham, Duke University Press, 1997 ; et Aihwa Ong,
Flexible
Citizenship : The Cultural Logics of Transnationality, Durham, Duke University Press, 1999.
[9]
Pour un point de vue différent sur l’économie informelle en Égypte, voir Cristin Koptiuch,
APoetics of Political Economy
in Egypt, Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1999.
[10]
Sur le changement des stratégies du développement au profit de la lutte contre la pauvreté, voir
Egypt : Alleviating
Poverty during Structural Adjustment, Washington, Banque mondiale, 1991; K. Gardner et D. Lewis,
op. cit.; Arturo Escobar,
Encountering Development : The Making and Unmaking of the Third World, Princeton, Princeton University Press, 1995,
pp. 21-24; Martha Finnemore, « Redefining development at the World Bank », dans Frederick Cooper et Randall Packard
(eds.),
International Development and the Social Sciences, Berkeley, University of California Press, 1997.
[11]
Pour un exposé de ce genre de doute, voir Joseph Stiglitz, « The insider : What Ilearned at the world economic crisis »,
The New Republic, 6 avril 2000,
http :// www. tnr. com/ 041700/ stiglitz041700. html
[12]
Sur les « filets de sécurité » et l’établissement de fonds sociaux, voir Banque mondiale,
Egypt..., op. cit. et Carol Graham,
Safety Nets, Politics, and the Poor : Transitions to Market Economies, Washington, The Brookings Institution, 1994.
[13]
World Development Report 2000/2001, Washington, Banque mondiale, 2001, p. 155. Voir aussi C. Graham,
op. cit.
[14]
Banque mondiale, Population and Human Resources, Country Department III : Europe, Middle East, and North
Africa, « Staff appraisal report : Arab Republic of Egypt, Social Fund project »,
Report n°9561-EGT, Washington, Banque
mondiale, 1991.
[15]
El Ahram, 17 mai 1995.
[16]
« Spanking the Bank ? », tel fut le titre d’une émission radiophonique du Forum Asie-Pacifique, le 19 avril 2000,
WBAI,
Pacifica Radio.
[17]
Le micro-crédit constitue un immense domaine. Pour un bon résumé et des références, voir
World Development Report
2000-2001,
op. cit., pp. 75-76.
[18]
Pour un débat sur la communauté et le local, voir Akhil Gupta et James Ferguson,
op. cit.; Arun Agrawal,
Greener Pastures :
Politics, Markets, and Community among a Migrant Pastoral People, Durham, Duke University Press, 1999; James C. Scott,
Seeing like a State : How Certain Schemes to Improve Human Conditions Have Failed, New Haven, Yale University Press, 1998,
pp. 309-341; Akhil Gupta,
Postcolonial Developments : Agriculture in the Making of Modern India, Durham et Londres, Duke
University Press, 1998, p. 174.
[19]
Voir par exemple Agricultural Cooperative Development International (ACDI) et Small Enterprise Credit Program (SECP),
Quarterly Report, 1
er oct.-31 déc. 1993, AnnexeE, « SECP borrower profiles ».
[20]
Entretien, 31 octobre 1994, au Caire.
[21]
Pour une discussion pertinente sur les informateurs indigènes professionnels, voir Gayatri Chakavorty Spivak,
A Critique
of Postcolonial Reason : Toward a History of the Vanishing Present, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1999. Les
pp. 418-419 ouvrent des perspectives intéressantes pour une critique du micro-crédit et de l’antidéveloppement.
[22]
J’ai entendu beaucoup d’autres histoires analogues de la part de nombreux informateurs. Dans ce cas particulier, je connaissais
toutes les parties en présence.
[23]
Titre de l’ouvrage de Manuel Castells en trois volumes cité plus haut.
[24]
« Regional Professional Development Seminar for the Near East », organisé par l’USAID au Caire, 7 juin 1995.
[25]
Sur l’
indirect rule, voir Mahmood Mamdani,
Citizen and Subject : Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism,
Princeton, Princeton University Press, 1996.
[26]
Entretien, Le Caire, 5 juillet 1995.
[27]
Voir Hernando de Soto,
The Mystery of Capital : Why Capitalism Triumphs in the West and Fails Everywhere Else, NewYork,
Basic Books, 2000.
[28]
Gautam S. Kaji et Percy S. Mistry, « Streamline the international financial system »,
International Herald Tribune, 18 avril
2000, p. 8, à propos de la Banque mondiale et de ses partenaires régionaux. Les auteurs étaient à l’époque, l’un, président de
Centennial Group et ancien directeur à la Banque mondiale, l’autre, président d’Oxford International et ancien cadre dirigeant
à la Banque mondiale. Oxford International est « une société privée d’investissement opérant sur les marchés émergents ».
[29]
Des espoirs analogues ont été exprimés dans des écrits à la gloire de la commercialisation par Internet de produits artisanaux d’origine certifiée. Voir Kimberly M. Grimes et B. Lynne Milgram (eds.),
Artisans and Cooperatives : Developing
Alternative Trade for the Global Economy, Tucson, University of Arizona Press, 2000.
[30]
Commentaires informels pendant le « Regional Professional Development Seminar for the Near East » organisé par
l’USAID au Caire, déjà cité, 9 juin 1995.
[31]
Pour un recueil récent sur le capital social, voir Partha Dasgupta et Ismail Serageldin (eds.),
Social Capital : AMultifaceted
Perspective, Washington, Banque mondiale, 2000. Pour une revue critique de ce concept, voir Ben Fine, « The developmental
state is dead. Long live social capital ?»,
Development and Change 1999 ( 30), pp. 1-19 et Ben Fine,
Social Capital versus Social
Theory : Political Economy and Social Science at the Turn of the Millenium, Londres, Routledge, 2000.
[32]
Ben Fine, art. cité, p. 2.
[33]
La presse a raconté que Wolfensohn est arrivé aux réunions du staff du week-end, juste avant les manifestations de
Washington, « en brandissant des graphiques montrant que les grands projets énergétiques, qui constituaient autrefois le
quart des prêts de la Banque mondiale, n’en représentaient plus que 2 %, et que les dépenses sur la nutrition, l’éducation
et le “micro-crédit” aux petites entreprises, souvent dirigées par des femmes dans le Tiers monde, avaient monté en flèche ».
David Singer, « World Bank defends itself to critics »,
International Herald Tribune, 17 avril 2000, p. 18.
[34]
Voir Mahmood Mamdani,
op. cit., p. 24.
[35]
Voir Jean Comaroff et John L. Comaroff, « Millennial capitalism : First thoughts on a second coming »,
Public Culture
12( 2), 2000, pp. 291-343, ainsi que le volume qu’ils ont dirigé,
Civil Society and the Political Imagination in Africa : Critical
Perspectives, Chicago, University of Chicago Press, 1999.
[36]
L’expression est de Robert N. Bellah, « Civil religion in America »,
Daedalus 96 (1), hiver 1967, et nombreux écrits ultérieurs.
Voir aussi Andrew Shanks,
Civil Society, Civil Religion, Oxford, Blackwell, 1995.